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PREMIÈRE PARTIE

Les Cypéracées de Madagascar n'ont encore donné lieu à aucun travail d'ensemble ; les plantes recueillies par les explorateurs des xvirf-xix° siècles ont été en grande partie déterminées et décrites, soit par les botanistes anciens comme Poiret, Kunth, Steudel, soit plus récemment par Boeckeler, Clarke, Ridley, Baker et autres; mais ces divers auteurs ont consigné les résultats de leurs travaux dans des ouvrages généraux ou dans des notes partielles, en se bornant du reste le plus souvent à donner les diagnoses des espèces nouvelles. La liste des espèces malgaches n'a encore été dressée que dans les catalogues de Baron let de Palacky ?.

Les matériaux les plus anciens que nous possédions sur Madagascar sont principalement ceux de Bojer, Commerson et Dupetit-Thouars ; ils ont surtout un intérêt historique et ne nous renseignent nullement sur la répartition des espèces à l'intérieur de l’île, car les indications de localités et de stations font généralement défaut ; les exemplaires sont de plus

{. Baron (R.), Compendium des plantes malgaches, in Revue de Madagascar, VIT (1906), p. 826-834. — L'auteur mentionne généralement la région où se trouve chaque .plante, mais rarement la localité précise. Plusieurs déterminations inexactes ont été rectifiées ullérieurement par Clarke.

2. Palacky (J.), Calaloqus plantarum madagascariensium, Prague, I (1906, p. 30-45).— C'est une compilation des documents épars dans la littéralture botanique ; les localités ne sont que très rarement indiquées et beaucoup de noms font double emploi.

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trop souvent insuffisants. Il en est tout autrement des récoltes plus récentes de Pervillé, Boivin, Hildebrandt, Baron et quelques autres, qui ont servi de base à nos connaissances sur la flore cypérologique de Madagascar et permis d'évaluer approximativement à 200 le nombre des espèces signalées, à tort ou à raison, dans l'île, à la fin du xix° siècle.

Les explorations toutes récentes de MM. Perrier de la Bâthie, d'Alleizette, Viguier et Humbert viennent nous fournir des matériaux d'étude de premier ordre, par leur abondance et leur bon état de conservation ; elles ont de plus porté en grande partie sur des districts encore inconnus au point de vue botanique. Je signalerai tout particulièrement la collection considérable (environ 450 numéros) réunie par M. Perrier de la Bâthie au cours de séjours prolongés dans les régions les plus diverses de l’île, collection constituée par des exemplaires récoltés en parfait état, accompagnés de tous les renseignements désirables, et sans laquelle un travail d'ensemble sur la flore de Madagascar perdrait une très grande partie de son intérêt.

J'avais tout d'abord entrepris simplement la détermination des Cypéracées recueillies par MM. Viguier et Humbert, puis peuaprès celle des collections rassemblées par MM. Perrier dela Bâthie et d’Alleizette, mais j'ai pu constater qu'un tel travail ne pouvait être mené à bien sans une révision des matériaux antérieurs, trop souvent mal nommés; c'est ce qui ma amené à faire l’élude complète des Cypéracées malgaches du Muséum d'Histoire naturelle de Paris. J'ai donc eu entre les mains un très grand nombre d'exemplaires, tant ahciens que modernes, et J'ai pu étudier ainsi presque toutes les espèces signalées à Madagascar, à l'exception de quelques-unes qui se trouvent dans les herbiers étrangers et qui ne me sont connues que par la diagnose. Au cours de cette étude, J'ai pu constater l'existence de beaucoup d’espèces nouvelles, dont j'ai donné la description dans plusieurs notes antérieures; en outre, j'ai eu l’occasion de rectifier un certain nombre d’assimilations erronées ou de confusions qui s'étaient établies au sujet de plusieurs espèces mal connues.

