On lit dans le Moniteur
« Un recours comme d'abus a été formé devant le Conseil d'fitat contre M^' Mathieu, cardinal archevêque de Besançon, qui> le dimanche 8 de ce mois, à la messe paroissiale de la métropole, a donné lecture du texte complet de TEncyclique du 8 décembre, dont la dernière partie a été seule officiellement reçue et publiée dans l'Empire. »
!•. — Mort, à Paris-Passy, du publiciste révolutionnaire et athée Pierre-Joseph Proudhon, né à Besançon en 4809.
Février.
S. — La partie officielle du Moniteur contient les deux décrets suivants :
NAPOLÉON, etc..
Sur le rapport de la section de Législation, Justice et Affaires étrangères^
Vu le recours comme d'abus à Nous présenté en notre Conseil d*État le 11 janvier 1865, par notre Garde des sceaux. Ministre Secrétaire d'Etat de la Justice et des Cultes, contre l'Évoque de Moulins ;
Vu la circulaire de notre Garde des sceaux, Ministre Secrétaire d'État de la Justice et des Cukes, en date du 1" janvier 1865;
Vu la lettre imprimée de l'évoque de Moulins aux curés du diocèse de Moulins, en date du 8 janvier 1865, à laquelle est jointe Talloculion prononcée par lui dans la cathédrale de Moulins;
Vu la dépêche de notre Garde des sceaux, Ministre Secrétaire d'État de la Justice et des Cultes, en date du 12 janvier 186»^ par laquelle il informe l'évoque de Moulins du recours porté devant notre Conseil d'État ;
Vu la lettre de l'évoque de Moulins, en réponse à la dépêche ci-dessus, en date du 14 janvier 1865 ;
Vu les articles 1^' et 6 delà loi du 18 germinal an X;
Considérant qu'il résulte des documents ci-dessus visés que, le 8 janvier 1865, l'évoque de Moulins a donné, dans la chaire de la cathédrale de Moulins, lecture de la partie de la Lettre en cyclique dont la réception, la publication et la mise à exécution n'ont pas été autorisées ;
Considérant qu'il a ainsi contrevenu à l'article 1*' de la loi du 18 ger-
février.] DEUX DÉCLARATIONS D'ABUS. 323
minai an X, portant que : « Aucune bulle, bref, rescrit, décret, mandat, provision, signature servant de provision, ni autres expéditions de la cour de Rome, môme ne concernant que les particuliers, ne pourront être reçus, publiés, imprimes ni autrement mis à exécution, sans l'autorisation du Gouvernement; »
Notre Conseil d'État entendu.
Avons décrété et décrétons ce qui suit :
Art. l*''. 11 y a abus dans le fait d'avoir donné lecture, en chaire, de la partie de la Lettre encyclique dont la réception, la publication et la mise à exécution n'ont pas été autorisées par Nous dans l'Empire français.
Art. 2. Notre Ministre d'État et notre Garde des sceaux^ Ministre Secrétaire d'État de la Justice et des Cultes, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret, qui sera inséré au Bulletin des lois.
Fait au palais des Tuileries, le 8 février 1865.
NAPOLÉON, etc.
Sur le rapport de la section de Législation, Justice et Affaires étrangères ;
Vu le recours comme d'abus à Nous présenté en notre Conseil d'État, le 14 janvier 1865, par notre Garde des sceaux, Ministre .Secrétaire d'État de ]a Justice et des Cultes, contre le Cardinal-Archevêque de Besançon, et les pièces y annexées ;
Vu la circulaire de notre Garde des sceaux. Ministre, Secrétaire d'État de la Justice et des Cultes, en date du 1" janvier 1865 ;
Vu la dépêche de notre Garde des sceaux^ Ministre, Secrétaire d'État de la Justice et des Cultes, par laquelle il informe le Cardinal- Archevêque de Besançon du recours porté devant notre Conseil d'État ;
Vu la lettre du Cardinal-Archevêque de Besançon en réponse à la dépêche ci-dessus^ en date du 15 janvier t86o ;
Vu les articles 1 et 6 de la loi du 18 germinal an X ;
Considérant qu'il résulte des documents ci-dessus visés que, le 8 janvier 1865, le Cardinal-Archevêque de Besançon a donné, dans la chaire de la cathédrale de Besançon, lecture de la partie de la Lettre encyclique dont la réception, la publication et la mise à exécution n'ont pas été autorisées, qu'il a déclaré a qu'ainsi se trouvait publiée la parole du souverain Pontife ; »
Considérant qu'il a ainsi contrevenu à l'art, l**^ de la loi du 18 germinal an X, portant que :
<r Aucune bulle, bref, rescrit, décret, mandat, provision, signature servant de provision, ni autres expéditions de la Cour de Rome, même ne concernant que les particuliers, ne pourront être reçus, publiés^ imprimés, ni autrement mis à exécution, sans l'autorisation du Gouvernement; »
Notre Conseil d'État entendu,
Avons décrété el décrétons ce qui suit :
Art. l«^ Il y a abus dans le fait d'avoir donné lecture en chaire de la partie de la Lettre encyclique dont la réception, la publication et la mise à exécution n'ont pas été autorisées par nous dans tout l'Empire français.
Art. 2. Notre Ministre d'État et notre Garde des sceaux, Ministre Secrétaire d'État de la Justice et des Cultes, sont chargés^ chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret, qui sera inséré au Bulletin des lois.
Fait au palais des Tuileries, le 8 février 1865.
C'était M. le conseiller d'État Langlais qui avait été chargé du rapport sur les deux affaires. M. Langlais constatait, dans son rapport, que « l'Église, en France, n'est pas dominante, comme (I elle rétait autrefois, » et cependant il justifiait les articles organiques par une multitude d'autorités et de considérations tirées de Tancien régime -y — il disait que les gouvernements ont le droit et le devoir de prendre des précautions contre les abus possibles de la puissance ecclésiastique, et cependant il ne constatait aucun danger résultant pour l'État de la liberté de l'Église. Il est certain que les périls des sociétés modernes sont ailleurs : ce n'est pas la liberté absolue des communications entre le Saint-Siège et les évêques qui a produit les révolutions et les bouleversements dont le monde est affligé depuis un siècle ; ce n^est pas cette liberté qui a renversé tant de dynasties ; il est certain aussi que jamais le christianisme ne serait devenu la loi de la société européenne, s'il avait fallu Vexequatur des empereurs romains pour la promulgation et la publication des lettres des Apôtres et des Papes et des décrets des Conciles.
Il convient de remarquer ici que le gouvernement de France a été le seul qui ait interdit la publication pour les évêques de l'Encyclique et du Syllabus, Le gouvernement autrichien, pressé de le faire et peut-être disposé à le faire, reconnut que le Concordat s'opposait à l'interdiction; le gouvernement espagnol, pour sauver, selon lui» les droits de l'État, accorda V autorisation de publier; ailleurs, aucun obstacle ne fut mis à la publication, pas plus dans les États protestants que dans les États catholiques. Le gouvernement italien lui-même, après avoir prohibé la publicatioD» accorda Vexeguatur^ à la date du 8 février.
— Dépêche de M. Drouyn de Lhuys au comte de Sartîges, à Rome :
Monsieur le Comte, le Gouvernement de l'Empereur a vu dans les
février.] OUVERTURE DE U SESSION LÉGISLATIVE EN FRANGE. 325
journaux, avec une pénible surprise, deux lettres écrites par le Nonce Apostolique, Tune à l'évoque d'Orléans, pour le féliciter de sa brochure relative à la Convention du 15 septembre et à FEncyclique du 8 décembre ; l'autre à TËvôque de Poitiers, pour approuver son mandement.
Par cette double démarche, le Nonce a gravement compromis le caractère dont il est revêtu. En s'adressantà des évoques français pour apprécier et diriger leur conduite à l'égard du Gouvernement impérial, Son Excellence a outrepassé ses attributions, qui, d'après le droit public français, ne sauraient être que celles d'un ambassadeur. Or, un ambassadeur manque à son devoir le plus essentiel lorsqu'il encourage par son approbation la résistance aux lois du pays où il réside et la critique des actes du Gouvernement près duquel il est accrédité.
Il est vrai que Son Excellence, dans les explications qu'elle m'a données sur ce sujet, a désavoué la publication de ces letti^s, qu'elle attribue à une blâmable indiscrétion. Mais c'est du fait lui-môme que le Gouvernement de Sa Majesté est en droit de se plaindre. Il espère donc que la Cour de Rome, dans sa sagesse, ne permettra pas le renouTellement de pareils écarts, qu'il est d'ailleurs résolu à ne pas tolérer.
Vous voudrez bien, monsieur le Comte, donner lecture de cette dépêche à S. Ëm. le Cardinal Secrétaire d*état.
Agréez, etc.
15. — Ouverture de la session législative en France. L'Empereur prononce les paroles suivantes, relativement à la question romaine et à la question religieuse en général :
« Dans le midi de TEurope, l'action de la France devait s'exercer plus résolument. J'ai voulu rendre possible la solution d'un difficile problème. La Convention du 15 septembre, dégagée d'interprétations passionné es, consacre deux grands principes : l'affermissement du royaume d'Italie et l'indépendance du Saint-Siège.
a L'état provisoire et précaire qui excitait tant d'alarmes va disparaître. Ce ne sont plus les membres épars de la patrie italienne cherchant à se rattacher par de faibles liens à un petit État situé au pied des Alpes, c'est un grand pays, qui, s*élevant au-dessus des préjugés locaux et méprisant des excitations irréfléchies, transporte hardiment au cœur de la Péninsule sa capitale, et la place au milieu des Apennins comme dans une citadelle imprenable.
« Par cet acte de patriotisme, l'Italie se constitue définitivement et se réconcilie en même temps avec la catholicité ; elle s'engage à respecter l'indépendance du Saint-Siège, à protéger les frontières des États- Romains, et nous permet ainsi de retirer nos troupes.
a Le territoire pontifical, efficacement garanti, se trouve placé sous la sauvegarde d'un traité qui lie solennellement les deux gouverne-^
menfs. f.a Convenlion n'est donc pas une arme de guerre, mais une œuvre de paix et de conciliation.
« La religion et l'instruction publique sont l'objet de mes constantes prt^occupations. Tous les cultes jouissent d'une égale liberté; le clergé catholique exerce, même en dehors de son ministère, une légitime influence : par la loi de l'enseignement, il concourt à l'éducation de la jeunesse; par la loi électorale, il peut entrer dans les conseils publics ; par la Constitution, il siège au Sénat. Mais plus nous l'entourons de considérations et de déférence, plus nous comptons qu'il respectera les lois fondamentales de l'Etat. Il est de mon devoir de maintenir intacts les droits du pouvoir civil, que, depuis saint Louis, aucun souverain, en France, n'a jamais abandonnés. »
— A Londres, mort de M»' Nicolas-Palrice-Étienne Wiseman, Cardinal-Archevêque de Westminster, né à à Séville (Espagne), d'une famille irlandaise qui était d'origine anglaise, le 2 août 1802, sacré évoque in partibus deMelipotamos, en 1840, pour devenir coadjuteur de M^ Walsb, vicaire apostolique du district central de l'Angleterre, vicaire apostolique de Londres en 1849, archevêque de Westminster en 1850 et métropolitain d'Angleterre, créé cardinal le 30 septembre 1850. Le Cardinal Wiseman, Tune des gloires de l'Église catholique, n'avait pas soixante-trois ans lorsqu'il mourut, et l'Église était en droit d'attendre encore de lui de longs et utiles travaux. Quoique interrompue avant l'heure, sa carrière a été admirablement remplie, et son nom brillera d'un glorieux éclat dans les annales de la religion, de la science et de la littérature. Tout le monde a lu Fabiola, cette délicieuse histoire qui a prouvé que le roman chrétien peut exister; toute l'Angleterre connaît ses Conférences sur le protestantisme y qui ont éclairé tant d'intelligences égarées ; les savants ont lu ses Discours sur les rapports entre les sciences et la religion révélée^ qui ont fait justice de tant de préjugés ; nul n'ignore enfin la part importante prise par l'illustre Cardinal au mouvement catholique qui s'est déclaré avec tant d'énergie en Angleterre, et à la restauration de la hiérarchie ecclésiastique dans ce royaume.
95. — Le Saint-Père répond à peu près en ces termes à l'Adresse qui lui est présentée par les catholiques présents à Rome, et qui est lue par lord StalTord :
«Jamais plus qu'aujourd'hui il n'a été nécessaire de répéter la prière que fit le divin Sauveur au Père céleste : « Qu'ils soient un, comme « nous le sommes, ut omnes sint unum sicut et nos, »
« C'est par refficacité de cette prière que vous êtes réunis ici, repré-
mars.] L'EMPEREUR IfAXIHILIEN PROTÈGE LA RELIGION. 327
sentaotB de divers pays : c'est par refficacité de cette prière que les évoques du monde catholique eont uqisàce Siège suprême (ici le Saint- Père a désigné le trône sur lequel il était assis), siège qui est le centre nécessaire vers lequel convergent de tous les points de la circonférence tous les degrés de la hiérarchie catholique.
« Oui, soyons unis tous par les liens de la foi et de la charité.
« La foi unit les intelligences dans la doctrine que Jésus-Christ nous a révélée. C'est pour elle qu'a coulé le sang des martyrs et des vierges, et que la fermeté et le courage des confesseurs ont éclaté. La foi n'admet ni compromis, ni capitulation, ni ostentation. Elle est de sa nature exclusive.
« La charité, elle, est expansîve... Je ne parle pas de celte amitié humaine ni de celle philanthropie humanitaire, romanesque. Cette charité n'est pas l'esprit de concession qui consiste à admettre l'égalité de l'erreur et de la vérité, mais c'est cette vertu divine qui fait qu'on aime son prochain pour Dieu lui-même.
« Mû par cette charité, j'ai cru devoir éclairer le monde sur les principes de la vérité et de la justice ; j'ai publié l'Encyclique.
« Pour pouvoir parler avec la liberté qui convient au Vicaire de Jésus-Christ, il lui faut, comme vous l'avez dit, un lieu où il ne soit point entravé, où il soit indépendant des puissances de ce monde.
« Bien des hommes, il est vrai, lui contestent ce territoire^ sV charnent à le lui ravir, l'accablent d'outrages et ne lui épargnent aucune avanie.
«c Mais à ces hommes qui le maudissent il n'envoie, lui, toujours mû par la charité divine, que des bénédictions. {Vive émotion.)
« J'ai demandé à Dieu que tous ceux qui le renient ou le méconnaissent reviennent à la vérité et rentrent dans l'unité.
« Demandez-le avec moi par vos prières, afin que tous nous soyons unis déjà sur la terre par la foi et la charité, et qu'unis au Fil?, nous glorifiions un jour le Père dans Téternilé bienheureuse.
« Que Dieu vous bénisse, vous, vos familles, vos pays, comme je vous bénis.
«•. — Au Mexique, l'empereur Maximilien décrète qu'il protégera la religion catholique, apostolique et romaine comme religion d'État, mais qu'il tolérera cependant toutes les autres confessions qui ne seront pas en contradiction avec la morale, la civilisation et les bonnes mœurs. Un deuxième décret concernant les biens ecclésiastiques promet une révision des lois portées par Juarez.
Mars.
4. — Le président des États-Unis, Abraham Lincoln, commence sa seconde présidence.
328 ANNALES ECCLÉSUSTÎQUES. [1805
«». — A Rome, consistoire dans lequel le Saint-Père propose, entre autres, les églises ci-après : église métropolitaine d'AIbi en France pour M*' Jean-Paul-François-Félix-Marie Lyonnet, promu du siège de Valence ; Téglise cathédrale de Ch&lons ea France pour le Rév. Guillaume-René Meignan^ prêtre diocésain de Laval, vicaire-général à Paris et docteur en théojogie sacrée ; l'église cathédrale de Valence en France pour le Rév. François- Nicolas Gueullette, prêtre de Moulins et chanoine curé de ladite cathédrale; Téglise cathédrale de Perpignan en France pour le Rév. Étienne-Émile Ramadié, prêtre de Montpellier, curé de Saint- Jacques de Béziers ; Téglise épiscopale de Chrjsopolis in partibus infidelium pour le Rév. Claude-Marie Depommier, prêtre archidiacre de Ghambéry, élève du séminaire des Missions-Étrangères à Paris, missionnaire dans les Indes, vicaire apostolique délégué de Coïmbatour dans les Indes orientales.
