VIII PRÉFACE
des paroles du Saint-Père, de tout ce qui est important pour
rhistoire de l'Église, et surtout pour Tétude de cette question
romaine encore aujourd'hui l'objet d'une préoccupation universelle.
On pourra d'ailleurs s'assurer que nos Annales contiennent plus d'un document qui paraissent ici pour la première fois en français, et que nous avons traduits soit du latin, soit de l'anglais, soit de l'espagnol. Ainsi pouvons-nous nous rendre le témoignage d'avoir fait tous nos efforts pour rendre notre œuvre utile, et pour fournir dans un cadre encore bien restreint les indications nécessaires à l'historien futur du glorieux Pontificat de PIE IX.
L'année 1859 avait rouvert pour l'Europe Tère des inquiétudes et des conflits : les arnaes de la France glorifiées par le courage de nos soldats, l'Autriche hurniliée et vaincue, le Piémont sauvé d'une ruine imminente, agrandi de la Lombardie par la générosité de la France, et sur le point d'acquérir par la violence et par la perfidie le resté de l'Italie, les souverains italiens du nord chassés de leurs États, la Romagne en révolte, tels étaient les résultats de ces douze mois remplis d^e tant d'événements. La brochure le Pape et le Congrèi^^ la flétrissure imprimée à cette brochure parle Souverain-Pontife, les inq.uiétudes des catholiques inaugurèrent tristement l'année nouvelle.
1. — A Rome, le général comte de Goyon, aide de camp de l'empereur Napoléon III, commandant en chef la division française dans les États pontificaux^ accompagné des officiers de cette division, se rend au Vatican pour y présenter ses félicitations an Saint-Père. Reçu avec ses officiers dans la salle du Trône, il adresse à Sa Sainteté le discours suivant :
« Très-Saint-Père,
« Nous venons de nouveau^ et toujours avec empressement, aux pieds de votre double trône de Pontife et de Roi, pour porter à Votre Sainteté, à l'occasion du nouvel an, la nouvelle assurance de notre profond respect et de notre dévouement.
a Pendant Tannée qui vient de s*écouler, de grands événements se sont succédé. Les ordres de notre valeureux Empereur, témoignage éclatant de son respect religieux pour Votre Sainteté, ne nous ont pas permis de paraître dans le champ de Thonneur et de la gloire. Nous n'avons dû, nous n'avons pu nous en consoler qu'en nous rappelant qu'auprès de vous, qu'auprès de Votre Sainteté, nous nous trouvons sur le champ d'honneur du catholicisme.
« Tels sont , Très-Saint-Père , les sentiments de mes bons Qt braves Annales ecciés, i
subordonnés, dont je me fais gloire d*ôtre l'heureux interprète. Veuillez les accueillir avec cette bonté dont Votre Sainteté a toujours daigné nous honorer. »
Sa Sainteté répondit par les paroles suivantes :
« Si^ les années précédentes, les vœux et les heureux présages que TOUS nous exprimiez, Monsieur le général, au nom des braves ofticiers et de l'armée que tous commandez si dignement, étaient doux à notre cœur, cette année ils nous sont doublement agréables à cause des éTénements exceptionnels qui se sont succédé, et parce que tous nous donnez l'assurance que la division française qui se trouve dans les États pontificaux s'y trouve pour la défense des droits de la catholicité. Que Dieu vous bénisse donc, et avec cette partie de l'armée française, l'armée entière ; qu'il bénisse également toutes les classes de cette généreuse nation.
« Et maintenant, nous prosternant aux pieds de ce Dieu qui fut^ qui est et qui sera éternellement, nous le prions, dans l'humilité de notre cœur, de vouloir bien faire descendre en abondance ses grâces et ses lumières sur le Chef auguste de cette armée et de cette nation, afin que, par le secours de ces lumières, il puisse marcher sûrement dans sa vole difficile, et reconnaître encore la fausseté de certains principes qui ont été exprimés en ces derniers jours, dans une brochure qu'on peut définir un monument insigne d'hypocrisie et un ignoble tissu de contradictions. Nous espérons qu'avec le secours de ces lumières, — nous disons plus^ — nous sommes persuadé qu'avec le secours de ces lumières, il condamnera les principes contenus dans cette brochure, et nous en sommes d'autant plus convaincu que nous possédons quelques pièces qu'il y a quelque temps Sa Majesté eut la bonté de nous faire tenir, Qt qui sont une véritable condamnation de ces principes. C'est avec cette conviction que nous prions Dieu de répandre ses bénédictions sur l'Empereur, sur son Auguste Compagne, sur le Prince Impérial et sur toute la France. »
A Paris, Son Excellence le Nonce adresse à l'Empereur les paroles suivantes :
« Sire,
« Dans ce premier jour de l'an, qui réunit autour de Sa Majesté le Corps diplomatique, j'ai l'honneur. Sire, de vous offrir ses vœux et ses hommages respectueux. »
L'Empereur répond :
« Je remercie le Corps diplomatique des vœux qu'il veut bien m'adresser au retour du nouvel an, et Je suis particulièrement heureux cette fois d'avoir l'occasion de rappeler à ses représentants que^ depuis
Janvier.] ADRESSE DE GARIBALDI ADX ÉTUDIANTS DE PISE. 3
mon entrée au pouvoir, j'ai toujours professé le plus profond respect pour les droits reconnus. Aussi ^ soyez-en persuadés, le but constant de mes efforts sera de rétablir partout, autant qu'il dépendra de moi, la confiance et la paix. »
8. — Monseigneur Parisis, évoque d'Arras, adresse une lettre à l'auteur anonyme de la brochure le Pape et le Congrès. Cette lettre est une réfutation des doctrines de la brochure. £lle fut bientôt suivie d'autres actes épiscopaux dans le môme sens et d'un grand nombre de brochures catholiques ayant le môme but.
