‹ Annales du Muse colonial de Marseille (volume 5)Chapitre 56 sur 62 · LES CRE · texte numérisé non relu

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par M. JEAN MOTTE,

‘Chef de Travaux de Botanique à la Faculté des Sciences de Montpellier ; détaché à la Maison Franco-Japonaise de Tokio

L'empire japonais s'étend parallèlement à la côte orientale de l’Asie sur une longueur de 3.500 kilomètres, réalisant une superficie totale de 387.915 kilomètres carrés, peuplés de 90.395.041 habitants (1). Le Japon proprement dit représente à lui seul plus des deux tiers de cette population, soit 64 millions 447.724 habitants, nombre d’ailleurs en progression constante comme en témoignent les chiffres suivants :

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Actuellement la population augmente encore annuellement d'environ 1.000.000 d'habitants.

Le riz forme la base de l’alimentation du peuple japonais. Mais la production nationale est actuellement insuffisante, et l'importation de riz étrangers (2) est devenue nécessaire. La situation insulaire du Japon et l’accroissement constant de sa population font donc de cette question alimentaire un problème d’ordre primordial. Or à ce jour, sur les 387.915 kilomètres carrés qui représentent la superficie du Japon, 58.200 seulement, soit 15 p. 100, correspondent à des terres arables. -

(1) Recensement de 1930.

(2) Provenant surtout d’Indo-Chine.

Encore convient-il de noter que, en raison des exigences de sa culture, 31.054 kilomètres carrés seulement de plaines

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Hay Dejua rléments où les deux cultures sont simullanees.

Fic 1. — Carte des régions de culture du konnyaku au Japon.

irrigables peuvent être plantés en riz. On devait donc songer à défricher et à donner à la culture les 329.715 kilomètres carrés de terrains encore vierges. Mais l’estimation actuelle

ne porte guère qu’à 1.000.000 d'hectares les terres susceptibles d’être utilisées, dont 300.000 seulement peuvent devenir des rizières. La culture du riz est ainsi vouée à des limites impossibles à dépasser.

Le konnyaku dort nous ferons ici l’histoire, et qui est 'Amorphophallus Rivieri Dur. var. Konjac, de la famille des Aracées, a, sur le riz, le grand avantage d’être très rustique. Il peut être cultivé, pour son tubercule, dans les montagnes non irriguées et y donner 2.000 à 3.000 yen de bénéfice à l’hectare. On peut aussi associer sa culture à celle du Paulownia et surtout du mürier, dont les exigences sont à peu près les mêmes, parce que le konnyaku se manutentionne pendant la morte saison de la sériciculture. Cultivé dans ces conditions, le konnyaku donne encore au paysan japonais un revenu de 1.000 yen à l’hectare, et ce revenu est susceptible de s’accroître parce que, ainsi que nous le verrons par la suite, le konnyaku, n’étant pas seulement utilisé pour lalimentation, mais pour d'innombrables usages, est de plus en plus recherché.

L'AMORPHOPHALLUS RIVIERI

Distribution géographique. — Le genre Amorphophallus, dont fait partie le konnyaku, appartient aux régions tropicales et sous-tropicales pluvieuses, et à la zone tempérée humide. On le rencontre dans l’Asie continentale (presqu'’ile de Malacca, Indochine, Chine méridionale) et au Japon (iles de Kyushu, Ryushu et Formose), où il est représenté par 62 espèces. Il existe en Océanie, dans les îles du Pacifique et en Australie, où il est représenté par 5 espèces. On le trouve enfin en Afrique, où il est représenté par 33 espèces. Soit au total, 100 espèces (au moins), dont les deux tiers sont originaires de l’Asie.

Parmi ces dernières, 6 sont spontanées dans les îles du Japon:

Amorphophallus gigantiflorus Hayata.

Amorphophallus Henryi N. E. Brown.

Amorphophallus hirtus N. E. Brown.

Amorphophallus Kiusiana Makino.

Amorphophallus Rivieri Durieu, var. Konjac Engler.