— Le Saint-Père prononce Tallocution suivante, Omnium eccle^ iiarum cura :
Vénérables Frères,
Le soin de toutes les Églises et la sollicitude qui nous est imposée par Dieu demandent que nous vous communiquions aujourd'hui une chose ayant trait à TÉglise orientale. Notre vénérable Frère Clément Bahus, patriarche grec-melchite d'Antioche, après s'être acquitté de son important ministère pendant plusieurs années et avec distinction, nous supplia de lui accorder la permission de se démettre du patriarcat. En considération des éminentes qualités dont il était doué et dans notre désir de le voir conserver la dignité et la charge de patriarche, nous nous opposâmes longtemps et fortement à cette démission, et nous rexhortâmes à ne pas abandonner le régime et le gouvernement de son Église patriarcale. Mais, Terme dans sa résolution, se jugeant trèshumblement et éprouvant un désir ardent de mener de nouveau la vie monastique et cachée, et de se consacrer plus librement aux choses divines, il insista tant auprès de nous et nous pressa si fort, que nous crûmes enfin devoir nous rendre à ses vœux. En conséquence, nous ordonnâmes à notre vénérable Frère Joseph Valerga, patriarche latin de Jérusalem et pro-délégué apostolique de Syrie, d'admettre, de recevoir et de ratifier en notre nom, au nom et en vertu de Tautorité du Siège Apostolique, la démission de notre vénérable Frère Clément, et de le dégager entièrement du lien qui l'attachait à l'Église patriarcale grecque-melchite d'Antioche. Alors les évoques de cette nation^ convoqués par notre vénérable Frère Clément après son abdication accomplie au monastère et après l'acceptation de cette démission en notre nom par notre vénérable Frère le Patriarche de Jérusalem, se réunirent pour l'élection d'un nouveau patriarche de] leur Église.
mars.] ALLOCUTION PRONONCÉE PAR LE SAINT-PÈRE. 329
Les suffrages ayant été recueillis, ils jugèrent que notre vénérable Frère Grégoire Jussef, évoque de Ptolémaïde, devait être orné d'une . dignité aussi éminente. Cette élection fut on ne peut mieux accueillie des évoques, des moines, des principaux personnages de la nation et du peuple tout entier^ les Grecs-Melchites connaissant déjà les vertus éminentes de l'élu. Notre vénérable Frère Grégoire Jussef nous annonça son élection dans une lettre très*respectueuse où il déclare en termes explicites qu'il n'a rien tant à cœur que d'être fermement attaché à nous et à la Chaire dePierre par une foi, une fidélité et une obéissance entières, et nous pria instamment de vouloir bien le confirmer par notre autorité apostolique dans sa charge de patriarche grec-melchite d'Antiochc et lui accorder Thonneur du sacré pallium. En conséquence, tout ayant été mûrement pesé et approuvé par nous et par la Congrégation de nos vénérables Frères les Cardinaux de la sainte Église Romaine préposés aux affaires religieuses des Églises orientales, sur l'avis de cette Congrégation, nous croyons devoir confirmer cette élection ou postulation, d'autant plus volontiers que notre vénérable Frère Grégoire Jussef est doué d'une religion éminente, de piété, de prudence et d'autres précieuses qualités. Aussi avons-nous l'espérance qu'il s'appliquera avec un soin, une activité et un zèle extrêmes à remplir toutes les obligations de son vaste et important ministère et à procurer sans relâche la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes. Nous pensons donc que ce vénérable Frère doit être dégagé du lien qui l'attache à l'Église épiscopale de Ptolémaïde, confirmé dans la dignité de patriarche grec-melchite d'Antioche, décoré de l'honneur du sacré pallium et enrichi de tous les autres privilèges que ses prédécesseurs ont tenus du Siège Apostolique. En agissant ainsi, nous ferons une chose très-agréable à lui-même et à l'illustre nation grecque-melchite, pour laquelle le Saint-Siège a toujours eu et a encore à bon droit une bienveillance singulière.
Que vous en semble ?
Par l'autorité du Dieu tout-puissant, des saints Apôtres Pierre et Paul, et par la nôtre, nous confirmons et approuvons l'élection ou postulation de l'évêque Grégoire Jussef faite par nos vénérables Frères les évoques grecs-melchites, nous le dégageons du lien qui rattachait à l'Église de Ptolémaïde et le transférons à l'Église patriarcale d'Antioche des Grecs-Melchites, le préposant pour patriarche et pasteur de cette nation, comme il sera mentionné dans le décret consistorial.
Au nom du Père f et du Fils fet du Saint f Esprit. Ainsi soit-il.
En vous parlant, selon l'ancienne coutume, de la mort douloureuse de Maxi milieu II, roi de Bavière, d'illustre mémoire, nous vous dirons, vénérables Frères, que nous avons été saisi d'une profonde douleur à la nouvelle que ce souverain était passé de vie à trépas. Nous avons en effet perdu en lui un prince chéri de son peuple, doué d'une piété, d'une prudence et d'autres vertus éminentes, et animé envers nous et envers le Siège Apostolique d'un amour et d'un respect très-pro-
330 ANNALES EGGLËSIASTIQnES. [18^5
foodg. Bien que sa fin très-chrétienne nous fasse espérer qu'il jouit déjà de la béatitude éternelle, nous excitons cependant votre éminente religion à prier devant Dieu pour son âme. Nous n'avons pas négligé de le faire en particulier, et un service public sera célébré dans notre chapelle pontiOcale le 6 avril prochain.
Bien que les déplorables événements qui viennent de se produire au Mexique contre toute attente, contre la nôtre, et malgré les témoignages de filial respect que nous a donnés en plusieurs occasions notre Très-Cher Fils en Jésus-Christ Maximilien, empereur du Mexique, nous aient causé une douleur bien amère, nous croyons pourtant ne pas devoir vous entretenir sur ce sujet pour le moment. Nous sommes soutenu par l'espoir que l'Empereur, se souvenant de son devoir ei de son intérêt^ et considérant sérieusement combien la religion catholique et sa doctrine salutaire contribuent au bonheur et à la stabilité des empires, à la prospérité même temporelle et à la tranquillité des peuples, retirera le pied de la voie où il s'est malheureusement engagé, acquiescera à nos très- justes désirs et à nos demandes, fera droit aux vœux et aux réclamations de la catholique nation mexicaine, réparera les très-graves ruines de l'Église dans son empire, protégera ses droits vénérables, sa liberté, ses évéques sacrés, ses ministres et ses institutions, et se maintiendra surtout dans une harmonie remarquable avec les évoques, comme le demafndent la religion et la justice, et comme il convient à un souverain catholique.
A cette occasion, nous ne saurions nous abstenir de décerner dans votre illustre assemblée des louanges bien méritées et éclatantes à nog vénérables Frères les évoques du monde catholique, qui, en présence d'une telle conjuration contre notre divine religion et d'une telle dépravation de plusieurs hommes, nous fournissent chaque jour une cause de plus en plus abondante de soulagement, de joie et de consolation au sein de nos graves amertumes. En effet, ces vénérables Frères, attachés du fond de l'âme par un amour et un respect admirables à nous et à cette Chaire de Pierre, mère et maîtresse de toutes les Églises, ne se laissent effrayer par aucun danger et par aucun mal, bravent tout respect humain, ne tiennent aucun compte des injustes décrets de l'autorité civile contre TÉglise, se font hautement gloire de défendre et de venger courageusement, tantôt par leur parole, tantôt par leurs écrits, la vérité catholique, l'unité, notre pouvoir, notre autorité, notre liberté, nos droits, ceux de l'Église et du Siège Apostolique, sont heureux de rejeter et de condamner ouvertement et publiquement, dans les lettres qu'ils nous ont écrites tout récemment et dans celles qu'ils ont adressées aux fidèles confiés à leurs soins, tout ce que nous condamnons, et s'empressent de s'opposer avec une force sacerdotale aux conseils et aux efforts coupables des hommes ennemis^ de nourrir leurs ouailles de la saine doctrine et de les guider dans les sentiers de la foi. Nos vénérables Frères les Évoques d'Italie sont particulièrement dignes de ces très-justes éloges. Car, bien qu'exposés >aux violentes injures
avriLJ LA QUESTION ROMAINE AD CORPS LÉGISI.ATIF. SSI
et persécutions de leurs ennemis, et tourmentés de mille manières, ils s'acquittent courageusement de leur ministère, ne se lassent pas d'élever leur voix épiscopale avec une merveilleuse unanimité, de réclamer avec force et de protester contre toutes les lois réprouvables et iniques portées par le gouvernement subalpin au détriment de l'Église, de ses institutions sacrées, de ses ministres et de ses droits et contre les innombrables actes sacrilèges commis par ce môme gouvernement. Oui, ces Évoques dltalie combattent pour le Christ et pour son Église avec un courage et une constance admirables, prennent soin du salut de leur troupeau, ne craignent ni Texil, ni la prison^ ni aucun autre tourment, suivant en cela les exemples des Apôtres, qui revenaient joyeux de la vue du concile parce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir des outrages ppur le nom de Jésus. Aussi, en déplorant du fond de notre cœur les angoisses amères de ces vénérables Frères, en nous associant à leurs souffrances et en mêlant nos larmes aux leurs, nous rendons de très-humbles actions de grâces au bien-aimé Père des miséricordes et au Dieu de toute consolation^ à la vue de cet épiscopat catholique qui^ par l'assistance signalée de la grâce divine, se montre très-attaché à nous et à ce Saint-Siège, est animé d'un vigoureux esprit de foi et combat virilement pour la défense de sa sainte Église.
Cependant, vénérables Frères, en des temps si durs et en présence du danger que courent les âmes, continuez à adresser sans relâche, dans votre religion éminente^ de ferventes prières avec nous à Dieu, afin qu'il aide et console par sa toute-puissante vertu ce Siège Apostolique, objet de tant d'outrages, TËglise couverte de tant de blessures, la société chrétienne et civile en proie à tant de calamités ; afin que, répandant sur tous, d'une main propice, les richesses de sa grâce divine et de sa miséricorde, il fasse que tous les peuples le connaissent, l'aiment, le vénèrent et le louent, ainsi que celui qu'il a envoyé, son Fils Unique Notre-Seigneur Jésus-Christ, observent scrupuleusement tous ses commandements et suivent la voie qui conduit à la vie.
. — M. le marquis de La Valette, ancien ambassadeur à Rome, est nommé ministre de Tintérieur, en France, en remplacement de M. BoudeU
Avril.
&. — Le commandeur Vegezzi, ancien ministre de Victor- Emmanuel, est envoyé en mission à Rome pour y suivre des négociations au sujet des sièges épiscopaux vacants en Italie.
l«. — La question romaine revient en discussion au Corps législatif, à propos du paragraphe 19 du projet d'Adresse, qui est ainsi conçu :
332 ANNALES ECGLÉSUSTiQUES. [1865
(( Sire, il y avait en Italie une situation qui était pour tous les esprits sensés et clairvoyants Tobjet de justes alarmes. 11 fallait concilier l'alTermissement du royaume d'Italie^ en partie fondé par nos mains, et le maintien de l'indépendance du Saint-Siège. La Convention du 15 septembre a voulu atteindre ce double but. Par cet engagement solennel, le gouvernement italien s'oblige à respecter le territoire pontifical et à protéger ses frontières contre toute atteinte directe ou indirecte. D'un autre côté, en transportant et on fixant sa capitale à Florence, il se constitue lui-même d*une manière définitive.
« La Convention garantit ainsi efficacement l'indépendance du souverain Pontife. Nous comptons fermement sur l'exacte et loyale exécution d'engagements qui lient réciproquement l'Italie et la France. Il est sans aucun doute, Sire, des événements que la prudence humaine ne saurait toujours prévoir ou conjurer, mais, pleins de confiance en votre sagesse, nous vous approuvons d'avoir réservé, à cet égard, votre entière liberté d'action. »
Trois amendements ont été proposés; le premier, signé par MM. Bethmont, Carnot; Jules Favre, Guéroult, Havin, Jules Simon, etc., c'est-à-dire par les ennemis du pouvoir temporel, est ainsi conçu :
« A Rome, la Convention du 15 septembre nous promet le retour de nos troupes et répond sous ce rapport à la politique que nous avons conseillée. Le Gouvernement ne pourrait sans se contredire méconnaître en Italie les principes qui font la base de notre droit public. »
Cet amendement est rejeté après une courte discussion.
Le /second amendement, signé par les défenseurs les plus résolus du pouvoir temporel, MM. Rolb-Bernard, Plichon, comte de la Tour, de Parieu, etc., consiste à remplacer ces mots ; c( Maintien de l'indépendance du Saint-Siège, » par ceux-ci : « Avec le maintien de la souveraineté territoriale du Saint-Siège, condition de son indépendance. »
Le troisième amendement veut arriver au môme but que le second, mais il est plus développé. Il consiste à supprimer à la fin de la quatrième phrase ces mots : « Garantissant ainsi efficacement l'indépendance du souverain Pontife, » et à substituer aux quatrième et cinquième phrases du môme paragraphe la rédaction suivante :
« Par cet engagement solennel, le gouvernement italien s'oblige à respecter le territoire pontifical et à protéger ses frontières contre
avriL] LA CONVENTION DU 16 SEPTEMBRE AU CORPS LÉGISLATIF. 333
toutes atteintes directes ou indirectes; d'un autre côté, en transportant et fixant sa capitale à Florence, il se constitue lui-môme d*une manière définitive. La Convention garantit aiusi efficacement l'indépendance de la Papauté en consolidant le principe de sa souveraineté temporelle. »
13. — M. Thiers prononce devant le Corps législatif un grand discours sur la question romaine. Il blâme vivement la politique suivie en Italie, combat la convention du 15 septembre et défend la souveraineté temporelle du Pape.
14. — Assassinat du président Lincoln, à Washington, en plein théâtre, où il assistait le jour du Vendredi Saint.
15. — M. Rouher, ministre d'État, répond à M. Thiers pour justifier la politique du gouvernement. Voici les passages de son discours plus particulièrement relatifs à la question romaine :
Quel est le sens de la convention du 15 septembre ? Quel est son caractère? Voilà ce que je veux examiner.
La Convention se divise en deux parties bien distinctes : la situation extérieure et la situation inférieure en ce qui touche les États Romains.
Sur le premier point, à la nation dans le sein de laquelle s'agite l'élément révolutionnaire qui menace le territoire pontifical, nous avons dit : Vous respecterez, vous ferez respecter les frontières du territoire de l'Église. Est-ce là un engagement équivoque, douteux, incomplet? Non. C'est un engagement entier, absolu, indélébile. (Très-bien I très-bien I)
Ainsi, ni d'une manière directe, ni par une attaque indirecte, ni en aidant la révolution, ni en la laissant faire, l'Italie ne peut laisser porter atteinte au territoire pontifical sans violation de la Convention. On'a cherché à signaler des réserves apportées à la Convention dans le langage tenu par certains hommes d'État dans le Parlement italien. Je pourrais aisément montrer qu'il n'y a rien de sérieux dans ces contradictions. Mais plus on élèverait au delà des Alpes de doutes et d'obscurité sur le sens, sur la portée de la Convention, plus, de ce côté des Alpes, il y aurait un soin jaloux pour défendre le Saint-Siège. (Très-bien! trèsbien I)
Dans tous les cas, la France, qui a signé la Convention, la fera respecter.
La Convention reconnaît l'uDité italienne, mais elle consacre en même temps le respect des limites du territoire pontifical. Elle respecte l'organisation actuelle, mais elle interdit tout développement nouveau*
Voilà ce qu'elle stipule pour l'extérieur, pour les frontières, en ce qui regarde le territoire pontifical. Quant à l'intérieur, que dit-elle ? Elle dit que le Pape a le droit de former une armée non pas seulement
334 ANNALES ECGLÉSiASTIQUeS. [I8G5
avec ses propres nationaux, mais avec tous les catholiques fidèles qui, de rétraoger, voudront se rendre à l'appel du Saint-Père, et le gouvernement pontifical ne sera troublé en aucuue façon dans la formation de l'armée qu'il demandera au dévouement de la catholicité.
On dit, il est vrai, qu'il sera impossible que cette armée se forme, parce qu'une première fois ceux qui étaient atlés se placer sous le drapeau pontifical n'ont pu conserver leur nationalité. On n'a fait alors, qu'on ne. l'oublie pas, qu'exécuter la loi dont le Gouvernement n'avait pas le droit de suspendre le cours. La loi exige que tout Français qui veut servir à l'étranger en obtienne l'autorisation préalable, s'il veut conserver sa nationalité.
Eb bien I cette autorisation, jamais le Gouvernement ne l'a refusée, et il l'a donnée avec empressement à l'honorable général qui est allé se mettre à la tête des troupes pontificales. Mais quand celte autorisation n'est pas demandée, la loi est là, et il n'est pas permis au Gouvernement de s'en affranchir. Sous cette réserve, tout citoyen qui demandera Tautorisation d'aller servir dans l'armée pontificale l'obtiendra sans perdre sa nationalité.
Le Saint-Père est donc mis en mesure de constituer sérieusement une armée*
Restait la question financière. La Convention s'est également oc^ cupée d'alléger les charges des finances pontificales. Et faut-il discuter les conditions dans lesquelles cet allégement a été stipulé ? Faut-il rassurer les consciences? Quoi I le partage de la dette serait un aveu indirect implfquant la reconnaissance de la prise de possession des provinces pontificales ? Il n'en est pas ainsi. Il y avait un fait qui produisait certaines conséquences injustes que le gouvernement pontifical ne devait pas subir, et la Convention a rétabli les choses dans une situation plus équitable.
Par quelles clauses plus sérieuses pouvait-on assurer l'autonomie du gouvernement pontifical que par celles qui stipulent la réorganisation de son armée et celle de ses finances ? (Bien I très-bien I trèsbien l) Pouvait-on mieux assurer l'indépendance du Saint-Père et sa souveraineté légitime sur les territoires dont il est en possession?
Ou a prétendu que la Convention avait eu une autre pensée et qu'elle voulait d'un côté laisser croire aux Italiens que Rome leur était abandonnée, et, d'autre part, jeter une certaine équivoque dans les espriti catholiques en France.
Ai-je à réfuter une semblable pensée? Ai-je à dire ce qu'un pareil système aurait eu d'étrange en présence de la publicité qui règne dans l'Iiurope entière? C'eût été en vérité une singulière stratégie que celle qui aurait eu pour résultat de nous faire dire au gouvernement italien que nous lui abandonnions Rome, et en même temps de venir déclarer devant vous que nous entendions maintenir le Pape à Rome. La Convention s'exprime en termes précis, exacts; elle pose une règle déterminée, et cependant on dit : C'est un voile que l'Italie va dé*
avril.] LA CONVENTION DU 15 SEPTEMBRE AO CORPS LÉGISLATIF. 335
chirer. Non, Messieurs, il n'y a aucun Yoile, Fltalie n*a rien à déchirer^ et, si elle l'essayait, nous saurions faire respecter la Convention du i5 septembre.
Mais il n'y a rien de semblable à prévoir. Il y a deux souverainetés coexistant Tune à côté de l'autre, mais sans que l'une doive absorber l'autre. •
On s'est plaint de ce que nous reconnaissions des droits au peuple romain.
