VI. — RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DES CYNANCHUM A FEUILLES MALGACHES
Au point de vue de la répartition géographique des Cynanchum à feuilles de Madagascar, le fait dominant qu'il faut tout de suite mettre en relief, c’est la prédominance marquée de ces Cynanchum dans le domaine du Centre, où l’on rencontre en effet dix-huit espèces, alors que les domaines de l'Ouest, du Sambirano, du Sud-Ouest et de l'Est comptent seulement et respectivement quatre, une, deux et quatre espèces (1).
faisait abstraction de l'appareil végétatif, on pourrait croire que l’on se trouve en présence d’une seule et même espèce ». Cette affirmation n'est-elle pas, à la lumière des faits que nous avons signalés plus haut, à propos du polymorphisme du C. lineare, susceptible d’être modifiée ; autrement dit le C. napiferum ne serait-il pas une simple modification de forme du C. lineare ? Nous ne le pensons pas. En effet, le C. lineare n’a des feuilles élargies que lorsque ses tiges poussent dans les bois et ls broussailles ou dans les endroits où la végétation arborescente a été récemment brûlée. Lorsque dans les prairies de date un peu ancienne, il a des tiges dressées, les feuilles sont bien linéaires. Or le C. napiferum, qui est dressé et de petite taille, a des feuilles ovales. D'ailleurs il est à cet égard deux documents particulièrement probants ; ce sont les plancies XVIII et XIX de notre mémoire de 1914, représentant la première un pied de C. lineare et la seconde quelques pieds de C. napiferum. I] semble bien, en comparant ces deux échantillons, qu'ils appartiennent à deux espèces différentes et nous croyons pouvoir affirmer — tout au moins dans l’état actuel de nos connaissances — que le C. napiferum doit être maintenu comme entité spécifique distincte du C. lineare, bien que les fleurs présentent une très grande ressemblance dans les deux cas.
(1) I y a lieu de mettre tout à fait à part dans ce chapitre de la répartition géographique le C. comorense, qui n’est pas connu à Madagascar, mais seulement dans l’archipel des Comores. D’autre part nous ne possédons aucun renseignement sur la dispersion géographique du C. obosatum Dcne, représenté dans l’herbier du Muséum de Paris par deux échantillons, un de Dupetit-Thouars (qui a servi à Decaisne à créer son
espèce) et un autre de Humblot, mais tous deux sans indication de localité.
Dans le DOMAINE DES PLAINES ET PLATEAUX DE L'OUEST ET DU NorD (1), on connait quatre Cynanchum. Deux d’entre eux paraissent spéciaux à ce domaine ; ce sont le C. erythranthum Jum. et Perr. du Tampoketsa de la rive gauche de la Mahavavy (Ambongo) et le C. Danguyanum Choux, commun dans lAmbongo et le Boina, que l’on trouve aussi plus au Nord à Maromandia (non loin du domaine de Sambirano), et qui d’autre part existe sur les confins du domaine du Centre, puisque M. Perrier de la Bâthie l’a trouvé à Midongy par 900 mètres d’altitude. Par contre, le C. papillatum Choux, de la vallée de la Loky, se retrouve dans le domaine du Centre, et le C. Eurychiton Dene, rapporté autrefois par Bojer de la baie de Bombetoke, existe également à Nossi-bé et à Nossi-Mitsio ; c’est d’ailleurs le seul Cynanchum à feuilles du DOMAINE DU SAMBIRANO.
Dans le DOMAINE SUBDÉSERTIQUE DU SUD-OUEST, il nous faut signaler deux espèces, le C. pachycladon Choux, du bassin du Fiherenana, et le C. Decaryi Choux, qui existe à la fois sur le plateau Mahafaly près du Menarandra, et à Ambovombé.
Dans le DOMAINE DES PLAINES ET BASSES MONTAGNES DE L'EST, nous connaissons le C. masoalense Choux, de la forêt orientale, à Masoala, et le C. analamazaotrense de la forêt d’Analamazaotra (800 mètres d'altitude), qui, comme on le sait, est située dans la zone où la forêt orientale passe insen-
(1) Nous avons adopté ici, comme dans nos travaux antérieurs, les subdivisions phytogéographiques établies par M. Perrier de la Bâthie dans son bel ouvrage, désormais classique, sur La végétation malgache (Ann. du Mus. col. de Marseille, 1921). Par contre, nous avons utilisé pour désigner ces subdivisions, non pas la terminologie initiale de M. Perrier de la Bâthie, mais celle, plus conforme avec les règles actuelles de la phytogéographie, qui, après avoir été proposée par M. Humbert, dans son remarquable travail sur Les Composées de Madagascar (Mém. Soc. Linn. de Normandie, t. XX V, 1923), vient d’être tout récemment adoptée par M. Perrier de la Bâthie lui-même dans une étude sur les trois grands massifs de Madagascar : Le Tsaratanana, l’Ankaratra et l’Andringitra (Mém. de l’Académie malgache, fase. IIT, 1927).
