‹ Annales des sciences naturelles (volume 3)Chapitre 1 sur 52 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

En 1859, Huxley découvrait le premier, chez les Pyrosomes, un phénomène jusqu'alors sans analogue dans le règne animal: l’ascidiozoïde formé par l'œuf bourgeonne si rapidement et a une existence si éphémère que ce n’est pas lui, mais les quatre jeunes ascidiozoïdes qu’il a engendrés qui sortent de l’œuf à l’éclosion. Depuis lors, il semble que tous les efforts des ascidiologues se soient portés presque exclusivement à l'étude des Tuniciers nageurs, les Salpes, les Doliolum, les Anchinies, dont la reproduction présente en effet des particularités si curieuses.

Le développement des bourgeons, les lois de la succession des formes agames et des formes sexuées, le cycle de l’évolution de chacune de ces formes, ont fait le sujet de nombreux travaux de Salensky, de Todaro, d'Ülianin, de Brooks, de Grobben, de Barrois, etc., sans parler des observations qui datent d’une quarantaine d'années, et auxquelles ont attaché leurs noms d’éminents naturalistes, Müller, Krohn, Leuckart, Gegenbaur, Keferstein et Ehlers. |

En revanche, si chez les Ascidies composées, Ganin, Krohn, H. Milne-Edwards et Giard nous ont révélé l’exis-

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tence d’une reproduction par œufs et par bourgeons, les tentatives qui ont été faites en vue d'établir Le cycle de l’évolutivn des ascidiozoïdes de ce groupe, se comptent : quelques observations de Krohn chez les Botrylles, quelques autres plus récentes de Jourdain et c'est tout; on peut dire que la question reste entière. |

C'est ainsi, par exemple, que nous sommes sans aucune connaissance sur les relations qui existent entre la reproduction ovarienne et la reproduction blastogénétique chez une Claveline, un Polyclinien (Amarouque, Circinalium, etc.) ou un Didemnien quelconque. Quel est l’ordre de succession des deux modes de reproduction? comment s'opère la fécondation? etc.

Le cycle de l’évolution des membres de chacune des espèces d’Ascidies composées est à déterminer. M. Jourdain est le seul qui ait tenté d'établir l'ordre de succession des ascidiozoïdes à divers états de sexualité chez le genre Botrylloïides et encore n’est-il pas arrivé à des résullats satisfaisants.

La tunique parfois épaisse qui recouvre les ascidiozoïdes de ces colonies, le pigment parfois très abondant qui les imprègne, rendent les observations sur le vivant toujours irès difficiles et empêchent de suivre un jeune ascidiozoïde dans tout le cours de son évolution. C’est certainement la cause de l’abandon dans lequel les ascidiologues ont laissé les Ascidies composées, lorsqu'il s’est agi de suivre un même ascidiozoïde depuis le moment où 1l apparaît dans le cormus jusqu'à celui où il n’est plus représenté que par un petit amas granuleux, dernières traces de son existence. Non pas que les travaux anatomiques aient fait défaut : depuis longtemps Krohn, H. Milne-Edwards, Kovalewsky, Giard, et plus récemment Herdmann, Della Valle, van Beneden et Julin, Maurice et Lahille ont fixé les caractères anatomiques des diverses familles d'Ascidies composées; mais pour ces observations, les ascidiozoïdes sont extraits forcément de la tunique ou même débités en coupes minces, tandis que la transparence des Salpes, des Doliolum, des Pyrosomes, au

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contraire, donne la possibilité de suivre sur le vivant l’'évolution complète de chaque membre de la colonie et explique l’'empressement des ascidiologues à s'occuper de préférence de ces formes.

Les Ascidies composées présentent cependant, au moins chez les Botryllidés, des phénomènes aussi curieux que ceux des Salnes ou des Pyrosomes en ce qui concerne la reproduction. Je puis même dire que sous ce rapport les Botrylles ont avec les Salpes et les Pyrosomes des relations extrêmement étroites, ainsi que je l’établis dans le présent travail.

Une des particularités les plus remarquables de l’évolution de certaines Ascidies composées, c'est évidemment la précocité de leur bourgeonnement, et sous ce rapport encore elles se rapprochent des Pyrosomes.

Sile cyathozoïde des Pyrosomes, même avant son éclosion, a déjà produit quatre nouveaux bourgeons, on sail aussi que la larve de l’Asfellium spongiforme et celle du Pseudodidemnum (f. des Diplosomidés) éclosent avec un bourgeon tout formé, et Lahille a montré que les grosses larves des Diplosomoïdes Lacazi, riches en vitellus nutritif, présentent une dizaine de blastozoïdes douze heures seulement après leur éclosion.

