L'éclosion a lieu, en moyenne, vers le douzième jour
63. Les petites Perches écloses ne nagent pas toujours ; elles se laissent tomber au fond de l’eau, et ne viennent à la surface que lorsqu'elles éprouvent le besoin de respirer. |
Arr. 3. — Résumé comparatif du développement de l'embryon, depuis Ja formation du cœur jusqu’à l’éclosion, dans le Brochet et dans la Perche.
À. Ressemblances.
$ 4. Tandis que la période précédente avait principalement pour objet la formation et le développement des organes préposés aux fonctions de relation, la période qui vient de nous occuperse distingue par l'établissement de la circulation et par des phases qu'elle subit, ainsi que par l'achèvement des organes de la vie végétative.
Nous avons vu, en effet, se former successivement le cœur, les vaisseaux, le sang ; la circulation, d’abord générale, se localise dans le vitellus pour constituer un appareil de respiration embryonnaire ; les ares vasculaires branchiaux vont se former pour préparer l'établissement d’un appareil respiratoire définitif, les branchies ; puis l’achèvement du tube mtestinal et du foie, les premiers signes de vitalité de cet intestin consistant dans ses mouvements péristaltiques ; la formation du principal appareil excréteur, l'appareil urmare.
Nous allons grouper, en suivant cette marche de la nature , les principaux faits relatifs à cette période, et dont nous avons donné le résumé dans les pages qui précèdent.
$ 2. Nous avons vu, à la fin de la période précédente, le cœur apparaitre sous la forme d’un cylindre ou d’un cône allongé, solide, c'est-à-dire sans cavité, couché horizontalement sous la tête, et ce cœur plein osciller régulièrement comme s'il était déjà chargé de remplir ses fonctions mécaniques.
Un autre phénomène non moins remarquable, c’est que, lorsque la cavité du cœur s’est formée, elle ne renferme d’abord aucun corpuseule sanguin, ce qui montre que ces petits organes ne se développent que plus tard.
Le cœur change de position et.de orme ; il se détache de la base
DU BROCHET, DE LA PERCHE ET DE L ÉCRENISSE. 277 du corps , descend dans la chambre cardiaque , s’allonge en boyau cylindrique, puis se coude par son milieu et se renfle en deux cavités distinctes, l'oreillette et le ventricule.
Les vaisseaux sanguins se forment comme le cœur, et à peu près en même temps que lui, par des cavités linéaires.
Ces cavités sont des lacunes ou des canaux creusés dans les organes ; leur paroi propre se développe ultérieurement. F Le liquide nourricier remplit nécessairement ces cavités, et c’est dans ce liquide plastique que se forment les globules sanguins.
Ceux-ci sont d’abord petits, de forme irrégulière et en petit nombre ; ils augmentent peu à peu de volume, en même temps qu'ils se multiplient. Plus tard ils deviennent elliptiques , et se chargent de la matière colorante du sang. |
Leurs dimensions primitives , leur accroissement , leur aspect , leur production postérieure à celle du cœur et des vaisseaux, sont des faits incompatibles avec la théorie qui les fait dériver mécaniquement des organes du corps. |
$ 3. La circulation générale s’établit par des anses qui se produisent successivement, en S’allongeant de plus en plus. Le vaisseau centrifuge, arrivé à une certaine distance du cœur, revient sur lui-même sans changer sensiblement de diamètre , et retourne au cœur. Quelquefois les anciennes anses persistent encore, quand les nouvelles sont établies ; le plus souvent cependant, elles disparaissent à mesure que la boucle terminale s'éloigne davantage.
$ . Pendant les premiers temps de la circulation générale , les corpuseules sanguins sont rares, et répandus également dans toute la largeur du vaisseau. À mesure qu'ils se multiplient, le plus grand nombre d’entre eux courent alors dans l’axe du réservoir qui les renferme. Bientôt leur nombre s’accroit, au point qu'ils sont obligés de se serrer, de se tasser en quelque sorte les uns sur les autres. Ils ne peuvent plus recevoir mdividuellement, comme lorsqu'ils étaient dispersés, l’action de l’air que l’eau tient en dissolution ; c’est alors que s'établit la circulation vitelline.
$ 5. Le courant sanguin qui retourne au cœur pénètre dans le vitellus, et s’y divise en un grand nombre de courants plus petits, disposés en réseaux comme des capillaires, de manière à disperser
278 LEREBOULLET. — EMBRYOLOGIE COMPARÉE
sur la vessie vitellaire la masse des globules. Ce réseau vitellin est done un véritable appareil respiratoire, qui fonctionne jusqu'à l'époque de l'apparition des branchies. Cependant la masse entière du sang qui retourne au cœur ne se rend pas dans le vitellus ; ainsi les veines caves antérieures vont droit au cœur sans se capillariser. La veine cave postérieure elle-même, qui d'abord passait tout entière par le vitellus, n’envoie plus tard qu'une branche dans cet organe. Il existe donc une époque de la vie du Poisson où le corps contient du sang artériel pur, du sang veineux pur et du sang mélangé.