4. -* M. Walewski, ministre des affaires étrangères de France, donne sa démission^ il est remplacé par M. Thouvenel, qui était ambassadeur de France à Constantinople.
•. — Article publié par le journal le Constitutionnel^ qui menace la liberté des associations catholiques, entre autres la société de Saint-Vincent de Paul.
Le Pungolo^ journal démocratique du Piémont, publie l'adresse suivante de Garibaldi aux étudiants de Pise, en date de Fino, 34 décembre 4859.:
« Étudiants !
« La commission promotrice de la souscription nationale se fait un devoir de publier l'adresse que nous a envoyée notre illustre chef.
« Jeunes étudiants de l'Université de Pavie,
« Si, dans le cours de la vie, il est une parole agréable à mon cœur et ineffaçable, c'est celle qui me vint de vous en ces jours. Jeunes élus !... vierge et pure espérance de l'Italie !... je vous réponds tout ému... voyez-vous ! tout ému de gratitude et de respect... comme si j'étais en la présence d'un aréopage idéal d'hommes... qui feront la grandeur à venir de la patrie !••• de cette patrie que quelques hommes pervers veulent replonger dans la boue, mais qui s'acheminera, malgré ces méchants, à l'accomplissement des grands destins que lui assigne la Providence L.. Oui, quelques pervers !... Ce sont eux qui s'attachent à entraver l'œuvre magnifique de notre résurrection !... et parmi eux les premiers sont ceux-là mômes qui, dans Thistoire de notre pays, marquèrent à côté de leur établissement l'abaissement et les malheurs inénarrables de l'Italie; ceux-là mômes qui, faussant les maximes sublimes du Christ auxquelles ils substituèrent le mensonge. .. ont pactisé avec les puissants pour la servitude de l'Italie U.. et se sont réduits au métier dégradant d'espions et de rufiens /... ceux-là mômes qui, pour assouvir leurs impudicités.., donnèrent au monde le spectacle épouvantable des bûchers,
qu^ls renouvelleraient aujourd'hui, si le bon sens des nations ne les retenait.», des bûchers... dans leur langage évangélique — auto-da-fé •— qui veut dire brûler vives de pauvres créatures innocentes...; ceux-là mômes qui inventèrent la torture et l'emploieraient contre les hommes libres. •• s'ils le pouvaient... Oui! môme aujourd'hui !... ceux-là mômes qui, niant au plus grand des Italiens ses merveilleuses et sublimes découvertes, le traînèrent à l'horrible et infâme torture, et cherchèrent par Jià à ravir à Tltalie Ja plus grande de ses gloires! Oh I en pensant aux tortures de Galilée I et à celles de tant de siècles, de notre malheureuse Italie I... tout homme né sur cette terre devrait mettre la main au pavé des rues... et venger sur ces misérables hypocrites à soutane noireles malheurs, les injures, les souffrances de vingt générations passéesi..* Et cependant cette race maudite siégera demain..., et protégée..., à côté des représentants des nations les plus illustres, et demandera avec i^solence la continuation, la confirmation de son pouvoir temporel...; ce qui veut dire, en langage humain^ la continuation, la confirmation' de pouvoir opprimer quelques millions de malheureux Italiens I... comme une calamité, une malédiction. . . ; la continuation d'un pouvoir qui ne s'attache qu'à corrompre la nation.., qu*à voler à nos pauvres frères leur or..., pour ripailler salement {gozzovigliare sckifosamente) et acheter des mercenaires étrangers pour combattre les Italiens I... la continuation d'un pouvoir qui ne compte d'amis que parmi les ennemis de l'Italie..* et parmi ceux qui la veulent diviser, ruiner et assujettir !... un pouvoir qui a lancé l'anathème sur le peuple et sur l'armée régénérateurs.., sur le roi preux et généreux que Dieu a donné aux Italiens, comme un ange rédempteur et qui ne peut, pour le moment..., racheter l'Italie ! parce que dans le centre de celte Italie, au cœur de cette Italie 1... il y a le chancre appelé la Papauté !.. .. l'imposture appelée la Papauté I... Oui, jeunes gens ! vous en qui l'Italie espère, vous devez en connaître les malheurs pour les pouvoir combattre. Et puisque vous m'avez envoyé une parole affectueuse de confiance, je me sens le devoir de vous les indiquer... Grâce au souverain guerrier qui nous