‹ ANNALES UNIVERSITES DE BELGIQUEChapitre 205 sur 218 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

MonmiLiiK.

STEASBOUl».

Total.

(4 ) .4MMMOtf I» médical et pharmac9uHqu9 de la France^ par le IK Félix Roiibaud: 4850.

PAR LE DOCTBVa A. RXTSIN.

Années.

HORTPBLLIBl.

STRASBOOia.

Total

Pendant cette même période, les facultés ont conféré les grades dans les proportions suivantes :

ÂNIfÉES.

»A&It.

■05TPBLIIV1.

STBASBOCBG.

Total.

Totaux .

Ainsi , la moyenne des réceptions faites dans ces dernières années devant les facultés est de 355.

Avant 1841 , les facultés conféraient annuellement en moyenne 570 diplômes de docteur.

Une diminution beaucoup plus sensible se remarque dans le nombre des officiers de santé annuellement reçus par les jurys médicaux. Voici l'ensemble des réceptions qui ont eu lieu pendant dix ans :

726 RAPPORT SIR l'enseignement de la médecine en FRANCE ,

L'abandon est manifeste ; linstitution des officiers de santé périt sous ses propres vices. Elle a été condamnée depuis longtemps par les plus grandes autorités scientifiques et politiques, et cependant elle n'est pas encore abolie.

En 1826, la question du second ordre de médecins fut discutée devant la Chambre des pairs, à loccasion d*un projet de loi sur les écoles secondaires de médecine. L*illustre Ghaptal démontra énergiquement la nécessité de leur suppression. Lacépède et Meunier lappuyèrent d arguments dont le commissaire du Roi, Cuvier, ne parvint pas à détruire la force probatoire.

En 1 846, les vœux unanimes du grand congrès médical de Paris ont appelé la même réforme.

Dans sa session de 1 847, la Chambre des pairs a été de nouveau saisie de cette question qui formait un point capital dans le projet de loi sur renseignement et lexercice de la médecine : elle a voté la suppression des officiers de santé. Le même projet de loi, présenté en janvier 1848 par le gouvernement devant la Chambre des députés, maintenait la suppression et réclamait, par de nouveaux arguments, Tunité dans le corps médical.

Par suite des événements politiques accomplis en février, le projet na pas été discuté. La question a été ajournée; et les écoles préparatoires continuent à jouir des bénéfices de la loi du 1 7 mars 1 803 (1 9 ventôse an xi); elles produisent encore annuellement des officiers de santé qui se mettent impunément au niveau des docteurs.

Les écoles préparatoires et les facultés ne peuvent pas conférer les mêmes droits ; et cependant aucune mesure efficace ne règle les différences des pouvoirs qu'elles créent. En sorte que Ion maintient cet incroyable spectacle d'une égalité absolue par le fait entre des praticiens dont les uns ont conquis leur diplôme de docteur au prix de sacrifices onéreux, d études longues et laborieuses, d'épreuves difficiles et répétées; tandis que les autres ne doivent leur titre dofficier de santé qu'à un travail médiocre et à des examens illusoires.

Cet anormal statu quo disparaîtra, il n'en faut pas douter. La dis-

cussion approfondie que la question des officiers de santé a déjà subie laisse suffisamment entrevoir quelle solution elle recevra dans un avenir peu éloigné.

Tous les esprits droits ont senti qu il fallait relier en un faisceau unique toutes les études médicales éparses aujourd'hui, sans aucun lien harmonique, dans les écoles de médecine. Dans ce but, le projet élaboré par le gouvernement en 1847 transformait les écoles préparatoires en annexes des facultés, maintenues au nombre de trois. Renseignement des facultés devait comprendre toutes les parties des sciences médicales en cinq années d études. L'enseignement dans les écoles préparatoires, au lieu d embrasser comme aujourd'hui l'ensemble des connaissances médicales , sous des proportions réduites, aurait compris les deux premières années du programme général ou les trois premières années dans les écoles placées au siège d'une faculté des sciences. A l'égard de ces deux ou de ces trois années, renseignement des écoles préparatoires devait ôtre aussi complet que celui des facultés.

L'enseignement médical comprenait les mêmes grades que les autres ordres de facultés : le baccalauréat, la licence et le doctorat.

Le baccalauréat en médecine devait ôtre conféré aux mêmes conditions et à titre égal par les écoles préparatoires ou par les facultés. La licence et le doctorat étaient exclusivement conférés par les facultés. De cette manière, tout étudiant en médecine avait à se partager entre les écoles préparatoires et les facultés ou à suivre dans une faculté le cours entier de ses études.

Cette tendance de l'enseignement médical vers un but unique, le doctorat, nous dispensera d'examiner ici les études médicales des officiers de santé. Nous ne nous occuperons que de l'enseignement des facultés. Celui de la faculté de Paris comprend et complète tous les autres. Dans l'examen que nous allons faire de son organisation nous considérerons successivement :

1** Le corps enseignant et son mode de nomination ; 2" Les conditions et la durée des études médicales ; 3° Les cours et les examens.

728 RAPPORT SUR l'enseignement de la médecine en FRANCE ,

oor|»« 0nê0i0nmn» 0» #le ««M tmotte de mmimimmUmm

La faculté de médecine de Paris se compose de vingt-six professeurs et de vingt-quatre agrégés en exercice.

La faculté est chargée de délibérer sur les mesures à prendre ou à proposer concernant renseignement et la discipline, sur la formation du budget, sur les dépenses extraordinaires et sur les comptes rendus parle doyen et par le secrétaire-trésorier. Ses délibérations exigent la présence de la moitié, plus un, de ses membres; elles sont prises à la majorité absolue des suffrages et ne sont exécutoires qu'après avoir été approuvées par le conseil de l'université ou le ministre de Finstruction publique suivant le cas.

Le doyen est le chef de la faculté; il est chargé den diriger l'administration et la police, et d'assurer l'exécution des règlements; il ordonnance les dépenses, conformément au budget; il convoque et préside l'assemblée de la faculté; il désigne les membres des commissions pour l'examen des objets d'enseignement, de discipline ou de comptabilité; il ordonne la suspension d'un cours, s'il y voit urgence. En cas de partage, dans les délibérations, il a voix prépondérante. Il est assisté dans ses fonctions par deux assesseurs, désignés entre les professeurs par la faculté. Il est nommé pour cinq ans, parmi les professeurs.

Dix-huit cours composent l'enseignement de la faculté de médecine de Paris ; ils sont distribués de la manière suivante entre les vingt-six professeurs (1*' janvier 1849) :

Ahatomib DiHonTiLuiM. — C. (4). — Intiitiië le S8

mars 4 846.

Petsiologib BfoiKD. —C — Institue le 8 jaiHet 4834.

Chivib M^DiCALi O&fiLA. -^P. — Institué le 4^ mm 4849.

HiSTOni HATDRELLB niDiGALE RicBiu». — C. — Institué le 22 «TrU 4834.

