‹ Anne de GravilleChapitre 45 sur 154 · Quentin-Bauchart, op. cit., t. II · texte numérisé non relu

Quentin-Bauchart, op. cit., t. II

2. Sur la bibliothèque d'Anne de Gra ville, voir mon Appendice, n°II.

Comme tous ses contemporains, comme la reine de Navarre (voir Brantôme), elle aimait les devises et les anagrammes. Et l'on reconnaît les livres qui lui ont appartenu à celles dont elle

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Venons à sa célébrité, et à l'incontestable réputation dont elle jouit de son vivant.

Je ne crois pas — on l'a pourtant affirmé — qu'elle soit la « dame de Balsac » qualifiée de dame sans sy (sans pareille) par certain poëte du temps, qui proclame la dame en question, laquelle venait de mourir:

Seule sans per, la plus belle des belles •,

Mais, à défaut de cet hommage posthume, elle en reçut, de son vivant, qui durent la flatter beaucoup : d'autant qu'ils ne s'adressaient pas seulement à la « femme du monde », si l'on peut dire, mais encore et surtout à la « femme de lettres » .

C'est ainsi que Nicolas de Coquinvillier, évêque in partibus de Veria, « prince », en 1524, de cette académie religieuse qu'on appelait le « Palinod » ou « Puy » de Rouen, lui adressa, en le lui dédiant, un recueil de poèmes, chants royaux, rondeaux et

les orna. La plupart de ces devises-anagrammes {J'en garde un le»!; a autre non; va n'en dit mot) se rapportent à la grande aventure de sa vie, et font allusion à son unique amour, violemment contrarié:

Après Valentine de Milan, et comme Marie de Clèves, la mère de Louis XII, Anne, avait adopté pour insigne une chantepleure . On a donné de la chantepleure bien des définitions diverses. La chantepleure d'Anne de Graville est tout simplement une bouteille à fond plat percée de trous, un arrosoir. (Voir, aux Estampes, dans la collection Gaignières [Pc. 4 8, fol. 65], la copie à l'aquarelle d'une tapisserie exécutée, en 1523, pour Pierre de Balsac et Anne de Graville. Cette tapisserie représente un jardin français. Dans le ciel, une main tenant une chantepleure arrose le sol. Sur la bordure inférieure, les armes écartelées de Balsac et de Graville) .

1. Sur le poème de la Dame sans sy, voir mon Appendice, n° I.

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ballades, composés par les membres du Puy !.

C'est encore ainsi que Geoffroy Tory, l'illustre imprimeur, la mentionna de la façon la plus élogieuse dans son célèbre Champfleury l.

Un curieux livre, ce Champfleury , qui parut en 4529. C'est surtout un traité d'art typographique, mais qui débute — c'est par là qu'il nous intéresse aujourd'hui — par un plaidoyer contre la suprématie, encore peu discutée, du latin, et en faveur de l'emploi du français dans les sciences 3.

Tory voudrait que les Français, « ayant leur langue bien réglée », pussent « rédiger et mettre bonnes sciences et arts en mémoire et par escript », au lieu d'en être réduits à emprunter aux Grecs et aux Latins ce qu'ils veulent savoir des sciences. Objectera-t-on, dit-il, la pauvreté de la langue française et qu'elle est dépourvue de règles ? — Il suffira de la cultiver, comme les Grecs et les Latins ont fait les leurs, et d'écarter ceux qui la « corrompent et diffament », c'est à savoir les « plaisanteurs, les jargonneurs et les escumeurs de latin »'4.

1. Bibl. nat., ms. n° 25535: — Sur Coquinvillier, voir mon Appendice, n° II.

2. Champfleury au quel est contenu l'art et science de la deue et vraye proportion des lettres attiques, qui dit autrement lettres antiques et vulgairement lettres romaines proportionnées selon le corps et visage humains.

3. Histoire de la langue et de la littérature française^ publiée sous la direction de Petit de Julleville, t. III, p. 639. — Avant Tory, Symphorien Champier avait osé, l'un des premiers, soutenir la même thèse (Guidon, 1503).

4. Petit de Julleville, op. cit. — Par « escumeurs de latin », il entendait ces pédants qui « despumoient la verbocination latiale » et défiguraient la langue maternelle. Il a eu l'honneur d'être plagié par Rabelais, qui a trouvé chez lui le prototype de son écolier limousin (Pantagruel, livre II, ch. VI).

Et Tory de démontrer, avec exemples et noms propres à l'appui, que la langue française est « une des plus belles et gracieuses de toutes les langues humaines » :

Arrière, s'écrie-t-il, arrière autheurs Grecs et Latins. De René Massé 4 naist chose plus belle et grande que le Iliade. On pourroit en oultre user des œuvres de Arnoul Graban 2 et de Simon Graban3 son frère.... Qui pourroit fîner { des œuvres de Nesson s ce seroit un grant plaisir pour user du doulx langage qui y est contenu

1. René Massé, bénédictin du monastère de la Trinité de Vendôme, continua la Chronique française de Guillaume Crétin. Il vivait encore en 1540. Sous ce titre, Le bon Prince, il raconta (en vers) le voyage de Charles-Quint à travers la France (1540). — Ronsard a dédié une de ses odes « à frère René Macé, excellent poëte ».

2. Arnoul Graban, ou Greban, ou Gresban, chanoine du Mans vers 1450, auteur avec son frère d'un Mystère des Actes des Apôtres. Ce qu'on sait de lui a été résumé par MM. Gaston Paris et Gaston Raynaud dans l'introduction dont ils ont fait précéder leur édition du Mystère de la Passion. Voir aussi Romania, t. XIX (1890), p. 595.

3. Simon Graban, frère du précédent, mort après 1461. — Jean Bouchet, dans sa 61e épître familière, loue le style

Des deux Grebans, dont grand'douceur distile.

« Les deux Gresban au bien résonnant style », dit, de son côté, Clément Marot(5e complainte).

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