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C'est le résultat de ce travail de révision qui est donné ici. Les différents genres sont successivement passés en revue, les espèces étant énumérées dans l’ordre qui m'a paru le plus rationnel, et qui diffère parfois notablement de celui adopté par Clarke !. La synonymie a été réduite autant que possible, sauf dans quelques cas particuliers ; une synonymie complète ne me semble à sa place que dans une monographie, et encore y a-t-il beaucoup de noms qui mériteraient de tomber définitivement dans l'oubli ; 1l m'a donc paru inutile de développer ici cette partie, pour laquelle on pourra se reporter aux travaux de Clarke ?-?. Par contre, j'ai indiqué pour chaque espèce, quand cela a été nécessaire, les différences avec les espèces les plus voisines, au besoin sous forme de tableaux comparatifs ; j'ai également essayé de justifier ma manière de voir: toutes Îes fois que je me suis trouvé en désaccord avec mes devanciers sur les questions de réunion ou de séparation d'espèces. Du reste, dans l'étude d’une flore encore aussi imparfaitement connue que celle de Madagascar, 1l est à peu près impossible d'apprécier exactement, surtout à distance, la subordination des types végétaux: on est alors amené à admettre provisoirement un nombre d'espèces probablement trop considérable et, en dessous d'elles, simplement des variétés peu nombreuses ; c'est là un simple artifice de classification. Plus tard seulement, avec des matériaux plus nombreux et sur place, il sera possible, sinon de mener à bien, du moins d'ébaucher le travail de hiérarchisation de ces diverses formes.

Les localités ont été signalées, pour les exemplaires que j'ai vus #, avec tous les renseignements donnés par les collecteurs,

1. Clarke (C. B.), New genera and species of Cyperaceae, in Xew Bulletin, Add. ser. VIIL (1908), 196 p.

2. Clarke (C. B.), Cyperaceae, in Durand et Schinz, Conspectus Florae Africae, Bruxelles, V (1895), p. 526-692,

3. Clarke (C. B.), Cyperaceae, in Thiseltonu-Dyer, Flora of Tropical Africa, Londres, VIT (1901-1902), p. 266-524.

4. Je n'ai pas pu tenir compte, dans cetle partie géographique, des exemplaires que je n'ai pas eus à ma disposition; j'ai seulement indiqué à part les numéros cités par Clarke, in Durand et Schinz, Consp. FL. Afr., V (1895).

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et groupées suivant les cinq grandes régions admises par M. Perrier de la Bâthie! ; j'ai renoncé à mentionner les provinces administratives, dont l'indication aurait eu l’avantage de situer topographiquement les localités avec plus de préeision, mais dont les limites artificielles sont sujettes à trop de changements. Les divisions de M. Perrier de la Bâthie sont basées sur des différences de climat et de flore très nettes, et correspondent à des régions naturelles bien définies ; le groupement des localités, d'après ces régions, donnera donc immédiatement des documents du plus haut intérêt sur la répartition des Cypéracées dans l'ile, même si des découvertes ultérieures viennent modifier dans le détail nos connaissances à ce sujet. J'ai rappelé à part les indications données par Baron (loc. cit.), mais seulement quand elles complètent les renseignements précédents, et sous la responsabilité de leur auteur. À titre documentaire, J'ai donné pour chaque espèce le résumé de son aire géographique en dehors de Madagascar. =

J'adresse ici tous mes remerciements aux botanistes dont le concours m a permis d'entreprendre ce travail : à M. Lecomte, qui m a ouvert largement les collections du Muséum de Paris 3 à M. Jumelle qui a bien voulu me charger de l'étude des Cypéracées pour l'Histoire naturelle de Madagascar et donner l'hospitalité de ses Annales du Musée Colonial de Marseille au présent mémoire ; à M. Danguy à qui j'ai eu recours constamment pour tous les cas embarrassants ; à MM. Perrier de la Bâthie, d'Alleizette, Viguier et Humbert, qui ont mis à ma disposition leurs herbiers personnels ; enfin à la Direction de l'Herbier de Kew qui m'a communiqué à plusieurs reprises des exemplaires ou des dessins des espèces qui me manquaient.

[. — Kyllingia Rottb. Desc. et Ic. (1773), 12.

Le genre Xyllingia est un genre très homogène, formé d'’espèces qui ont souvent le même port et quil est parfois difficile

1. Je rappelle que ces régions sont les suivantes: Est, Sambirano, Centre, Ouest et Sud-Ouest.

de séparer les unes des autres, surtout quand les exemplaires sont dépourvus deleurs parties souterraines. Les fleurs fertiles sont toujours en petit nombre dans chaque épillet ; aucune des espèces malgaches n'en a plus de trois (et par conséquent trois akènes) ; quelques espèces africaines en ont jusqu'à cinq. Clarke range les espèces qui possèdent plusieurs akènes par épillet dans une section Pseudopycreus, représentée à Madagascar par le seul À. exiqua Boeck.; or toutes les affinités de cette espèce sont avec le groupe de X. cylindrica Nees. D'autre part, plusieurs des espèces classées dans la section Eukyllingia ont plus ou moins fréquemment deux akènes par épillet !. Dans ces conditions, Je ne puis conserver la section Pseudopycreus, au moins pour Madagascar ; le genre sera donc partagé ici en deux sections seulement, suivant la présence ou l'absence d'une aile à la carène des glumes. Dans la section Eukyllingqia, de beaucoup la plus importante, j ai préféré grouper les espèces, d’abord d’après les anthères, puis d'après les caractères tirés des bractées et de la nervation des glumes, plutôt que d'adopter les coupures de Clarke, basées

sur la nature du rhizome, et qui séparent trop des espèces très voisines.

a. — Section T'hryocephalum.