Physique MiDiCALB Gatah&et. — C. — Instituéle46j«nTier48U.

Pharmacie ET CBiMiB oiGANiQUB Dvias. — C. — Institué le 9 ettU 4838.

(4 ) La lettre C indique que le professeur a été nommé au concours, et P qu'il est dA A la présentation.

n . ' ( DciAiiL. — P. — Institué le 6 man 4 804 .

Pathologie mbdicale |

( PioiRT. — C. — Institué le 23 mars 4840.

n ( Hârjoliii. — p. — Institué le 43 noT. 48(8.

Pathologie CBiRURGiCALB {

( GiuftT. — C. — Institué le 4 3 août 4833.

Pathologie GiiiiRALE et THiRAPEuriQOS . . Audral. — P. — Institué le 3 janyier 4 828.

Théhapeutique et matière médicale . . . Trousseau. — C. — Institué le 4 4 juillet 4 839.

Ahatomib rATBOLOGiQCE Crutbiliur.— P.— Institué le 24 mars4825

pour la chaire d'anatomie, et le 3 août 4 835 pour la chaire d'anatomie pathologique.

HTGlÉin RoTiR-CouÂRD. — C. — Institué le 47 février 4838.

MÉDEdiiE LÉGALE AoBLoif. — P. — Institué le 44 mars 4826.

Opératious ET APPAREILS Blardiu. — C. — Institué le 7 avril 4844.

ACCOCCHEMENTS. — MALADIES DBS FEMIIES EN

COUCHES ET DES ERFART8 HOUYEAU-HÉs . . HoitAU. — P. — Institué le 9 juillet 4 830.

FouQUiiR. — p. — Institué le 8 mars 4820. BouitLAUS. ~ C. — Institué le 26 août 4834 . CumODE MÉDICALE < Ceo.EL. - P. - Institué le 43 janvier 4827.

RosTAR. — C. ~ Institué le 49 juillet 4833. Roux. — P. — Institué le 8 mars 4820. CtoQuiT. — c. — Institué le 42 avril 4834 . Cu»iqciciii«™gical. W.lm»u.-C— In.tituéle22.oût 483*.

Laugivr. — c. — Institué en décembre 4847. GLiinQUB d'acgouchemeiits P.DuBois. — C —Institué le 34 mai 4 834.

Linstitution des agrégés date de la réorganisation de la faculté en 1823. Trente -six agrégés furent attachés à cette époque à la faculté de médecine, un tiers en stage et deux tiers en exercice. Ils étaient nommés pour neuf ans ; faisaient trois années de stage et six d exercice. Une ordonnance davriM840 a supprimé le stage. Les agrégés entrent aujourd'hui en exercice immédiatement après leur nomination et remplissent leurs fonctions pendant neuf années. Ils sont divisés en trois sections. La section de médecine en compte dix, celle de chirurgie huit et celle des sciences accessoires six. Les agrégés suppléent les professeurs dans leur enseignement, pourvoient aux dédoublements provisoires ou permanents des cours; font des cours auxiliaires et des répétitions officielles ; enfin ils sont appelés à faire partie des jurys d'examen et de thèse. De plus, par ordonnance du 10 avril 1840, les agrégés peuvent être admis, sur lavis du doyen et avec lautorisation du ministre, grand maître de

Tuniversité, à ouvrir des cours gratuits destinés à compléter ou à développer renseignement ordinaire. Au terme de leur engagement, ils deviennent libres et restent membres de l'université.

Les professeurs et les agrégés de la faculté sont nommés au concours.

Ce mode de nomination était déjà en vigueur sous Louis XIY. Un édit du mois de mars 1 707 porte : <c Voulons que toutes les chaires de professeurs qui vaquent actuellement ou qui vaqueront à tavenir soient mises à la dispute, et quaprhs que les aspirants auxdites chaires auront fait les cours, déynonstrations et autres actes probatoires qui leur seront prescrits par les docteurs de chaque faculté, la chaire vacante sera adjugée à celui qui sera trouvé le plus digne à la pluralité des suffrages. »

Le décret du 17 mars 1808, qui transforma en facultés les trois écoles de médecine de Paris, de Montpellier et de Strasbourg, y institua le concours. Le système de la présentation prévalut en 1 81 5 et fut maintenu jusquen 1830 pour les chaires de professeur; lordonnance de 1 823 soumit au concours la nomination des agrégés qui eurent seuls droit à la présentation pour les chaires vacantes. Le concours fut intégralement remis ep vigueur par rordonnance du 5 octobre 1 830. Il a été généralisé depuis et règle également aujourd'hui la nomination des élèves externes et internes des hôpitaux, des médecins et des chirurgiens du bureau central , des médecins et des chirurgiens des hôpitaux.

Le concours na cessé, depuis 1830, de produire les professeurs les plus distingués par leur savoir et leur caractère ; les plus capables d enseigner et de faire progresser la science. Le temps doit éprouver toutes les institutions dans leur principe comme dans leur application. Le concours, qui fait parler en sa faveur un siècle et demi d existence dans les écoles de médecine, ne peut plus périr. L arrêté ministériel du 1 1 janvier 1 842, qui en a définitivement réglé Tappli-

oation dans les facultés , a tenu compte des vices que Texpérience

avait révélés (i) pour les faire disparaître.

Les conditions d'admissibilité au concours dans les facultés sont

fort larges. Le candidat au concours doit être Français, jouir de ses droits civils , posséder un diplôme de docteur en médecine ou en chirurgie obtenu devant une des facultés du pays ; être âgé de trente ans quand il s agit d'un concours pour une chaire, et de vingt-cinq ans quand le concours a pour objet une place d agrégé. De plus, pour les chaires de clinique interne et externe et pour la chaire de clinique des accouchements, les candidats doivent justifier

(4) L'ordonnance de 4830 consacrait deux défauts essentiels : l'importance et le rang donnés dans les épreuves à l* appréciation des titrcê antérieure, et la suppression de l'ar"yumentati<m et d€$ concours de clinique.

L'appréciation des titres et des travaux antérieurs est une épreuve excellente en principe : son application a été viciée en ce sens qu'on avait placé cette épreuve avant toutes les autres , sans quelle fut d'ailleurs l'objet d'un rapport motivé lu en public. Aussi les faits n'ont pas tardé à prouver que la première épreuve, qui paraissait promettre de nouvelles garanties d'équité, ne servait souvent qu'à favoriser des capitulations de conscience et à masquer T arbitraire.