Chez les Botryllidés, au contraire, d'aprèsles observations de Krohn, de Metschnikoff et de Della Valle, on a toujours admis que le bourgeonnement ne commençait chez la larve qu'après sa fixation ; il n’en est rien. J'ai vu l’apparition des premiers rudiments de jeunes blastozoïdes chez des larves très jeunes et encore enfermées dans l'enveloppe maternelle. A l’éclosion, l’oozoïde a déjà, sur le côté droit, une vésicule proéminente qui commence à se diviser par deux sillons latéraux, pour engendrer les sacs péribranchiaux d’un nouvel individu.

Dans les associations des Botrylles, ainsi que je l’ai reconnu, chaque blastozoïde meurt après qu'il a laissé échapper ses larves; mais auparavant il a confié aux générations suivantes les œufs qui n’ont pu être fécondés dans son sein en

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raison de leur jeune âge. Il résulte de ces faits que la fonction de reproduction est sans cesse en activité chez les Botrylles, et qu'établir le cycle de l’évolution de l’ascidiozoïde consiste essentiellement à faire l’histoire de la reproduction. Or, il se présente cette particularité bien bizarre chez les Botryllidés, c'est que les éléments sexuels émigrent d'une génération dans une autre par les tubes vasculaires et que, par suite, il devient impossible d'étudier la reproduction de ces animaux sans connaître les relations exactes des divers ascidiozoïdes d'un même système (1) d’abord, puis celles des divers systèmes qui composent un cormus tout entier.

C'est à l’embryogénie que j'ai demandé la solution de ces questions diverses. J’ai étudié en premier lieu le développement du bourgeon chez le genre Botryllus el ses relations avec le parent ; et comme je suis arrivé relativement à l’origine de certains organes, et en particulier de l'organe vibratile, à des résultats bien différents de ceux qui étaient admis jusqu'ici, pour pouvoir les généraliser s'il y avait lieu, j'ai étendu mes recherches sur ces différents points d’organogénèse (sac péribranchial, cavité périviscérale, organe vibratileetsystème nerveux) aux bourgeons du genre Botrylloïdes et aux larves des Botrylles et des Botrylloïdes.

En second lieu, après Krohn, Giard et Della Valle, j'ai reconstitué le processus de la formation du premier système d’ascidiodèmes (2) en parlant de la larve ; la méthode des coupes que j'ai employée m'a révélé certaines particularités fort importantes sur le bourgeonnement de la larve, les glandes sexuelles des premières générations, les relations vasculaires des diverses générations, qu un simple examen par transparence n'avait pu révéler aux savants que je viens de nommer.

Une fois le premier système constitué, j'ai recherché comment de nouveaux systèmes venaient s'ajouter à celui-là

(1) On sait qu’on désigne sous le nom de système, l'ensemble des individus groupés autour d’un cloaque commun.

(2) J’appelle ascidiodème l'ensemble constitué par un blastozoïde adulte et les jeunes bourgeons qu’il a engendrés et qui l'accompagnent à droite et à gauche. La figure 62, pl. VII, représente un ascidiodème isolé.

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et dans quel ordre les jeunes blastozoïdesse substituaient aux anciens, ce qui m'a permis de formuler les lois générales de la blastogénèse et de montrer que ces lois sontles mêmes chez les colonies en voie de formation et chez les colonies âgées.

Le rôle que jouent dans l’ascidiodème les blastozoïdes morts constitue l’un des traits les plus intéressants des associations de Botrylles. En étudiant le développement de l’appareil vasculaire colonial, j'ai vu que les tubes vasculaires d’un blastozoïde persistent après sa mort et servent à conduire les produits provenant de sa dégénérescence chez les ascidiozoïides survivants, où ils sont digérés. L’ascidiozoïde, une fois mort, sert de nourriture aux bourgeons qu'il a engendrés!

La troisième partie de mon travail est consacrée à l’étude du développement des glandes génitales, des membranes de la larve et des follicules testiculaires. On peut dire que c’est l’évolution des éléments sexuels qui imprime aux Botryllidés leur caractère tout spécial. Aussi ai-je apporté tous mes soins à cette étude : les modifications successives des glandes génitales chez un même blastozoïde ; — la migration des ovules, qui appartiennent à trois ou quatre générations successives avant d'atteindre leur complet développement ; — la fécondation de ces œufs par des spermatozoïdes qui appartiennent à la troisième ou quatrième génération suivante; — enfin, comme corollaire de tous ces faits, le cycle de l’évolution de l’ascidiozoïde, tels sont les points que J'ai exposés dans la dernière partie de ce travail, et que je ne suis parvenu à établir qu’à la suite de très nombreuses observations, répétées sur des colonies recueillies à chaque mois de l’année et que j'ai examinées entières ou débitées en coupes minces.

Dans ces recherches si délicates, je n’ai rien avancé sans être en mesure de l’appuyer sur des preuves multiples.

