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XXII. — Serpuliens

Polamilla anlarctica Gravier. — Ile Booth-Wandel. — Baie Biscoe. — Port Lockroy (tle Wiencke). — Chenal Peltier. — Baie Marguerite.

Dasychone ? — Baie de l’Amirauté.

Serpula vermicularis L. — Ile Booth-Wandel. — Port Lockroy (ile Wiencke). — Chenal

Peltier. — Petermann. — Baie Matha.

Région de Magellan. — Iles Kerguelen. — Ile Marion. — Océan Atlantique. — Mers arctiques. — Méditerranée.

Spirorbis Perrieri Caullery et Mesnil. — Port Charcot. — Ile Booth-Wandel. Région de Magellan. — Côtes de Patagonie. — Iles Kerguelen. Spirorbis aggregalus Caullery et Mesnil. — Petermann. Côtes de Patagonie.

Spirorbis Nordenskjôldi Ehlers? — Petermann.

Côtes de Patagonie. — Ile Bouvet.

Helicosiphon biscoeensis Gravier. — Baie Biscoe. Cyslopomalus Mac Inloshi Gravier. — Petermann.

L'énumération qui précède montre que nous connaissons actuellement dans la région antaretique sud-américaine 73 espèces, correspondant à 56 genres, qui se elassent dans 22 familles, 23 si l’on élève à l’état de famille le groupe des Sabelliens, comme le font divers auteurs, notamment Ehlers, tandis qu'autrefois on ne le considérait que comme une tribu de Serpuliens, au sens large du mot. Sur 73 espèces, 1# ont été trouvées par le « Français » et par le « Pourquoi Pas ? ». Des 59 espèces non communes aux deux expéditions, 21 reviennent au « Françcais » el 38 au « Pourquoi Pas? ». Sans compter l'expédition du «Gauss », qui explora l'Enderby Land et la Terre du Kaiser Wilhelm IT, diverses missions parties de l'Australie ou de la Nouvelle-Zélande ont dirigé leurs investigations vers la Terre de Victoria et les régions voisines, notamment celles du « Southern Cross », du « Discovery » et récemment du « Nimrod », commandé par Shackleton. La première de celles-ci est la seule dont on connaisse les résultats au point de vue qui nous occupe. La collection de Polychètes faite par le « Southern Cross » au cap Adare (1), situé au sud du 71° degré de latitude, comprend les 15 espèces suivantes :

Harmolhoe spinosa Kinberg.

Harmolhoe croselensis (Mac Intosh).

Gallyana crislala Willey.

Malmgrenia crassicirris Willey.

Phyllodoce madeireneis Langerhans.

Vanadis anlarclica (Mac Intosh).

T'yposyllis hyalina (Grube).

Eusyllis kerguelensis Mac Intosh.

Aricia marginala Ehlers.

Scoloplos kerquelensis Mac Intosh.

Travisia kerguelensis Mac Intosh.

Rhodine Lovéni Malmgren. Thelepus anlarclicus Kinberg.

Nicolea Agassizi Kinberg.

Ereulho antarclica Willey.

Ainsi qu'on le verra plus loin, l'Alciopien décrit par Villey sous le nom de Vanadis antarctica (Mac Intosh) est différent de celui que Mac Intosh a appelé Alciopa antarctica et qui a été recueilli à nou-

(1) Report on the Collections of natural History made in the antarctic Region during the Voyage of the « Southern Cross », 1902. Annelida Polychæta, by Arruur Wiccey.

veau par le « Pourquoi Pas ? ». D'autre part, il semble bien que l'Ereutho antarctica Wiley est fort voisin du Polycirrus kerquelensis (Mac Intosh) et très probablement à identifier à celui-ci. Sur les 15 espèces précitées, il y en aurait done 6 de communes au Victoria Land et à l'Antarctique sud-américaine, bien que ces deux contrées soient séparées l’une de l’autre par un immense territoire presque entièrement inconnu. Ces espèces communes sont : Aarmothoe spinosa Kinberg, Typosyllis hyalina (Grube), Eusyllis kerquelensis Mac Intosh, Scoloplos kerquelensis Mac Intosh, Rhodine Lovéni Malmgren et Polycirrus kerquelensis (Mac Intosh) (£reutho antarctica Willey).

La « Valdivia » (1) a dragué, à 4636 mètres de profondeur, en un point situé à la latitude de 63°16" sud et à la longitude de 58°40° est, au nord de l'Enderby Land, dans la région antaretique par conséquent :

Polynoine.

Lumbriconereis sp.

Diopalra paucibranchis Ehlers.

Scione spinifera Ehlers.