commande !... grâce à la puissante alliée qui nous a souri avec le sang précieux de ses valeureux fils!... grâce aux sympathies des nobles nations anglaise, suédoise... et de tout ce qu'il y a de généreux en Europe..., l'Autriche ne ressuscitera plus en Italie !... et la serre qu'elle pose encore sur l'infortunée Venise n'est plus la serre de l'aigle, mais la griffe du hibou... et hibou cadavre!... Mais un ennemi terrible existe encore..., le plus redoutable..., redoutable... parce qu'il est répandu dans les masses ignorantes, où il domine par le mensonge 1..1 redoutable... parce qu'il est sacrilégèment couvert du manteau de la religion !... redoutable... parce qu'il vous, sourit avec son sourire de Satan li.. et qu'il est glissant comme le serpent... quand il veut vous mordre!... Et cet ennemi redoutable I... si redoutable !... 6 jeunes gens !... c'est le prêtre !... à peu d'exceptions >près, sous quelque forme qu'il se présente à vous !...
« A l'heure du combat, je serai avec vous... jeunes gens !... et
janvier.] FÊTE DE LA CHAIRE DE SAINT-PIERRE A ROME. 5
soyez-en sûrs..., ce sera une grande époque pour Tltalie... Vous appar^ tenez à la génération des libres... et libérateurs de votre pays!... Diea li'a pas réuni en vain tant de vertus en un monarque !..• tant de valeur dans une armée I tant de valeur dans un peuple..., que j*ai déjà vu combattre dignement à côté des premiers peuples de la terre..., pour nous abandonner à l'ignominie de Teselavage !... pour ne pas nous racheter à cette vie nationale, réveillée en nous avec tant de puissance I
« Votre obole^ déposée à la souscription nationale, est d*un beureut augure pour Tavenir de l'Italie, — et elle compte,— superbe I que votre bras ne faillira pas, — si Ton doit retourner sur les champs de bataille. »
11. — Le Moniteur français publie la note du Journal de Rome sur la brochure le Pape et le Congrès^ et la lettre écrite au Pape par l'Empereur Napoléon le 31 décembre précédent. La réponse à cette lettre fut envoyée de Rome le 8 janvier ; elle se trouve reproduite dans TEncyclique du 19 janvier 1860.
15* — Le ministère sarde donne sa démission; le comte de Cavour fut chargé le lendemain de la formation d'un nouveau cabinet.
16. — A une pétition des évoques contre la séparation du Tessîn d*avec les évôchés lombards, le conseil des Étals (Suisse), d'accord avec le Conseil national, répond par un refus, à la majorité de 23 voix contre 11.
18. — Fête de la Chaire de Saint-Pierre à Rome. Le sénateur de Rome lit et dépose aux pieds du Saint-Père le discours suivant signé par toute la magistrature :
« Très-heureux Père I
Cl La commémoration solennelle de la Chaire de Saint-Pierre est, pour la représentation communale de Rome, un motif puissant pour renouveler les plus sincères protestations de dévouement au Pontife, de fidélité au Souverain. Ce qui fut toujours jusqu'ici le vœu le plus puissant de son cœur, devient aujourd'hui le plus ardent, puisqufil lui est donné d'être l'écho de tout le monde catholique, qui, avec une unanimité prodigieuse, eu égard à l'époque, proclame franchement sa vénération pour le Père auguste des fidèles et se présente comme une égide au Souverain de Rome et \ l'intégrité des possessions temporelles de l'Église.
« L'esprit du Sénat reste à l'abri de ces maximes trompeuses qu'on tente d'insinuer adroitement dans l'esprit faible des populations et d'où Ton pourrait mettre en doute les droits incontestables du Saint-Siège. Il regarde dédaigneusement ces menées, bien convaincu que Rome^
6 ANNALCS ECCLÉSIASTIQUKS. [18a0
fans le pontificat, ne vivrait plus que dans Thistoire, et que c'est seulement aux Papes que cette ville éternelle doit le renouvellement de son antique grandeur. Veuilles, Saint-Père, accueillir avec bienveillance ce tribut filial de soumission et d'amour, qui n'est pas séparé des vœux les plus fervents pour votre précieuse conservation, et des humbles et constantes prières au Roi des rois, afin qu'il veuille continuer pour vous et vos successeurs dans la Chaire de saint Pierre la possession tranquille de ces domaines que le concours universel du monde a sanctionnée depuis plus de onze siècles.