Je reconnais avec M. Odilon Barrot^ en 1&49, avec M. de Tocqueville, avec M. Billault, Je reconnais certains droits de souveraineté au peuple romain; mais ces droits ont des limites. Un peuple peut changer son organisation intérieure; mais il n'a pas le droit de se laisser absorber par un autre peuple. Il y a là une question d'équilibre, et, dans ce cas^ l'Europe jalouse suivrait d'un œil attentif le cours des événements. (Approbation.)
Eh bien! nous sommes d'accord sur ce point. Est-ce que cette question d'équilibre européen ne se pose pas toujours indifférente ici, importante là, absolue ailleurs? Nous pouvons la laisser s'agiter dans des contrées éloignées; mais quand elle se présente à nos frontières, nous l'envisageons avec attention et sollicitude^ aussi bien aujourd'hui qu'en i83i, où nous intervenions en Belgique pour défendre son autonomie et permettre à ce pays de se constituer librement. Si la souveraineté romaine devait être absorbée par TUalie, la question serait modifiée : ce ne serait plus une question, de souveraineté, mais bien d'équilibre européen.
Voilà la Convention. Ce qu'elle détermine de plus important est notre liberté d'action. Cette liberté d'action serait-elle quelque chose d'impossible, comme le dit M. Thiers?
Non, Messieurs, notre liberté d'action, c'est l'appel à la transaction, c'est l'appel à cette conciliation que nous poursuivons depuis longtemps entre l'Italie et la Papauté; c'est la prière respectueuse adressée à Rome de ne pas s'arrCter seulement aux conditions de la force matérielle et de l'organisation intérieure de son gouvernement, mais d'étudier les conditions politiques de ce gouvernement, et d'examiner les améliorations qu'il convient d'y apporter. Je sais que certains esprits considèrent des réformes comme inutiles. Je ne veux rien dire qui puisse les affliger ou les décourager, mais enfin, lorsqu'une question s'agite depuis 1831, lorsque les respectueux conseils qu'on fit entendre alors ont été renouvelés en 1849, qu'ils se sont reproduits au congrès de Paris, qu'ils ont été encore répétés postérieurement et par l'empereur d'Autriche et par l'empereur des Français, lorsque tant de sollicitations ont, à toutes les époques, été reproduites, ne comprend-on pas qu'il y a quelque chose à faire, non pas pour assurer la solidité du trône pontifical, mais pour amener cette conciliation indispensable entre la civilisation moderne et l'autorité religieuse?
Oui, il y a lieu de tenter d'introduire dans ce pouvoir un peu confus
quelques lignes de démarcations, quelques règles, quelques principes qui préviennent les froissements; il y a lieu de déterminer d*une manière nette et large les intérêts mixtes; il y a lieu d'examiner cette éternelle question de la sécularisation du pouvoir laïque. Il faut que le Saint-Père réfléchisse sur toutes ces questions, qu'il comprenne qu'il y a des intérêts, des principes nouveaux avec lesquels il convient de transiger. NousTavons demandé en 1831, nous le demandons encore, avec l'espoir d*être écoutés. Voilà, Messieurs, le sens véritable, la pensée précise de ces mots : « liberté d'action. » Si cette conciliation se faisait, nous verrions disparaître en même temps, non pas à Rome seulement, mais dans la catholicité tout entière, tous les germes de dissentiment entre l'ultramontanisme ardent et Tesprit libéral, entre ce rationalisme orgueilleux qui veut, à Taide de nos divisions, se faire sa place et qui reculerait alors, rejeté dans l'ombre. (Très-bien ! très-bien l )
Vous dites que celte conciliation est impossible. Moi, je vous dis qu'elle est nécessaire. J'ajoute que l'honorable M. Tbiers Ta dit et Ta pensé comme moi; car lui aussi, dans ce magnifique langage dont il a le secret, il criait en 1847: Courage! courage! Saint-Père! 11 pressait le souverain Pontife d'entrer dans la voie des réformes et de reconstituer son pouvoir sur des bases nouvelles.
Ce langage a été tenu aussi par rinforluné martyr de la révolution romaine, par M. Rossi; car ce sont les dernières paroles qu'il a prononcées avant que le fer des assassins ne lui ravit l'existence.
La liberté d'action I OuL! elle plane sur l'Italie. Je ne le nie pas, j'ai des sympathies sérieuses pour ce pays et pour les hommes d*Ètat qui l'ont illustré. Je me suis associé à ses douleurs. J'ai partagé les espérances de tous les esprits éclairés pour son émancipation. J'ai entendu ce long soupir des siècles, comme a dit le poète, et je me suis ému. Oui, j'ai étudié les péripéties, les entraînements, les retours de l'opi-nion publique en Italie^ et je ne désespère pas de l'avenir et de la sagesse de ce beau pays.
Toutes les forces de l'Ilalie se sont unies lors de la guerre de l'indépendance. Elles ne se sont pas divisées, si ce n'est un jour où le mouvement révolutionnaire Ta emporté sur le mouvement libéral. Ce fut là un jour de douloureuse compromission et l'heure la plus difficile dans les résolutions que l'Empereur a eu à prendre vis-à-vis de l'Italie.
Quand Naples a été attaquée, quand les Marches et l'Ombrie ont été envahies, le gouvernement français a été profondément ému. Il eût pu alors parler peut-être avec plus d'énergie, mais il espérait que la conciliation était possible encore. Si en effet les éléments révolutionnaires se sont mêlés au mouvement national, la séparation entre eux s'est faite à Aspromonte I
L'Italie n'a plus aujourd'hui qu'à travailler à son organisation, à refondre sa législation , à rassembler ses membres épars et à leur donner cette cohésion qui fera d'elle une grande nation.
Mais qu'elle ne jette pas imprudemment ses regards sur ce terri-
mai.] BÉATIFICATION SOLENNELLE DU V. JEAN BERGflMÂNS. W
toire de quelques lieues carrées et sur une population de 600,000 ftmes, car, ce jour-là, elle courrait un immense danger (très-bien 1} ; si elle né . veut pas se jeter dans une situation incertaine et précaire, qu'elle ne songe pas & Rome; isi elle veut éviter les éléments de révolution et de mort^ qu'elle ne songe pas à Rome; si elle veut éviter les conflits redoutables^ qu'elle ne songe pas à Rome. Ce ne sont pas là des paroles de menace, mais l'avertissement de l'amitié et de la sympathie. (Trèsbien 1 très-bien 1)
Nous n'avons pas fait avec l'Italie de stipulations^ nous lui avons dit seulement : -Suivez la pente de la sagesse et de la civilisation. Ne vous heurtez pas contre le sentiment catholique, contre les grandes puissances du monde. La Papauté et Tltalie doivent coexister, sous peine de suicide pour l'Italie elle-même»
Vous redoutez les agitations intérieures, des dangers lointains : moi, j'espère, je ne crois pas à de nouvelles agitations ; je crois que l'heure de Tapaisement et du repos est venue et que la pacification est faite. J'espère que la Convention nous protégera tous, Italie, France et Papauté. Mais cette liberté, est-ce que vous ne l'avez pas ? Est-ce que la situation sera changée au lendemain du vote de l'Adresse? Est-ce que la question ne restera pas entière? Est-ce que vous avez besoin de vous livrer à la rédaction d'amendements qui semblent indiquer de la défiance et de l'inquiétude?
Est-ce qu'on pourrait agir en face de l'Empereur et de la France par surprise et par lâcheté, et accomplir je ne sais quelle révolution cosmopolite ? Ainsi, je vous prie de clore ce débat, de rester en communion d'idées et de sympathies avec le Gouvernement ; je vous adjure d'avoir confiance en lui et en vous-mêmes, et cette confiance, elle ne sera jamais trahie. (Vives et nombreuses marques d'approbation. Applaudissements prolongés.)
La discussion continue; puis, sous le bénéfice des déclarations du ministre d'État, ramendenient de M. Kolb-Bernard ayant été retiré, le troisième est rejeté par 169 voix contre 84, sur 253 votants. La rédaction de la commission est adoptée.
Mai.
». — Décret pontifical déclarant qu'on peut procéder sûrement, tuto procedi posse^ à la canonisation solennelle du B. Josaphat Runcewicz, archevêque de Polocz, en Pologne, martyrisé en i623.
Un autre décret pontifical fixe au 28 mai la béatification solennelle du V. Jean Berchmans, de la Compagnie de Jésus.
Le Saint-Père a prononcé en italien, à cette occasion, dans l'église
338 ANNALES EGGLÉSIASTIQDES. [186S
grecqae-rulhène (unie), dédiée à saint Alhanase, une allocation dont voici le sens général :
« En tous temps et en tous lieux. Dieu a voulu que ses fidèles trouvent les sentiers qui conduisent à Téternel séjour semés de calomnies, de persécutions et d'opprobres ; et cette règle ne souffre que de rares exceptions.
« Une de ces exceptions se personnifie dans ce Jeune Berchmans, que le Seigneur a transplanté comme une fleur embaumée de celte terre d'exil en paradis.
« La jeunesse a besoin d'encouragement, et c'est une faveur singulière qui lui est faite dans cet exemple. Je remercie donc le Tout- Puissant avec les pères de famille; je le remercie avec tous ceux qui se vouent à l'enseignement des Jeunes gens; je le remercie avec la Compagnie de Jésus. Cependant, je le répète, ii faut souffrir beaucoup pour arriver au salut^ et nous en avons la preuve non-seulement daus le grand docteur A(hanase, dont TËglise célèbre aujourd'hui la fête, mais encore dansTËvéque héroïque dont vous venez d'entendre publier le décret de canonisation.
« Né au milieu de la simplicité et de la pureté des mœurs, élevé dans les privations et dans les mortifications, le Bienheureux Josaphat ne voulut pas que l'Église fût divisée, et.p6ur cela il fut persécuté et mis à mort.
9 Ue nos jours, les bourreaux qui brisent la tête à coups de hache sont rares; mais les bourreaux n'en sont que plus nombreux, et je leur applique ces paroles de rËcriture : « Vous crucifiez vos Prophètes. » Combien ne voyons-nous pas^ hélas 1 d'hommes purs crucifiés par une presse impie et perverse 1 Combien d'autres ne voyons-nous pas qui, pour avoir soutenu la vérité de la religion et les droits du Saint-Siège, sont crucifiés dans des libelles impies et obscènes ou poursuivis par les calomnies d'une foule ameutée contre euxl
« Je considère tour à tour les quatre côtés du monde et je dis : Voyez et jugez quels sont ceux qui se déclarent les protecteurs de ces écrivains impies et pervers 1 Déjà, au temps du grand saint Grégoire^ on disait que la science consistait à soutenir le contraire du vrai et à pervertir le sens des mots. Aujourd'hui, ces doctrines sont remises à la mode : on cherche à les répandre et à les faire fructifier.
« Quel sera donc le meilleur moyen de combattre de si pharisaîques desseins ?
« Baignons-nous dans le sang très-précieux de Notre-Seigneur Jésus- Christ {Immergiamoci nel sangue prexiosissimo di Nostro Signore Gesù Cristo), d'où procède toute vérité ; car c'est par la vérité seule que l'on peut efficacement combattre l'erreur.
« Je demande A Dieu qu'il bénisse spécialement les Orientaux ; qu'il bénisse la jeunesse, et je le prie d'éclairer et de ramener dans la voie droite les persécuteurs de l'Église* »
jain.] MISSION DE M. VEGEZZI. 339
14. Mort de M«' de Ram, premier recteur magnifique de TUniversité catholique de Louvain. Il a pour successeur M*' Laforet.
99. — Funérailles de M"* Barat (Madeleine-LouîseSophie), née à Joigny le 12 septembre 1779, fondatrice et supérieure générale des Dames du Sacré-Cœur de Jésus.
1. — M*' Meglia, nonce apostolique à Mexico, quitte Vera- Gruz pour se rendre à Guatemala ; il y a rupture entre le Saint- Siège et le gouvernement impérial.
^. — Mort de M«' Van Heule, né à Ypres (Belgique), en 1823, sacré archevêque de Calcutta, aux lades Orientales, le 21 décembre 1864, et arrivé dans son diocèse seulement le 12 février 1865.
llf. — A l'occasion de l'anniversaire de son exaltation au souverain Poniificat, Pie IX répond en substance au cardinaldoyen du Sacré-Collége, de la manière suivante :
« La voje du pontificat est, en effet, bien ardue, et il est bien difficile de la parcourir en échappant aux continuels dangers dont elle est parsemée. L'appqi du Bacré-Collége, celui des prélats et de tous les bons catholiques m'aide à y avancer. Il se trouva, il est vrai, des âmes faibles et craintives figurées par Jésus-Christ dans ces disciples de la parabole qui furent appelés au travail, et dopt Tun refusa et l'autre promit, mais ne vint pas. Hélas 1 il n'est quQ trop certain qu'il existe des pusillanimes, qu'il en est môme qui ont tourné ailleurs leur esprit et leur cœur. Séduits par le mirage trompeur de l'unité et de la gloire» ils rejettent le pontife Samuel pour le roi Saûl ; ils ne s'aperçoivent pas que c'est là précisément que commencent les divisions^ les misères et les ennuis rapportés dans les livres de l'Ancien Testament. Mais vous, ômes frères I unissez-vous pour défendre les droits sacrés de ce Siège Apostolique par vos œuvres, par votre parole^, et, si vous ne pouvez autrement, par la prière, l'exemple et les vertus chrétiennes. L'épreuve 6at, je le répète^ oîen difficile, bien dure ; mais Dieu donnera à ses serviteurs la force de la supporter, et, après cette courte vie, les couronnera de sa gloire immortelle. »
•O. — On lit dans le Journal de Rome les explications suivantes sur le résultat de la mission de M. Vegezzi, interrompue, sinon rompue, d'après des instructions venues de Florence le 22 juin :
" l^es conférences privées qui ont eu lieu à Rome entre S. Ém. le
340 ANNALES E.GGLiSlASTIQDKS. [1865
cardinal Jacques Antonelli et M. le commandettr Xavier Yegezzi, envoyé confidentiel de S. M. Victor-Emmanuel il, ont fourni un thème varié à tous les journaux. PlusieurSy non contents d'avoir altéré un fait simple et clair en lui-môme au moyen d'une foule de fausses assertions et de suppositions imaginaires» ont Jugé bon d'en faire retomber rinsuccès sur le Saint-Siége«
« L*aperQU que nous donnons ci-après sur Télat exact des choses empêchera ces artifices d'offusquer la vérité.
« Tout le monde connaît les maux que souffre depuis longtemps la religion catholique dans la plus grande partie de l'Italie. Ils ne pouvaient pas ne pas préoccuper vivement l'esprit du Chef suprême de l'Église, qui, dans la sollicitude qui lui incombe du bien de cette Église, songeait constamment à la manière d'y apporter remède autant qu'il dépendait de lui. Réfiéchissant qu'un moyen de les soulager consistait à faire en sorteque tant de diocèses ne fussent pas plas longtemps prî?és de leurs pasteurs, il résolut de faire sans délai une tentative directe.
« En effet, mettant de côté toute considération politique, et ne cédant qu'à l'impulsion de son cœur et de son caractère, il n'hésita pas à prendre une détermination généreuse, et s'adressa en particulier à S. M. Victor-Emmanuel II, en l'invitant h envoyer à I^ome une pe^ sonne jouissant de sa confiance, afin que, abstraction faite de toute question politique, on pût trouver le moyen d'écarter les obstacles qui s'opposaient au soulagement d'un aussi grave besoin religieux.
« Sa Majesté répondit à l'invitation du Saint-Père. Arrivé à Rome, H. le commandeur Vegezzi eut avec S. Ëm. le cardinal Antonelli diffé* rentes entrevues, dans lesquelles les seules bases que le Saint-Siège pût proposer furent reconnues justes et efflcaces par l'envoyé avec une loyauté telle que le Saint-Père dut concevoir l'espérance d'arriver eoflo à pourvoir au bien de cette chère partie de son troupeau.
« Toutefois, les espérances qu'on avait d'abord conçues ne tardèrent pas à s'évanouir. M. le commandeur Vegezzi, qui avait quitté Rome pour mieux éclairer son gouvernement sur l'état des choses et pour recevoir en personne des instructions définitives, revint quelque temps après avec des propositions qui, changeant et détruisant les bases primitives, ont causé au Saint-Père la douleur de voir l'accord que désirait le Saint-Siège rendu impossible par le fait du gouvernement en question.
« Dans l'affiictîon que lui cause ce refus, le Chef auguste de FEgllse conserve néanmoins la consolation d'avoir soulagé sa conscience devant Dieu et devant les hommes en essayant de faire tout ce qui lui était possible dans les circonstances présentes. »
^aUlet.
^. — Le général de la Marmora, président du conseil des mi-
Juillet.] Ri^PPORT AU ROI VICTOR-EMMANUEL. 841
nistres, à Turin, explique comme il suit les incidents de la mission de M. Vegezzi dans un rapport au roi Victor-Emmanuel :
Sire,
Aussitôt que Votre Majesté eut dafgné me communiquer la lettre autographe qui lui a été adressée, à la date du 6 mars de cette année, par Sa Sainteté Pie IX, mes collègues et moi en faisions immédiatement le sujet de nos délibéi^atîons, et nous fûmes d'avis à l'unanimité qu'on devait donner suite à la lettre du Saint-Père, et comme acte de respect pour le Chef de l'Église catholique, et eu égard à la nature de la lettre mémo qui ne concernait que les droits du pouvoir exécutif et des intérêts entièrement religieux et spirituels, dont on doit cependant tenir grand compte par respect pour les croyances et les sentiments de la grande majorité de la nation, et par rapport à l'action efflcace qu'ils exercent sur les conditions morales, sur la concorde et la tranquillité du pays.
Nous avons été confirmés dans cet avis par la considération que des avantages importants découleraient d'un accord avec le Saint-Siège sur les trois points sur lesquels le Saint-Père avait appelé la sollicitude de Votre Majesté : le retour des évéques absents des diocèses, la provision des sièges vacants, et l'admission des titulaires déjà préconisés dans quelques provinces du royaume sans s'être entendu avec le Gouvernement.
