DE LA COAGULATION NATURELLE DU LATEX D'HÉVÉA PAR
MM. Denier et Vernet.
A la sortie de l'arbre, le latex d'hévéa (Hevea brasiliensis) présente la blancheur du lait et il apparait alors au microscope comme conslitué par un grand nombre de petits globules qui dans le liquide sont animés de mouvements browniens. Abandonné dans une cuve, ce latex prend, en général, en surface une teinte jaune : quelquefois même 1l devient vert.
Par l'examen microscopique, on constate tout d’abord que, au fur et à mesure que le caoutchouc se forme, les particules en suspension dans le liquide deviennent de plus en plus rares, Elles ne constituent même, à la dernière période de a coagulation, que des îlots rappelant une suspension microbienne qui aurait été traitée par son sérum spécifique.
Les bactéries, d'autre part, qui, au début, étaient une rareté, se sont rapidement développées ; et, dans les examens en série, on note la présence d’une flore extrêmement polymorphe où de nombreuses espèces se trouvent représentées. Ce développement microbien a attiré l'attention de tous ceux qui s'occupent de la question du caoutchouc. C'est précisément pour cette raison que M. Yersin a manifesté le désir de voir nos laboratoires étudier tout particulièrement cette flore microbienne. Nous allons donc au cours de ce travail procéder à l'étude détaillée de la flore du latex. Nous verrons ensuite quel est le rôle des bactéries dans la coagulation naturelle.
Il nous paraît tout d'abord indispensable de donner une
description détaillée des conditions dans lesquelles nos expériences ont été faites. Le latex qui a été utilisé dans nos expériences provenait de la plantation Bellan, à Giadinh, près de Saigon, et nous a été gracieusement donné par M. Chesnay, le directeur de cette plantation. Nos prises d'échantillons ont été faites aux heures habituelles, c’est-à-dire vers 7 heures du matin.
Le latex était recueilli dans de bonnes conditions de propreté, sans toutefois réaliser évidemment la stérilité absolue. C'est ainsi que le matériel destiné à la récolte (godets et gouttières) était stérilisé. Le couteau du saigneur était arrosé d'alcool et flambé au moment des scarifications. Pour éviter, d'ailleurs, une trop grande contamination, nous n’opérions que sur la scarification inférieure.
L’amorçage du latex était fait au moyen d’eau physiologique stérilisée, manipulée avec une pipette stérile. Cette opération avait lieu avant la mise en place de la gouttière et du godet, de façon à nous permettre de ne recueillir que du latex pur. Enfin, et toujours pour diminuer les chances de contamination, les godets étaient abrités des poussières de: l’atmosphère par le papier dans lequel ils étaient au préalable stérihsés.
L'expérience a porté sur cinq arbres fournissant chacun, en moyenne, de 15 à 20 centimètres cubes de latex. Ce dernier est recueilli dans un flacon stérile, transporté au laboratoire, et finalement versé dans une boîte de Pétri pour la coagulation. Cette coagulation s'opère en 48 heures.
Il a été fait six expériences ; et chacune a duré environ quinze jours. Pour l'étude de la flore microbienne, nous procédions à des prélèvements deux fois par jour, ce qui représentait, avec l’examen du début, cinq analyses par échanüllon de latex. En dehors des examens directs ou colorés il a été fait des ensemencements sur les milieux ordinaires : bouillon à l'air ou sans air, gélose en longs culots pour la recherche des anaérobies, ou coulée en boîte de Pétri. L’anaérobiose dans les bouillons est obtenue avec une couche d'huile stérilisée de 2 e. m. Enfin, outre les milieux ordi-
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paires, 1l a été utilisé des milieux acides ou à base de sérum de latex !. |