« Exauces enfin le désir de cette représentation civique en donnant la bénédiction apostolique à votre Rome bien-aimée, à toutes les provinces de votre État et à cette chrétienté qui défend si héroïquement les droits du pontificat romain. »
19. — Encyclique de notre Saint-Père le Pape aux patriarches, primats et évoques du monde catholique. Elle commence par ces mots : Nullis cerie verbis.
« Vénérables Frères, salut et bénédiction apostolique. Nous ne pouvons par aucune parole vous exprimer, vénérables Frères, de quelle consolation et de quelle Joie nous ont pénétré, au milieu de nos trèsgrandes amertumes, le témoignage éclatant et admirable de votre foi, de votre piété, de votre dévouement, de la foi, de la piété, du dévouement des fidèles confiés à votre garde, envers nous et envers le Siège apostolique, et l'accord si unanime, le zèle si ardent, la persévérance à revendiquer les droits du Saint-Siège et à défendre la cause de la justice. Dès que, par notre lettre encyclique du i 8 juin de l'année dernière, et par les deux allocutions que nous avons ensuite prononcées en consistoire, vous avez connu, Tâme remplie de douleur, de quels maux étaient accablées en Italie la société religieuse et la société civile, et quels mouvements criminels de révolte et quels attentats étaient dirigés, soit contre les princes légitimes des États italiens, soit contre la souveraineté légitime et sacrée qui nous appartient, à nous et à ce Saint-Siège, répondant à nos vœux et à nos soins, vous vous êtes empressés, sans aucun retard et avec un zèle que rien ne pouvait arrêter, d'ordonner dans vos diocèses des prières publiques. Vous ne vous êtes pas contentés des lettres si pleines de dévouement et d'amour que vous nous avez adressées ; mais, à l'honneur de votre nom et de votr^ ordre, faisant entendre la voix épiscopale, et défendant énergiquenient la cause de notre religion et de la justice, vous avez, soit par des lettres pastorales, soit par d'autres écrits aussi pleins de science que de piété, flétri publiquement les attentats sacrilèges commis contre la souveraineté civile de l'Église romaine. Prenant sans relâche la défense de cette souveraineté, vous vous êtes fait gloire de confesser et d'enseigner que par un dessein particulier de la Providence divine, qui régit et gouverne toutes choses, elle a été donnée au Pontife romain, afin que, n'étant soumis à aucune puis-
janvier.] ENCYCLIQUE DS PIE IX SDR l LETTRE DE NAPOLÉON III. 7
sance civile, il puisse exercer dans la plus entière liberté et sans aucun empêchement, dans tout l'univers, la charge suprême du ministère apostolique qui lui a été divinement confiée par le Christ Notre-Seigneur. Instruits par vos enseignements et excités par votre exemple, les enfants bien-aimés de TÉglise catholique ont pris et prennent encore tous les moyens de nous témoigner les n^ômes sentiments. De toutes les parties du monde catholique nous avons reçu des lettres dont le nombre se peut à peine compter, souscrites par des ecclésiastiques et par des laïques de toute condition, de tout rang, de tout ordre^ dont le chiffre s'élève parfois jusqu'à des centaines de mille, qui, en exprimant les sentiments les plus ardents de vénération et d'amour pour nous et pour cette Chaire de Pierre, et l'indignation que leur causent les attentats accomplis dans quelques-unes de nos provinces, protestent que le patrimoine du bienheureux Pierre doit être conservé inviolable, dans toute son intégrité, et misa l'abri de toute attaque. Plusieurs des signataires ont en outre établi, avec beaucoup de force et de savoir, cette vérité par des écrits publics. Cea éclatantes manifestations de vos sentiments et des sentiments des fidèles, dignes de tout honneur et de louange, et qui demeureront inscrites en lettres d'or dans les fastes de l'Église catholique, nous ont causé une telle émotion, que nous n'avons pu, dans notre joie, nous empêcher de nous écrier : Béni soit Dieu^ père de Notre-Seigneur Jésus-Christ ^ père des miséricordes et Dieu de toute consolatiorij qui nous console dans toutes nos tribulations ! Au milieu des angoisses dont nous sommes accablé, rien ne pouvait mieux répondre à nos désirs que ce zèle unanime et admirable avec lequel, vous tous, vénérables Frères, vous défendez les droits de ce Saint-Siège, et cette volonté énergique avec laquelle les fidèles qui vous sont confiés agissent dans le même but. Vous pouvez donc facilement comprendre combien s'accrottchaque jour notre bienveillance paternelle pour vous et pour eux. « Mais, tandis que votre zèle et votre amour admirables envers nous, vénérables Frères, et envers ce Saint-Siège, et les sentiments semblables des fidèles adoucissaient notre douleur, une nouvelle cause de tristesse nous est survenue d'ailleurs. C'est pourquoi nous vous écrivons ces lettres pour que, dans une chose de si grande importance, les sentiments de notre cœur vous soient de nouveau très-clairement connus. Récemment, comme plusieurs de vous l'ont déjà appris, le journal parisien intitulé le Moniteur a publié une lettre de l'Empereur des Français par laquelle il a répondu à une lettre de nous, où nous avions prfé instamment Sa Majesté impériale qu'elle voulût protéger de son très-puissant patronage, dans le Congrès de Paris, l'intégrité et l'inviolabilité de la domination temporelle de ce Saint-Siège, et l'afi'ranchir d'une rébellion criminelle. Dans sa lettre, rappelant un certain conseil qu'il nous avait peu auparavant proposé au sujet des provinces rebelles de notre domination pontificale, le très-haut Empereur nous conseille de renoncer à la possession de ces mêmes provinces, voyant dans cette renonciation le seul remède au trouble présent des affaires.
