SES RONDEAUX
L'affection et vous plaise la veoir Car sur ma foy elle est avecques vous Pour vous servir par sus toutes et tous Sans y chercher fors temps espace et lieu Car en vous gist mon espoir après Dieu. Ien. garde, un. leal.
Quelle est la « dame » ici désignée? — Cette dame, — assurément une souveraine :
En vous gist mon espoir après Dieu...
ne saurait être que la reine Claude ou la reine Eléonore d'Autriche, la seconde femme de François Ier.
Il est bien peu vraisemblable que les rondeaux soient dédiés à Eléonore d'Autriche. Anne ne la connaissait pas, ne fit à aucun moment partie de sa maison, et n'avait nulle raison de lui offrir son œuvre. Le ton même du morceau, où se trahit une affection d'ancienne date, ne permet guère de le supposer adressé à la sœur de Charles-Quint. De plus, à partir de la mort de la reine Claude (juillet 1524), les idées d'Anne de Graville prirent, comme on sait, une teinte sévère, une tournure religieuse, et l'on a peine à se l'imaginer entreprenant, après 1524, ce travail assurément frivole : le remaniement de la Belle dame sans merci/ ' .
Il faut donc admettre que ce remaniement est dédié à la reine Claude. Cela étant, la composition
4. Cette remarque est de M. Wahlund ; et l'on ne s'explique pas que, l'ayant faite, il fixe approximativement à 1525 la date de la composition des rondeaux. En 1525, la reine Claude était morte ; quant à Eléonore d'Autriche, elle n'épousa François Ier qu'en 1530.
132 l'œuvre poétique d'anne de gra ville
en daterait de 1524 au plus tard. Mais je n'hésite pas à la faire remonter à une date très antérieure. J'incline même à penser que la composition des rondeaux précéda celle du « rommant » de Palaînon et Arcita, lequel, nous le verrons, dut être écrit aux environs de 1521 '. Ces rondeaux furent très probablement le premier essai littéraire d'Anne de Graville. Ils eurent du succès, la classèrent comme poète mondain ; et c'est pour avoir goûté ses variations sur la Belle dame sans mercy que la reine Claude la chargea de rajeunir et de mettre en vers, en la raccourcissant, certaine traduction, déjà vieillie, de la Teseide de Boccace. On ne voit pas, en effet, si elle n'eût déjà fait ses preuves, pourquoi la reine se fût adressée à elle plutôt qu'à n'importe quel versificateur connu : il n'en manquait pas, à la cour de François Ier.
Ces questions préliminaires épuisées, voici, à titre de spécimens, quelques-uns des rondeaux d'Anne de Graville 2 :
1. Le « rommant •» s'ouvre, lui aussi, par une dédicace de dixhuit vers ; et cette dédicace « à la royne » est tout à fait du même ton et dans le même goût que la dédicace « à ma dame ». Encore une raison de penser que la « dame » en question n'est autre que Madame Claude, qui peut-être n'était pas encore reine lors de la composition des rondeaux.
2. En regard de chaque rondeau cité, je transcris, conformément à la disposition du ms. 2253, le texte correspondant de la Belle dame sans mercy.