LA RÉGION DL' SAMBIRANO
janvier, février, mars et avril, et la saison sèche les six autres mois
Ce climat est, en somme, intermédiaire entre le climat oriental, dont il diffère par une chaleur plus forte et des pluies moins abondantes en saison fraîche, et celui du versant occidental, bien moinshumide en toute saison. Si la végétation était ici uniquement une conséquence du climat, on devrait trouver dans la région du Sambirano un curieux mélange de types de la Flore h feuilles persistantes et de la Flore à feuilles caduques. Or, il n’en est pas tout à fait ainsi. Cette région a bien plus de rapports avec la région orientale qu’avec toute autre, et sa végétation appartient nettement à la Flore à feuilles persistantes.
Elle n'occupe d’ailleurs qu’une superficie relativement restreinte, comprenant la presqu’île d’Ampasimena, les îles de Nossi-Bé et Nossi-Komba, le bassin du Sambirano et une partie du bassin de l’Ifasy. C’est, en somme, une simple zone entourant la base des grands massifs du Tsaratanana et du Manongarivo, limitée vers l'intérieur par la cote 800, au Nord par le bassin de la Mahavavy, et au Sud par les bassins inférieurs du Manongarivo et de l’Andranomalaza.
La végétation de cette petite région n’a presque rien de commun avec celle de la région occidentale, dans laquelle elle est pourtant enclavée1 2. Comme celle de la région orientale, elle se confond bien avec celle du Centre, vers 800 ou 900 mètres d'altitude, mais c’est surtout avec celle de la côte Est qu elle offre le plus d’affinité. C'est la même végétation du type tropical humide, peut-être plus belle encore, constituée souvent par des espèces identiques ou par des formes très semblables, simples races ou mutations dues au changement de climat.
1. Plus exactement la saison fraîche commence le 15 avril pour se terminer le 15 octobre.
2. La végétation de la région occidentale se retrouve, en effet, avec tous ses caractères habituels, sur l'Extrème-Nord de l'Ile, qui est placé, par rapport à l’alizé, derrière les massifs montagneux dont il vient d’être question, comme l est le reste de l'Ouest, derrière l’arête centrale.
LA VÉGÉTATION MALGACH E
Comme la forêt de l'Est, la forêt de la région du Sambiran résiste au feu. mais, comme cette forêt orientale encore, elle n’en a pas moins été détruite presque totalement par les tavv, métho le de culture que l’humidité du climat permet encore ici d’employer partout, même sur les pentes très raides des collines et des montagnes. Par suite, on ne voit guère plus de témoins de la végétation autochtone vierge que dans quelques massifs isolés et déserts sur les crêtes gréseuses et trop rocailleuses pour être cultivées; et ce n'a pas été sans peine que nous avons retrouvé des traces des formations primitives.
La végétation de la région tout entière n’était évidemment qu’une seule forêt s’étendant sans discontinuité des bords de la mer aux montagnes de l'intérieur. Mais cette forêt était loin d’être uniforme ; les espèces et l’aspect d'ensemble changeaient avec le relief et la nature du sol, et ces différences nous permettent d'y distinguer trois Formations:
1° Forêt des alluvions et des bords des cours d’eau ;
2° Forêt des pentes à sol profond ;
3° Bois des collines gréseuses.
De la forêt qui recouvrait jadis les alluvions riveraines ou avoisinait le bord des cours d'eau, il ne reste rien maintenant. Gomme toujours, c'est par les vallons, les vallées, en remontant le cours des rivières, que les indigènes ont commencé le* défrichement des massifs forestiers, et dans la région du Sambirano, ces localités sont si anciennement cultivées, si totalement dénudées que nous ne connaissons rien de la Formation qui y existait jadis. Seuls quelques grands arbres isolés, que nous avons pu observer çà et là, nous permettent de dire que ce devait être une très haute futaie, composée d'espèces à feuilles persistantes, toutes spéciales à la région ( Gluta Turtur March ; un Canarium , deux Ficus, etc., avec quelques espèces à feuilles caduques, telles que Ailansonia Bozij Jum. et Perr. ', Hymenodyction sp., d’affinités occidentales, d’ailleurs, peut-être introduites après la dénudation.