8 ANNALES ECGLÉSIAST1QUE6. [1860
« Chacun de yous^ vénérables Frères, comprend parfaitement que le souvenir du devoir de notre haute charge ne nous a pas permis de garder le silence après avoir reçu cette lettre. Sans aucun retard nous nous sommes hâté de répondre au même Empereur, et dans la Hberté apostolique de notre âme, nous lui avons déclaré clairement et ouvertement que nous ne pouvions en aucune manière adhérer à son conseil, parce qa*il porte avec lui (Tinsurmontables difficultés, vu notre dignité et celle de ce Saint'Siége ; vu notre sacré caractère et les droits de ce même Siège qui n'ap^ partiennent pas à la dynastie de quelque famille royale, mais à tous les catholiques. Et en môme temps nous avons déélaré que nous ne pouvons pas céder ce qui n*est point à nous^ et que nous comprenions parfaitement que la victoire qui serait accordée aux révoltés de VÉmiliey serait un stimulant à commettre les mêmes attentats pour les perturbateurs indigènes et étrangers des autres provinces , lorsqu'ils verraient V heureux succès des rebelles. Et entre autres choses, nous avons fait connaître au même Empereur que nous ne pouvons pas abdiquer notre droit de souveraineté sur les susdites provinces de notre domination pontificale, sans violer les serments solennels qui nous lient, sans exciter des plaintes et des soulèvements dans le reste de nos États, sans faire tort à tous les catholiques, enfin sans affaiblir ks droits non-seulement des princes de Vltalie qui ont été dépouillés injustement de leurs domaines, mais encore de tous les princes de Vunivers chrétien, qui ne pourraient voir avec indifférence l'introduction de certains principes trèspernicieux. Nous n'avons pas omis^ d'observer que Sa Majesté n'ignore pas par quels hommes^ et avec quel argent et quels secours les récents attentati de rébellion ont été excités et accomplis à Bologne, à Ravenne et dans d^ autres villes, tandis que la très-grande majorité des peuples demeurait frappée de stupeur sous le coup de ces soulèvements, qu'elle n'attendait aucunement et qu'elle ne se montre nullement disposée à suivre. Et d'autant que le très-sérénissime Empereur pensait que notre droit de souveraineté sur ces provinces devait être abdiqué par nous à cause des mouvements séditieux qui y ont été excités de temps en temps, nous lui avons opportunément répondu que cet argument n'avait aucune valeur, parce qu'il prouvait trop, puisque de semblables mouvements ont eu lieu trèsfréquemment et dans les diverses régions de l'Europe et ailleurs ; et il n'est personne qui ne voie qu'on ne peut de là tirer un légitime argument pour diminuer les possessions d'un gouvernement civil. Nous n'avons pas omis de rappeler au môme Empereur qu'il nous avait adressé une lettre très- différente de sa dernière avant la guerre d'Italie, lettre qui nous apporta la consolation, non l'affliction. Et comme, d'après quelques mots de la lettre impériale publiée par le journal précité, nous avons cru avoir sujet de craindre que nos provinces rebelles de l'Emilie ne fussent regardées comme déjà distraites de notre domination pontificale, nous avons prié Sa Majesté au nom de TÉglise, qu'en considération de son propre bien et de son utilité, elle fit complètement évanouir notre appréhension. Ému de celte paternelle charité avec laquelle nous devons veiller au salut éternel de tous, nous avons rappelé à son esprit que
janvier.] ENCYCLIQUE M PIK IX SDR LA LETTRE DE NAPOLÉON III. »
tous, un jour^ devront rendre un compte rigoureux devant le tribunal du Christ et subir un jugement très-sévère, et qu*à cause de cela chacun doit faire énergiquement ce qui dépend de lui pour mériter d*éprouip?r plutôt Taetion de la miséricorde que celle de la Justice.
