BRESIL
L'insuffisance qui est à prévoir après la guerre dans la production cotonnière, pour les raisons plus haut exposées, doit encourager le Brésil à étendre une culture qui, jusqu'alors, dans l’Amérique du Sud, est restée relativement restreinte. On admet ordinairement, dans les statistiques générales, que sur une production mondiale de 22 millions environ de balles (toutes rapportées à 227 kilogrammes), le Brésil apporte une contribution de 300.000.balles. Ce chiffre même est exagéré si nous nous reportons à la statistique brésilienne de 1913, qui n'indique que 37.424 tonnes, au lieu des 68.100 que devraient représenter les 300.000 balles (1).
En 1914, le Brésil a exporté 30.434 tonnes.
Quant à l’année 1915, diverses raisons en ont rendu les exportations de coton tout à fait anormales. D'abord, la grande sécheresse de cette année-là, dans le Nord, a fortement diminué la production, puis les entraves apportées à la navigation ont encore naturellement exercé leur influence, et, entin, le produit a été retenu sur place par les industries textiles, qui, en raison de la raréfaction et de la hausse énorme de Ia matière première, ont même demandé l'établissement dun droit prohibitif de sortie. En définitive, le Brésil n’a
(1) Le chiffre de 300.000 balles ne serait d’ailleurs pas encore exact si nous admettions qu'il s’agit de balles brésiliennes de 80 à 82 kilo- grammes.
livré, en cette année 1915, au commerce extérieur que 5.228 tonnes de coton (1).
En valeur, les exportations de coton de ces trois années 1913, 1914 et 1915, ont été respectivement de 57, 36 et 7 millions de francs.
En 1913, les exportations totales du Brésil (2) étaient d'une valeur de 1.621.225.000 francs, sur lesquels le café (13.267.000 sacs de 60 kilogrammes) comptait pour un milliard 19.450.000 francs et le caoutchouc pour 259.375.000 francs. Le coton se place au second rang en quantité, et au troisième en valeur.
Que les Etats du Brésil, où le sol est favorable au cotonnier et où de grandes surfaces restent disponibles, s’adonnent à cette culture, et le Brésil pourrait devenir pour le coton un grand pays producteur.
Au reste, les administrations locales s’en rendent parfaitement compte, puisque, par décret en date du 5 août 1916, l'Etat de Bahia offre la disposition gratuite, pendant cinq années, de certaines terres domaniales à des planteurs de coton, brésiliens ou étrangers, ou aux personnes qui, n'étant pas elles-mêmes des agriculteurs, désirent fonder des colonies agricoles en vue de la culture du cotonnier. A la fin de ces cinq ans, la pleine possession de ces terrains sera acquise aux personnes qui ont cultivé ou qui ont fondé la colonie. Dans le cas, par contre, où, à l'expiration des cinq années prévues, les terres ne seraient pas en état de culture effective, elles feraient retour à l'Etat de Bahia. Ce dernier offre également des facilités pour la distribution de la semence et s'engage à appointer un ou plusieurs spécialistes pour instruire Jes producteurs sur les méthodes de plantation et le traitement des maladies,
(1) D’après des renseiznements tout récents, le Brésil produirait actuellement 248 millions de francs environ de tissus de coton et en importerait d'Europe et des Etats-Unis 12 à 13 millions
(2) Dans les statistiques d’un précédent fascicule de ces Annales (3e série, 4° volume, 32 fascicule, p. 177), nous n’avons pas suffisamment précisé que, dans le tableau donné, les exportations citées étaient les exportations du Brésil pour le premier semestre de 1915.
Pendant que, à Liverpool, le coton américain passait de 7 d. 08 à 11 d. 17 la livre, celui de Pernambuco passait de - 7 d. 52 à 11 d. 92. Le produit brésilien est donc apprécié.