Quant au premier point, nous avons déjà depuis longtemps dû nous en occuper, sur les instances des populations, favorables ou contraires au retour de leurs pasteurs, et nous ne pouvions pas avoir de la répugnance pour une mesure qui maintiendrait intacte la dignité du Gouvernement, et qui serait conforme aux exigences de la prudence civile.
Le second point nous offrait l'occasion d'édifier le Saint-Siège sur les intentions du Gouvernement relativement à la circonscription diocésaine du royaume et de demander que, jusqu'à ce qu'elle fût définitivement fixée, on laissât vacants les sièges épiscopaux que leur exiguïté ou d'autres raisons conseilleraient de supprimer.
Le troisième point nous mettait sur la voie pour arriver à la réforme d'un fait qui était contraire aux prérogatives de la Couronne et de rËt^at, et qui avait provoqué des observations et des réclamations.
D'un autre côté, tout en ayant la confiance que le Saint-Père, en s'adressant à Vôtre Majesté, avait dû tenir compte des conditions propres à un gouvernement représentatif, de celles spécialement du royaume d'Italie et de votre loyauté et fermeté, nous pensions que le Saint-Siège s'inspirerait de ces sages traditions qui, en maintes occasions, l'avaient amené à séparer le règlement des affaires spirituelles de toute controverse politique, traditions solennellement sanctionnées dans la bulle SoUiciludo ecclesiamm du Pape Grégoire XVI, bulle qui porte la date du
7 août 183i . Par conséquent, nous décidâmes qu*on pouvait et devait seconder la demande du Saint-Père, qu'une personne laïque fût envoyée à Rome pour conférer sur les (rois points sus-mentionués et chercher le moyen d'arriver sur ce sujet à quelque arrangement.
Votre gouvernement n'hésita donc pas à proposer et Votre Majesté à consentir que cette mission fût confiée à l'honorable député commandeur Zaverio Vegezzi, à qui fut donné pour coopérateur M. le chevalier avocat Giovanni Maurizio.
Les instructions qui leur furent données étahlirent avant tout que les conférences resteraient étrangères à toute question politique et excluraient toute matière qui ne se rapporterait pas aux trois points susmentionnés, et spécialement tout sujet qui serait de la compétence du pouvoir législatif.
En second lieu, les instructions déclaraient que^ tandis que dans le cours des conférences ou des négociations subséquentes, il n^était pas nécessaire de toucher à la reconnaissance du gouvernement de Votre Majesté de la part du Saint-Siège, afin de ne pas faire perdre aux conférences et négociations mêmes leur vrai caractère d'arrangement touchant des intérêts entièrement religieux et spirituels*
On ne pouvait ni ne devait consentir à ce que, soit dans l'ensemble, soit sur un point spécial, elles impliquassent la négation du fait de l'existence do royaume d'Italie, car si le gouvernement de Votre Majesté n'a pas besoin d'une reconnaissance formelle de la part du Saint-Siège, il croit qu'il est de son droit et de son devoir de ne se prêter à aucun acte pouvant se traduire par une renonciation à l'exercice de la souveraineté et des prérogatives royales dans une partie quelconque du territoire du royaume.
Les instructions sur les trois points portaient qu'on consentirait à rendre à leurs sièges les évéques dont le retour ne pourrait plus être une cause de trouble pour la tranquillité publique, et qui s'engageraient à observer et à faire observer par leur clergé les lois de l'État ; que parmi les sièges vacants on ne pourvoirait que ceux qu'on déciderait de maintenir dans la future circonscription diocésaine du royaume ; que la présentation des prélats serait faite par Votre Majesté avec l'agrément préalable du Saint-Siège, et que cette présentation résulterait de l'acte de la préconisation et des bulles qui seraient soumises à Vexequaiur royal ; qu'enfin quelques-uns des titulaires déjà préconisés ne seraient pas admis pour de graves motifs d'ordre public et de convenance politique, et qu'on admettrait les autres sur lesquels ne tomberaient pas d'exceptions, pourvu qu'on consentît à la translation à d'autres sièges des prélats préconisés pour des sièges qu'on déciderait de supprimer, et qu'il résultât de leur présentation de la part de Votre Majesté dans les bulles, qui seraient aussi soumises à Yexeguatur royal.
Après avoir ainsi assuré les principes que tout gouvernement civil a le 'strict devoir de sauvegarder, le gouvernement de Votre Majesté n'hésita pas à donner cours aux négociations, en se reposant d'un cûté sur Tin-
jaillet.] RAPPORT AU ROI VICTOR-EMMANUEL. 348
telligeace de ses négodateon, et en comptant de l'autre que le pays, sur qui la première nouvelle des négociations produisit une certaine appréfaension, écarterait tout soupçon quand il aurait connaissance entière et exacte des règles que le Gouvernement s*élait imposées, et qu'il crut devoir faire promptement connaître par la circulaire adressée par le ministre de Tintérieur aux préfets du royaume, le 2 mai dernier.
Les négociations ont parcouru deux phases marquées par les deux voyages que les négociateurs firent à Rome aux mois d'avril et de juin. Accueillis par le Saint-Père avec des marques de bienveillance particulière^ qui s'adressaient spécialement à votre auguste personne, ils ne pouvaient la première fois qu'exposer les intentions du gouvernement de Votre Majesté et recueillir par contre celles du Saint-Si^ge, dans la pensée que, sauf les questions de principe, il pût y avoir lieu, comme c'est le cas de toute négociation, à quelque arrangement sur les points d'une importance secondaire.
En effet, ayant trouvé le Saint-Siège disposé à ne pas exiger le retour indistinctement de tous les évéques absents, ils firent entendre que le gouvernement de Votre Majesté renoncerait A la résolution de mettre à leur retour des conditions particulières. Et comme le Saint-Siège n'avait pas désavoué Topportunité d'une nouvelle circonscription des diocèses du royaume, ils ne crurent pas devoir insister sur le nombre précis des sièges qu'on laisserait vacants ou qu'on ferait occuper, car il était aisé de reconnaître qu'à ce sujet on devait arriver à un parti intermédiaire entre celui du Gouvernement et celui du Saint-Siège sur l'appréciation des raisons qu'on mettrait en avant à l'appui de l'un ou de l'autre. .
Le Saint-Siège n'ayant pas non plus montré une répugnance marquée à entrer dans les vues du Gouvernement sur quelques-uns des évéques déjà préconisés, les négociateurs témoignèrent les dispositions du Gouvernement à faciliter au SaintrSiége les moyens d'assurer les conditions de tous les autres d'une manière honorable et convenable.
Mais, afin de renseigner de vive voix le Gouvernement sur les intentions manifestées par le Saint-Siège, et spécialement afin de lui exposer les difficultés soulevées dans les conférences sur Vexequatur des bulles de nomination des évéques et sur leur serment, les négociateurs demandèrent et obtinrent la faculté de retourner au siège du Gouvernement* Les renseignements fournis par le commandeur Vegezzi furent recueillis et appréciés par nous avec la gravité que le sujet exigeait, et furent de notre part l'objet des mêmes discussions, spécialement sur les deux points susmentionnés*
Quant au premier, on reconnut que le gouvernement de Votre Majesté ne pouvait renoncer à une aussi précieuse garantie de la puissance civile, qui est la concession de Vexequatur aux provisions pontificales, qui fait partie de notre droit public intérieur, qui figure dans l'art. 18 du Statut parmi les prérogatives réservées à la Couronne, et que notre État a en commun avec presque tous les autres États catholiques.
144 AMNAUS BGGLtiSIASTlQOeS. flMS
Quant aa second point» quoiqu'il pût paraître convenable de délier les évéqaes de l'obligation do serment, en hommage aux principes de liberté ci?ile et religiease et de séparation de l'Église de l'État que le goavemement de Votre Majesté.s'honore de professer^ toutefois, comme cette obligation est imposée par des lois spécules dans la plus grande partie du rojaame, et qu'on ne pourrait admettre une diTorsité de règles pour les diverses provinces, on décida de la maintenir aussi, dans la considération que, pour l'abroger, il fallait une disposition législative.
A ce sujet, on considéra aussi que, dans presque tous les États catholiques, les évéques sont astreints à l'obligation du serment, et que, si on les en dispensait dans notre royaume, on ne l'aurait pas attribué aux sentiments libéraux de Votre Majesté, mais à une conceasioD imposée par des raisons politiques.
L'on ne crut pas que le Saiot-Siége élèverait sur ce point des difficultés insurmontables s'il était décidé à pourvoir aux intérêts religieux et spirituels de notre royaume, puisque ces intérêts s'harmonisent avec le maintien de la concorde civile, et les évêques placés parmi nous, comme partout, pour exercer un apostolat d'amour et de paix, en rempliraient mal toutes les parties avec l'efficacité nécessaire sur le clergé et sur les populations de leur diocèse, s'ils n'étaient pas dans les mêmes conditions que la plupart des évêques catholiques, en hommage aussi aux traditions les mieux acceptées de l'Église et à ses hauts enseignements, qui imposent l'obéissance à tous les pouvoirs.
Les négociateurs donc, avec la confirmation des instructions primitives, reçurent aussi le mandat d'insister sur le serment des évéques exprimé dans la formule adoptée pour le royaume, et qui est dépouiUée des additions serviles et blessantes pour la dignité de l'épiscopat qu'on rencontre dans d'autres formules, et d'insister encore sur la présentation des bulles pour Yexequatur royal, avec faculté de consentir sur ce dernier point à quelque tempérament de forme, pourvu que la disposition restât intacte en substance, et aussi avec la faculté de donner la forme d'une convention spéciale aux arrangements que l'on conclurait avec le Saint-Siège et de prendre des arrangements partiels sur tel ou tel autre point des négociations, à condition que ces accords ne préjugeraient pas les autres points qui resteraient en suspens.
Munis de ces nouvelles instructions, les négociateurs retournèrent i Rome, mais malheureusement ils n'y trouvèrent plus les dispositions conciliatrices qui les avaient encouragés dans leur premier voyage, et, bien qu'ils aient reçu un accueil courtois, ils durent s'apercevoir que quelque influence hostile avait traversé la marche favorable des négociations.
11 n'appartient pas au gouvernement de Votre Majesté de rechercher quels conseils ont pu prévaloir sur le Saint-Siège de façon à le rendre entièrement récalcitrant aux arrangements auxquels il avait paru d'abord disposé à se prêter, et il ne nous appartient pas non plus de
Jiimet.] RAPPORT AU ROI VIGTOR-EMMANUKL. SiS
réfuter les arguments qui ont dû l'amener à repousser nos propositions.
Le gouvernement de Votre Majesté respecte Tindépendance du Saint- Siège et ne croit pas que sa tâche soit d'entrer avec lui dans quelques discussions de principes, bien que les traditions les plus anciennes et les plus respecCéeSy les doctrines de graves canonistes et la conduite du Saint-Siège^ même à des époques récentes et non différentes de cellec\f envers des gouvernements placés à peu près dans les conditions du gouvernement italien, pourraient lui en fournir le prétexte. Mais ayant à cœur de respecter Tindépendance du Saint-Siège^ nous ne devons pas moins respecter l'indépendance du gouvernement de Votre Majesté ; aussi, si nous pouvons regretter que les propositions faites par nous pour satisfaire les intérêts religieux et spirituels dans le royaume n'aient pas été accueillies, nous n'avons pas lieu de nous en plaindre, si l'on doit en attribuer la cause à nos efiforts pour sauvegarder les prérogatives de la puissance civile et maintenir en fait le droit national qui donne au gouvernement de Votre Majesté sa plus grande force.
Nous devons ajouter que nous ne nous sonpimes pas écartés de nos intentions primitives, et que nous n'avons pas introduit de changement substantiel dans les instructions données aux négociateurs ; car nous ^ avons, dès leur début, signalé la réserve de Vexequaturf et nous avons seulement été forcés d'expliquer nos opinions sur ce point devant les objections du Saint-Siège, comme nous avons été forcés de faire des déclarations explicites sur le serment des évêques lorsque nous apprîmes que le Saint-Siège faisait de ce point une grave question.
Du reste, on comprend que le gouvernement de Votre Majesté, ayant la conscience de son origine et de ses devoirs envers le Parlement et le pays, ne pouvait se fixer sur d'autres règles dans les négociations entreprises que celles qu'il a exposées ici, tandis qu'on peut demander quelles étaient les intentions du Saint-Siège en les provoquant à la suite de la proposition sortie spontanément du cœur (le Sa Sainteté Pie IX, s'il ne pensait pas que le gouvernement de Votre Majesté pût se laisser entraîner à se nier lui-môme et à désavouer tous les principes professés par tout gouvernement indépendant.
Le rejet de nos propositions sur le serment des èvèques et Vexequatur a été cause qu'on ne poursuivit pas les négociations sur les autres points, et partant, elles n'ont pas eu de suite. Seulement, il a été déclaré que le gouvernement de Votre Majesté ne s'écartera pas de sa résolution de consentir peu à peu au retour des évoques absents qui peuvent être rendus à leurs sièges sans danger de troubles publics, car ce n'est là qu'une mesure d'ordre intérieur, et qui avait déjà été précédemment résolue par le Gouvernement même.
Par ce court exposé, je crois avoir rempli le devoir qui m'incombait, ainsi qu'à mes collègues, de renseigner Votre Majesté sur un sujet si grave et qui a provoqué des Jugements si opposés et des espérances si diverses.
Votre Majesté y trouvera fidèlement retracés tous les détails qui lui
346 ANNALES ECCLÉSUSTIQUES. [186&
lont déjà connut par la part qu'elle a prise aux déUb*éralions des conseillers de la Couronne. Si elle partage avec nous le regret que les négociations avec le Saint-Siège n'aient pas eu le succès désiré» elle voudra reconnaître avec tout le pays qu'en cette circonstance les droits de la nation et de la Couronne ont été sauvegardés, tout en cherchant sincèrement à satisfaire les intérêts spirituels et religieux^ qui n'auraient jamais dû ni ne devraient jamais se confondre avec d'antres intérêts.
Peut-être le jour n'est pas loin où la séparation si souhaitée de l'Église d'avec l'Ëtat entraînera avec elle la séparation complète des intérêts religieux et spirituels, des intérêts politiques, au profit commun de l'Église et de l'État, et spécialement à l'avantage de l'Italie^ qui a eu à souffrir de plus longues et douloureuses épreuves par suite de leur confusion . Mais, en attendant, ce sera un honneur pour le gouvernement de Votre Majesté de n'avoir pas» dans cette conjoncture» failli à son obligation de sauvegarder les intérêts politiques^ tandis qu'il regardera toujours comme un devoir et une gloire de donner satisfaction aux intérêts religieux et spirituels dans les limites tracées par leur nature» par les lois du royaume et par les exigences de la civilisation actuelle.
141. — M. Bermudez de Castro, ministre de Tintérieur dans le cabinet de V Union libérale^ présidé par le maréchal O'Donnell, annonce dans une dépêche au gouvernement italien la reconnaissance du royaume d'Italie par l'Espagne. Celle reconnaissance» contraire aux sentiments de tous les Espagnols catholiques, excita une vive agitation dans tout le pays. Dans les corlès, MM. Aparisi et Nocedal se rendirent les éloquents interprètes de l'opinion publique. M. Pacheco, ambassadeur de la reine à Rome, et M. Mon à Paris, donnèrent leur démission. Tous les évêques protestèrent ; le clergé s'unit aux évêques, et il y eut un mouvement général parmi les laïques. Le gouvernement passa outre el déféra même plusieurs évêques au conseil d^État. M^' Claret, confesseur de la reine, qui répugnait elle-même à reconnaître le royaume d'Italie» fut éloigné momentanément de la Cour (du 20 juillet au 14 décembre). Le 14 juillet» un décret royal, contre-signe par M. Calderon Collantes, ministre de gr&ce et de justice, destitua, le cardinal de la Fuente, archevêque de Burgos, de ses fonctions de directeur pour renseignement moral et religieux du prince des Asiurites. L'éminent Cardinal avait, dès le 30 juin, adressé à la Reine V Exposé suivant, pour l'engager à ne pas reconnaître le royaume d'Italie :
Madame, Le Cardinal- Archevêque de Burgos a pris connaissance des paroles prononcées par le gouvernement de Votre Majesté devant les Chambres
JaUIet.] RECONNAISSANCE DU ROYAUME D'ITALIB PAR L'ESPAGNE. 317
législatives, paroles d'où il résulte que Ton croit « le moment venu » de prendre un parti dans ce qu'on appelle la question italienne; et le cœur du Cardinal a été rempli de jo|e en entendant déclarer que « cette question serait résolue sans blesser les intérêts du catholicisme^ que le Gouvernement respecte et respectera toujours, car les ministres d'une reine et d'une nation catholiques doivent être et sont aujourd'hui de vrais catholiques. » Confiant dans ces paroles, le soussigné, qui est aussi ministre, non de sa reine, dont il est le plus humble sujet, mais de son Dieu ; qui est pasteur, et comme tel docteur et maître en rÉgUse catholique, lorsqu'il est question d'un point tout de sa compétence, comme celui de la conservation des intérêts du catholicismç, le soussigné croit avoir le droit et môme le devoir de dire aujourd'hui à Votre Majesté ce que, dans la question présente, ces intérêts exigent d'un gouvernement catholique. Ils exigent. Madame, que la solutioijk, dans une afifaire aussi grave, soit le plus possible conforme aux doctrines émises jusqu'à ce jour par le souverain Pontife, suprême dépositaire et interprète irrécusable des vrais intérêts de l'Égjlise, ou que, s'il y a quelque doute, Vassentime7it explicite du Saint-Siège apostolique précède toute mesure à prendre. L'objet de ce respectueux exposé est de rappeler cette doctrine. Solliciter ces nouvelles déclarations du Saint-Siège es^ .le devoir de votre gouvernement, qui donnera, en les respectant, une preuve solennelle de son catholicisme.