« Les causes qui ont vicié la première épreuve tiennent, dit le D^ Cayol, d'abord à ce qu'on donne à cette épreuve une valeur telle qu'on fait dépendre d'elle presque exclusivement le résultat du concours ; ensuite a ce qu'on fixe par des chiflTres une quantité indéterminable aux dépens d'autres quantités inconnues encore , dont on déclare à priori l'infériorité; et enfin à ce qu'on divise une opération intellectuelle indivisible, le jugement. La délibération est déjà irrévocable alors qu'un seul élément sur plusieurs a pu être apprécié. »

C'est encore à cette épreuve, telle que l'a appliquée l'ordonnance de 4830, que doivent s'adresser ces paroles de H. V. Cousin : » C'est une combinaison ingénieuse qui , tout en laissant subsister l'apparence du concours, l'annule à peu près. On a placé, avant toutes les épreuves publiques , une épreuve secrète et toute morale qui s'appelle l'appréciation des titres antérieurs, — L'appréciation des titres antérieurs , comprenex-vous ? Hais c'est juste là le contraire du concours ! Supposes que cette épreuve ait toute sa valeur, les autres sont à peu près inutiles. On ne pourrait pas écrire dans le règlement que cette épreuve serait tout ; mais des hommes habiles , qui savent exécuter avec intelligence un règlement , ont inventé une manière d'apprécier les titres antérieurs qui , pour le candidat placé au premier rang dans cette épreuve , diminue singulièrement les mauvaises chances du concours. »>

Toutes ces objections tombent du moment où, au lieu de primer les autres épreuves, l'appréciation des titres antérieurs ne vient qu'en dernier lieu. C'est ainsi que le règlement de 4842 Ta compris. Il n'a pas voulu mettre ces titres avant l'art de parler, de raisonner, de se faire comprendre ; car c'eût été recommander d'admettre, comme professeur, un savant plutôt qu'un homme habile dans l'art d'enseigner.

Le règlement a voulu que ces titres fussent consciencieusement examinés après les

732 RAPPORT SUR l'BNSBIGIIBIISNT la U lUtimClNB KN FIAMCB,

de six années de doctorat et de quatre années d^exercice dans les hôpitaux.

Les épreuves pour les places de professeur et d agrégé sont au nombre de trois, distinctes et décisives (i). Ce sont :

1 "* Les compositions écrites ;

2* Les leçons ;

3*" L argumentation.

Lorsque les épreuves publiques sont terminées, et qui! s'agit d*une chaire de professeur, les juges se réunissent et procèdent à lappréciation des titres antérieurs qui résultent des travaux scien-

autret ëpreuTet,dont elles forment le oomplëment nëoeifaire. Il a Totilu de plus que rappréoiation f It l'objet d'un rapport spécial pour chaque candidat.

Cette appréciation d'ailleurs peut encore se perfectionner : au lieu de se ftiire en masse, elle pourrait comprendre des catégories séparées. C'est l'opinion d'un profenem distingué de la faculté de Paris, M. Piorry, arrivé luinoDéme par le concours au preisisorat. l\ désire voir établir dans les titres et travaux antérieurs les divisions suivantes :

4* Les écrits originaux ou les ouvrages de longue haleine publiés par diaque concurrent ; S** Les découvertes qu'ils auraient pu faire ; 3* Les cours qu'ils auraient professés ; 4® Les concours qu'ils auraient subis ; f6^ L'ensemble de leur carrière et leurs titres académiques.

Le rapport sur de tels objets serait fait devant la faculté , qui prononcerait après dit' cuêêion publique sur le classement des compétiteurs.

Le règlement de 4842 rétablit l'épreuve de l'argumentation combattue avec tant d'acharnement par tous les adversaires du concours. Il établit également le concours pour les chaires de clinique: c'est sans doute le plus difficile dans l'application; mais, comme nous le verrons, il n'a pu être attaqué que par des personnes étrangères au sujet.

(4) Nous faisons suivre ici les dispositions du règlement de 4842 (5 2 du titre III), qui concernent les épreuves des concours :

« Dans tout concours pour les places de professeur et d'agrégé, il y aura trois épreufe distinctes et décisives :

u 4 o Les compositions écrites \

« 2<* Les leçons ;

M 3o L'argumentation.

tt Le tirage au sort des matières à traiter par chaque candidat dans les trois épiv aura lieu en présence du président et du secrétaire. Le sort détermine l'ordre dans le les candidats subiront chaque épreuve.

« Si un candidat ne pouvait pas, en empêchement légitime et dûment constaté, ou achever une épreuve au jour et heure indiqués, les juges pourront accorder uf

tt Ce délai ne pourra, en aucun cat, eicéder cinq jours , 4 moins que celui qui à

tifiques de chaque candidat. Un rapport spécial est fait à cet égard dans le sein du jury par un des juges désignés au scrutin pour chaque candidat.

Le jury des concours ouverts devant la faculté de médecine de Paris se compose :

1 ° De huit professeurs de la faculté ;

2* De quatre membres adjoints, choisis soit dans l'Académie de médecine, soit dans la faculté des sciences, suivant la nature de la chaire mise au concours.

^importante question du concours comme base de la nomination

derait un second ou un plut long délai ne justififtt en même temps de l'adhésion des autres candidats à sa demande.

« Compoiitinna. — Pour la première épreuve , celle de la composition , chaque candidat traitera, par écrit, en français, une question tirée au sort et qui sera la même pour tous les concurrents.

« U sera rédigé à cet effet , par les juges du concours, trois questions, qui seront placées dans une urne , et le premier candidat tirera au sort celle qui devra être proposée.

a Dans les concours pour les chaires de professeur, les questions seront exclusivement relatives à l'objet de l'enseignement attribué à la chaire vacante.

a Dans les concours d'agrégation , les questions devrobt être choisies de manière que les concurrents qui se présentent pour les sections de médecine et de chirurgie puissent en même temps faire preuve de connaissances sur les sciences accessoires et réciproquement.

tt Les juges fileront le temps accordé pour l'épreuve de la composition. Ce temps ne pourra être moindre de cinq heures, ni excéder huit heures.

« Pour cette épreuve , les candidats sont renfermés dans une salle , sous la surveiHance d'un des juges désigné par le président. Ils ne pourront correspondre avec personne , ni s'aider d'aucun ouvrage imprimé ou manuscrit.

« Chaque candidat déposera sa composition signée de lui et visée par le président dans une boite qui sera scellée du sceau du président.

« Les compositions seront lues, par chaque candidat, en séance publique et en présence de tous les juges , avant la deuxième épreuve.

« U devra être lu au moins trois compositions dans chaque séance.

V Leçons, — La deuxième épreuve consistera :

« 4<* En une leçon faite, après vingt-quatre heures de préparation, sur une matière relative à la chaire mise au concours ou à la partie d'enseignement pour laqueUe le concours est ouvert ; chaque concurrent tirera au sort le sujet particulier qu'il devra traiter;

« %o En une leçon faite, après trois heures de préparation, sur un sujet tiré au sort et qui sera le même pour les candidats qui subiront le même jour la même épreuve.

« Les juges choisissent les sujets de leçons en nombre supérieur de moitié à celui des concurrents qui devront subir Vépreuve. Chaque sujet sera mis dans une enveloppe scellée du sceau du président, mais sans désignation extérieure. Tous les paquets seront placés dans une urne et tirés par les candidats.