en
siblement à la forêt du Centre. Mais ces espèces sont-elles les seules de ce domaine, ou faut-il y ajouter encore les C. eurychitoides K. Sch. et madagascariense K. Sch., trouvés par Scott-Elliott dans la région de Fort-Dauphin ? On ne peut malheureusement être catégorique à ce sujet. En effet, Fort- Dauphin est sur la limite du domaine de l'Est (1) et du domaine du Sud-Ouest et les espèces récoltées dans cette région par Scott-Elliott proviennent les unes manifestement du domaine du Sud-Ouest et les autres du domaine de l'Est. Cependant, le C. madagascariense, que l’on connaît aussi dans le domaine du Centre, notamment au mont Bekinoly, près de Zazaïotsy, aux alentours du mont Belambana, aux environs d’Ambalava, et plus au Nord à Itremo dans les bois des pentes occidentales, serait, précisément en raison de ces autres habitats, plutôt du domaine de l'Est que de celui du Sud- Ouest. Par contre, nous ne possédons aucune indication de ce genre pour le C. eurychitoides, que Cloisel a récolté lui aussi à Fort-Dauphin, mais sans préciser plus que Scott-Elliott.
En tout cas, dans ces divers domaines : Ouest, Sambirano, Sud-Ouest et Est, on ne connait que onze Cynanchum, alors que dans le seul DOMAINE DES HAUTS PLATEAUX ET HAUTES MONTAGNES DU CENTRE, on en signale dix-huit, sur lesquels tous sont spéciaux à ce domaine, sauf le C. madagascariense, dont nous venons de parler et le C. papillatum que l’on retrouve dans l’Extrême-Nord. Certaines de ces espèces spéciales ont dans ce domaine une aire de répartition assez étendue.
C'est ainsi que le C. subcoriaceum Schltr. existe dans presque toute la longueur du domaine du Centre, puisqu’en allant du Nord au Sud on le trouve à la Montagne d’Ambre (800 mètres), au mont Tsaratanana (2.000 mètres et 2.500 mètres), dans la forêt d’Analamazaotra (950 mètres) et ses environs
(1) Dans le cours de notre exposé, nous avons employé, pour désigner les différents domaines, les abréviations de domaines de l’Est, du Centre, du Sambirano, de l'Ouest et du Sud.
LES CYNANCHUM À FEUÎLLES DE MADAGASCAR 67
(1.000 mètres), sur les pelouses à xérophytes de l’Ankaratra (2.200 mètres), dans les bois d'Ankafina, sur la falaise orientale dans la région du Haut-Mananjary (forêt à sous-bois herbacé, 1.100 mètres) et à La Mandraka (1.200 mètres), enfin dans le massif d’'Andringitra (1.800 mètres) et dans la forêt à l'Est d’Ivohibé (1.000 mètres).
Le C. lineare N.-E. Br. à également une aire de répartition assez large, puisqu'il a été récolté sur la cime du Ketsa, dans le Tampoketsa d’entre le Bemarivo et la Mahazamba, dans les bois des pentes occidentales aux environs d’Antsirabé (1.600 mètres), au mont Ibity au sud d’Antsirabé (2.000 mètres), au mont Andronomongitsy près de Ranomainty (1.600 mètres), entre la Mania et l’'Ivato (1.500 mètres), enfin dans la partie est du massif d’Andringitra (1.600 mètres).
Sont encore connus dans plusieurs stations :
le C. leucanthum K. Sch., signalé dans les bois des pentes occidentales à Manerinerina (1.500 mètres), au mont Angovokely, dans la forêt à sous-bois herbacé (Imerina, 1.400 mètres), dans les bois d’Andrainarivo (Imerina), sur les bords de l'Onive près de Tsinjoarivo (1.300 mètres), et dans la forêt d’Ankafina ;
le C. andringitrense Choux, trouvé à Tsinjoarivo (1.400 mètres), dans une île de l’Onive au-dessus de Tsinjoarivo, au mont Ibity au sud d’Antsirabé (2.000 mètres-2.300 met res), aux environs d'Ambatofangena (1.800 mètres), et dans le massif d’Andringitra (1.600 mètres) ;
le C. repandum Dene, trouvé sur l’Onive près de Tsinjoarivo (1.400 mètres) et dans le massif d’Andringitra (2.200 metres) (1).
(1) Dans le Prodrome, Decaisne signale que le C. repandum se trouve dans la baie de Bombetoke. Mais M. Perrier de la Bâthie n’ayant point rencontré ce C. repandum dans le domaine de l'Ouest et l'ayant récolté dans le domaine du Centre et à des altitudes assez élevées, nous nous demandons si le renseignement de Decaisne est bien exact et nous avons cru préférable de ne pas en faire état pour le moment.