Votre Majesté sait déjà qu'il n'est pas dans mon intention de m*oc^ cuper des États d'un ordre purement civil qui ont été incorporé^ à la couronne de Sardaigne. Les liens de famille qui unissent Votre Majesté royale à leurs légitimes souverains et la justice même de leur cause donne^ retient tui motif très^ fondé de ne pas passer outre ; mais je ne veux pas laisser supposer que cet écrit descend sur le terrain politique. Quant aux provinces qui, d'une manière aussi violente que sacrilège^ ont été arrachées à la souveraineté du Pontife romain, je n'ai pas la même raison de garder le silence. Lors même que par sa nature cette sou- Yeraineté semblerait purement temporelle, elle revêt un caractère spirituel, quand on considère l'objet sacré pour lequel le Chef suprême de l'Église catholique en est investi, et les liens étroits qui l'unissent aux intérêts les plus vitaux de la religion, comme le souverain Pontife l'a pleinement prouvé et solennellement défini dans ses Lettres apostoliques ^ C'est exclusivement à ces provinces que s'appliquent nos observations.
Quels moyens a-t-on employés pour préparer et consommer leur séparation des États de l'Église Hls paraîtraient incroyables, s'ils n'avaient pas été révélés par celui qui est le Maître de la vérité, par le souverain Pontife lui-même. Les chefs de la faction qui ont commis cet attentat emploient, nous dit-il, tous les moyens qui sont en leur pouvoir pour corrompre les mœurs des populations, faisant circuler des livres
1 Lettre Apostolique, Cum catholica^ 26 mars 1860.
34S ANNALES EGCLÉSUSTIQDES. [186S
et des journaux où éclate la licence^ où Ton outrage le Vicaire de Jésus-Christ, où l'on se rit des pratiques de la religion et de la piété chrétienne, où l'on tourne en ridicule les prières adressées à la trèssainte et immaculée vierge Marie pour obtenir son puissant patronage. Dans les spectacles publics on offense l'honnêteté, on outrage la yertu, et les personnes consacrées à Dieu sont livrées à la dérision et aux insultes des incrédules ^
Dans toutes ces perverses et perfides intrigues que nous déplorons, ajoute le Saint-Père, le Piémont a eu la part principale. C'est [lui qui a envoyé des agents de tous côtés, qui a semé For, qui a distribué des armes, qui a fait répandre les écrits et les journaux ; aucun moyen de perfidie n*a été négligé par les agents diplomatiques que ce gouvernement avait à Rome, lesquels, sans considération aucune pour le droit des gens, sans respect pour les lois de l'honneur, ont abusé de leur position officielle pour amener la ruine du gouvernement pontifical *. A-t-on Jamais eu à écrire dans l'histoire des nations une perfidie plus basse et plus détestable ? C'est ainsi seulement qu*on a pu soulever les peuples contre leur légitime souverain, qu'on a excité ces révoltes criminelles condamnées de la manière la plus claire et la plus formelle par l'Apôtre lorsqu'il nous enseigne : Que celui qui réiiste au pouvoir résiste à l'ordre de Dieu; et que ceux qui se révoltent contre l'autorité, attirent sur eux la condamnation du Ciel '• Si de tels faits sont sanctionnés par la reconnaissance formelle des nations, quelle autorité restera solide sur la terre? Quel trône au monde, malgré la plus longue et la plus respectable ancienneté, pourra dès lors compter sur des probabilités de stabilité et de durée? On me dira qu'il s'agit de reconnaître le fait accompli, et non le droit. Les conséquences sont les mêmes. Ceux qui ont consommé ces faits s'abstiennent de solliciter la sanction du droit ; il faudrait pour cela commencer par e£facer du Décalogue les septième et dixième commandements de Dieu. La reconnaissance du fait accompli leur suffit pour en faire sortir, par une conséquence tacite, mais forcée, la reconnaissance du droit, pour amener des relations diplomatiques avec le pouvoir usurpateur ainsi reconnu, et, en un mot, pour mettre le pouvoir usurpateur sur un rang d'égalité avec les souverains légitimes des autres nations.
Mais nous savons ici que non-seulement le droit, mais encore le fait, est solennellement réprouvé et condamné parle souverain Pontife : « Nous condamnons, a dit le Pape, nous désapprouvons, repoussons et abolissons tous et chacun dé ces actes commis contre notre pouvoir légitime et sacré, et contre le principat du Saint-Siège^ » « Nous condamnons, ajoute-t-il autre part ' , et déclarons nuls non-seulement
^ Allocution Maxùno animi, 26 septembre 1859.
* Letlre Cum catholica.
8 Ad Roman.^ G. xii.
* Allocution Ad gravissimum, 20 juin 1859.
^ Allocution Maximo animi, 26 septembre 1859.
juiUet.] BEGONNÂlSSÂNGfi DO ROYAUME D'ITALIE PAR L'ESPAGNE. S49
les faits meationnés, mais tous les autres actes contre notre pouvoir temporel^ et ]e pouvoir, ia domination et la juridiction de ce Saint- Siège. Ceux qui ont contribué par leur conseil ou leur adhésion à ces actes, ont encouru les censures et les peines ecclésiastiques que nous avons prononcées. »
Que Votre Majesté juge maintenant si une reine et une nation catholiques peuvent reconnaître de tels faits ; si elles peuvent entrer en né* gociation et traiter avec des hommes aussi solennellement séparés de la communion des fidèles, et si cette très- grave peine n'atteindra pas ceux qui, d*une manière quelconque^ auront adhéré à ces faits iniques l
Quant à moi, Madame, comme prélat catholique, je dois adhérer et j'adhère à ia condamnation de ces faits prononcée par le souversin Pontife. Mon devoir est de le dire à Votre Majesté, ainsi qu'aux fidèles confiés à ma vigilance pastorale, et je me crois obligé de le proclamer à la face de l'univers entier. Je ne fais par là que tenir le serment que j'ai prôté lors de ma consécration, et que j'ai renouvelé en recevant les insignes cardinalices dont je suis revêtu^ quoique indigne. J'accomplis aujourd'hui ce devoir à la grande joie de mon âme, en témoignage de l'amour filial et de la reconnaissance sans bornes que je professe pour le souverain Pontife qui occupe heureusement la Chaire de saint Pierre. Le cœur de Votre Majesté est uni par des liens étroits à celui de Pie IX. Combien de fois j'ai eu l'honneur et la joie de l'entendre des augustes lèvres de Votre Majesté 1 Combien de fois Votre Majesté a daigné m'exprimer les sentiments de respect et de particulière affection dont elle est animée pour le Chef vénérable de TÉgiise catholique l En plus d'une occasion Votre Majesté m'a fait l'honneur de me charger de transmettre au Saint- Père l'expression de ses loyaux et pieux sentiments. Fréquemment elle m'a répété son ardent désir d'aller en personne jusqu'à la capitale du monde catholique pour connaître Pie IX, le monument le plus insigne que renferme cette cité éternelle, pour donner au monde entier une preuve solennelle de son respect envers le représentant de Jésus-Christ sur la terre, pour mettre à ses pieds son tendre et illustre filleul, votre fils très-cher et l'héritier de la Couronne, et pour lui demander, avec sa bénédiction apostolique^ qu'il lui donne de sa main, pour la première fois, le pain des Anges.
Mon bonheur n'a pas été moindre chaque fois que j'ai entendu ce vénérable Pontife répondre aux sentiments de Votre Majesté dans les termes de la plus ardente afiTection, et déclarer devant une réunion de prélats espagnols, si nombreuse que nul siècle n'avait vu la pareille à Rome, qu'il éprouvait un noble orgueil à se dire le parrain de S.. A. R. le prince des Asturies. Pie IX n'a laissé échapper aucun^ occasion de manifester ces sentiments devant l'univers entier dans les nombreux documents qu'il a adressés à l'Église catholique. 11 me suffira de citer l'allocution qu'il prononça le 20 mai 1850, à son retour de Gaéte, dans laquelle^ avec tant de justice et d'à-propos, il proclamait les mérites acquis par Votre Majesté lorsque, prenant l'initiative^ avec les autres
gouverdements catholiques de l'Europe, elle offrait de joindre à leurs armées les forces de notre Espagne pour assurer la défense du Père commun des fidèles et pour le rétablir dans ses États.
Serait-il possible qu'après tant d'années passées, pendant lesquelles tous les gouvernements de celte nation sont restés fermes dans les principes qui ont toujours guidé la conduite de l'Espagne envers le Saint- Siège ; serait-il possible, maintenant que la tempête gronde, et que le désolé Pontife trouve à peine sur la terre une autre contrée que la catholique Espagne, où ses yeux, cherchant la consolation, puissent se reposer; serait-il possible que cette nation Vint verser la dernière goalfe d'amertuine dans le calice de ses tribulations, et précipiter peut-être le terme d'une vie si agitée que nous tous catholiques nous demandons incessamment à Dieu de prolonger pendant de nombreuses années ?
Il n'en sera pas ainsi, certainement, puisque votre gouvernement a pris le solennel engagement de respecter en cette grave question les intérêts du catholicisme. Ces intérêts lui font nécessairement un devoir d'obéir aux décisions du Siège apostolique, et d'agir en toutes choses en parfait accord avec lui. Dans cette conviction, je m'abstiens en ce moment de rappeler les peines très sévères infligées par le Vicaire de Jésus- Christ non-seulement aux auteurs de ces sacrilèges usurpations, mais encore à ceux qui adhèrent.
Que Votre Majesté daigne recevoir cet humble exposé comme un témoignage du respect et de l'attachement dont mon cœur est animé et comme un juste tribut de ma reconnaissance pour les faveurs multipliées que j'ai l'eçnes de sa royale munificence. Je la supplie aussi de croire que dans mes prières publiques ou privées, quelque faibles qu'elles soient, je ne cesse de demander au Roi des rois de conserver la précieuse vie de Sa Majesté pendant de longues années, afin qu'elle use de son royal pouvoir, comme le dit saint Léon le Grand, « non-seulement pour le bon gouvernement de cette religieuse nation, mais d'abord et principalement pour la protection et la défense des intérêts de l'Église catholique. » Je demande au Père des miséricordes de répandre d'abondantes bénédictions sur l'auguste époux de Votre Majesté, qui partage vos sentiments religieux comme il partage avec vous les honneurs du Trône. Que ces bénédictions descendent abondamment aussi sur le tendre rejeton, l'héritier du Trône, que la bonté de Votre Majesté m'a donné le droit d'appeler mon fils en Jésus-Christ, et dont la précoce intelligence et la religieuse docilité font les délices de Votre Majesté et contribueront un jour à rehausser la gloire et le bonheur de notre patrie. Que les sérénissimes infantes aient part également à ces bénédictions, elles qui doivent une si précieuse éducation aux bons exemples et aux bons soins de leurs augustes parents.
De Votre Majesté, le plus fidèle, humble et obéissant sujet
Fërdinando, Cardinal de La Puente,
Archevêque de Burgos, BnrgOB, 30 Juin.
août] RÉSOLUTIONS DU GtERGÉ DC FRIBOURG. 351
1. — La Gaceta officielle de Madrid publie un décret de la Reine qui nomme D, Augusto Ulloa son envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire près le roi d'Italie.
Le même jour, le Pensamiento espanol publie l'Adresse suivante qui se couvre de signatures :
« Très-Saint Père,
« Les Espagnols soussignés, fidèles enfants de Votre Béatitude, accourent pour vous consoler dans les jours les plus remplis d'angoisses de ▼otre amère tribulation* Ils ont des larmes dans les yeux, d'humbleg offrandes dans les mains, et dans leur cœur la foi la plus vive dans les promesses de Notre- Seigneur Jésus-Christ, Tamour le plus vif et le respect le plus profond pour son Vicaire sur la terre, qu'ils reconnaissent et proclament Chef visible de rÉglise et légitime souverain de tous les États Pontificaux, tant de ceux qu'il possède encore que de ceux qu'on loi a sacrilégement enlevés.
« Trèfr^iat Père, nous croyons tout ce que vous nous ordonnez de csoirô, et nous promettons de vivre et de mourir en parfaite obéissance au Saint-Si^e. Nos Yautes vous ont jeté dans cette grande désolation ; mais notre plus grand châtiment est de vous voir si torturé.
« Pardonnez, Père très-aimant, pardonnez aux fils ingrats qui vous ont abandonnés, et daignez nous accorder à nous et à tous les catholiques Espagnols votre ssdnte, apostolique et paternelle bénédiction. »
9. — M. Yacca, ministre de la justice à Florence, donne sa démission. II est remplacé par M'. Paolo Gortese.
9, — Le clergé du diocèse, de Fribourg en Brisgau, réuni en conférence, prend les résolutions suivantes, qu'il a soumises à Tarchevêque de Fribourg, et qui font connaître la situation religieuse dans le grand-duché de Bade :
i. Tout en reconnaissant que la loi du 9 octobre 1860 a rendu à l'Église plusieurs droits qui lui avaient été enlevés injustement dans le passé, nous voyons avec regret, dans le retrait par l'Etat de la convention solennellement conclue avec le Saint-Siège et publiée depuis, la cause première d'une série de dommages et d'empiétements dont les catholiques et l'Église ont été victimes en ces derniers temps.
2. Entre autres, nous comptons la loi pénale exceptionnelle contre le clergé> loi par laquelle on cherchait à restreindre en justice la défense de l'Église ; la loi sur l'interdiction du mariage civil, celle concernant l'exercice du droit légitime d'élever ses enfants selon ses
propres conviclions religieuses, et enfin plusieurs stipulations de la loi sur rÉglise, notamment celle qui défend rétablissement d'ordres religieux sans l'autorisation de TÉtaty autorisation que ee dernier peut retirer selon son bon plaisir.
3. Par la soi-disant Réforme scolaire (Schuîrtform), TÉglise est formellement exclue de l'instruction populairey et par cela môme le principe religieux est remplacé par le bon plaisir de l'administration dans les écoles. Un tel système, secondé par l'instruction obligatoire {Sckulzwang)y équivaut à une abolition des lois organiques et fondamentales, à une proscription de la liberté de conscience et à une proscription de la liberté personnelle des catholiques, quoique ces lois et libertés soient garanties par des traités internationaux, par le droit fédéral et par la Constitution de notre pays.
4. Le nouveau système d'éducation populaire est aussi en contradiction formelle avec l'engagement solennel du Gouvernement de ne pas s'opposer à la conservation des écoles confessionnelles. L'instruction religieuse, donnée exclusivement par des maîtres surveillés par l'État, doit être considérée comme une restriction de l'enseignement religieux.
5. L'application de fonds appartenant aux difiTérentes confessions, et surtout de fonds exclusivement ecclésiastiques, tels que les bénéfices des sacristains, à ces écoles anticatholiques ; le fait d'avoir retiré aux autorités ecclésiastiques l'administration de ces fonda et de l'aToir confiée à des autorités laïques et non catholiques, tout cela équivaut à une véritable sécularisation de la propriété de l'Église et constitue une lésion fort grave des droits garantis aux catholiques.
6. La mise en activité de ces nouvelles lois scolaires est une lésion non moins grave des droits garantis des catholiques. Les punitions extrêmement nombreuses subies par des catholiques pour refus de participer aux élections des conseils scolaires locaux, refus d'accepter le mandat de conseiller ou même la nomination arbitraire à ces conseils scolaires, refus de soumettre des enfants catholiques à l'examen des conseillers scolaires d'arrondissement {Kreisschulrœthe) protestants, sont non-seulement en contradiction flagrante avec les droits religieux des catholiques, mais constituent aussi une lésion fort grave du droit de propriété des catholiques.
7. Bien des faits de l'administration constituent non-seulement un emploi de moyens illégaux en faveur de l'introduction des innovations scolaires, mais ils forment un ensemble de mesures propres à nuire à l'Église et à l'opprimer. Nous y comprenons :
a) La protection et la faveur dont jouissent les associations et réunions anticatholiques, même lorsqu'elles négligent Tobservation des prescriptions de la loi de réunion ; la participation très-active des fonctionnaires publics à ces réunions et associations, en grande partie dirigées et propagées par eux; et, par contraste, la suppression des associations et réunions catholiques, même après qu'elles ont satisfait à toutes les
août RÉSOLUTIONS DD CLERGÉ DE FRIBOURG. S58
exigences légales^ et ]a restriction da droit de pétition en matière religieuse.
b) Les mesures dirigées contre la presse catholique, qui dégénèrent en une véritable persécution, tandis que l'administration subventionne, par les annonces officielles et judiciaires, la presse la plus haineuse envers l'Ëglise catholique et force les catholiques à s'y abonner. De plus, cette presse reçoit les confidences du Gouvernement et est notoirement rédigée et dirigée par des fonclionnaires publics.
c) Les poursuites judiciaires dirigées contre les catholiques pour avoir troublé l'ordre public et autres crimes politiques, tandis que Texcita-* tion à la haine et au mépris de la religion, de l'Église et du clergé et les blasphèmes les plus graves ne peuvent être sujets à une action judiciaire.
Tous ces faits témoignent du mépris de l'égalité civile et du privi* legium ùdiosum pour les catholiques.
8. Une pareille persécution religieuse est d'autant plus déplorable qu'il s'y trouve en fait l'excitation à la désobéissance envers l'autorité religieuse et rengagement au schisme, ainsi que Ta exprimé M. le président du ministère devant les Chambres et dans les pièces offlcieilles adressées aux catholiques. Là où les hommes d'État tiennent un langage pareil, on ne doit pas s*é tonner quand certaines classes de la société se trouvent portées à des excès fort graves envers les catholiques, comme cela a eu lieu à Manheim récemment.
9. L'administration et l'emploi des fondations charitables des catholiques par des autorités officielles et non catholiques constituent une lésion des droits de TÉglise et retirent à l'Église les moyens de secourir les pauvres catholiques.
40. En repoussant les aspirants aux bénéfices ecclésiastiques sans en donner la raison, 1 État cherche à exercer une influence démoralisante sur le clergé ; cette manière d*agîr annule la liberté de l'administration intérieure de l'Église; de plus, elle menace l'honneur et la fortune des aspirants aux cures par un système de dénonciation politique, elle les exclut de l'égalité des droits et peut facilement exercer une pressio9 sur la conscience et le devoir des prêtres.