« A l'instant même, le secrétaire inscrit sur chaque paquet le nom du concurrent au-

aux chaires dans la faculté de médecine a été, en 1847, lobjet de chaleureux débats devant la Chambre des pairs. Le projet de loi présenté par le gouvernement sur renseignement et lexercice de la médecine maintenait la nomination des professeurs au concours. a Le concours, disait M. de Salvandy, dans Fexposédes motifs, est dans lesprit de nos lois, dans nos mœurs, dans nos idées; nous croyons fermement qu'il est désormais , si Ion peut s'exprimer ainsi, maitre du terrain qu on échouerait à vouloir lui disputer. Cest une de ces institutions qui, une fois introduites, ne peuvent plus être ébranlées, parce qu elles reposent sur les sentiments les plus intimes

quel il sera échu , et le concurrent y appofera ion cachet. Un dei autres concomnia y apposera aussi le sien.

« Dans les concours pour les chaires de clinique interne ou externe, lus leçons seront faites dans l'amphithéâtre de la faculté, après visite de quelques malades indiqués par le jury et après que les juges auront déterminé le diagnostic des maladies dont le candidat derra traiter dans ses leçons.

« Dans les concours pour les chaires de clinique d'accouchements, les leçons porteront sur des cas spéciaux relatifs à l'art des accouchements, après visite fisite au lit des malades indiqués par le jury.

tt Dans les concours de l'agrégation pour la section de chirurgie, les deux leçons prescrites pour la deuxième épreuve porteront sur l'art des accouchements pour les candidats qui auront déclaré opter pour cette partie de la science. Il y aura en outre une ou plusieurs épreuves pratiques sur les accouchements, dont la nature sera déterminée par le jury.

a Si le concours de l'agrégation est ouvert pour les sciences accessoires, les candidats déclareront si leur intention est de concourir particulièrement sur l'anatomie et la phy^ siologie , sur la physique et la chimie , sur la pharmacologie ou sur l'histoire nntureUe médicale. La leçon faite, après trois heures de préparation, devra nécessairement avoir pour ohjet celle de ces branches de l'enseignement pour laquelle les candidata auront opté. Ces candidats seront en outre tenus de subir une ou plusieurs épreuves pratiques dont la nature sera fixée par le jury.

« Dans tous les concours, les candidats, dans leurs leçons, ne pourront s'aider que do simples notes.

« Chaque leçon devra durer une heure s'il s'agit d'un concours pour une chaire, ei trois quarts d'heure si le concours a pour objet l'agrégation ou la place de chef des travaux anatomiques. Il n'en sera fait qu'une par jour pour chaque candidat, mats il devra être fait deux leçons au moins pendant chaque séance.

« Argumentation, . — La troisième épreuve consistera en une thèse.

« Chaque thèse, après avoir été visée par le président du concours, sera imprimée et distribuée à tous les juges et à chacun des concurrents, trois jours francs avant celui où eUe devra être soutenue. Les' thèses devront être déposées par tous les candidats èouae jeun francs après le tirage des matières.

« Ce dépôt pourra avoir lieu par de simples épreuves imprimées. U sera fait entre les

de la nature humaine, sur les sentiments les plus profonds de la société française, ceux qui tiennent à Tidée d égalité.

<c Nous croyons fermement que nul mode de choix n est plus propre à exciter les généreuses ambitions de la jeunesse, que nul non plus ne lest davantage à mettre en relief et en lumière la valeur réelle des hommes qui se présentent harditnent à cette épreuve. »

La commission chargée du rapport se ralliait à lopinion du gouvernement. « Le concours, disait-elle par lorgane de son rapporteur, M. Beugnot, séduit par de beaux côtés ; il est le produit de ces doctrines d'égalité et de justice qui régnent si puissamment dans

maint du prétident, qui apposera son visa tur chacpie exemplaire reçu. Cinq épreutet au moins deyront être remises par chaque candidat.

« Les eiemplaires définitifs devront avoir été déposés pour le moment de la distribution.

« Si le dépôt a lieu en épreuves, une desdites épreuves restera entre les mains du président ; les quatre autres seront remises aui quatre candidats qui doivent argumenter sur chaque thèse.

« Les eiemplaires définitifs devront être en tous points conformes à Texemplaire déposé eu épreuve, sous peine de nullité.

ti Le premier candidat soutiendra sa thèse doute jours francs après le tirage des matières. Les autres seront soutenues successivement sans qu'il y ait plus de deux thèses soutenues par jour.

« L'argumentation à chaque thèse durera deux heures si le concours a lieu pour une chaire de professeur, et une heure dans les concours de l'agrégation. Le soutenant sera argumenté par quatre concurrents. Chacun d'eux devra argumenter au moins pendant une demi-heure. Si le nombre des concurrents ne suffisait pas pour remplir la durée de la thèse, le président désignerait ceux des juges du concours qui devraient argumenter le candidat.

u L'ordre de l'argumentation entre les candidats commencera toujours par celui qui doit soutenir sa thèse immédiatement après.

« Épreuves apéciaUê pour diverges chaires. — Indépendamment des épreuves qui viennent d'être indiquées, les candidats aux chaires de physique médicale , de chimie médicale, de chimie organique et de pharmacie, d'histoire naturelle médicale, d'anatomie, d'opérations et appareils, de clinique d'accouchements et de médecine légale, seront spécialement astreints à une ou plusieurs épreuves pratiques dont l'objet sera déterminé par le jury.

« Les préparations auxquelles pourront donner lieu lesdites épreuves seront faites par les candidats, sous la surveillance d'un des juges désigné par le président.

« Épreuves spéciales pour le concours relatif à la fonction de chef des travaux anatomiques. — Le concours pour la fonction de chef des travaux anatomiques se compose des épreuves suivantes :

w 4<^ Une préparation extemporanée sur un sujet anatomique dont le choix sera déterminé par le sort. 11 sera accordé cinq heures pour cette préparation ;

notre société moderne ; il met en lumière le vrai mérite et en donne la mesure précise ; il fait naître et alimente dans les cœurs d'élite une généreuse ambition qui, si elle ne réussit pas toujours, ne reste jamais du moins sans profit pour ceux qui lont conçue et favorise par cela même les progrès de la science ; il impose au vainqueur lobligation de ne point laisser pâlir, pendant tout le cours de sa carrière, 1 éclat de ses débuts, et aux vaincus le devoir de redoubler d efforts pour triompher à leur tour. En môme temps que ce genre de nomination conduit au professorat les hommes les plus dignes, il entretient dans tout le corps enseignant une activité salutaire. )»

