LA COLORATION DU PELAGE CHEZ LES INDRIS
Par GUILLAUME GRANDIDIER
Les Indris ou Babakoto, comme les appellent les Malgaches, n’habitent que la partie la plus chaude et la plus humide de Madagascar, c’est-à-dire le versant oriental de la chaine côtière de l’est, entre la région de Mahanoro et la baie d’Antongil. Malgré cet habitat très restreint, ils sont sujets à certaines variations de couleur dont quelques-unes constituent des races qui ont été quelquefois, mais à tort, décrites comme des espèces distinctes. L'Indris brevicaudatus, découvert en 1780 par Sonnerat, paraît devoir être considéré comme la forme typique de l'espèce. Il est noir, avec une tache blanche triangulaire très nette sur les reins. Une autre race à été signalée par Peters sous le nom d’Indris mitratus ; celui-ci se distingue du précédent par des taches blanches sur la tête et sur lesavant-bras ; ces animaux ont d’ailleurs été figurés dans le volume IX de l'Histoire de Madagascar d'Alfred Grandidier.
Récemment le Muséum a reçu la dépouille d’un autre Indris dont la robe paraît à première vue d’une teinte uniforme roux sale avec cà et là des taches d’une intensité de coloration plus grande. En étudiant plus attentivement ce remarquable spécimen, on voit que ces taches plus foncées correspondent à celles qui existent en noir chez l'Indris type. Il y a donc là un curieux exemple d’albinisme ou plutôt de décoloration, car, non seulement ce qui est en noir chez le type s’est transformé en couleur rouille clair, mais le blanc lui-même s’est sali et a acquis un peu cette même teinte.
Cet exemplaire adulte est de très grande taille, ses membres sont puissants el bien conformés, el son pelage est long et soyeux. Il provient des environs de Tamatave, c'est-à-dire à peu près au centre de l’habitat normal des Indris.
Par ÉDOUARD BLANC
La pisciculture et l'étude des Poissons d’eau douce ont, depuis quelques années, fait en France l’objet de travaux nombreux et de tentatives intéressantes et suivies, tant de la part des particuliers que des administrations publiques.
En outre de l'élevage, anciennement pratiqué, des quatre ou cinq espèces de Poissons qui constituent la population classique des étangs, on s'est fort appliqué tant à introduire dans nos eaux douces les espèces étrangères qui sont susceptibles d'y vivre qu'à multiplier et à conserver, en les utilisant et en les protégeant, les espèces indigènes plus ou moins rares qui existent dans les eaux courantes de nos pays. L'étude de leurs conditions biologiques a été, naturellement, la base essentielle de ces essais.
Des efforts analogues ont été faits dans les autres pays d'Europe, pour conjurer la dépopulation des rivières qui est l’une des conséquences du développement de l’industrie, et qu'il importe de compenser par des moyens artificiels.
Si nous jetons les yeux sur ce qui se passe chez les nations étrangères, nous voyons qu'aucun pays européen ne possède un réseau fluvial comparable à celui de la Russie, par son étendue, par la masse de ses eaux, par la variété des climats sous lesquels il s’étend, du Danube à la mer Glaciale et de
l'Europe centrale aux déserts d’Asie, aussi bien que par les dimensions des fleuves qui le constituent.
Les lacs, vastes et nombreux, qui communiquent avec les fleuves en question et qui constituent pour les Poissons des lieux de refuge et de reproduction, perfectionnent encore ce grand système de canaux d’eau douce.
La grande section et l'immense développement de ces fleuves, où le courant est très lent, permettent aux très grandes espèces, telles que les Esturgeons par exemple, qui ne peuvent se maintenir dans les rivières de l’Europe occidentale, de s’y conserver malgré les poursuites dont elles sont l’objet, et il en résulte dans la faune fluviale de ces contrées une variété telle que les formes de notre faune française y sont toutes pour ainsi dire enclavées.
Nulle part, non plus, en Europe, le Poisson d’eau douce ne tient autant de place dans l’alimentation du peuple. Car on sait que ces populations pauvres observent, de par leur religion, un très grand nombre de jours maigres dans l’année.
Nulle part la pêche ne tient autant de place dans la vie rurale. Des populations entières, riveraines des lacs et des grands fleuves, vivent principalement et presque uniquement de poisson, et de poisson d’eau douce, ce qui n’a lieu presque nulle part en Europe.
Des industries considérables ont pour objet de recueillir, de saler, de fumer, d'exporter ce poisson, suivant des règlements compliqués et souvent ingénieux. Certains des produits ainsi préparés, le caviar par exemple, atteignent des prix très élevés. D’autres, plus vulgaires, commencent à pénétrer fréquemment sur nos marchés occidentaux.
Aussi est-il intéressant pour nous de nous tenir au courant de ce qui a pu être fait en Russie, tant au point de vue de la pisciculture qu'à celui de la pêche fluviale.
A priori, il semble évident que les règlements de pêche en usage en Russie, aussi bien que les procédés de pisciculture ou les procédés industriels d'exploitation, de préparation ou de vente des Poissons d’eau douce dans cette con-
trée, doivent mériter d’être étudiés par les spécialistes des autres pays.
D'assez nombreux travaux administratifs ou statistiques, dont plusieurs fort détaillés, ont été écrits en Russie, au point de vue pratique ou législatif, sur ces matières.
D'autre part, des naturalistes distingués, de nationalité russe, ont écrit sur la faune ichthyologique des eaux douces de leur pays. Leurs ouvrages sont nombreux et conscien- Cieux.