La dernière de ces espèces a été trouvée par le « Pourquoi Pas ? », dans la baie Marguerite, entre l'ile Jenny et la Terre Alexandre [°, à la profondeur de 250 mètres.

Dans la région antaretique proprement dite, au sud du 62° degré

O | ) è de latitude sud, le « Challenger » (entre les stations 154 et 155 et la station 156) a recueilli les espèces suivantes (2) :

Alciopa anlarclica Mac Intosh.

Nothria abranchiala Mac Intosh.

Ephesia anlarclica Mac Intosh.

Grubianella anlarctica Mac Intosh.

Leæna anlarelica Mac Intosh.

la première, à la surface de la mer; les quatre autres, dans la boue

à Diatomées, à plus de 3500 mètres de profondeur.

(1) E. Eucers, Die bodensässigen Anneliden aus den Sammlungen der deutschen Tiefsee-Expedition, Jena, 1908.

(2) W.-C. Mac Ixrosu, The Voyage of H. M. S. « Challenger » (Scientific Reports, Zoology, vol. XI, 1885).

16 ANNÉLIDES POLY CHÈTES.

C. — CARACTÈRES DE LA FAUNE ANNÉLIDIENNE DE L’ANTARC- TIQUE SUD-AMÉRICAINE. — RAPPORTS DE CETTE FAUNE AVEC CELLE DES AUTRES PARTIES DU GLOBE.

I. Ehlers, qui à fait une étude approfondie des Annélides Polychètes de la côte chilienne et de la Terre de Magellan (1), prend le canal Smith, situé tout près du 48° degré de latitude sud, comme limite entre les deux régions. La Terre de Magellan, définie de cette façon, comprend, à l’ouest, toute la côte jusqu’au cap Horn, avec la nombreuse pléiade d'îles dont elle est bordée et, à l’est, toute la côte patagonique, jusqu'à Puerto-Madryn exclusivement. Dans la région magellanique ainsi comprise, Ehlers mentionne 136 espèces, appartenant à 84 genres, rangés dans 23 familles. Dans lPAntaretique sud-américaine, on connait actuellement 73 espèces, correspondant à »6 genres. Sur les côtes de Magellan, le nombre des genres est environ de 60 p. 100 de celui des espèces: dans lPAntarctique, la même proportion s'élève à plus de 76 p. 100. Elle s'élevait même à 90 p. 100 (32 genres pour 36 espèces) dans la collection rapportée par le « Français ». Jusqu'ici, je ne puis donc que répéter ce que je disais (2) au sujet de la première expédition antarctique française : « Dans l'état actuel de nos connaissances, tout se passe comme si les divers genres de Polvchètes se trouvaient réduits, à mesure qu'on descend vers le sud, à un très petit nombre de formes plus robustes ou plus plastiques, qui se trouvent adaptées aux conditions spéciales de l'existence dans les eaux froides de l'Antarctique. »

IT. Parmi les familles des Polychètes vivant sur les côtes de Magellan, ilen est 5 qui n'ont aucun représentant connu aujourd'hui dans la faune de l'Antarctique : ce sont celles des Glycériens, des Arénicoliens, des Chétoptériens, des Sabellariens et des Amphicténiens. En ce qui concerne les Glycériens, il parait certain que les recherches

(1) E. Eucers, Die Polychæten des magellanischen und chilenischen Strandes. Ein faunislischer Versuch, Berlin, 1901.

(2) Cu. Graver, Annélides Polychèles | Expédition antarctique francaise (1903-1905), 1206].

futures feront connaître des représentants de cette famille dans l'Antaretique. Quatre de leurs congénères ont été trouvés dans la région de Magellan : Glycera americana Leidy, Glycera capitata Œrsted, Glycerella magellanica Mac Intosh et Æemipodus simpler Grube. Cette dernière espèce existe également à la Nouvelle-Zélande (1) et aux iles subanlaretiques qui en dépendent : Auckland, Masked (2). Le Glycera capitata à été recueilli par le « Challenger » aux Kerguelen, par la « Valdivia » à l'ile Amsterdam et à l'ile Bouvet, en des points fort éloignés les uns des autres dans la région subantaretique. Il vit, d'autre part, dans les mers du nord de l'Europe et de l'Amérique, et il a été considéré comme une forme littorale « bipolaire ». On Pa signalé d'autre part sur les côtes de Portugal et aux Açores.

IL est à présumer également qu'on trouvera quelque jour dans lAntarctique l’Arenicola assimilis Ehlers, qui vit non seulement sur les côtes de la pointe sud-américaine, mais encore aux Kerguelen et à lile Stewart (3), et aux iles subantarctiques dépendant de la Nouvelle- Zélande : Campbell, Macquarie (4).