S 6. Les franges branchiales ne se montrent que plusieurs jours après l’éclosion ; mais la formation de ces organes se prépare déjà vers la fin de la période actuelle par l'apparition de nouveaux vaisseaux provenant de l'artère branchiale, et qui se portent le long des arcs branchiaux. | |
$ 7. Pendant que le travail physiologique se divise de plus en plus par l'établissement de ces deux fonctions nouvelles, la cirçulation et la respiration , l’intestin continue à se fermer d’avant en arrière et d’arrière en avant. Ses parois sont alors très épaisses , tandis que sa cavité est linéaire; son tissu se compose encore de cellules homogènes. Cet intestin n’est plus ouvert que dans sa région moyenne inférieure, par laquelle il reçoit la substance vitelline, qui est alors la seule nourriture de l’embryon. Ses deux ouvertures n'existent pas encore ; la bouche a la forme d'une fente, ou plutôt d’une dépression transversale située sous la tête; l'anus est un cul-de-sac imperforé, placé non loin du bord de la nageoire embryonnaire. |
S8. Vers le milieu de cette période, l'intestin commence à exercer des mouvements de dilatation et de contraction, qui élargissent momentanément sa cavité. |
Il est alors composé de cellules allongées , disposées sur deux couches. Sa cavité s’élargit, et sa surface interne devient sinueuse, par suite de la présence de sa couche muqueuse qui commence à se développer.
$ 9. Le foie, qui n’était l’abord qu'un amas de cellules appliquées contre la paroi extérieure de l'intestin, augmente rapidement de
“volume. Sa forme bilobée se montre de très bonne heure. Ses cellules, d’abord grandes, avec une vésicule graisseuse à leur “centre, deviennent plus petites, et acquièrent un noyau granuleux. Un prolongement tubuleux qui part de l'intestin et pénètre dans la masse du foie, le canal cholédoque, met cette glande en communi- ‘ation avec la cavité intestinale; mais on ne voit pas encore de vésicule biliaire. Il suit de là que les canaux exeréteurs ont une origine différente de celle du fôie lui-même; ils résultent d’un prolongement tubuleux de l’intestin , tandis que le foie est le produit d’une végétation celluleuse qui se fait à la surface de ce dernier. $ 10. Pendant la durée des modifications précédentes, qui différencient les parois de l’intestin en couches contractiles eten couches sécrétoires, ce tube reçoit un appareil vasculaire particulier, composé d’anses artérielles nombreuses qui l'entourent d’un lacis de vaisseaux. La veine qui reçoit le sang de tous ces vaisseaux (veine sous-intestinale), et que l’on peut déjà regarder comme une veine porte, se jette maintenant seule dans le vitellus ; la veine cave continue directement son chemin vers le cœur. L'établissement de la cireulation intestinale, en même temps qu’elle fournit au tube digestif le sang dont il a besoin pour sa nutrition, a donc pour résultat de diminuer la quantité de ée liquide qui se rendait au vitellus. Le cœur en reçoit une plus grande quantité et emploie cet excès de sang à la formation des ares vasculaires branchiaux ; substitution aussi simple qu’admirable, qui montre une fois de plus le rôle important que joue la circulation dans la formation des parties nouvelles comme dans le développement de ces parties. $ 11. Une formation parallèle à celle de l'intestin et à l’établissement de la circulation est celle de l'appareil sécréteur et excréteur de l'urine. Cet appareil, situé au-dessus du tube digestif, commence avec l'intestin; mais alors , c'est-à-dire à une époque rapprochée de son origine, on ne distingue que son tube excréteur (luretère) avec sa culatation terminale, qui a la forme etla position d’une vessie urinaire. Ce n’est que plustard, lorsque la circulation existe, qu'on aperçoit aussi l’organe sécréteur proprement dit, ou corps de Wolff, formé par un enroulement sur lui-même du tube excréteur. Cette apparition tardive de la glande, en comparaison de Îa for-
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mation en quelque sorte prématurée de son tube excréteur, nous montre l’étroite corrélation qui existe entre les sécrétions, la cireulation du sang et la respiration. Cette dernière fonction surtout faïsant intervenir d’une manière plus active l’oxygène de l’air comme condition essentielle du travail nutritif, on comprend la nécessité d’un travail éliminatoire particulier, et l'existence d'organes de sécrétion excrémentitielle.
$ 12. Pendant la durée de la période dont nous résumons les principaux traits, les appareils embryonnaires de la vie de relation continuent à se développer.
Les appareils locomoteurs surtout prennentun grand développement : la queue s’allonge rapidement; la nageoire embryonnaire entoure presque tout le corps ; les nageoires pectorales grandissent. Les éléments contractiles se perfectionnent de leur côté en prenant la forme de fibres ; cependant les stries transversales, qui les caractérisent plus tard, ne se voient pas encore. Enfin la corde dorsale augmente de volume, et les éléments qui la composent deviennent vésiculeux.
Les cylindres nerveux cérebraux , après s'être écartés , se rap- »rochent incomplétement, de manière à laisser entre eux trois cavits placées l’une au-devant de l’autre.
L’œil se complète par la formation du eristallin et de l’appareil choroïdal. Le cristallin présente plus tard des stries concentriques formées par des couches de fibres. Les otolithes se déposent et grossissent. Vers les derniers jours , le pigment se dépose dans la choroïde et dans diverses régions du corps. Ce dépôt se fait dans des cellules particulières préexistantes.
Enfin le petit Poisson éclot et nage avec agilité, mais non d’une manière continue ; quand il a fait quelques tours, il se laisse tomber, et reste quelque temps immobile, puis revient nager à la surface de l'eau pour se rapprocher de la couche d'air.