Malheureusement, ces ouvrages, comme cette législation, sont à peu près leitre close pour les Occidentaux, et restent ignorés d'eux, à cause de l'emploi de noms spécifiques qui semblent des énigmes aux Français, et dont l’identification zoologique est difficile ou incertaine. À cet obstacle
viennent encore se joindre, accessoirement, les difficultés
qui résultent de l’emploi, dans ces textes, de la langue russe, peu connue en France, et de l'écriture russe, que peu de gens chez nous savent déchiffrer.
Les produits commerciaux provenant de la pêche sont plus difficiles encore à identifier que les espèces décrites par les zoologistes dans les livres d'histoire naturelle. Car ces produits, mutilés et dénaturés, nous arrivent sous des noms conventionnels ou locaux.
La difficulté résultant de la rareté de la connaissance de la langue russe parmi nous pourra s’atténuer avec Le temps, à mesure que deviendront plus fréquentes et plus suivies les relations internationales. Mais la difficulté zoologique subsiste : l’étude des conditions biologiques de telle ou telle espèce, faite par des savants, des pêcheurs ou des éleveurs russes, au prix de longs et consciencieux efforts, perd tout son intérêt ailleurs, et l’on ne saurait se risquer, dans d'autres pays, à en faire des applications, si l’on ne sait pas avec certitude de quelle espèce zoologique il est question. On risquerait d'aboutir à de ces déboires qui rebutent les pisciculteurs les plus zélés.
C'est pourquoi nous avons pensé faire un travail utile
en établissant un répertoire qui donne, avec sûreté et avec précision, la concordance des noms zoologiques des espèces composant la faune ichthyologique de la Russie avec les noms indigènes, si difficilement déchiffrables et reconnaissables, dont les naturalistes français, aussi bien que les éleveurs et les négociants d'Occident, sont maintenant conduits à S occuper d’une façon de plus en plus HARAS et de plus en plus suivie.
Nous avons été aidé dans cette tâche surtout par deux ouvrages russes. L'un est celui de M. Sabaniceff (1), classique depuis longtemps en Russie pour tous ceux qui s'occupent de la zoologie des Poissons d’eau douce et de la pisciculture. L'autre, plus récent, est celui de M. Varpakhovsky (2). publié en 1898, et qui, sous une forme plus résumée et plus abrégée, répond fort bien au but qui nous occupe. A citer aussi un bon ouvrage de M. Zolotnitchky sur les aquariums d'eau douce (3).
Nous avons utilisé d'autre part les documents qui nous ont été fournis par divers savants russes lors des congrès auxquels nous avons pris part, et notamment lors du Congrès international de zoologie de Moscou, auquel nous avons participé en 1892.
Enfin l'Exposition de Nijni Novgorod, en 1896, à laquelle nous avons assisté en qualité de délégué français, et où la section de la pêche avait un très grand développement et était admirablement organisée, nous a fourni des éléments nombreux, variés et très précis sur la matière.
Nous avons mis d'autre part en œuvre les matériaux que nous avons pu recueillir sur cette matière depuis dix ans dans les diverses parties de l’empire russe où nous avons séjourné et où nous avons suivi toujours avec intérêt les
(1) L.-P. Sabanieeff, Ribi Rossiy. Jizn 1 lovlia nachikh priesnovodnikh Rib 2 vol. in-8°. Moscou, Gautier, 1875 et suiv.
(2) N.-$S. Varpakhovsky,Opredialitel priasnovodnikh Rib Evropeiskaï Rossiy. 4 vol. in-8°. Saiut-Pétersbourg, A.-S. Souvorine, 1898.
(3) N.-0. Zolotnitchky, Akvarioum lubitelia, 1 vol. in-4°. Moscou, Karlzoy,
questions se rattachant à l’ichthvologie, questions si bien étudiées par les savants de ce pays.
Le mémoire que nous présentons aujourd'hui comprend deux parties.
La première est un catalogue systématique des Poissons d’eau douce de la Russie d'Europe, dans l’ordre de leur classification naturelle. A la suite de leur nom scientifique sont indiqués les noms usuels qu'ils portent en Russie.
La seconde partie de ce travail est un répertoire alphabétique des noms russes, permettant de faire la recherche inverse, c'est-à-dire, étant donné un nom usuel, en langue russe, de trouver immédiatement à quelle espèce de Ia nomenclature zoologique il correspond.
Indications typographiques. — Les noms usuels français, lorsqu'il en existe, sont indiqués entre parenthèses à la suite du nom latin. |
Les espèces qui n'existent pas dans la faune française sont marquées d’un astérisque ”.
Parmi les noms russes cités à la suite du nom de chaque espèce, le nom véritable, généralement admis en Russie par les personnes au courant de la zoologie, et ne pouvant donner lieu à aucune équivoque, est imprimé en caractère ualique et cité le premier. Les autres noms, impropres, locaux, ou faisant double emploi, sont cités à la suite, dans le même caractère. Parmi ceux-ci, nous n'avons mentionné que ceux qui, bien que parfois impropres, sont cependant usuels et d’un emploi assez général dans certaines régions assez étendues. C’est ainsi par exemple que la Loche, dont le nom vulgaire en russe est Vioun, est improprement appelée Ougor (Anguille) dans une très grande partie de la Russie. En pareil cas, nous avons mentionné, en seconde ligne toutefois, les noms ainsi détournés de leur acception véritable. Quand ces transpositions sont très localisées, nous nous sommes abstenus de les mentionner, pour ne pas multiplier outre mesure les noms d’espèces correspondant à chaque appellation vulgaire et pour ne pas rendre la nomenclature inextricable.