LES MOLLUSQUES PERFORANTS
Par M. AUCAPITAINE.
- Une communication récente de M. Eugène Robert sur la perforation des roches par les Radiaires du genre Æchinus, et l'observation plus générale à laquelle elle a donné lieu de la part de M. Valenciennes, m'engage à revenir sur cette question, dont je m'étais occupé en France sur les côtes de l'Océan, et que je viens d’observer de nouveau dans la Méditerranée sur le littoral algérien. L'étude des animaux perforants présente un côté d'autant plus sérieux, qu’au point de vue paléontologique elle peut servir de critérium : tous les géologues connaissent les célèbres colonnes du temple de Sérapis, qui, perforées à mi-hauteur par des Pholades, ont été un des premiers arguments de la théorie des soulèvements , comme pour prouver, une fois de plus, combien la connaissance de la zoologie était inséparable de celle de la géologie. Ce fait d'animaux mous, à test généralement fragile, se creusant une demeure dans les roches les plus dures, a toujours frappé les naturalistes. Adanson, observateur aussi minutieux qu'habile classificateur, et dont les travaux sont encore consultés avec tant de fruit, avait porté son attention sur ce sujet. Dans son Histoire naturelle du Sénégal, Coquillages (1757), p. 262, il dit: « Ce sont les battants » qui sont chargés de ce travail (la perforation); ils font, pour cet effet, » l'office d’une lime ou d’une râpe, qui peu à peu mine le limon durei par » un mouvement continuel, et en détache des parcelles extrêmement fines. » La côte du Sénégal, les roches basaltiques de Gorée, sont riches en perforants des genres Pholas, Lithodomus Cuv., Ongulina de Daudin, etc., et offrant des sujets d’étude variés. Bonati, dans ses Recreatio mentis et oculi, p. 36, expose : « Denticulos acutos habet, quibus saxum erodit, formatque domum. » C’est du Pholade ( P. Dactylus L.) qu’il est surtout mention ici. Réaumur supposait que ces animaux entraient dans la vase qui se durcissait autour d'eux; opinion qu’au premier abord pouvaient justifier les immenses dunes vaseuses du golfe de Gascogne et des côtes de la Vendée, que depuis les progrès de la géologie rendent non-seulement impossible, mais presque risible (Réaumur, Mémoire sur les DaAILS (nom local du Pholade), Académie des sciences en 1772, p. 155). D’Argenville,