11. Un accord n'a pu encore s'établir entre le régime actuel et TÉglise pour mettre un terme aux injustices envers les catholiques. En face des oppositions si accentuées de notre temps et de la triste situation des affaires dans le grand-duché de Bade, il nous paraît très-douteux qu'il soit possible de rétablir l'entente si désirée entre l'Église et l'État, surtout en ce qui concerne rinstruction. Nous voyons seulement dans la liberté et le self-govemment les plus larges le vrai salut et le moyen certain de conserver TÉglise catholique dans notre pays, ainsi que nous voyons la vraie solution de la question scolaire dans la suppression de Vinstruction obligatoire et Vobtention de la liberté de renseignement.
12. En ra^ibon de cela, nous revendiquons aussi pour l'Église cathcH lique le droit d'organiser des institutions d'instruction de tout genre,
354 ANNALES EGGLÉSIASTIQOES. [1865
et spécialement aussi celai d'organiser des écoles paroissiales selon ses propres règlements, et de n'être soumise qu'aux lois générales pour tout ce qui concerne l'instruction et Téducation.
13. Le Gouverneur a expressément reconnu le caractère confessionnel des écoles catholiques ; or, d'après les lois de FËglise, aucune institution conressionnelle catholique ne peut exister sans ôtre soumise à l'autorité et à la direction des autorités ecclésiastiques. C'est pourqud nous réclamons de l'État la restitution des écoles et des fondations catholiques aux cathoUques^ soit aux familles, aux paroisses et à l'autorité suprême catholiques.
14. Nous demandons la liberté de l'Église en raison de soa orîgioe et de sa mission, en raison des droits acquis et garantis, et en même temps comme une conséquence de la liberté et du selfgovernmeut populaires promis par le gouvernement grand-ducal.
i5. Quoique nous ne reconnaissions aux autorités législatives aucun droit de décider sur des questions religieuses, nous nous voyons^ sous la pression des mesures législatives susmentionnées, dans la nécessité de prendre part aux affaires publiques dorénavant, et spécialement aux élections d'arrondissement et de députés.
16. Nous ferons ce qui sera en notre pouvoir pour défendre la cause catholique par des associations, des réunions publiques et une presse bien dirigée, pour réveiller le sentiment de l'honneur et du devoir et pour réunir les forces isolées.
17. Pénétrés du plus profond respect pour notre auguste Archevêque, nous déposons ces résolutions à ses pieds, en le priant de noas accorder sa bénédiction et le concours de ses prières afin de fortifier notre faiblesse dans cette entreprise difficile. Nous tenons de plus i exprimer ici notre profonde reconnaissance pour l'autorisatiou et rengagement de participer aux élections qui nous ont été adressées par le dernier mandement.
18. Nous nous permettons aussi d'adresser très-respectueusement les deux prières suivantes à notre auguste pasteur : Qu'il lui plaise.
a) De recourir à la protection de la Confédération germanique pour garantir les droits de l'Église et des catholiques ;
b) D'ordonner la célébration, au même jour, d*un service solennel dans toutes les églises paroissiales du grand-duché de Bade, afin d'implorer la protection du Très-Haut pour la conservation de l'Église catholique dans ce pa^s.
Fribourg, 9 août 1865.
16. — Mort de M^ Debesselle, évoque de Namur. Il a pour successeur M** Dechamps, rédemptoriste.
96. M. Lanza, ministre de Tintérieur, à Florence, soumet les processions en dehors des églises au consentement des autorités civiles.
août.] M. LANZA DONNE SA DÉMISSION. 35B
9B, — M. Gortese adresse aax procureurs généraux près les Cours d'appel du royaume d'Italie la circulaire suivante, relative aux collectes religieuses :
« A la suite d'informations de quelques autorités Judiciaires et politiques de diverses provinces du royaume^ le gouvernement du Roi eut à porter son attention sur une adresse au souverain Pontife devant être accompagnée de libres offrandes, et qui, publiée d'abord par le journal rUnità cattolica, de Turin, du 28 Juin dernier, a été répandue dans tout rÉtat, jointe à des formules spéciales de souscription. 11 a été toutefois remarqué que si cette adresse, eu égard au moment où elle a été lancée et au but auquel elle tend, peut être considérée comme un acte hostile au gouvernement, elle ne présente cependant dans sa teneur aucune expression qui tombe sous les dispositions de la loi sur la presse et des lois corrélatives du Gode pénal, de sorte qu'il n'est pas de la dignité du gouvernement du roi de s'émouvoir de pareilles attaques d'un parti qui a contre lui la grande majorité de la nation, ni de s'écarter de ces intentions de respect de la liberté religieuse qu'il a solennellement manifestées en maintes circonstances et qu'il s'honorera toujours de professer. 11 a été, en outre, considéré que, relativement au fait de la collecte et de la souscription qui en est la conséquence, ne peuvent pas s'appliquer les dispositions sur les quêtes et sur les quêteurs édictées par la loi de la sûreté publique et quelques autres lois en vigueur dans diverses provinces du royaume. Les dispositions du Gode pénal sur la môme matière ne pourraient non plus être appliquées, car il y a une différence notable entre une collecte et une quête, et les mesures concernant ceux qui à de certaines époques déterminées et dans un but expressément religieux s'occupent de quêter, ne peuvent s'appliquer aux collecteurs d'argent dans un but de charité ou tout autre but. Des déclarations explicites ont été faites à ce sujet au sein du Parlement et spécialement dans la séance de la Ghambre des députés du 17 Janvier 1862. Eu égard à ces considérations, le soussigné ministre garde des sceaux invite MM. les procureurs généraux à prendre des dispositions pour qu'aucune procédure qui aurait été instruite ou serait sur le point de l'être pour le fait de l'Adresse susmentionnée et de la collecte y annexée n'ait de suite. Toutefois, comme le fait de la souscription
^ ouverte à son sujet pourrait, avec le concours de circonstances déterminées, donner lieu à l'application de sanctions pénales et spécialement de celles de l'art. 471 du Gode pénal, il est nécessaire de tenir un compte particulier de ces circonstances, qui, plus que la collecte ou la sous-
I cription elles-mêmes, donneraient lieu à procédure. A cet égard, le soussigné compte entièrement sur le discernement et la diligence de MM. les procureurs généraux. Des instructions semblables sont données
^ par le ministre de l'intérieur à MM. les préfets du royaume. MM. les
i procureurs généraux voudront bien accuser réception de cette circu-
laire et renseigner le soussigné sur les mesures qu'ils prendroat à ce sujet.
« Le minUtref P. Cortssb. »
•9. — M. Lanza donne sa démission ; il est remplacé, le i*' septembre^ par le baron Joseph Natoli, qui était ministre de l'instruction publique, et connu pour avoir fait fermer un grand nombre de séminaires. M. Lanza passait pour être favorable à la reprise des négociations avec Rome.
K Huit évêques exilés des provinces napolitaines demandent à Victor-Emmanuel de leur permettre de retourner dans leurs diocèses, afin d'y porter leurs secours et les consolations de la religion pendant l'épidémie cholérique qui les ravage. Cette demande n'obtient pas de réponse ; mais quelques évêques peuvent en effet revoir leur diocèse sans être inquiétés.
Septembre*
lO. — L*Italia, de Naples, publie le texte du décret royal suivant concernant la clôture des séminaires :
« Victor-Emmanuel II, etc. : — Vu la nécessité de remédier aux dommages causés à Tinstruction des jeunes séminaristes et des laïques par la clôture d*un grand nombres d'écoles secondaires qui étaient annexées aux séminaires; — sur la proposition de nos ministres secrétaires d'Élat pour TiDstruclion publique et pour les affaires de grâce et justice et des cultes^ — avons décrété et décrétons :
a Art. l"^ Les séminaires dont les écoles secondaires se trouvent fermées par disposition du Gouvernement ou par le fait des Ordinaires seront réouverts dans la prochaine année académique par les soins du ministre de Tinstruction publique.
« Art. 2. Les locaux et les revenus de ces séminaires seront mis sous séquestre et passeront dans ^'administration des économats généraux des bénéfices vacants.
ce Art. 3. Un tiers de ces revenus et une partie des locaux nécessaires à cet effet seront accordés aux Ordinaires pour Tenlretieu des écoles et des pensionnats affectés aux élèves du cours théologique.
«Art. 4. Les deux autres tiers desdites rentes seront, par les soins des économats généraux, mis à la disposition du ministère de Tinstruction publique, pour les appliquer à l'usage prescrit par l'article i"%
tt Art. 5. Les écoles secondaires qui seront réouvertes par les soins du Gouvernement dans les séminaires seront organisées conformément aux lois scolaires en vigueur, et les études suivies dans ces écoles seront
septembre.] ASSEMBLÉE GÉNfiRALE DES CATHOLIQUES ALLEMANDS. 357
assimilées à celles accomplies dans les gymnases et dans les lycées du Gouvernement,
« Art» 6. Dans le cas où les susdits deux tiers disponibles des revenus d'un séminaire fermé ne suffiraient pas à renseignement gymnasiai complet, les municipes du diocèse seront invités à y suppléer par des fonds propres.
« Art. 7. Le ministre de Tinstruction publique nommera, par décret ministériel^ le receveur du pensionnat et les professeurs des écoles secondaires. Dans les villes où il y a un lycée-pensionnat gouvernemental, les. revenus du séminaire fermé pourront, sur la demande des municipes du diocèse, ôlre employés à faire mieux prospérer Tinstruction secondaire du diocèse.
c( Art. 8. Un règlement spécial déterminera le mode et les conditions de Tadministration des élèves séminaristes (chierici) et laïques dans le pensionnat et dans les susdites écoles, et tout ce qui est nécessaire à Texéculion du présent décret.
« Ordonnons que le présent décret, muni du sceau de TEtat, soit inséré.
« Florence, septembre 1865. »
11. *- A Trêves, assemblée générale des catholiques allemands, auxquels se joignent un grand nombre de catholiques étrangers, français, belges, espagnols, etc. Le congrès termina ses travaux le 14 septembre. C'est le baron d*Andlau qui préside rassemblée. Les résolutions suivantes sur la question de renseignement sont adoptées ;
<f 1. L'Assemblée générale des Associations catholiques de TAllemagne reconnaît comme un stricte devoir des parents catholiques de ne pas confier leurs enfants à des écoles et à des maîtres qui n'offrent pas des garanties suffisantes pour l'éducation catholique des enfants.
« 2. Le monopole de renseignement de l'État, résultat du système bureaucratique et absolutiste, est incompatible avec l'autonomie, la haute mission et les droits imprescriptibles de l'Église ; il est incompatible avec la liberté de conscience et dépasse les limites de la compétence de l'État mixte et égalitaire. L'Assemblée générale proteste contre ce monopole et reconnaît comme un devoir impérieux des catholiques d'user de tous les moyens légaux afin d'obtenir la liberté d'enseignement.
« 3. L'emploi des fondations catholiques et des contributions prélevées sur le peuple catholique pour l'entretien de professeurs et de maîtres non catholiques, et pour la propagation de doctrines anticaFtholiques, constitue une violation grave des droits des catholiques. L'Assemblée générale espère que les personnes spécialement compétentes et intéressées useront de tous les moyens légaux et auront recours aux tribunaux pour faire cesser ces injustices.
8M ANNALES ECCLÉSf ASTIQUE S. [i86S
1». — Mort, au château de Frouzel, près d'Amiens, du général Christophe-Louis-Léon Juchault de La Horicière, commandant en chef des troupes pontificales, né à Nantes le 5 Tévrier 1806.
18. — Mort, dans sa ville épiscopale, de M** Peschoud (Joseph- François-Clet), évéque de Cahors, né à Saint-Claude (Jura), le 29 janvier 1805, nommé au siège de Cahors le 16 mai 1863, préconisé le 28 septembre, et sacré le 30 novembre de la môme année.
•ft. — A Rome, consistoire dans lequel le Pape préconise plusieurs évoques, et prononce l'allocution suivante. Multipliées inter machinationeSy sur la franc-maçonnerie :
Vénérables Frères,
Parmi les nombreuses machinations et les moyens par lesquels les ennemis du nom chrétien ont osé s'attaquer à l'Église de Dieu, et ont essayé, quoique en vain, de l'abattre et de la détruire, il faut, sans nul doute, compter cette société perverse d'hommes, vulgairement appelée maçonniquej qui, contenue d'abord dans les ténèbres et l'obscurité, a fini par se faire jour ensuite, pour la ruine commune de la religion et de la société humaine. Dès que nos prédécesseurs les Pontifes romains, fidèles à leur office pastoral, eurent découvert ses embûches et ses fraudes, ils ont jugé qu'il n'y avait pas un moment à perdre pour réprimer par leur autorité, frapper de condamnation et exterminer comme d'un glaive cette secte respirant le crime et s'attaquant aux choses saintes et publiques. C'est pourquoi notre prédécesseur Clément XII, par ses lettres apostoliques, proscrivit et réprouva cette secte, et détourna tous les fidèles non-seulement de s'y associer, mais encore de la propager et l'encourager de quelque manière que ce fût, sons peine d'excommunication réservée au Pontife. Benoit XIV confirma par sa Constitution cette juste et légitime sentence de condamnation, et il ne manqua pas d'exhorter les souverains catholiques à consacrer toutes leurs forces et toute leur sollicitude à réprimer cette secte profondément perverse et à défendre la société contre le péril commun.
Plût au Ciel que ces monarques eussent prêté l'oreille aux paroles de notre prédécesseur I plût au Ciel que, dans une affaire aussi grave, ils sussent agi avec moins de mollesse 1 Certes, nous n'aurions jamais en, ni nos pères non plus, à déplorer tant de mouvements séditieux, tant de guerres incendiaires qui mirent l'Europe entière en feu, ni tant de maux amers qui ont affligé et qui affligent encore aujourd'hui l'Ëglise. Mais la fureur des méchants ayant été loin de s'apaiser. Pie VII, notre prédécesseur, frappa d'anathème une secte d'origine récente, le carbonarisme, qui s'émit propagée surtout en Italie, où elle avait fait un grand nombre d'adeptes; et, enflammé du même zèle pour les ftmes,
septembre.] ALLOCUTION PONTIFICALE SUR LA FRANC-MAÇONNERIE. 359
Léon XII condamna par ses Lettres apostoliques^ non-seulement les sociétés secrètes que nous venons de mentionner^ mais encore toutes les autres, de quelque nom qu'elles fussent appelées^ conspirant contre l'Église et le pouvoir civil, et il les interdit sévèrement à tous les fidèles , 80U8 peine d'excommunication*
Toutefois, ces efforts du Siège apostolique n'ont pas eu ie succès que l'on eût dû espérer. La secte maçonnique dont nous parlons n'a été ni vaincue ni terrassée : au contraire, elle s'est tellement développée^ qu'en ces jours si difficiles elle se montre partout avec impunité^ et lève le front plus audacieusement que jamais. Nous avons dès lors jugé nécessaire de revenir sur ce sujet, attendu que, par suite de l'ignorance où l'on est peut-être des coupables desseins qui s'agitent dans ces réunions clandestines, on pourrait croire faussement que la nature de cette société est inoffensive, que cette institution n'a d'autre but que de secourir les hommes et de leur venir en aide dans l'adversité ; qu'enfin, il n'y a rien à en craindre pour l'Église de Dieu.
Qui, cependant, ne voit combien une telle idée s'éloigne de la vérité? Que prétend donc cette association d'hommes de toute religion et de toute croyance? Â quoi bon ces réunions clandestines et ce serment si rigoureux exigé des initiés, qui s'engagent à ne jamais rien dévoiler de ce qui peut y avoir trait? Et pourquoi cette effrayante sévérité de châtiments auxquels se vouent les initiés, dans le cas où ils viendraient à manquer à la foi du serment? A coup sûr, elle doit être impie et criminelle, une société qui fuit ainsi le jour et la lumière : car celui qui fait le mal, a dit l'Apôtre, hait la lumière. Combien diffèrent d'une telle association les pieuses sociétés des fidèles qui fleurissent dans TËglise catholique l Chez elles, rien de caché; pas de secret. Les règles qui les régissent sont sous les yeux de tous ; et tous peuvent voir aussi les œuvres de charité pratiquées selon la doctrine de l'Évangile.
Aussi n'avons-nous pas vu sans douleur des sociétés catholiques de ce genre, si salutaires, si bien faites pour exciter la piété et venir en aide aux pauvres, être attaquées et mêmes détruites en certains lieux^ tandis qu'au contraire on encourage ou tout au moins on tolère la ténébreuse société maçonnique, si ennemie de l'Église et de Dieu, si dangereuse môme pour la sûreté des royaumes.
Nous éprouvons, vénérables Frères, de l'amertume et de la douleur en voyant que, lorsqu'il s'agit de réprouver cette secte conformément aux constitutions de nos prédécesseurs, plusieurs de ceux que leurs fonctions et le devoir de leur charge devraient rendre pleins de vigilance et d'ardeur en un sujet si grave, se montrent indifférents et en quelque sorte endormis. Si quelques-uns pensent que les constitutions apostoliques publiées sous peine d'anatbème contre les sectes occultes et leurs adeptes et fauteurs n'ont aucune force dans les pays où ces sectes sont tolérées par l'autorité civile, assurément ils sont dans une bien grande erreur. Ainsi que vous le savez, vénérables Frères, nous avons déjà réprouvé cette fausse et mauvaise doctrine, et aujour-
MO AMIALES ECCLÉSIASTIQUES. L186â
dlini Doos la réprouvons et coodamnons de Douvean. En effets est-«e qoe ce souveraîn pouvoir de paître et de diriger le troupeau universel que les Pontifes romains ont reçu de Jésoa-Christ en la personne du bienheureux Pierre, celte autorité suprême qu'ils ont à exercer dans rÉglise, doit dépendre du pouvoir civil, et celui-ci peut-iU'arréter et la restreindre en quoi que ce soit ?