Amorphophallus shichitoensis Makino.

Toutefois le konnyaku, tel qu’il est actuellement cultivé, paraît répondre non seulement à l’A. Rivieri var. Konjac, indigène dans Kyushu, Ryushu, Formose et Luçon, mais aussi à l’A. Rivieri, type spécifique originel de la variété japonaise. L’A. Rivieri, originaire de l’Inde antérieure, de la Cochinchine et de la Chine, était cultivé dans la Chine méridionale qui est aussi le berceau de son utilisation. Il aurait été importé au Japon dans les années d’Engi (901-922 de notre ère), et cultivé simultanément avec la variété japonaise.

Le konnyaku se trouve à peu près partout au Japon, sauf dans le Hokkaïdo, où cependant la plante se développe bien. Mais la quantité de farine produite est moindre, et l'hiver, plus rigoureux, y rend la conservation des tubercules difficile d’une année à l’autre. Dans les autres îles, ce sont évidemment les départements où la production du riz est médiocre qui se sont adonnés à la culture du konnyaku. Parmi eux, on cite surtout Ibaraki, Gumma, Nagano, Fukushima, Akita, Shizuoka, Archi, Okayama, Hiroshima, Tokushima et Miyazaki.

Synonymie. — Les divers noms botaniques {donnés au konnyaku par les divers auteurs sont les suivants :

Amorphophallus Rivieri Durieu.

Amorphophallus Rivieri Dur. var. Konjac Engl.

Amorphophallus Konjac Koch.

Arisama Konjac Koch.

Brachyspathe Konjac Koch.

Gonophallus Konjac Schott, Franchet et Savatier.

Dracontium polyphyllum Thunberg.

Hydrosme Riviert Engler.

Proteinophallus Rivieri Hooker.

Tapeinophallus Rivieri Ball. (err.).

Morphologie. — 1 Amorphophallus Rivieri est une plante vivace, possédant un tubercule qui donne chaque année une

F1G. 2. — Amorphophallus Konjac entier, non fleuri (4’après Hooker).

feuille unique, et, après environ cinq ans, une inflorescence analogue à celle des autres Aracées.

La feuille. — Le tubercule donne au printemps une pousse, enveloppée de deux écailles bractéales qui se déchirent pour laisser passer l’unique feuille, d’abord enroulée, puis épanouie à l’extrémité d’un long pétiole (fig. 2). Ce dernier a 60 à 90 centimètres de longueur. Sa section est circulaire, et son diamètre de 2 à 6 centimètres (1). Il est vert, plus clair et légèrement teinté de rose à sa partie supérieure, avec des taches vert foncé, de contour irrégulier, quelquefois cernées de brun, plus ou moins denses et confluentes. L’extrémité distale du pétiole se divise en trois, chaque ramification correspondant à un segment ; et il y a ainsi un segment impair et deux autres pairs et symétriques. Chacun a environ 55 centimètres de longueur ; mais, à cause de leur inclinaison sur le pétiole, l’ensemble de la feuille n’a guère que 90 centimètres de diamètre. Les segments se resubdivisent en lobes peu nombreux, eux-mêmes incisés en lobules plus ou moins irrégulièrement alternes de part et d’autre des nervures, qui sont, ainsi qu’à l’ordinaire, saillantes à la face inférieure, déprimées à la face supérieure, et bordées d’un peu de limke.

Ga

F1G. 3. — Plante fleurie (d’après HookEeR). Ë :

L’inflorescence. — L'’inflorescence

apparaît lorsque le tubercule atteint sa cinquième ou sixième

(1) Ces mesures varient, bien entendu, suivant l’âge, et par conséquent suivant les dimensions du tubercule.

année. Le bourgeon printanier donne alors (fig. 3), au lieu d’une feuille, le pédoncule floral, haut de 30 centimètres environ. Il est, lui aussi, d’un vert plus ou moins clair, avec des taches d’un vert brunâtre, quelquefois cernées de brun. La base du pédoncule est entourée d’écailles brun clair. Son sommet porte

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