Touchante conversion
Le trait suivant nous est communiqué par nue per« sonne digne de toute notre confiance.
f Au commencement de 1801, je donnai à une per-
sonne pieuse deux exemplaires de la Dévotion des sept Dimanches consacrés à saint Joseph; elle les goutta, et une de ses voisines, femme d'un ouvrier, étant venue lui confier le chagrin que lui causait son mari, éloigné depuis longtemps des sacrements, et les tentatives vaines qu'elle avait faites pour le convertir, cette bonne fille lui conseilla de recourir à saint Joseph et de faire en son honneur la Dévotion des sept Dimanches. A cet effet, elle lui prêta un de ces opuscules. La pauvre femme la remercia de tout son cœur, et commença cette salutaire pratique avec une confiance et une ferveur qui s'accrurent à mesure que le terme approchait. Enfin, la dernière semaine étant arrivée, cette femme, comptant sur l'assistance du saint époux de Marie, résolut de livrer l'assaut et d'attaquer un sujet qu'il n'était pas permis de toucher depuis fort longtemps. Afin de se donner du courage, elle s'arma, pour ainsi dire, d'une image de saint Joseph, la présenta à son mari en lui disant : « Oh ! mon ami, si tu voulais recourir àsaint Joseph, il t'obtiendrait, j'en suis sûre, la grâce de revenir à Dieu. » A sa grande surprise comme à sa grande joie, il prend l'image, la baise avec affection et avec transport, et dit à sa femme, qu'il était tout décidé à se confesser sans délai. Il s'approcha en effet du sacrement de pénitence avec de saintes dispositions, versant une grande abandance de larmes qui témoignèrent de la sincérité de son retour à Dieu.
» Le carême touchait à sa fin ; on prêchait dans notre ville une retraite pour les hommes ; il en suivit les exercices avec ferveur et il eut le bonheur, le jour de la clôture, de faire la sainte communion. Plein de courage, il lit quelques jours après, publiquement, un pèlerinage d'action de grâces à la chapelle de la Délivrande, à trois
lieues de Caen. Depuis cette époque, il ne s'est pas démenti une seule fois. On doit regarder ses bons sentiments avec d'autant plus de confiance, qu'il a fait de trèsgrands sacrifices pour être libre de sanctifier les dimanches et les fêtes. Il est si persuadé qu'il doit sa conversion à saint Joseph, qu'il ne céderait pas, pour tous les trésors du monde, la petite image que lui présenta sa femme. Tout ce qui intéresse le culte de ce glorieux patriarche, le remplit de joie.
» Caen, \2 octobre 1861. »
5. — Saint Joseph assiste à la mort un soldat français, au Sénégal.
Sur les rives sablonneuses du Sénégal, je chevauchais péniblement à travers un sentier égaré que je n'avais encore jamais parcouru, et que je suivais sans but déterminé. Les serpents fuyant dans les herbes, les caïmans se précipitant avec effroi dans les marais, le soleil dardant sur la nature ses rayons brillants, avaient été longtemps les seuls témoins de ma course vagabonde. Et pourtant une force dont je ne pouvais me rendre compte, m'obligeait d'avancer toujours, lorsque j'arrivai près d'une case habitée. Ma première pensée fut d'y pénétrer. Lorsque j'en franchissais le seuil, une voix effrayée me crie :
— Qui vient là?
— Un père missionnaire, répondis-je ; soyez sans crainte, et que la paix du Seigneur descende sur cette maison et sur ceux qui l'habitent !
— Un prêtre ! dit l'inconnu en fort bon français ; soyez le bienvenu, mon Père, et faites vite...
ilAKS.
— Quoi doue ! qui ètes-vous? vous êtes un soldat français? Comment ètes-vous ici? Qu'avez- vous?
— Questions inutiles, mon Père ; j'en suis à mon troisième accès de fièvre, qui ne pardonne pas, vous le savez ; dépêchons-nous de purifier notre conscience, et nous causerons après, si Dieu nous laisse la vie.
En ce moment les glapissements sauvages des chacals attirés par la décomposition qui commençait, m'annonçaieut que les appréhensions du malade n'étaient que trop fondées.
— Je suis prêt, mon Père, dit-il, commençons.
11 me fut alors facile de me rendre compte de l'impulsion qui m'avait conduit dans ces parages. Curieux de sonder davantage les voies de la Providence, je demande au moribond :
— Vous avez dû bien prier le bon Dieu de conduire un prêtre près de vous en ce moment ; car évidemment, c'est votre bon ange qui m'y a mené.
— Voulez-vous savoir le fin mot de ceci, mon Père?
— J'en suis très désireux, assurément.
— J'étais sûr qu'il arriverait ici un prêtre auprès de
moi.
— Comment, sûr? si vous teniez ce langage en France,
je le comprendrais: mais figurez-vous donc que vous êtes en Afrique, et dans le Sénégal, l'un des pays les plus désolés de l'Afrique.
— Qu'est-ce que tout cela? Sachez que je porte sur moi le cordon de saint Joseph, que j'ai aussi sa médaille, et que j'appartiens à sa confrérie de la bonne mort. Eh bien ! ma conscience n'était pas en bon état : donc saint Joseph devait m'amener un prêtre. C'est ce que je lui disais : vous voyez que je n'avais pas tort de placer ma confiance en lui.
— Je comprends tout maintenant, : ayez toujours confiance en saint Joseph ; la mort arrive, mais ce sera la mort avec Jésus et Marie, qui conduit à la vie du ciel avec Jésus, Marie et Joseph.
La fièvre n'avait pas pardonné : deux heures après la mort arrivait, et la vie avec Jésus, Marie et Joseph.
Un Missionnaire d'Afrique.