Quelle que franche que fut l'expression de cette conviction, ni le gouvernement, ni la commission de la Chambre des pairs ne s étaient dissimulé qu'à côté de ces avantages incontestables se mêlaient des inconvénients non moins positifs et qui méritaient d*être pris eo sérieuse considération, o Le concours, disait le ministre de l'instruction publique, fait admirablement connaître la force des candidats qui l'acceptent pour juge, mais il écarte un grand nombre de candidats possibles, des candidats forts et dignes. Il donne, par un renversement des fins de la Providence et du bon ordre des sociétés, à la jeunesse la supériorité sur l'âge mûr ; à l'inexpérience aventureuse et confiante, sur la capacité éprouvée, sur le travail, sur lobservation ; à la parole, sur la méditation, sur letude, sur les services rendus; à la mémoire peut-être, sur Tintelligenee, sur la pratique; enfin, au mérite extérieur et brillant, sur le mérite réel et solide. Par-dessus tout, il a le tort, si on l'abandonnait complète* ment à lui-même, de ne tenir aucun compte de la moralité humaine, d'ignorer tout ce qui est de la vie privée, de la dignité de l'homme, de ses droits à figurer dans le sacerdoce de renseignement. Ce

a ^o Deux leçons, Tune tur un sujet d*anatomie descriptive, l'autre sur un sujet d'i tomte pathologique , toutes deux tirées au sort. Lesdites leçons auront lieu à des jours différents. Les candidats auront chacun trois heures pour préparer le sujet de la leçon qoi leur sera échue, mais ne pourront sortir du lieu des séances, ni consulter aucun lÎTre;

« 3(* Une opération chirurgicale dont Tobjet est déterminé par le sort et qui sera pratiquée sur le cadavre ;

• 4<* La présentation d'une série de préparations anatomiques sèches, effectuées conformément à l'indication du jury et dans un délai par lui déterminé. »

seraient là des vices inadmissibles si la loi ne tempérait son action par la prudente fermeté des règles qu'elle saura lui imposer, n

Le principe du concours rencontra, dans la discussion du projet de loi, des adversaires puissants en face desquels M. de Salvandy perdit beaucoup de sa première énergie. L opposition eut son principal organe dans la parole facile et brillante de M. Y. Cousin qui porta un coup mortel à la question du concours. Les arguments de lorateur furent le développement des inconvénients déjà signalés dans le projet de loi, avec quelques objections nouvelles, plus babiles que fondées, comme nous le verrons. Ses arguments peuvent se résumer ainsi : L'institution du concours coûte beaucoup d argent et de temps ; elle accable les juges ; elle repousse les hommes supérieurs ; elle encourage et favorise la médiocrité bien dressée ; elle substitue lapparence à la réalité ; elle ôte au professorat sa dignité ; elle est mortelle à Tespritde recherches, au mouvement et au progrès de la science; elle donne à renseignement des professeurs usés; enfin il y a une extrême difficulté dans la composition du jury, et il y a impossibilité d établir un concours de clinique.

Malgré -les erreurs nombreuses, mais habilement soutenues, du discours de M. Cousin; malgré les réponses claires, précises et irréfutables du rapporteur, M. Beugnot, le principe du concours fut rejeté. La Chambre des pairs adopta le mode de nomination qui est en vigueur pour le recrutement du haut enseignement de l'école polytechnique, du collège de France et du Muséum d'histoire naturelle, savoir :

Les professeurs titulaires des facultés de médecine sont nommés par le ministre de Tinstruction publique, sur une triple liste de candidats présentés :

La première, par la faculté où la vacance est ouverte ;

La deuxième, par T Académie des sciences de llnstitut;

La troisième, par l'Académie de médecine.

Chaque liste contient les noms de deux candidats.

En présence de ce vote de la Chambré des pairs, le gouvernement ne considéra pas la question du concours comme définitivement jugée et ne put se décider à maintenir la suppression. Avant de por-

738 RAPPORT SUR l'enseignement DE LA MÉDECINE EN FRANCS,

ter la discussion (levant la Chambre des députés, le ministre de l'instruction publique consulta les facultés de médecine, dont lopinion lui semblait pouvoir être d'un grand poids dans une question si capitale pour le haut enseignement. Les facultés de Paris, de Montpellier et de Strasbourg ont été invitées à rédiger un rapport sur les principales dispositions du projet de loi adopté par la Chambre des pairs.

L'opinion des trois facultés a été unanime en faveur du concours. Le rapport de la faculté de Paris examine la question de la manière la plus franche, la plus claire et la plus complète. Toutes les objections qui ont été dirigées contre l'institution du concours y sont réunies et successivement réfutées.

Partisan du concours , nous ne saurions traiter la question avec plus d'ensemble, ni donner à notre opinion l'imposante autorité du corps savant qui a présidé à la rédaction de cet important document. C'est pour ce motif que nous en extrayons ici la partie relative à la nomination du corps enseignant médical.

« Un orateur (i), dont la parole a été funeste à la cause du concours, a exprimé publiquement le vœu que la faculté eût enfin sur sur cette question le courage de son opinion. La faculté répond aujourd'hui à cet appel : elle vient faire connaître son opinion sur le concours ; mais elle croit que si, repoussant tout à la fois les conseils d'une raison éclairée et les instincts les plus généreux, foulant aux pieds les résultats patents de seize années d'expérience sur le coih cours, et dédaignant les vœux exprimés par le corps médical tout entier, la faculté venait demander la suppression d'une institution libérale et féconde, ah 1 sans doute elle ferait preuve d'un grand courage;... mais peut-être trouverait- on d'autres expressions pour qualifier son vote.

« Ce vote, nous voulons le faire connaître avant d'entrer dans le fond du débat, car il doit être de quelque poids dans la balance ; pris à une majorité imposante, il' réclame le maintien du concours pour tous les degrés de la hiérarchie dans l'enseignement de la médecine

(1 } H. V. Cousin.

et de la pharmacie. Ajoutons, pour exprimer en toute sincérité les opinions des membres de la faculté, que la majorité eut été moins compacte, quoique notable encore, si le concours eut été mis en regard de la présentation par la faculté seule. Mais en présence de la triple liste, en présence de ce système irrationnel et dangereux qui confère à des personnes complètement incompétentes le soin de choisir des professeurs pour la faculté de médecine, la présentation n a plus trouvé quun seul partisan dans le sein de la faculté.

« Ou nous nous faisons illusion ou cette manifestation doit faire une impression profonde sur le législateur désireux de concourir aux progrès de nos institutions. Nous disons que cette manifestation est grave, parce qu'il faut bien reconnaître que la faculté est assez éclairée pour apercevoir ce qui peut être utile ou funeste à renseignement, et assez jalouse de sa dignité pour choisir le meilleur mode de recrutement de ses membres.

a Nous allons examiner et apprécier les objections faites au concours. Avant de les prendre une à une, nous les rassemblerons au risque de leur prêter, en les présentant réunies, une puissance qui leur manque envisagées séparément.