^ Telles sont les choses, entre autres» que nous avons répondues au très-grand Empereur des Français. Et nous avons cru devoir vous en donner communication, pour que vous d'abord, et tout l'univers catholique, connaissiez de plus en plus que, moyennaoA l'aide de Dieu, selon le devoir de notre très-grave ministère, nous faisons sans peur tout ce qui dépend de nous et n'omettons aucun effbrt pour défendre courageusement la cause de la religion et de la justice ; pour conserver intègre et inviolé le pouvoir civil de l'Église romaine avec ses possessions temporelles et ses droits qui appartiennent à l'univers catholique tout entier; enfin, pour garantir la cause juste des autres princes. Appuyé du secours de celui qui a dit : Vous seres opprimés dans le monde, mais ayez^ confiance^ fai vaincu le monde (Jean, xvi, 33), et : Bienhsurêux ceux qui souffrent persécution pour la justice (Matth., v, ^), nous sommes prêt à suivre les traces illustres de nos Prédécesseurs , à mettre en pratique leurs exemples, à souffrir les épreuves les plus dures et les plus amères, à perdre môme la vie, avant que d'abandonner en aucune sorte la cause de Dieu, de l'Église et de la justice. Mais vous pouvez facilement deviner, vénérables Frères, de quelle amère douleur nous sommes accablé en voyant l'affreuse guerre qui, au grand dommage des âmes, afQige notre très-sainte religion^ et quelle tourmente agite TÉglise et ce Saint-Siège. Vous pouvez aussi facilement comprendre quelle est notre angoisse quand nous savons quel est le péril des âmes dans ces provinces troublées de notre domination, où des écrits pestilentiels ébranlent chaque jour plus déplorablement la piété, la religion, la foi et l'honuôteté des mœurs. Vous donc, vénérables Frères, qui avez été appelés- au partage de notre sollicitude et qui avez témoigné avec tant d'ardeur votre foi, votre constance et votre courage pour protéger la cause de la religion, de TEglise et de ce Siège apostolique, continuez à défendre cette cause avec encore plus de cœur et de zèle ; enflammez chaque jour davantage les fidèles confiés à votre soin, afin que sous votre conduite, ils ne cessent jamais d'employer tous leurs efforts, leur zèle et rapplication de leur esprit à la défense de l'Église catholique et de ce Satnt- Siége, ainsi qu'au maintien du pouvoir civil de ce même Siège et du patrimoine de Saint-Pierre, dont la conservation intéresse tous les catholiques. Nous vous demandons principalement avec les plus vives instances, vénérables Frères, de vouloir bien, en union avec nous, adresser sans relâche, ainsi que les fidèles confiés à votre soin, les prières les plus ferventes au Dieu très-bon et très-grand, pour qu'il commande aux vents et à la mer, qu'il nous assiste de son secours le plus efficace, qu'il assiste son Église, qu'il se lève et juge sa cause; pour que, dans sa bonté, il éclaire de sa grâce céleste tous les ennemis de l'Église et de ce Siège apostolique; enfin, que par sa vertu toute-puissante il daigne les ra*
mener dans les sentiers de la yérité, de la justice et du salut. Et afin que Dieu invoqué incline plus facilement son oreille à nos prières, aiu yOtres et à celles de tous les fidèles, demandons d'abord, vénérables Frères, les suffrages de Tlmmaculée et Très-Sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, qui est la mère très-aimante de nous tous, notre espoir le plus fidèle, la protection efficace et la colonne de l'Église, et dont le paf rouage est le plus puissant auprès de Dieu. Implorons aussi les suffra* ges du bienheureux prince des Apôtres, que le Christ, notre Seigneur, a établi la pierre de son Église, contre laquelle les portes de l'enfer ne pourront jamais prévaloir; implorons également les suffrages de Paul, soD frère dans Tapostolat, et enfin ceux de tous les saints qui régnent avec le Gbrist dans les cieux. Connaissant, yénérables Frères, toute votre religion et le zèle sacerdotal qui vous d^tingue éminemment, nous ne doutons pas que vous ne vouliez tous conformer avec empressement à nos vœux et à nos demandes. Et, en attendant, pour gage de notre charité très-ardente pour vous, nous tous accordons avec amour et du fond du cœur à vous-mêmes, vénérables Frères, et à tous les clercs et fidèles laïques confiés aux soins de chacun de vous, la bénédiction apostolique jointe au souhait de toute vraie félicité.
« Donné àRome, près Saint-Pierre, le 19 janvier de Fan 1860, Tan XIV de notre pontificat. »
Décret du gouvernement piémontais qui abolit le concordat conclu entre le Saint-Siège et la Toscane le 25 avril 1851.
