Un secours providentiel
N..., 18 janvier.
La lecture que je viens de l'aire de votre journal, et la situation particulière dans laquelle je me trouve en ce moment, m'inspirent la pensée de vous rendre compte, sans plus tarder, d'un fait que toute notre famille attribue avec reconnaissance à la haute et bonne intervention de saint Joseph.
Depuis bien des années, une de mes sœurs demandait à Dieu la conversion de son mari. Elle le recommandait à ses parents, à ses amis, aux ecclésiastiques, aux confréries, aux communautés, à tous les saints en général et en particulier à saint Joseph, en qui elle avait une cou-
fiance toute spéciale. Tant de foi et de persévérance ne devait pas être inutile, nous l'espérions du moins.
Mon pauvre beau-frère, qui depuis son enfance, avait abandonné les pratiques religieuses, donnait en ces dernières années, où il approcbait de la soixantaine, certains signes d'un véritable changement de manière de voir, à l'endroit de la religion. Il n'était pas rare, par exemple, de constater son émotion, ou même la présence d'une larme sur son excellente figure, au récit d'une touchante conversion ou de quelque autre fait témoignant de la bonté de Dieu. J'en fus témoin plusieurs fois.
Un des premiers jours du mois de décembre dernier, c'était un mercredi, il se rendait en voiture, de Saint- Branchs (Indre-et-Loire), où il habitait, à Tours, où l'appelaient ses fonctions de membre de la Chambre des notaires. Sa femme et l'une de ses filles l'accompagnaient. A une heure environ de Brandis, M. B..., mon beau-frère, se trouve mal. Ma sœur, qui a aussitôt de tristes pressentiments, s'empresse de lui donner tous les soins que réclamait sa position et, en même temps, lui recommande de penser au bon Dieu. Pendant ces soins et ces eschortations, elle voit deux grosses larmes couler de ses yeux. Et alors elle s'écrie : « Mon Dieu, il me viendra donc pas un prêtre ! »
Il était environ neuf heures du matin, et, sur la route, en cet endroit et à cette heure, il était vraiment d'une grande improbabilité qu'un prêtre viendrait à point nommé à l'appel de ma pauvre sœur. C'est cependant ce qui arriva. Par hasard, ou pour mieux dire par un coup de la divine Providence, M. le vicaire dcSainf- Branchs parut aussitôt et put donner, sans doute encore à temps, les derniers secours de la religion à notre cher mourant.
Comment cet abbé se trouvait-il là ? il se rendait à Montbazon, ville située à une lieue plus loin, pour y faire une prédication dans une communauté, cbcse qui ne lui était jamais arrivée.
Pour nous, mon révérend Père, cette présence tout a fait inattendue nous semble vraiment due à saint Joseph. N'est-ce pas en effet, la réponse à tant de bonnes prières à lui depuis longtemps et de tant de côtés adressées ? Et cette conviction ne se fortiûe-t-elle pas de cette douce pensée, que ce grand patriarche ne se laisse jamais prier en vain?