« 1"* Le concours éloigne, dit-on, des facultés des hommes mûrs, à expérience consommée, à réputation bien établie auxquels il répugne de se commettre avec dç jeunes compétiteurs qui n ont rien à perdre dans la lutte ;

« 2* Pour réussir dans le concours, il faut avant tout de la mémoire, une grande présence d esprit, de Taudace ;

« 3" Ne pas réussir dans une élection n'est souvent qu'un ajournement ; tandis qu un échec dans un concours est un affront dont on ne se relève pas ;

a 4"" Le concours enlève à renseignement son vrai caractère ; ce qui fait le professeur c est Tautorité, et ce qui donne l'autorité cest l'âge, le caractère, la renommée. Le vainqueur dans un concours n'a pas cette autorité, car l'argumentation lui a reproché bien des fautes, et rimpression en est restée chez les élèves qui ont assisté aux débats ;

a 5** En général, le concours ne donne à renseignement que des

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hommes usés. On passe toute sa jeunesse et une bonne partie de son âge mûr à s exercer à faire des leçons d'une heure ou de quarantecinq minutes sur une série de questions dites à tiroir. Quand on arrive, on n est plus bon k rien. On ne produit plus, on se repose et on meurt de lassitude et d épuisement ;

a 6** Lorsqu'il y a lieu de procéder au remplacement d'un professeur chargé d'un enseignement spécial, les autres professeurs membres du jurys ne sont pas compétents ;

<c T En fait de clinique, le concours est nul ou impossible. Si la maladie est simple, si les caractères sont évidents, Tépreuve est vaine, et, sur ce cas, les œncurrenis diront tous la même chose. Si la maladie est compliquée ou douteuse, le candidat, s il n'est pas philosophe, doutera, hésitera; mais s il hésite, il est perdu, car il ne faut pas hésiter dans un concours.

u Telles sont, et nous n avons pas cherché à les affaiblir car cent été les réduire à rien , les objections qu'on a opposées au concours. Essayons de les apprécier en les reprenant dans Tordre où nous les avons exposées :

« 1 "* La première de ces observations se trouve dans la bouche de tous les adversaires du concours. Elle est devenue banale à force d'être reproduite. Il faut enfin la réduire à sa valeur. On dit que le concours éloigne les hommes dont la réputation est faite, et que la présentation placerait dans les chaires des facultés. On cite de ces notabilités qui n ont pas voulu se commettre dans les concours ; on articule des noms propres. Nous ferons remarquer qu'à l'égard de quelques-unes de ces citations nous n'avons pas toute liberté de discussion. Nous sommes obligés de taire les motifs que nous avons de nous féliciter, dans l'intérêt de l'enseignement et des élèves, de ce que le concours, institué en 1 830, ait éloigné de la faculté certaines notabilités que la présentation y eut sans doute introduites.

« Il nous est interdit de parler des vivants, et nous ne sommes pas plus à Taise avec les morts. Que s'il en était autrement, nous ferions voir, par des exemples nombreux pris dans la faculté même, combien est fréquent le divorce entre les qualités qui font le professeur et celles qui fondent la célébrité dans les sciences ; nous

montrerions que des hommes de génie, des savants à réputation européenne, peuvent être absolument incapables d enseigner ce qu'ils savent le mieux, d'enseigner la science qui leur doit ses progrès, et qu on n'était pas fondé à dire : Quiconque possède à fond une matière, texpose clairement et avec ordre. Les personnes qui pensent qu'un savant peut toujours être professeur seraient sans doute émerveillées d'apprendre que quelques-uns de ces hommes illustres, que tputesles académies du monde eussent placés en tête d'une Uste de présentation pour les chaires des facultés, en étaient réduits, au moment où sonnait pour eux l'heure de la leçon, à envoyer, par précaution, l'appariteur voir s'il était venu un élève ou deux s'asseoir dans ce vaste amphithéâtre où neuf cents personnes seraient à Taise et qui se trouve parfois trop étroit pour leurs successeurs nommés au concours.

<c Vous, détracteurs du concours, qui ne voulez pas qu'un homme distingué expose sa réputation dans des épreuves publiques, âvezvous bien réfléchi aux humiliations que vous lui prépariez en le plaçant à un poste qu il est incapable d'occuper?

(c On le voit, en nous taisant sur les noms propres, nous faisons à un sentiment de convenance le sacrifice d'arguments qui auraient été complètement décisifs sur le point qui nous occupe; mais nous n'abandonnons pas pour cela l'examen de la première objection, et ce qui nous reste à dire suffirait pour rallier à notre opinion des esprits non prévenus.

<c En effet, cette objection est purement théorique et spéculative . Le concours, dit-on, éloigne les hommes mûrs et dont la réputation est faite , etc. . . Mais nous demanderons où sont ces hommes capables qui ne seraient pas disposés à affronter les épreuves d'un concours? Depuis seize ans que nous vivons sous ce régime, l'élite des médecins est façonnée et aguerrie à ces luttes ! Concours pour le professorat, concours pour les places de médecins dans les hôpitaux , concours pour les places de chirurgiens dans les hôpitaux , concours pour la place de chef des travaux anatomiques , concours pour l'agrégation. — C'est avec un sentiment d'orgueil que, jetant les yeux autour de la faculté, nous contemplons cette jeunesse médicale si brillante à la fois et d'une construction si solide, qu'en

aucun temps, en aucune partie du monde, il n'a été donné de jouir d'un tel spectacle. Si, en dehors de ce cercle, il existe quelques notabilités qui craignent de commettre leur réputation dans les épreuves du concours, nous avouons que nous ne les connaissons pas et nous dirons à notre tour que la gloire nest pas encore mnue les trouver.

a Nous n'avons pas épuisé les considérations qui se rapportent à la première objection ; Tordre de la discussion les ramènera plus loin.

« Passons à la deuxième objection.

« 2* Pour réussir dans le œnœurs, il faut avant tout de la mémoire,, une grande présence desprit, de l'audace. Eh! sans doute, c est-à-dire qu'il faut pour bien concourir des qualités sans lesquelles on ne peut être professeur. Nous ne voyons pas qu'il y ait là d'objection, et nous aurions pris cette proposition comme venant d'une puissance auxiliaire, si nous ne l'eussions trouvée dans un discours contre le concours.

a 3"" On dit quun échec dans un concours est un affront dont on neserdhve pas. Rien de plus inexact que cette proposition. Le plus grand nombre des professeurs noiàmés depuis 1 830 ne l'ont été qu'après plusieurs concours :

MM. Bouillaud, Gerdy, Rostan, Bérard aine ont concouru deux fois.

M. Sanson a concouru quatre fois.

MM. Yelpeau, Piorry, Trousseau ont concouru chacun cinq fois.

MM. Blandin et Bérard jeune ont concouru six fois.

Ils se sont donc tous relevés de l'affront des premiers échecs. Disons mieux, ils ont puisé dans de premiers concours les litres qui leur ont valu plus tard les suffrages de leurs collègues actuels.