29. — Suppression du journal rUniverSy qui avait publié le matin l'encyclique du Souverain-Pontife. Voici le rapport adressé à TËmpereur par M. Billault, ministre de l'intérieur :
V Sire, le journal V Univers s'est fait, dans la presse périodique, l'organe d'un parti religieux dont les prétentions sont chaque jour en opposition plus directe avec les droits de l'État. Ses efforts incessants tendent à dominer le clergé français, à troubler les consciences, à agiter le pays, à saper les bases fondamentales sur lesquelles sont établis les rapports de l'Église et de la société civile.
« Cette guerre ouverte faite à nos plus anciennes traditions nationales «st dangereuse pour la religion môme, qu'elle compromet, en la mêlant à des passions indignes d'elle, en Tassociant à des doctrines inconciliables avec les devoirs du patriotisme, que le clergé français n'a jamais séparés de sa respectueuse soumission au Saint-Siège dans l'ordre spirituel.
a La presse religieuse a méconnu la mission de modération et de paix qu'elle devait remplir. Le journal r Univers surtout, insensible aux avertissements qui lui ont été donnés, atteint chaque jour les dernières limites de la violence; c'est à lui que sont dues ces polémiques ardentes, où des attaques regrettables ne manquent jamais de répondre à
Janvier.] SUPPRESSION DU JOURNAL L'UNIVERS. 11
ses provocations , et dont les scandales sont un sujet de profonde tristesse pour le clergé comme pour tous les bons citoyens.
« Les vrais intérêts de rËglise, aussi bien que ceux de la paix publique, réclament impérieusement que Ton mette un terme à ces excès. Un gouvernement fondé sur la volonté nationale ne craint pas la discussion, mais il doit savoir protéger efficacement, contre ceux qui voudraient les ébranler ou les compromettre, Tordre public^ l'indépendance de TËtat, l'autorité et la dignité de la religion.
<f C'est dans ce but que je propose à Votre Majesté d'appliquer au journal V Univers l'article 32 du décret du 17 février 1852 *, et de prononcer la suppression de cette feuille périodique. Les doctrines et les prétentions que ce journal voudrait ressusciter parmi nous ne sont pas nouvelles ; la vieille monarcbîe française les a toujours énergiquement combattues ; de grands évoques l'ont parfois secondée dans cette lutte. Votre Majesté ne se montrera pas moins soucieuse que ses devanciers de faire respecter les principes consacrés par nos traditions nationales. »
Aussitôt après la suppression de leur journal, le 2 février, les rédacteurs de V Univers écrivirent au Souverain-Pontife la lettre suivante :
« Très-Saint Père ,
a Après le coup dont ils viennent d'ôtre frappés, le premier besoin et la plus grande consolation des rédacteurs de Y Univers est de se jeter à vos pieds. Notre œuvre n'est plus^ mais nos cœurs seront plus que jamais remplis du zèle qui, grâce à Dieu, Ta constamment animée. Fils dévoués de la sainte Église romaine, nous sommes heureux de tomber pour avoir fait retentir la parole de Votre Sainteté. Une encyclique de Pie IX avait rendu la vie à VUnivers \ c'est pour une encyclique de Pie IX que la vie lui est ôtée. Dieu et Pie IX soient bénis de toutes deux! Notre œuvre était bien à vous, Très-Saint-Père ; et nos cœurs et nos travaux, et nous-mêmes, nous sommes toujours à vous.
<K Très-Saint-Père, nous vous demandons l'indulgence pour nos fautes passées, nous ne les avons pas faites par mauvais cœur et à mauvaise intention. Nous vous supplions d'y ajouter une bénédiction pour l'avenir, afin que si nous pouvons nous relever, toujours animés des mômes bons desseins, nous fassions des œuvres meilleures. Notre projet ^st de rester réunis autant qu'il se pourra. Si nous sommes forcés de nous disperser, chacun de nous travaillera isolément dans l'esprit de
i Voici le texte de c(it article 32 : « Un Jouroal peut 6tro supprimé soit après une suspension judiciaire, soit pour mesure de sûreté générale, mais par un décret du président de la République (décret impérial) publié ^nBulletin des lois, «
' L*Encycliqae du 21 mai 1853.
tî ANNALES EGGLtiSIASTIQDES. (18«0
rœayre comiDune. Si Votre Sainteté veut assigner à quelqu'un de nous un poste particulier, il obéira eémme à Tordre de Dieu.
« Aux pieds de Votre Sainteté^
« Ses fils très-humbles, très-reconnaissants et à jamais fidèles^
a Louis Veuillot ; Du Lac; Eugène Veuillot ; Coquille; Aubineau ; Rupert ; J. Ghantrel ; de la Roche-Héron ; le comte, de la Tour, député au Corps législatif; le comte de Maumigny; Tabbé Cornet; Barrier; Taconet. » \
Le Souverain-Pontife répondit aux rédacteurs de P Univers :
« A nos chers fils, Louis Veuillot, et les autres rédacteurs du journal religieux intitulé V Univers,
« Pie IX, Pape.