Dans cette situation, de peur que des hommes imprudents, et surtout la jeunesse ne se laisse égarer^ et pour que notre silence ne donne lieu à personne de protéger Terreur, nous avons résolu, vénérables Frères, d'élever notre voix apostolique; et, confirmant ici devant vous les constitutions de nos prédécesseurs, de notre autorité apostolique, nous réprouvons et condamnons cette société maçonnique et les autres sociétés du même genre* qui, tout en différant en apparence» se forment tous les jours dans le même but, et conspirent soit ouvertement, soit clandestinement, contre l'Église ou les pouvoirs légitimes ; et nous ordonnons, sous les mômes peines que celles qui sont spécifiées dans les constitutions antérieures de nos prédécesseurs, à tous les chrétiens de toute condition, de tout rang, de toute dignité et de tout pays de tenir ces mêmes sociétés comme proscrites et réprouvées par nous.
Maintenant, il ne nous reste plus, pour satisfaire aux vœux et à la sollicitude de notre cœur paternel, qu'à avertir et exhorter les fidèles qui se seraient associés à des sectes de ce genre, d'avoir à obéir à de plus sages inspirations et à abandonner ces funestes conciliabules, afin qu'ils ne soient pas entraînés dans l'abime de la ruine étemelle. Quant à tous les autres fidèles, plein de sollicitude pour les âmes, nous les exhortons fortement à se tenir en garde contre les discours perfides des sectaires, qui, sous un extérieur honnête, sont enflammés d'une haine ardente contre la religion du Christ et l'autorité légitime, et qui n'ont qu'une pensée unique, comme un but unique, à savoir, d'anéantir tous les droits divins et humains. Qu'ils sachent bien que les affiliés de ces sectes sont comme ces loups que le Christ Notre-Seigneur a prédit devoir venir, couverts de peaux de brebis, pour dévorer le troupeau; qu'ils sachent qu'il faut les mettre au nombre de ceux dont l'Apôtre nous a tellement interdit la société et l'accès, qu'il a expressément défendu de leur dire même : Ave (salut).
Que Dieu, qui est riche en miséricorde, exauçant les prières de nous tous, fasse qu'avec le secours de sa grâce les insensés reviennent à la raison» et que les hommes égarés rentrent dans le sentier de la justice 1 Que Dieu, réprimant les fureurs des hommes dépravés qui, i l'aide des sociétés ci-dessus mentionnées, préparent des actes impies et criminels, l'Église et la société humaine puissent se reposer un peu de tant de maux si nombreux et si invétérés 1 Et afin que nos vœux soient exaucés, prions aussi notre avocate auprès du Dieu très-clément, la très-sainte Vierge, sa Mère immaculée dès son origine, à qui il a été donné de terrasser les ennemis de TËglise et les monstres des erreurs. Implorons également la protection des bienheureux apôtres Pierre et
novembre.] LE MARIAGE CIVIL EN PORTUGAL. 361
Pauly par le glorieux sang desquels cette noble ville a été consacrée* Nous avons la confiance qu*avec leur aide et assistance nous obtiendrons plus facilement ce que nous demanderons à la bonté divine.
Octobre*
19. — Mort de lord Palmerston, premier ministre de la reine Victoria, né le 20 octobre 1784, et Tun des chefs de la franc-maçonnerie européenne.
— A Rome, modification dans le ministère : sont relevés de leurs postes M*' de Mérode, pro-ministre de la guerre, M<' Pila, ministre de l'intérieur, etM^ Mateucci, ministre de la police, qu^ sont respectivement remplacés, le 28 octobre^ par le général Kanzler, M«' de Witten et M«' Randi.
«t. — L'administrateur du diocèse de Varsovie, le Père Rzewuski, évéque de Pruse m partUmSy est éloigné de Varsovie et interné à Astrakan par le gouvernement russe, pour avoir refusé de concourir à la nomination d'une commission russe schisma* tique qui aurait fait partie du consistoire général catholique. Les explications données par le gouvernement persécuteur à cet égard n'ont fait que prouver le zèle et la fermeté avec laquelle M*' Rzewuski avait administré le diocèse privé de son pasteur, W Félinski.
99. — Dans une audience accordée pur l'empereur Napoléon au nonce apostolique. M'' Chigi déclare que le Saint-Siège ne se refusera pas à contribuer à l'accomplissement de la convention du i5 septembre, en ce qui regarde les arrangements financiers et militaires.
— A Liège, en Belgique, congrès des étudiants, surtout belges et français, dans lequel se font entendre les doctrines politiques les plus sauvages, et les doctrines religieuses les plus impies.
IVovembre •
9. — En Portugal, on travaillait à la rédaction d'un Code civil dont plusieurs dispositions étaient contraires à la religion catholique, surtout en ce qui concerne le mariage civil. Le maréchal duc de Saidanha écrit, à ce sujet, la lettre suivante à M. Joaquim- Antonio de Aguiar, président du conseil des ministres, le même
962 ANNALES ECGLÉSUSTIQOES. [1865
qui, SOUS D. Pedro IV, avait contre-signe et fait exécuter un décret pour la suppression des couvents de moines :
Excelleace,
Outre les maux qui nous affligent et qui ne peuvent que contrister le cœur d'un véritable patriote, nous sommes menacés d*un danger qui, en attaquant ce que les Portugais ont de plus cher, atteint aussi la Constitution que nous avons jurée^ menaçant également la dynastie qu'au prix de tant de sacrifices nous avons replacée sur le trône.
Si J'ai eu le grand bonheur de naître dans la religion catholique apostolique romaine, dès que j'ai eu l'usage de la raison je me suis voué avec toutes les forces de mon âme à la cause de la liberté.
A cette grâce de me faire naître dans le sein du catholicisme^ la divine Providence ajouta celle non moins précieuse de permettre que mes pieux et excellents parents me donnassent une éducation vraiment ca« tbolique. Six années de profondes études et de méditations fortifièrent mes croyances, et si Votre Excellence et nos compatriotes savent que tant et tant de fois j'ai exposé ma vie pour défendre la liberté» je vous prie de croire que je n'hésiterais pas à répandre jusqu'à la dernière goutte de mon sang pour la défense de la religion que je professe, delà religion que professe le peuple portugais, de la religion qui, d'après l'art. 6 de la Charte constitutionnelle, est la religion de l'État.
Les efi'orts de quelques esprits malheureux pour conduire la nation portugaise au protestantisme, et arriver de là au rationalisme, n'osèrent jamais se manifester avec autant d'audace, comme on le voit dans le projet de Code civil.
Si Dieu, le Père Tout-Puissant, créateur des cieux, de la terre et de toutes les choses invisibles, que nous adorons tous^ dit : Non est bonum hominem esse soîum ; faciamus et adjutorium simile sibi, son divin Fils, Notre* Seigneur Jésus-Christ, établit le sacrement du mariage. Si, pour le besoin de leur cause, il plut à Jean Hus, à Luther et à Calvin de nier que le mariage fût un sacrement, saint Paul (Eph., v) dit : Propter hoc relinquet homo patrem et mairem suam et adkœrebit uxori suœ, et erunt duo in carne una. Sacramenium hoc magnum est : ego autem dico in Christo et Ecclesia, Le mariage est donc un symbole sacré de l'union du Christ avec son Église.
Saint Jean Chrysostome (Honi. LVI m Genesim) écrit : Sacramenium sunt nuptiœ et imago dilectionis Christi, quam erga Ecclesiam declaravitm
Saint Augustin (lib. de Fide et bon. oper., cap. vu, dit : In civitate Domini, in monte sancto ejus, hoc est in Ecclesia nuptiarum non solum vinculum, sed etiam sacramentum commendatur.
Je pourrais apporter ici plusieurs autres témoignages des saints Pères pour prouver que le mariage est un sacrement; mais Je me bornerai, pour être plus court et pour ne laisser aucun doute, au Concile de Trente et à la parole de Notre Très-Saint Père le magnanime et vertueux
oo^embre.] LE MABIA6E CIVIL EN PORTUGAL. 363
Pape Pie IX, que Dieu, dans son infinie miséricorde, a donné pour chef à son Église dans ce temps d'épreuves par lesquelles elle passe. Le Concile de Trente (Sess. 24) définît clairement que, entre chrétiens^ il est impossible de séparer le contrat du sacrement, et que les personnes qui veulent se lier par contrat et non par le sacrement, ne font ni une chose ni l'autre.
« Ceux qui oseront contracter mariage d'une autre manière qu'en la a présence du curé, ou d'un autre prêtre, avec la permission du curé ou o de rOrdinaire, et de deux ou trois témoins, le saint Concile les déclare « incapables de contracter de la sorte^ et déclare nuls et sans effet ces a sortes de contrats. »
Ce qu'est notre législation au sujet du Concile de Trente, Votre Excellence le sait mieux que moi, qui cependant me suis donné la peine de lire l'édit du i2 septembre 1564 du Cardinal-Roi, te décret du i9 mars 1568 du roi D. Sébastien^ l'ordonnance du i6 juin 1668 du roi D. Pedro 11^ et le décret du 3 novembre 1776 du roi D. Joseph.
Notre vénérable et bien-aimé souverain Pontife, dans sa sollicitude pour le maintien de la pureté des dogmes et des doctrines de l'Église, dit, dans la lettre qu'il adressa le 19 septembre 1852 à S. M. le roi Victor- Emmanuel :
« C'est un dogme de foi que le mariage fut élevé par Notre-Seigneur « Jésus-Christ à la dignité de sacrement, et c'est un point de doctrine « catholique que le sacrement n'est pas une qualité accidentelle sur- « ajoutée au contrat, mais fait partie de l'essence môme du mariage ; de c( sorte que l'union conjugale entre chrétiens n'est légitime que dans le « mariage sacrement, hors duquel il n'y a que concubinage.
« Une loi (dit encore le souverain Pontife dans la même lettre), une « loi civile qui, supposant le sacrement séparable du contrat de mariage « entre catholiques, prétend en régler la validité, se met en contradic- « tion avec la doctrine de l'Église, usurpe ses droits inaliénables, et « dans la pratique met sur le même ligne le concubinage et le sacre- « ment de mariage, sanctionnant l'un et l'autre comme étant également « légitimes. » ^
Et quelle est, sur cet objet important, la législation que les innovations veulent imposer au peuple portugais ? Je vais citer quelques-uns des articles du projet de Code civil.
L'art. 1057 est conçu dans les termes suivants : « La loi civile recon- « naît aussi bien le mariage célébré par TÉglise catholique que celui « qui est contracté en la forme établie par cette loi. » Cet article reconnaît donc comme valide le mariage entre catholiques contracté hors de l'Église catholique. Par l'article 1067, il déclare nulles les fiançailles, etc...^ que l'Église catholique regarde comme valides, portant ainsi une main sacrilège sur le domaine de l'Église, pour détruire un contrat qu'elle juge valide et auquel elle donne une telle importance qu'elle le considère comme un empêchement prohibitif. L'article 1072 dit : « Le mariage entre sujets portugais, quelle que soit leur religion^
364 ANNALES ECGLÉSUSTIQUSS. [1865
« qu'ils ne sont pas obligés de déclarer, prodoit tous les effets civils, si « les conditions essenlielles des contrats ont été observées. »
Je ne sen^ plus assez de patience pour continuer Tanalyse de tous les auti^es articles aussi essentiellement anticatholiques que ceux dont Je viens de parler. '
Or, si la loi qui règle la forme d'après laquelle on peut se lier par le saint sacrement du mariage est une des lois de rÉglise^ à laquelle nous Jurons d'obt^r dans le baptême, comment pourrais-Je, moi^ garder le silence? comment le peuple portugais, qui, malgré les efforts multipliés que Ton a tentés pour lui ravir sa foi, est encore et sera essentiellement catholique, pourrait-il rester indifférent, si les dispositions du projet^ en ce qui touche au mariage, étaient approuvées?
Mais nous ne courrons pas ce danger, parce que, ayant l'hoaneur depuis longues années de connaître Votre Excellence, ainsi que quatre de ses collègues, je nourris Tintime et consolante conviction que le ministère auquel préside Votre Excellence ne présentera pas ce projet de Code sans que, préalablement, ce Gode ait été purgé de tout ce qui a rapport au mariage civil, de tout ce qui est contraire à |^ religion que nous professons.
Je conclus en répétant que J'ai la douce persuasion que le ministère présidé par Voire Excellence éliminera du projet de Code tout ce qui est relatif au mariage civil, évitant par ce moyen d'allumer une torche qui pourrait produire un terrible incendie; et ainsi Vos Excellences mériteront bien de la patrie, et plus encore si, une fois pour toutes, ils faisaient cesser les usurpations du ministère des affaires ecclésiastiques ; s'ils donnaient la force qui lui convient à ce principe que le Begere Ecclesiam Dei n'appartient point au pouvoir temporel, mais aux évéques.
S. — Le mouvement puséiste prenait, en Angleterre, une importance de plus en plus grande; mais, à côté des puséîstes assez humbles pour reconnaître qu'ils étaient en dehors de la vérité, et as^ez courageux pour abandonner Terreur, il s'en trouvait, et il s'en trouve encore, un plus grand nombre dont les eCforts tendent à mettre les trenie-neuf articles^ qui constituent la charte de l'Établissement anglican, en accord avec les doctrines de l'Église romaine, et à se persuader à eux-mêmes, comme aux catholiques, que nous n'avons tous qu'une môme foi) de sorte qu'il n'y a pas de retour à faire à la véritable Église, mais un simple acte d'union. Ces derniers voudraient garder leurs positions; ils estiment qu'il suffirait d'établir une sorte de pacification et ce qu'ils appellent une intercommunion. C'est dans cette vue qu'ils ont médité un projet d'union entre l'Eglise romaine, l'Eglise anglicane et l'Église grecque, qu'ils placent sur le môme rang, comme si l'Église romaine n'était pas seule en possession de la
norembre.] PROJET D*INTEBGOMMUNION DES POSÉISIES. 365
vérité intégrale, tandis que rËglise grecque est schismatique et hérétique sur quelques points, et TÉglisé anglicane, schismatique, protestante et môme dépourvue de la succession apostolique. Quelques catholiques d'Angleterre, dans un esprit de conciliation, croyaient devoir adhérer au projet d'union. Le Saint-Siège les avertit qu'ils faisaient fausse route. Alors cent quatre-vingt-dixhuit doyens, chanoines, prêtres de paroisse et autres prêtres de la haute Église (anglicane), adressèrent au cardinal Patrizi, qui avait été chargé d'avertir ainsi les catholiques, une lettre dans laquelle ils se plaignaient respectueusement de ce que leurs intentions étaient méconnues. Le cardinal leur répondit le 8 novembre 1865. Nous reproduisons la lettre des 198 et la réponse du cardinal Patrizi.
Voici d'abord la lettre des 198 :
« A Son Ëminence le Révérend Père en Christ, Monseigneur le car« dinal Patrizi, préfet du Saint-Office.
« Éminence^
« Noua soussignés, doyens, chanoines, prêtres de paroisses et autres prêtres de VÉglise catholique anglo-romaine ^ aspirant ardemment à une réunion visible entre toutes les parties de la famille chrétienne, suivant la volonté du Christ, nous avons lu avec un grand chagrin la lettre de Votre Émineoce à tous les évêques d'Angleterre. Cette lettre accuse notre société, instituée pour promouvoir la réunion de toute la chrétienté, d'affirmer dans son programme que trois communions, — à savoir^ la communion catholique romaine, Torientale et Tanglicane, — réclament pour elles-mêmes, avec un droit égal, le nom de catholiques.
a Mais notre programme n'a porté aucun jugement sur cette question. Ce que nous avons dit concernait une question de fait et non une question de droit. Nous affirmions seulement que TÉglise anglicane réclame pour elle-même le nom de catholique, et que celle prétention est manifeste pour tout le monde, tant d'après la liturgie que d*aprôs les articles de religion. Quant au but de notre Société, on affirme qu'il consiste principalement à faire en sorte que les trois communions, dans leur intégrité^ chacune persistant dans ses convictions, puissent n'en
former qu'une.
« Loin de nous et de notre société un pareil projet, qui, loin d*im* pliquer l'espoir d'une unité ecclésiastique, conduirait à une lulte fratricide sous un môme toit.
« Ce que nous demandons avec ardeur au Toul-Puîssanf, ce que nous désirons de tout notre cœur, c'est tout simplement Tiotercommunion ecclésiastique qui existait avant la séparation de l'Orient et de l'Occident, une intercommunion ecclésiastique établie et enracinée
366 ANNALES EGGLÉSUSTIQUCS. [1865
par la profession d'une et même foi cathollque« Et notre Société devrait TOUS causer d'autant moins de déplaisir qu'elle s'abstient d'agir, et qu'elle se contente de prier pour que, suivant les paroles du Christ Notre-Seigneur, il n'y ait qu'un troupeau et qu'un pasteur. Nous n'avons pas d'autre désir, et nous soumettons notre opinion et nos vœux à Votre Ëminence avec toute la sincérité de cœur et la franchise de langage dont nous sommes capables.