1. — KyzunGra cortAcEA H. Cherm. in Bull. Mus. Paris, XXV (1919), 208.

Kyllingia alba GC. B. Clarke in Durand et Schinz, Consp. FI. Afr., V (1895), 526, pro parte (non Nees in Linnaea, X (1835-1836), 140).

La plante de Boivin, rapportée par Clarke (loc. cit.) à K. alba Nees de l'Afrique australe et tropicale, se rapproche en effet de cette espèce par son port robuste, ses grosses têtes et ses anthères mutiques. Klle en est cependant distincte par une série de caractères qu'indique le tableau ci-dessous :

1. C’est le cas notamment pour X, polyphylla Kunth, K, aurata Nees, K. erecta Schumach., K, intricata H, Cherm.

Annales du Musée colonial de Marseille, — 3° série, 7* vol. 1919, 3

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K. alba.

Rhizome très épais (6-8 mm.

diam.), court (2 cm.), droit, cylindrique.

Tige ce 10-30 cm. de longueur.

Feuilles étroites (2-3 mm.), d'ordinaire plus courtes que la tige.

Bractées 2 à 3, courtes, l’inférieure atteignant 5 cm.

Tête grosse (9-12 mm. diam.), blanchâtre.

Epillets larges, 5 mm. de longueur.

Glumes minces-membraneuses, linéolées, larges, nettement mucronées, à aile carénale mince, plus ou moins fortement scabre.

Entrenœud séparant les deux glumes fertiles court (moins du quart de la 2° glume fertile).

Akène marron, égalant au moins la 1/2 glume.

K. coriacea.

Rhizome moins épais (4-6 mm.

diam.), long (au moins 4 em.), un peu tortueux, renflé par places.

Tige de 25-45 cm. de longueur.

Feuilles assez larges (4-5 mm.), égalant d'ordinaire la tige.

Bractées 4 à 6, longues, l’inférieure atteignant 15-20 cm.

Tête un plus grosse (12-14 mm.

diam.), jaune päle roussâtre.

Epillets étroits, 6 mm. de longueur.

Glumes fermes-coriaces, non ou à peine linéolées, étroites, atténuées en un mucron court, à aile carénale épaisse, lisse ou presque.

Entrenœud séparant les deux glumes fertiles assez long (un peu plus du quart de la 2° glume fertile).

Akène noir, n’atteignant qu'à peine la 1/2 glume.

Ilexiste un À, cartilaginea K. Schum. in Engler, Pft. Ost- Afr., G. (1895), 123, provenant de Zanzibar (Holst, 2082), qui semble très voisin de X. coriacea, mais dont je n'ai pas vu d’exemplaire. Malgré la concordance de certains caractères, je ne puis identifier les deux plantes, la diagnose de Schumann étant trop incomplète. Il n'est, en effet, nullement question, dans cette diagnose, de plusieurs des caractères les plus frappants de notre À. coriacea (nombre des bractées, espacement des glumes, etc.), et on peut supposer, en conséquence, que, sur ces points, À. cartilaginea ne diffère pas de À. alba ; de plus, l'espèce de Schumann n’a que deux étamines, alors que la nôtre en possède trois.

Région de l'Ouest. — Port Leven!: bords de la mer, sous les arbres, mars-avril 1849 (Boivin, 2328).

Endémique.

1. Cette localité, ainsi que toute la partie Nord de la côte orientale, appartient à la région de l'Ouest de Perrier de la Bâthie.

RÉVISION DES CYPÉRACÉES DE MADAGASCAR 35 2. — KyLLiINGIA monocePHALA Rottb. Desc. et Ic. (1773), 13, t. IV, £.4.

Cette espèce semble fort peu répandue à Madagascar, si même les exemplaires de Dupetit-Thouars sont bien de pro-

venance malgache ; tice et serait à rechercher.

elle est peut-être ici simplement adven-

Sans indication de localité (Dupetit-Thouars). Réunion, Maurice, Comores, Seychelles; Asie tropicale ; Océanie ; Afrique tropicale et Amérique (introduit).