(1 Les épreuves sont toujours assez nombreuses pour qu'un honune de talent donne la mesure dé son savoir et de sa capacité, et si [ce qu on ne voit guère) le trouble d'un moment, un caprice de santé, une distraction de mémoire, l'ont fait chanceler sur une question inattendue, il y a toujours pour lui des occasions de revanche.

a 4"" On a créé pour combattre le concours une sorte de théorie sur le caractère de l'enseignement. Ce qui fait le professeur, dit-on, c'est l'âge, le caractère, la renommée.

A ce compte, et si cest là le critérium d'uu bon enseignement, nuls n auraient pu lutter avec les hommes célèbres auxquels nous avons (ait allusion, auxquels il ne manquait ni T&ge, ni la renommée, ni le caractère, et qui n en étaient pas moins les plus mauvais professeurs du monde. Ce qui fait lautorité du professeur, c'est un bon et solide enseignement et non son mode de nomination. Mais s il fallait chercher en dehors de renseignement ce qui peut donner cette autorité si vantée, nous croyons qu elle appartiendrait plutôt à celui qui aurait conquis les suffrages du jury dans une lutte publique.

a &* On reproche au concours de ne donner à l'enseignement que des hommes usés, et cependant on écrit plus loin que le concours con-^ vient à la vive jeunesse; un autre orateur surtout insiste sur le danger de nommer des professeurs trop jeunes,

« Nous pourrions désirer que les adversaires du concours s entendissent entre eux. Nous saurions alors s'il faut répondre à l'objection que le concours donne des professeurs trop jeunes ou à l'objection qui les donne usés.

Qc Dans le doute, nous allons répondre à Tune et à l'autre.

<c Est-il vrai que le concours donne des professeurs trop jeunes? Voici un tableau qui comprend toutes les nominations faites au concours depuis 1 830 :

N oms dat profeMeurs Age des profetteurs Dtte

noramét au coneoart depuis 1830. tu moment de leur nomination. du concours.

BaiscHiT, 53 tnt, 4836.

PlLLBTAR, 49 » 4834.

Sarsor, 46 » 4836.

RosTAR, 43 » 4833.

PioMiT, 43 » 4839.

BiARoiR, 42 » 4840.

Cloqdbt, 44 » 4834.

Bit AID jeune, 40 » 4842.

ViiMAu, 39 »> 4834.

DvBois, 39 » 4834.

TaouisiAU, 38 » 4839.

Dumas, 38 » 4838.

Richard, 37 » 4834.

DvRORTiiiiiiRs, 37 » 4845.

Gbrdt, 36 n 4833.

BouiLiAUD, 35 » 4834.

RoiBa-CoLLARD, 35 0 4837.

Gatarrit, 34 i> 4843.

BiRAioainë, 33 a 4834.

(c Ainsi , celui des professeurs qui est arrivé le plus jeune à la faculté avait trente-trois ans ! Où est donc ce jeune médecin de vingt-cinq ans dont un orateur a tellement épouvanté la Chambre des pairs qu on a de toutes parts crié aux voix et voté avec un empressement à jamais regrettable la suppression d'une institution généreuse qui, depuis 1830, a rendu la faculté plus florissante que jamais.

« Gomment redouterait-on d'ailleurs de voir nommer un professeur de vingt-cinq ans, s'il faut avoir trente ans pour être admis au concours?

(( Mais nous désirons appeler toute l'attention sur les rapports de Tâge avec l'aptitude professorale. On fait sans cesse la supposition d'hommes distingués parvenus à la maturité de l'âge qui ne voudraient pas concourir et que la présentation introduirait dans la faculté. Ce serait un coup funeste porté à l'enseignement si la notabilité de ces hommes ne reposait que sur des ouvrages, des découvertes ou des travaux originaux. On ne devient pas professeur à cinquante ans. Sans doute, nous pourrions montrer des hommes qui, après avoir dépassé Tâge moyen de la vie, jettent encore le plus vif éclat par leur enseignement, et tous, professeurs et élèves, nous citerions le doyen de notre faculté (f); mais ces hommes, qui professent bien dans la maturité de l&ge, ont été rompus de bonne heure au métier de l'enseignement, métier si rude et si difficile qu^on ne peut l'apprendre que dans la jeunesse.

(( Ainsi, bien loin qu'il faille reprocher au concours de laisser à l'écart ces hommes à grande réputation, qui se seraient formés en dehors de l'enseignement, il faudrait considérer comme un de ses avantages les plus incontestables de leur fermer la porte des facultés où ils ne rendraient aucun service, où ils occuperaient une place qui serait plus utilement remplie par le premier venu de ceux qui lauraient disputée au concours : ne fut-ce quune médiocrité bien dressée, comme on l'a dit un peu irrévéremment.

<k Mais nous tombons de toutes parts dans la fiction ; on ne trouverait de nos jours ni célébrité de bon aloi qui refusât le concours, ni médiocrité qui voudrait en afironter les périls.

(4) M, OrBla.

« Le concours donne-l-ii des professeurs usés? De bonne foi nous ne nous croyons pas obligés de discuter une assertion si extraordinaire, à lappui de laquelle on a inventé une fable lamentable, où Ton fait mourir des suites du concours un professeur qui, en réalité, a été frappé d'une maladie aiguë cinq ans après sa nomination, dans la force de Tâge, dans toute la vigueur de 1 intelligence, au milieu de travaux qui Thonoraient, et au moment où la fortune, la réputation et les honneurs venaient le trouver (i). Qu'on jette encore une fois les yeux sur la liste des professeurs nommés depuis 1 830 et on verra ce qu'il faut penser de cette assertion que le concours donne des hommes usés.

« 6' On objecte au concours l incompétence du jury pris dans le sein de lafactdlé. Quoi I c'est pour remédier à cette prétendue incompétence que vous proposez de faire désigner le professeur par soixante-trois membres de l'Institut, dont cinquante-sept au moins ne savent pas le premier mot de la science qu'il s'agit d'enseigner ! Vous voulez faire nommer un professeur de médecine ou de chirurgie par six géomètres, six mécaniciens, six astronomes, six géographes, six minéralogistes, six chimistes, etc.! Mais cela est déraisonnable. On allègue, à la vérité, que la section de médecine de l'Académie des sciences fait une première présentation et un classement de candidats. Nous répondons : Ou bien les cinquante-sept membres étrangers à la médecine suivront aveuglement la direction donnée par la section spéciale, et alors cela donnera aux six membres de cette section le pouvoir exorbitant de présenter un candidat pour la chaire vacante, ou bien les cinquante-sept membres voteront sans connaissance de cause, puisqu'ils sont incompétents. Mais nous reviendrons plus loin sur le système de la triple présentation.