J'ai étudié les colonies par deux procédés différents, qui, à mon avis, pour bon nombre de questions, doivent se compléter et se contrôler mutuellement. Les unes ont été étudiées entières après dépigmentation par l’eau oxygénée, dont

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Paction est beaucoup moins brutale que celle de l’eau de Javel; seulement il est nécessaire de se servir ensuite de la trompe à eau pour enlever les nombreuses bulles de gaz qui remplissent les cavités du corps. ?

= On colore ensuite très légèrement par le carmin ou par l’hématoxyline. La surcoloration par le carmin boracique, suivie de la décoloralion partielle par l'alcool étendu d’HCI, m'a donné aussi de bons résultats.

Après un certain nombre d'essais sur lesliquides fixateurs, je me suis arrêlé à l'acide acétique cristallisable, employé déjà avec succès par V. Beneden dans ses recherches sur les Tuniciers et plus tard par Maurice. L’acide picrosulfurique, conseillé par ce dernier auteur, m'a donné aussi de très bons résultats. J'ai employé également la liqueur de Flemming. Les cormus, bien que retirés rapidement de l’eau de mer et plongés immédiatement dans le liquide fixateur, ont souvent le temps de se contracter. Il est préférable de les anesthésier au préalable par du chlorhydrate de cocaïne au millième. Quand les siphons, bien épanouis, ne se coniractent plus en les touchant avec une aiguille, on procède à la fixation.

M. F. Bernard, aide-naturaliste au laboratoire de malacologie, en excellent camarade et avec une obligeance que j'ai su apprécier, ma mis au courant de la confection des coupes etdes procédés de coloration que lui et Rémy Perrier ont employés dans leurs recherches sur les Prosobranches ; on les trouvera exposés tout au long dans leurs mémoires.

Les colorants que j'ai employés de préférence sont le carmin alunéet le carmin boracique. Ces carmins combinés avec le bleu de méthylène, employé avec succès par MM. Bernard et R. Perrier, m'ont donné aussi quelques belles coupes en double coloration. |

Le fragment de cormus est laissé quelques heures dans la solution de carmin aluné (temps variable avec la grosseur du fragment), lavé rapidement à l’eau distillée et mis vingt-quatre heures dans un bain d’alcool à 70°, en renouvelant celui-ci au moins deux fois, — puis vingt-quatre heures dans l'alcool

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à 90° — vingt- quatre heures dans l'alcool absolu en renouvelant celui-ci au moins deux fois.

Pour avoir des doubles colorations au bleu de Héthilète) le fragment est transporté successivement, au sortir de l’al cool à 70° dans des solutions alcooliques de bleu à 90° et à 100° {solutions au 1/4 ou même au 1/5). ;

On met ensuite l’objet une heure dans le toluène, qui se mélange à l'alcool et qui permet ensuite de passer dans le cèdre. Au bout de vingt-quatre heures dans ce dernier liquide, ou même de quelques heures en s’aidant de la trompe à eau, l'objet en est suffisamment imprégné pour pouvoir être mis dans un mélange de paraffine et de cèdre fondant vers 25 ou 30°, puis dans un mélange fondant vers 40° et enfin dans de la paraffine pure fondant vers 56°. Les coupes sont collées sur verre au moyen d'une solution de gélatine de 2à 3 p. 100, qui a l'avantage de faire étaler parfaitement les coupes quand elles sont enroulées.

Ce procédé de montage des coupes est celui que MM. Bernard et R. Perrier ont employé dans leurs recherches sur les Mollusques. |

J'ai employé aussi pour coller les coupes le mélange de collodion et d'essence de girofle, mais seulement quand elles étaient parfaitement planes et n'avaient pas besoin d’être étalées davantage, car elle se déroulent très difficilement avec ce liquide.

J'ai effectué ces recherches tant au Morloire de malacologie du Muséum qu’au laboratoire maritime de Saint-Vaastla-Hougue, où j'ai séjourné pendant une grande partie de la belle saison en 1889 et en 1890.

Je suis heureux d'exprimer à M. le professeur Edmond Perrier toute ma reconnaissance pour l'hospitalité si généreuse et si sympathique qu'il a bien voulu me donner dans ses deux laboratoires, et pour les conseils si autorisés et si bienveillants qu’il m’a prodigués au cours de mesrecherches.

Je remercie également M. le professeur Milne-Edwards qui, avec une Sbroétee extrême, a bien voulu présenter à

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| l Institut quelques-unes Œ mes notes et el le présent :

mémoire dans les Annales des Sciences naturelles ; mon excel-

lent ami Bouvier, professeur agrégé à l'École supérieure de

pharmacie, qui, lui aussi, ne m'a jamais ménagé ses encouragements el a présen{é plusieurs de mes communications à la Société philomathique; et enfin M. F. Bernard, aïide-

. naturaliste à la chaire de malacologie qui, comme je l'ai "40H déjà dit, m'a mis au courant du montage des coupes et des divers procédés de fixation et de coloration qu’il a em-

__ ployés dans ses recherches sur les organes palléaux des. D : Prosobranches.

ou DIVISION DU TRAVAIL

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