3. — Kvyrunera Praicuzmis C. B. Clarke, Schinz, Consp. F1. Afr.,

in Durand et

V (1895), 531, nomen nudum ;:

H. Cherm. in Bull. Mus. Paris, XXV (1919), 209.

Très voisin de À. monocephala Rottb., dont il diffère par

les caractères suivants :

K. monocephala.

Rhizome grêle (1-2 mm.! diam.), portant des tiges espacées.

Tige grèle, trigone.

Tête petite, de 5-9 mm. de diamètre.

Epillets petits (2 1/2 mm. de longueur).

Glumes assez longuement mucronées,

Trois étamines le plus souvent,

Clarke (loc.

K. monocephala var.

K. planiculmis.

Rhizome plus épais (2-3 mm.

diam.), portant des tiges assez rapprochées.

Tige robuste, triquètre-comprimée.

Tête assez grosse, de 8 à 12 mm. de diamètre.

Epillets plus grands (3 de longueur).

-4 mm.

Glumes brièvement mucronées.

Deux étamines,

cit.) donne à cette espèce comme synonyme latifolia Boeck. in (1867-1868), 429, sans doute par erreur,

Linnaea,

car Boeckeler, dans

sa très courte description, dit notamment « carina vix alata »,

ce qui n'est nullement le cas ici, l'aile

aussi marquée que dans À.

carénale étant au moins

monocephala :

Région de l'Est. — Sainte Marie : mai 1847(Boivin, 1679).

Région du Sambirano., — Nosy Bé

: marais, Juillet 1841

x Lun * PARENT

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(Pervillé, 474), bords des eaux, Juin 1847, septembre 1848 et mars 1851 (Boivin, 2008).

Sans indication de localité (Bernier).

Maurice, Comores.

b. — Section Eukyllingia.

k. — Kyrunera ExIGUA Boeck. in Abh. Nat. Ver. Bremen, VII (1880), 36. |

Le nombre des akènes est ici, le plus souvent, de trois par épillet, parfois de deux seulement ; le port, l’absence derhizome, les anthères courtes et mutiques rapprochent cette espèce de K. cylindrica Nees et X. pumila Michx., dont elle se distingue cependant par le nombre des fleurs, l’espacement des glumes et la présence de 3 étamines. Comme l’a fait remarquer Clarke, le description de Boeckeler est faite sur des exemplaires particulièrement petits, et la plante varie en réalité de # à 25 cm. de hauteur; les épis latéraux sont, suivant les cas, bien individualisés ou non. Indiqué par Baron dans l’'Antsihanaka.

Région du Centre. — Tananarive : avril 1889 (Catat, 89), janvier 1916 (Waterlot) ; Imerina {sans localité précise) : endroits humides, décembre 1880 (Hildebrandt, 3784) ; Lac Anosy : bord de l’eau, janvier 1917 (Decary).

Région de l'Ouest. — Lit de la Bemarivo : roches humides, août 1906 (Perrier de la Bâthie, 2406).

Sans indication de localité (Dupetit-Thouars ; Baron, 4257, 4481).

Réunion, Maurice.

9. — KyYLLINGIA cYLINDRICA Nees in Wight, Contrib. (1834), 91.

Assez variable de taille et de port, mais facile à reconnaître à son épi médian presque toujours longuement cylindrique, et à ses glumes à faces fortement nervées, à carène lisse ou presque ; le rhizome est très court ou nul. Les exemplaires

de Boivin rentrent dans le type, et non dans la var. major C. B. Clarke. Non vu Baron, 591, classé ici par Clarke. Région de l'Est. — Sainte Marie : rizières d’'Ambodifototra, novembre 1851 (Boivin, 1680); Tamatave : pelouses du jardin de l’Ivoloina et ailleurs, septembre 1912 (Viguier et Humbert, 171, 320).

Région du Centre. — Nanisana: talus entre les rizières et lieux très humides, mai et juillet 1905 (d'Alleizette, 86, 235) ; Tananarive : prairies, janvier 1913 (Perrier de la Bâthie, 2673), janvier 1916 (Waterlot). Région de l'Ouest. — Manongarivo (Ambongo) : bois sablonneux, janvier 1904 (Perrier de la Bâthie, 2431). Sans indication de localité (Bernier, 10 ; Baron, 650, 4597).

Afrique et Asie tropicales et subtropicales ; Océanie.

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