« Dans les épreuves d'un candidat, il y a deux choses à juger : la forme et le fond. Le jury le plus incompétent du monde peut au moins apprécier la forme, et ce n'est pas chose indifférente dans le professorat. La pureté de l'élocution, la clarté, la méthode et jusqu'à la portée de la voix, tout cela peut être jugé par une personne même incompétente sur le fond ; c'est un élément d'appréciation de plus

(1) Bërard jptine.

746 RAPPORT SUR l'enseignement de la médecine en FRANCE,

et qui n'exclut point ceux qu on peut emprunter à la notoriété publique. Ainsi donc, en admettant pour un moment Ihypothèse bien gratuite assurément de l'incompétence des jurj's fournis par • les facultés, le concours donnerait un renseignement précieux qui manque dans le système de la présentation. Mais nous ne concédons en aucune façon qu il y ait incompétence dans nos jurys. Les chaires à disputer sont do deux classes : les unes ont trait aux sciences médicales proprement dites, et, dans ce cas, il y a dans les facultés plus de membres compétents qu'il n en faut pour constituer un jury très-éclairé ; les autres chaires sont spéciales , alors ladjonction de membres de la faculté des sciences complète utilement le jury. Les chaires de médecine ou de chirurgie étant de beaucoup les plus nombreuses, cest là que se font le plus souvent les vides; c'est pour elles que les concours s ouvrent le plus fréquemment et avec des jurys parfaitement composés. Il n y a qu'un professeur de physique, il n'y a qu'un professeur d'histoire naturelle ; il y a qunize professeurs de médecine et de chirurgie : que devient l'assertion que les jurys sont incompétents?

a 7** Enfin vient l'objection tirée des épreuves cliniques à l'égard desquelles le concours serait nul ou impossible. Ce qui a été dit à ce sujet montre dans quelles erreurs grossières peut tomber un homme éminent parlant de choses qu'il ne connaît pas. Si la maladie est simple, a-t-on dit, si ses caractères sont évidents, l'épreuve est vaine, et sur ce cas les concurrents diront tous la même chose. Ainsi ^ dans son ignorance des formes du concours de clinique, Tauteur de cette objection suppose qu'un même malade sert de texte à la leçon de tous les compétiteurs. Rétablissons les faits. Il n'est entendu qu'un candidat par séance; il fait leçon sur deux malades qui ont été soumis à son observation après avoir été choisis par le jury. Le lendemain, un autre candidat fait leçon sur deux malades autres que ceux delà veille, et ainsi de suite. Que la maladie soit simple ou complexe, il y a toujours moyen de juger l'aptitude du candidat à l'enseignement clinique. Le jury lui sait gré et d'un diagnostic positivement formulé et d'un doute motivé avec prudence. 11 est inexact de dire qu'un candidat est perdu parce qu'il a douté ; l'erreur seule ôte des chances de succès.

(c Les épreuves du concours sont un professorat anticipé ; elles donnent donc, et elles seules peuvent donner, le moyen de juger de laptitude du candidat pour renseignement; argument irréfutable que le bon sens le plus vulgaire suggérera à toute personne impartiale. Ces épreuves, et en particulier celles qui sont improvisées, permettent déjuger du savoir des candidats ; elles montrent ce qu'ils se sont assimilé, ce qu ils ont placé dans leur mémoire, de manière à le transmettre au besoin, et elles le montrent mieux que des ouvrages composés dans le cabinet, à loisir et à grand renfort de livres.

<c Le concours ne donnera jamais, et l'expérience l'a prouvé, des professeurs incapables d'enseigner. On n'en peut pas dire autant de l'élection ; et lorsque celle-ci aura placé dans une chaire un professeur inhabile et pourtant inamovible, 1 instruction des élèves en souffrira pendant vingt ou trente années peut-être : cela mérite qu*on y pense. r>

Un point important dons la question des concours, c'est celui des conditions d'admissibilité. Comme nous l'avons dit, ces conditions sont aujourd'hui fort larges: tout docteur en médecine, Français, âgé de trente ans, est admis à concourir pour les chaires médicales des facultés.

Dans ces dernières années, le gouvernement s'est effrayé de cette application si entière du principe libéral dont le concours est l'expression. Il a cru la dignité du professorat compromise par les facilités offertes aujourd'hui pour y parvenir. Il a voulu faire de l'agrégation le marche-pied naturel pour arriver au professorat, et admettre à l'égal des agrégés non-seulement les membres de l'Institut, qui ont passé par l'épreuve d'une élection préalable, mais les membres de l'Académie de médecine et les médecins même des grands hôpitaux dont la nomination est une première garantie et une première épreuve, ce La carrière de l'enseignement, disait-il, est une magistrature où chacun doit avoir fait ses preuves, dont les honneurs doivent avoir été non-seulement conquis mais mérités ; qui a besoin d'un certain esprit, de certaines mœurs, d'une vocation antérieure, dûment justifiée, et, à ce point de vue, nous insistons pour qu'il y ait un premier degré ou des équivalents qui en tiennent lieu. Ce

748 RAPPORT SUR l'enseignement DE LA MÉDECINE EN FRANCE,

premier degré est l'agrégation dont le champ est ouvert à la jeunesse sans titre ou qui n a d'autre titre qu elle même, que la conBance qu'elle inspire et les forces qu'elle se connaît, p

La commission de la Chambre des pairs n'a pas partagé ces idées. « On est libre, disait le rapport, de rejeter ou d'admettre le concours; mais si on Tadmet, il faut l'accepter avec ses conditions essentielles. Or, quoi de plus essentiel au concours que la libre admission dans la lice de tous ceux qui se sentent la force de disputer le prix oifert au plus méritant. »

C'est également là l'opinion de la faculté de médecine. Elle ne veut mettre d'autres conditions pour la candidature que celles qui ont été imposées jusqu'à ce jour, savoir : La qualité de Français, trente ans d'âge et le titre de docteur en médecine dans une faculté de France. Une expérience de seize ans lui a montré que les inconvénients reprochés à ce mode sont imaginaires, que ses avantages sont positifs et démontrés par les faits. Ceux-ci ont appris au public que sans être pourvu du titre d'agrégé, sans être chargé du service d'un hôpital, sans être médecin répandu dans sa clientèle ou membre d'une académie quelconque, on pouvait disputer, mériter et obtenir au concours une place de professeur dans une faculté. Sans atteindre du premier coup à un résultat aussi considérable, un homme obscnr jusque là peut établir sur des épreuves brillantes et solides les premiers fondements de sa réputation et acquérir des titres qui le recommandent pour un concours ultérieur.

Les diplômes de bachelier es lettres et de bachelier es sciences sont exigés des élèves qui aspirent au doctorat en médecine, le premier au moment de leur première inscription dans la faculté, le second lors de la cinquième inscription (deuxième année).

Des études littéraires et scientifiques précèdent ainsi les études médicales.

Les baccalauréats es lettres et es sciences correspondent au gracie d'élève universitaire en Belgique , avec la différence que la partie

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