1. H. Jumelle el II. Perrier delà Bâthie : Les Baobas de Madagascar Agriculture pratique des Pays chauds, août 1913).
LA RÉGION DU SAMB1UANO
Des forêts croissant sur les sols profonds, les vallonnements et les pentes des collines et des montagnes, bien peu aussi ont subsisté. Ces localités convenaient trop bien à l'établissement des tavy ; et, en conséquence, la plupart ne sont plus maintenant recouvertes que de savoka à bambous, à Haronga , à longoza, à Ravenala, identiques à ceux de l’Est. Pourtant, nous en avons pu observer encore quelques témoins, dont trois assez vastes et presque vierges : la forêt d Ambalamena, située entre le Ramena et Antsahabé, sur latérite métamorphique ; celle deBejofo, entre le pic d’Antsatrotro et l’Andranomalaza, sur grès traversés de dykes éruptifs ; celle de Lokobé, sur syémte.
C’est une superbe futaie de 25 à 30 mètres de hauteur, à feuillage totalement persistant, large et coriace, composée d’essences excessivement variées, parsemée de grands Ravenala et de grands Palmiers. Elle recouvre trois étages successifs de végétation: le sol avec des plantes herbacées, un sousbois d’arbustes à feuilles de myrtes, et un étage moyen de grands arbustes ou de petits arbres à feuilles très larges et très coriaces. Les lianes sont abondantes et parfois gigantesques. L’ensemble est plutôt clair et facilement pénétrable. Rien, en somme, en tant que faciès, ne distingue ces forêts de celles de la côte orientale, et cette ressemblance persiste même au point de vue botanique, car, si les espèces des deux régions ne sont pas les mêmes, elles sont parfois extrêmement voisines et leurs ports sont toujours très semblables. La seule espèce qui vienne rappeler dans ces bois la proximité de l’Ouest est Grangeria maclagascariensis, mais c’est ici un grand arbre à feuilles persistantes, tandis que ce n’est plus qu’un pauvre arbuste, k feuilles souvent caduques, dans la région occidentale.
Les bois des collines gréseuses, ou des pentes trop rocailleuses pour que l’on puisse y cultiver du riz, sont au contraire assez étendus. On en trouve encore quelques massifs assez importants entre Bejofo et le Manongarivo, sur quelques collines de la vallée du Sambirano et sur la chaine du Kalabenono, au nord-ouest d’ Antsahabé. Les bois ressemblent un peu k la
LA VÉGÉTATION MALGACHE
forêt des cimes de la région orientale et aux bois des pentes occidentales de la région du Centre. Ils diffèrent des premiers par un feuillage plus grisâtre, leur sous-bois peu fourni et mélangé de plantes herbacées, l'absence de Palmiers, de Mousses et de Fougères. Ils diffèrent des seconds par la présence d’épiphytes et de Panclanus, et l'absence d'Uapaca, de Composées et d'arbustes éricoïdes. Ils s'éloignent des uns et des autres par des espèces toutes différentes et le port le plus élancé, moins ramifié des arbres de la futaie.
Ces bois sont surtout remarquables par leur feuillage clair et grisâtre et leurs épiphytes, parmi lesquels on observe des Medinilla et des Bulbopliyllum , à tubercules ou pseudo-bulbes aplatis, comme écrasés contre le tronc qui les porte, et quelques Fougères à frondes reviviscentes. Toutes les espèces de la futaie ou du sous-bois appartiennent à des genres spéciaux ou représentés ailleurs dans la Flore à feuilles persistantes. Un Genipa seul possède une forme correspondante dans la Flore à feuilles caduques.
Dans l’ensemble, la végétation de la région tout entière est, au point de vue botanique, comme au point de vue faciès, étroitement alliée à celle des autres régions de la Flore à feuilles persistantes. Pourtant elle diffère notamment de celle du Centre par ses nombreux Palmiers, l’abondance moins grande des Orchidacées et des Fougères et l'absence des Composées et Ericacées, et de celle de l Est par ses types spéciaux et ses quelques espèces manifestement originaires de l Ouest. Dans toutes les Formations, la richesse en espèces est toujours très grande. Il n'y a jamais d'essence dominante dans les futaies, et les associations végétales sont aussi complexes que dans les régions précédemment étudiées.
La forêt est détruite ici comme dans la région orientale. C'est dire que le paysage montre les mêmes faciès de dénudation. Des débris de futaie couronnent les hauteurs ; il y a des pentes et des vallonnements couverts de savoka impénétrables ; et, plus bas, partant des bords des rivières sans arbres, les prairies semblent dévorer ces savoka et s étendre chaque jour à leurs dépens.