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Par contre sont, dans l’état actuel de nos connaissances tout au moins, d’une dispersion plus limitée :
le C. tsaratananense Choux, du massif du Tsaratanana (1.700 mètres) ;
le C. bojerianum Dene, de Manerinerina, sur le Tampoketsa d’entre l’Ikopa et la Betsiboka (1.500 mètres) :
le C. fimbriatum du même Tampoketsa ;
le C. moramangense Choux, des environs de Moramanga (350-900 mètres) :
le C. angavokeliense Choux, du mont Angavokely (1.800 mètres) ; le C. cucullatum N.-E. Br., du mont Ambohitrakoholahy (mont Ankaratra) (1).;
le C. napijerum Choux, de la prairie centrale aux environs de Tsinjoarivo (1.500 mètres) :
le C. Jumellei Choux, des prairies de l’Ankaratra (2.000 mètres) et de l’Est d’Antsirabé (2.000 mètres); ,
les C. appendiculatum Choux et pycnoneuroides Choux, du massif d’Andringitra (1.800 mètres-2.500 mètres) (2).
Quant au C. Baront Choux, Baron indique, à propos de lun de ses échantillons (n° 2822), que c’est une espèce du Centre, alors qu’un autre porte la mention «chiefly from North-West Madagascar ». Mais le Nord-Ouest de Madagascar est un mot bien vague qui ne signifie pas forcément que la plante ait été récoltée dans ce que M. Perrier de la Bâthie considère comme le domaine de l'Ouest. Aussi, jusqu'à plus ample informé, nous considérerons cette plante comme appartenant au domaine du Centre.
(1) Localité indiquée par Baron dans le Compendium des plantes malgaches. .
(2) On connaît plusieurs espèces de Cynanchum à feuilles dans le massif d’Andringitra. Indépendamment des C. appendiculatum et pycencneuroides qui ne sont connus que là, on y retrouve encore les C. andringurense, lineare, papillatum, repandum et subcoriaceum. D'autre part, si le C. pycnoneuroides est à souche rampante, les six autres espèces sont pourvues de tubercules.
Enfin deux espèces ne sont pas spéciales au domaine du Centre ; ce sont le C. madagascartense dont nous avons précisé plus haut la dispersion géographique et le C. papillatum, qui existe dans le Tampoketsa d’Ankazobé (1.700 mètres), au Sud de Tsinjoarivo (1.400 mètres) et dans le massif d’Andringitra (2.000 mètres).
La répartition géographique que nous venons d'indiquer peut être résumée dans le tableau suivant.
A. — DoMAINE DE L'OUEST
C: Danguyanum ...:. Maromandia .......... Decary,. fév. : 1923 (n° 41502), mars 1923 (n° 1519 et 4528), juin - 1923 (no 2112).
Plateau du Tampoketsa
Ambongo et Boina .. Perrier.
NIdON y ER Arr Perrier, mars 1919 (n° 12520).
C. erythranthum .... Tampoketsa de la rive gauche de la Mahavavy (Ambongo) ... Perrier, 1904.
(Seulement dans le domaine de l'Ouest).
C. papillatum . ..... Vallée de la Loky .... Perrier, sept. ‘1909 (n° 8999).
(Aussi dans le domaine du Centre).
C. Eurychiton ...... Baie de Bombetoka ... Bojer. (Aussi dans le domaine du Sambirano).
B. — DoMAINE DU SAMBIRANO CEUrYCRUONS 2.0.7 NOSSÉDÉ ra cree Bojer.
: NOSSIDEr ee ne Boivin, 1849 (n° 2079
ter).
Nossi-Mitsio :........ Hildebrandt, mars 1880 (n° 3367).
(Aussi dans le domaine de l'Ouest).
C. — DomaINE Du SuDp-OUuEsT C. pachycladon ..... Bassin du Fiherenana Perrier, oct. 1924 (n° 16602).
CRDecaryr eee Plateau mahafaly, près du Menarandra .... Perrier, juin 1910 (n9 11664).
Ambovombé ......... Decary, juin 1914
(n9 2807 et 2863).
(Seulement dans le domaine du Sud-Ouest).
D. — DomaINE DE L’EsT C. masoalense ..... Masoala (forêt oriental) Pers see Perter. 71001 1919
C. analamazaotrense. Forêt d’Analamazaotra Perrier, fév. 1921 (n° 46024).
C. eurychitoides .... Près de Fort-Dauphin . Scott-Elliott (n° 2629) Fort-Dauphin ........ Cloisel (n° 104).
(Seulement dans le domaine de l'Est).
C. madagascariense . Près de Fort-Dauphin . Scott Elliott (n° 2882) :
(Aussi dans le domaine du Centre).
E. — DomaINE pu CENTRE C. subcoriaceum .... Montagne d’Ambre ... Perrier, nov. 1909 (n° 11658).
Mont Tsaratanana .... Perrier, déc. 1912
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