« Quant au recueil périodique appelé Union Review^ les liens qui l'unissent à notre société sont purement fortuits, et par conséquent nous ne sommes en rien engagés par ses assertions. Divers écrivains expriment leurs propres opinions dans ce recueil, de telle sorte que la succession de leurs Jugements peut contribuer à faire briller la foi catholique d'un éclat plus vif. Il n'y a pas lieu d'être surpris qu'une collaboration de ce genre ne soit pas en usage à Rome, puisque les questions du jour y sont rarement agitées. Mais en Angleterre, où presque toutes les discussions sont rendues publiques, personne ne se sent porté à prendre une conclusion, s'il n'y a pas eu de libre controverse. Pour hâter ce résultat, nous avons déjà travaillé durant plusieurs années. Quelque imperfection qu'il y ait eu dans la foi du troupeau, dans le culte divin et la discipline ecclésiastique^ nous avons réussi au delà de nos espérances ; et, sans oublier le reste, nous avons montré à l'égard de la vénérable Église de Rome une bonne volonté qui nous a rendus suspects à plusieurs. Nous faisons humblement profession d'être les serviteurs de Votre Éminence, et de poursuivre l'unité catholique. »
(Suivent cent quatre-vingt-dix-huit signatures.) Voici la réponse du cardinal Patrizi :
« Dignes et chers Messieurs,
« Dans la lettre que vous m'avez adressée, vous déclarez avec sincérité de cœur et un langage honnête, faire des vœux pour que, suiyant les paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il n'y ait qu'un troupeau et qu'un pasteur. Ces souhaits font naître chez la Congrégation du Saint- Offtce la douce espérance que, par la grâce de Jésus-Christ, vous arriverez enfin à la vraie unité. Mais vous devez prendre garde, en la cherchant, de dévier de la voie qui y conduit. La Congrégation voit avec beaucoup de peine que vous êtes tombés dans cette déviation en adoptant l'idée que les diverses confessions chrétiennes appartiennent à la vraie Église de Jésus-Christ, dont elles constitueraient des parties, parce qu'elles se vantent d'avoir eu l'héritage du sacerdoce et du nom de catholique^ bien qu'elles soient divisées et séparées de la chaire de Pierre. Rien n'est si opposé au gouvernement de l'Église catholique que cette opinion. Car l'Église catholique, comme je l'ai indiqué dans ma lettre aux évoques d'Angleterre, est cette Église qui, étant bâtie sur
a«v«mbre.] PROJET DINTËRCOMMUNION DES PDSÉiSTES. 961
Pierre seul« représente comme un corps dont tous les membres sont unispar les liens indissolubles de la foi et de la charité. (S. Ambroise, de Offit,, lib. IH, cap. m, u^ 19.)
a Que cette unité de foi et de charité ou de communion soît^ par rinstitution irrévocable du Christ, non-seulement une propriété fondamentale de la vraie Église, mais encore une marque certaine et toujours visible qui permet de la distinguer aisément et avec sécurité de toutes les sectes, vous vous en convaincrez parfaitement; (pourvu que TOUS examiniez cette matière avec soin et avec calme) par le témoignage de TÉcriture, et les métaphores^ paraboles et figures qui désignent TËglise^ et qui, en quelque sorte, la représentent; par les commentaires des saints Pères et les actes des plus anciens synodes, par la conduite constante de l'Ëglise dès son commencement, et par le soin qu'elle a toujours eu de s'élever contre les hérétiques et les schismatiques, môme contre ceux qui réclamaient le titre de catholiques. De même donc que TÉglise de Jésus-Christ reçoit le nom de catholique, à cause de la parfaite unitd de foi et de communion qu'elle maintient ayec la plus grande fermeté chez toutes les nations et dans tous les temps^ de môme, à cause de cette unité, elle est proclamée sainte et apostolique. Sans cette unité, elle cesserait de fait et de droit d'être catholique, et perdrait en môme temps les marques qui la distinguent de toutes les sectes, la sainteté et la succession apostolique.
a L'Ëglise de Jésus-Christ n'a jamais perdu son unité, et elle ne la perdra jamais, môme durant Tinter valle le plus court, parce que, suivant la divine promesse, elle doit subsister à Jamais. Mais comment pourrait-on attribuer à l'Ëglise le privilège de subsister à jamais, si chaque siècle produisait un changement de formes et d'apparences en ce qui la constitue essentiellement, comme il arrive pour les choses muables de ce monde, et si l'Ëglise elle-môme pouvait ainsi perdre peu à peu cette unité de foi et de communion dans laquelle elle a été fondée par Jésus-Christ et propagée par les Apôtres? Saint Ambroise dit : a Le royaume de l'Ëglise subsistera toujours; donc, puisque la foi est individuelle, le corps est un. » (S. Luc., lib. VU, n; 91.) Et si rÉglise du Christ est indéfectible, il s'ensuit qu'elle doit être appelée et crue infaillible dans son enseignement de l'Évangile, et c'est un dogme inébranlable de la foi catholique que Jésus-Christ Notre-Seigneur a conféré par un don miraculeux cette prérogative de l'infaillibilité à son Église, dont il est le chef, l'époux et la pierre angulaire. Et, en vérité, quel homme de sens pourrait supposer que le gouvernement public et solennel de l'Église fût sujet à tomber dans l'erreur, ce gouvernement qui a été institué par le Christ afin que nous ne soyons plus comme des enfants poussés çà et là et cédant à tout vent de doctrine, grâce à la méchanceté des hommes et à leur nature artificieuse, qui les porte à mentir pour tromper (Ephes., iv, 14); un gouvernement auquel il a promis de ne Jamais manquer et de l'instruire en toute vérité par le
368 ANNALES ECCLÉSIASTIQUES. [IMft
Saint-Esprit; un gouyernement par le moyen duquel n a touIu appeler toutes les nations à Tobéissance de la foi, pour qu'elles reçussent la connaissaDce de ce qu'elles doivent croire et pratiquer; de sorte qne Ton ne peut refuser de croire à renseignement des Apôtres et de leurs légitimes successeurs sans mériter d*étre condamné; un gouvernement auquel le Sauveur a donné la foneCion et Tautoriié d'arrêter les yéritables formules que tous les disciples de Dieu doivent accepter d'un commun accord ? Aussi saint Paul appelle-t-il l'Église « la colonne et le fondement de la vérité. » (I Timoth., in^ 45.) Mais comment l'Église pourrait-elle être le fondement de la vérité, si Ton ne devait pas obtenir sûrement d'elle la vérité? Les saints Pères disent et enseignent ananimement que Tunité de la foi et de la doctrine du €hrist est si étroitement enchaînée à Tunité de TÉglise, que l'on ne peut séparer l'une de l'autre. C'est le sens de cette sentence d'or de saint Cyprien, que l'Église est le siège et la maison de l'unité et de la vérité. (Bpist. VIII ad Cam.y ap. Constant., n^ 4.) L'Église catholique n'a Jamais eu le moindre doute sur la prérogative qui lui a été promise et communiquée par la présence continuelle de Jésus-Christ et l'inspiration de l'Esprit-Saint^ et elle le prouve toutes les fois qu'elle entreprend de régler les controverses sur la foi, d'interpréter le sens des Écritures et d'écarter les erreurs opposées au dépôt de la révélation qui lui a été confié. Elle a toujours émis et proposé ses définitions dogmatiques comme une règle certaine et immuable de foi, si bien que chacun est tenu de leur donner une adhésion intérieure exempte de tout doute, soupçon ou hésitation. Ceux qui repoussent avec obstination ces définitions n'ont-ils pas toujours été regardés et traités par elle comme ayant fait naufrage en ce qui regarde les vérités nécessaires au salut, et comme n'appartenant plus au peuple de Jésus-Christ 7 Tout cela montre clairement l'absurdité de cette invention d'une Église catholique fondée sur la coalition de trois communions. Les promoteurs de cette invention sont nécessairement forcés de combattre l'infaillibilité de l'Église.
« De plus, il est également certain que Jésus-Christ, afin de fonder et de maintenir pour toujours dans l'Église cette unité de foi et de communion, et d'éloigner toute occasion de schisme par l'établissement d'une léte (S. Jérôme, liv. I, adv. Jovin.^ n^ 26), a choisi, par un acte de providence spécial, le bienheureux Pierre, préférablement à tous les autres apôtres^ comme chef, comme centre visible et lien de l'unité, qu'il a bUti son Église sur lui et qu'il lui a donné la suprême fonction et la suprême autorité (qui devaient être continuées à ses successeurs dans tous les siècles), pour nourrir le troupeau tout entier, pour confirmer ses frères, pour lier et délier dans tout l'univers. Tel est le dogme catholique. Il a été reçu de la bouche du Christ; il a été transmis et défendu par l'enseignement continu des Pères, 6t l'Église universelle, dans la suite des dges, l'a très-saintement retenu et l'a souvent confirmé par les décrets des souverains Pontifes et des conciles portés contre les erreurs des novateurs. C'est pourquoi on a toujours
noTembre.] PROJET D'INTERCOlIll UNION DES POSÉISTES. 3e0
regardé comme étaat l'Église catholique celle-lÀ seule qui adhère par la foi et par la communioii à la chaire des Pontifes romains, successeurs de Pierre ; aussi, saint Cyprien appelle cette chaire la racine et comme la mère de TËglise catholique (Bpist. IV, ad, ComeL, ap. Constant,, n* 8)| et les Pères et les conciles désignent cette chaire seule par Tappellation de « Chaire apostolique. » L*unité sacerdotale en découle (S. Cyprien, Epist* Xlly ap. Constant., n® 14), c'est d'elle que les droits de sainte <x>mmunion s'étendent à tous. (Epist. concilii Aquileiensis ad Grat. imp.j an. 381 , irUer épis. S. Ambrosii,) En elle, Pierre Tit toujours ; il préside et guide ceux qui sont à la recherche des vérités de la foi. (Saint Pierre Ghrysol., Epist. ad Eutych. Act 111 concilii Ephes. ap. Earduin,^ 1, 1748.) Saint Augustin, essayant de ramener les donatistes, qui étaient conyaincus de schisme, à la racine et à la vigne d'où ils s'étaient éloignés^ emploie un argument très en faveur chez les Pères plus anciens : « Yenez^ mes frères, si vous désirez être greffés sur la vigne. Nous Boaunes affligés de vous voir détachés et gisant à terre. Comptez les prêtres qui ont occupé la chaire de Pierre, et, dans la série des Pères, examinez avec soin la succession. Yoil& le roc que les portes orgueilleuses de Tenfer n'envahiront jamais. » {Pèalm. in part» Lonati.) Cela seul lui suffit pour montrer que quiconque n'est pas dans l'Église de Pierre, où sont les fondements de l'unité catholique, se trouve hors de l'Église catholique. Saint Jérôme abonde dans le même sens, lui qui regarde comme un profane quiconque n'est pas en communion avec la Chaire de Pierre et avec le Pontife qui y est assis. « Comme je ne reconnais d'autre* maître que le Christ, écrit-il à Damase, Je me tiens en communion avec Voti'e Béatitude, c'est-à-dire avec la Chaire de Pierre. Je sais que l'Église est bâtie sur ce roc* Quiconque mange l'Agneau hors de cette maison est profane. Quiconque n'est pas dans l'arche de Noé périra par le déluge. Quiconque ne recueille pas avec toi dissipe. » — C'est-à-dire celui qui n'appartient pas au Christ appartient à l'Antéchrist. (Epist. XIV, al. ^dfOdDamas.y n* 2.) Ainsi pense saint Optât, qui célèbre x^ette Chaire illustre, connue de tous et placée à Rome, dans laquelle l'unité doit être gardée par tous, si bien que c'est être hérétique et fichismatique que de placer quelqu'un aunlessus de cette chaire unique et en opposition avec elle. (De schism. Donat., lib. II, n^ 2.) Et il a raison; car, dit saint Irénée, par l'ordination et la succession des Pontifes romains^ la tradition et la publication de la vérité nous arrive telle qu'elle'est venue des Apôtres, et ceci prouve arec la dernière évidence que c'est une seule et même foi vivifiante qui,, depuis les Apôtres jusqu'à nous, a été conservée et présentée dans la vérité. (Lib. 111, C<nUr. Mœret,^ cap. m, n» 3 ; VI, vet. interpr.)
« En conséquence, si c'est le signe propre et constant de la vraie Église du Christ d*ôtre renfermée dans la plus parfaite unité de foi et de charité fraternelle, de prospérer, et, comme une cité placée sur une colline, d'être manifeste à tous les yeux et en tout temps; si, de plus, le Christ a voulu que la Cliaire apostolique de Pierre fût Torgane, le lien Armaltt eçcla, 24
370 ANNALES EGGLtSUSTJQOES. [1865
et le centre de cette unité» il suit qu'une société quelconque, qui est séparée de la communion éternelle et visible du Pontife romaia et de la soumission qui lui est due, ne peut être TÉglise du Christ, qu'elle ne peut en aucune façon appartenir à TËglise du Christ, à cette Église qui nous est proposée dans le Symbole immédiatement après les louanges de la Trinité, comme Tobjet de notre croyance : Et unam, sanetam^ catholkam et apoitolicam Ecclesiam. L'Église une, l'Église «oiitte^ l'Église catholique et apostolique^ c'est-à-dire la vraie ÉgHse (S. Aug., de £fym6. ad CatecfUf cap. yi) ; — une Eglise qui est appelée catholique non par ses propres enfants, mais par ses ennemis(S. AvigusU,devera Relig,^ cap. ra) ; qui possède le nom de catholique si exclusivement que, bien que tous les hérétiques désirent être appelés eux-mêmes catholiques, cependant, quand un étranger demande où se célèbre le culte catholique, il n'y a . pas un hérétique qui ose désigna sa propre Église ou sa propre maison (S. Aug., Contr. Epist* fandam., cap. it, n9 5); une Église par l'intermédiaire de laquelle le Christ départ les bienfaits de la Rédemption, comme par l'intermédiaire d'un corps qui lui est étroitement uni ; — une Église de laquelle il est dit que quiconque en est séparé n'aura pas la vie, et que la colère de Dieu habite en lui, bien qu'il se persuade de vivre d'une manière louable, parce que le seul crime de demeurer séparé de l'unité du Christ le sépare de Dieu. (S. Aug., cap. cxixxi, col. 152, n^ 5.) De tout cela il suit clairement que le nom de catholique ne peut appartenir en droit à de telles sociétés^ et qu'en fait il ne peut leur être donné sans une hérésie manifeste.
et Ainsij dignes et très-chers Messieurs, vous devez voir pourquoi cette congrégation a cherché avec sollicitude à empêcher les fidèles du Christ de coopérer à la société que vous avez fondée dans le but^ suivant votre propre expression, de promouvoir l'unité chrétienne, et à les détourner de favoriser cette société en quoi que ce soit. Vous devez en outre comprendre que toute tentative pour procurer un accord doit nécessairement avorter, si elle n'est ramenée aux principes suivant lesquels TËglise, une et toujours la même dans tous les temps et dans tous lieux, a été fondée au commencement par le Christ, et propagée dans la suite des siècles par les Apôtres et leurs successeurs. Ces principes sont clairement exposés dans la célèbre formule d'Hormisdas, la- <^elle a été certainemient approuvée par toute l'Église catholique. Enfin, vous devrez reconnaître que l'intercommunion œcuménique antérieure au schisme de Photius dont vous parlez existait, parce que les Églises orientales ne s'étaient pas encore départies de Tobéissauco due à la Chaire apostolique, et que, pour opérer cette întercommunion si désirée, il ne suffit pas de déposer toute hostilité et toute haine contre l'Église romaine, qu'il faut encore, suivant les préceptes et l'institution de l'Église, embrasser complètement la foi et la communion de l'Église romaine; puisque, comme le dit le vénérable Bède, cette gloire de votre nation : «Quiconque se sépare en quelque façon de la loi ou de la société de celui-là (le bienheureux Pierre) ne peut être dégagé des liens
novembre.] HARTYAOLOGiS DB L'ÉPISGOPAT ITALIEN. 871
du péché, ni franchir les portes du royaume des cieux. » {Hom. in naiaîi SS. Pétri et Pauli.)
« Chers et dignes Messieurs, puisque l'Église catholique vous a été
montrée une et non susceptible de partage ou de division^ plaise à Dieu
que TOUS n'hésitiez pas plus longtemps à tous jeter dans ses bras I
Plaise k Dieu que tous la reconnaissiez, cette Église qui^ de Taveu du
genre humain, possédant le Siège apostolique, a en elle et couserve,
en dépit des attaques des hérétiques, le souTerain pouToir I (S. Aug., de
Util, cred., c. xyii, n^ 35.) Plaise à Dieu que le Saint-Esprit daigne
sans délai compléter et terminer ce qu'il a commencé en vous, par la
bonne Tolonté qu'il tous a inspirée à l'égard de son Église I Notre
très-Saint Père le Pape Pie IX^ s'unissant à cette sacrée Congrégation,
vous adresse ce souhait de tout son cœur, et supplie avec ardent le
Dieu de miséricorde et le Père des lumières pour que tous tous finissiez
par sortir de Tétat d'exhérédation et de séparation, et par entrer dans
l'héritage du Christ — dans la Traie Église catholique, à laquelle tos *
ancêtres appartenaient certainement aTant la lamentable séparation
du XVI* siècle — et pour que tous ayez le bonheur de mériter de re*
coToir les fondements de la charité dans les liens de la paix et dans
rassociadon de Funité. (S. Augustin, Ép. LXl, col. 23, u^ 2, cap. vxix,
1,238, nM.)
« Signé : C. Cardinal Patrizi.
« Rome, ce 8 noTombre 4865.
lO. — La BaTière reconnaît le royaume d'Italie.
— A Paris, mort d'André-Marie-Jean-Jacques Supin, dit Dupin ainéy né le 1" féTrier 1783 à Varzy (NièTre), procureur général près de la Cour de cassation, et célèbre depuis la Hestauration comme aTocat, comme député et comme jurisconsulte. Il était un des derniers demeurants du gallicanisme parlementaire de l'ancien régime. Il meurt chrétiennement, après aToir reçu les derniers sacrements en pleine connaissance.
!•. — Le roi Léopold P' de Belgique, qui est mourant, nomme au ministère de la justice M. Bara, représentant tout dévoué à la franc-maçonnerie et très-hostile à l'Eglise.
18. — Le journal le Monde publie fin travail de l'abbé Margotti, directeur de VUnità cattolicay qui montre à quel point l'Église souffre en Italie par suite de la persécution piémontaise et révolutionnaire. Voici ce traTail, intitulé Martyrologe de Npiscopat ita^ lien^ et qui énumère les sièges épiscopaux Tacants : .
372 ANNALES ECCLÉS1ASTIQDE& [186i