« Chers fils, salut et bénédiction apostolique.
« Nous avons appris avec douleur, par vos lettres du 2 de ce mois, que la résolution prise instantanément par vous de publier, les premiers de tous, la lettre encyclique donnée par nous, le quatorze des calendes de février, et envoyée à tous les évéques de Tunivers catholique, a été Tobjet de la censure du gouvernement, et a fait supprimer, par décret impérial, votre journal religieux. Au milieu de la licence des écrits pleins de malveillance de ce temps, et des affreuses calomnies des ennemis de ce Saint-Siège, ce coup vous a frappés et justement affligés, nos chers fils, vous qui depuis longtemps et de tout cœur avez entrepris de soutenir et de défendre la très-belle et très-noble cause de ce môme Siège et de l'Église. C*est pour nous un devoir de louer tout particulièrement Tardeur avec laquelle vous vous êtes efforcés, sans peur aucune, de réfuter des journaux impudents, de défendre les lois de TËglise, de combattre pour les droits de ce Saint-Siège, et pour la souveraineté civile dont, par la permission de la Providence divine, les Pontifes romains ont joui depuis tant de siècles. Nous souhaitons vivement que vous soyez persuadés de notre charité paternelle envers vous. La piété de votre cœur, votre respect, et ce zèle même que vous montrez pour la défense de la vérité, nous sont des témoignages très-agréables» Cependant recevez pour gage de notre particulier amour notre bénédiction apostolique que nous vous donnons avec une profonde tendresse, et de toute Tafifection de notre cœur paternel, en souhaitant qu'elle attire sur vous tous, nos chers fils, et sur toutes vos familles, les plus Abondantes bénédictions du ciel.
« Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, le 25 février de Tan 1860, Tan XIV de notre pontifical.
« PlE IX, PAPE. »
janvier.] DÉPÊCHE A ^AMBASSADEUR DE FfiANGfi EN AUTRICHE. |^
sa. — Avertissement doaoé à VImUpendanee de VOuest pour avoir reproduit, dans «on numéro du 27, une lettre adressée par le clergé catholique du diocèse du Mans et d'Angers au Pape Pie VI, le 23 mars 1792, « Considérant, dit ravertissemept, que la reproduction de ce document tend à établir une sorte d'assimilation hypothétique entre une époque de persécution contre le clergé catholique et un régime sous lequel la religion est environnée de protection et de respect. »
On lit dans le Moniteur :
« Le gouvernement a souvent déploré le caractère irritant des polémiques engagées sur les questions religieuses.
« Après la mesure qui a frappé le journal VUnivers, les violences qui répcadraient à ces provocations seraient désormais sans motifs comme sans excuse. La presse tout entière comprendra que ces graves questions ne dof vent, être discutées qu'avec le calme et la modération commandés à la fois par l'intérêt de la paix publique et par le respect dû à la religion. »
La presse irréligieuse ne tint guère compte de cet avis.
Cependant, grâce à la courageuse initiative de VUnivers^ TEocyclique fut publiée en France; mais on remarqua que le Comtitutionnel et la plupart des autres journaux, officieux et hostiles au Saint-Siège, ne reproduisirent pas cette phrase du document pontifical : a Nous n'avons pas omis d'observer que Sa Majesté n'i- (( gnore pas par* quels hommes, avec quel argent et quels secours a les récents attentats de rébellion ont été excités et accomplis à « Bologne, à Ravenne et dans d'autres villes, tandis que la très- 4t grande majorité des peuples demeurait frappée de stupeur sous « le coup de ces soulèvements, qu'elle n'attendait aucunement, et « qu'elle ne se montra nullement disposée à suivre. » Cette phrase teçut depuis un commentaire officiel : c'est le marquis de Pepoïi lui-mônpi,e,,p2\rent de Tempereur Napoléon et devenu ministre de Victor-Eimnia,nuel, qui a déclaré, en pleine chambre des députés, à Turin^ que Bologne n'aurait pu être enlevée et arrachée au gouvernement pontifical, û le roi Yictor-Emmanuel n'avait fourni de Targeiit de sa cassette particulière, ^t le marquis de Pepoli a fait connaître les chiffres. -
ai. — Dépêche adressée par M. Thouvenel à l'ambassadeur de France en Autriche. Dans cette dépêche le ministre français témoigne le regret que le Pape ait laissé s'empirer la situation dans
la Romagne, et déclare que la France est disposée à uae combinaison autre que celle de la cession de ce pays par le Saint-Siège, mais à la condition que le principe de non-intervention sera maintenu.