Le Chætoplerus variopedatus Renier, qui a une aire si vaste de distribution, existe en particulier dans le détroit de Magellan.

Parmi les Sabellariens, le Pallasia armata (Kinberg) à sa principale aire de répartition dans la région magellanique, et le Sabellaria virgin (Kinberg) vit également dans le détroit de Magellan.

Quant aux Amphicténiens, ils ont comme représentant dans la région magellanique le Pectinaria belgica Pallas, qui existe aussi dans les mers boréales et que l'on regardé comme « bipolaire ».

Par contre, quatre familles, dont certaines espèces ont été récoltées dans l'Antarctique sud-américaine, n'ont pas encore de représentant connu sur les côtes de Magellan. Ce sont : 1° les Hésio-

(1) E. Eurers, Neuseeländische Anneliden (Abhandl. der künigl. Gesellsch. der Wissensch. zu Gôttingen, math.-phys. Klasse, Neue Folge, Bd. I, n° 1, 1904, p. 37).

(2) W.-B. Bexma, Report on the Polychæta of the subantarctic islands of New Zealand, art. XI, PL. IX, 1909, p. 246.

(3) 1.-H. Asnworrn, The Annelids of the family Arenicolidæ of north and south America, including an account of Arenicola glacialis Murdoch (Proceed. of the U.S. National Museum, vol. XXXIX, 910, p. 20) ans NB, BExHAM, Report on the Polychæta of the subantarctic Islands of New Zealand, art. XI,

PI. IX, 1909, p. 249.

2%-Expédilion Charcot. — Gravier. — Annélides Polychètes. 3

niens, dont une curieuse forme, l'Orseis Mathai Gravier, a été draguée par le « Français » à Port Charcot, à 40 mètres de profondeur ; 2° les Alciopiens, dont le « Pourquoi Pas? » a capturé deux espèces, une déjà connue, A/ciopa antarctica Mac Intosh, et une nouvelle, Callizona Bongraini Gravier ; 3° les Tomoptériens, dont une espèce cosmopolite, le T'omopteris (Johnstonella) septentrionalis Quatrefages ex Steenstrup a été prise aussi par le « Pourquoi Pas ? » ; 4° les Typhloscolécidés, représentés par le Sagitella Kowalewskii Wagner dans les collections du « Pourquoi Pas ? ».

Outre les genres nouveaux, Wesospio, Isomastus, Thelepides, Cystopomatus et Helicosiphon, il en est un certain nombre d’autres de la région antarctique dont on ne connaît aucune espèce vivant sur le littoral de l'extrémité sud de l'Amérique; tels sont les genres : Pionosyllis, parmi les Syllidiens; Orseis, parmi les Hésioniens ; Pelagobia, parmi les Phyllodociens ; Callizona, parmi les Alciopiens ; T'omopteris, parmi les Tomoptériens ; Sagitella, parmi les Typhloscolécidés; ARhodine, Leiochone et Petaloproctus, parmi les Maldaniens ; Lysilla, parmi les Térébelliens, et Potamilla, parmi les Sabelliens.

IT. Si l’on examine attentivement la liste, donnée plus haut, des espèces connues aujourd’hui dans l'Antarctique sud-américaine, on constate que les diverses familles de Polychètes y sont fort inégalement représentées. Les familles prédominantes sont : les Syllidiens, avec 14 espèces el 11 genres ; les Térébelliens, avec 12 espèces et 9 genres; les Aphroditiens, avec 9 espèces et 4 genres ; les Serpuliens, avec 8 espèces et 6 genres; les Phyllodociens, avec 7 espèces et 4 genres. Ces o familles comprennent plus des deux tiers des espèces trouvées Jusqu'ici dans l'Antarctique. La faune annélidienne de la région magellanique offre des particularités du même ordre : 18 espèces et 10 genres de Syllidiens, 15 espèces et 9 genres de Térébelliens, 11 espèces et 8 genres d'Aphroditiens, 10 espèces et 5 genres de Serpuliens, 8 espèces et 4 genres de Phyllodociens. En revanche, certaines familles, qui comptent un assez grand nombre d'espèces dans l'extrême pointe sud de l'Amérique, comme les Euniciens et les Néréidiens, n’en

ont qu'une ou deux qui soient connues actuellement dans l'Antarctique.

Plusieurs familles de l'Antarctique présentent des types véritablement géants. Parmi ces derniers, on peut citer : le 77ypanosyllis giqantea (Mac Intosh), dont un exemplaire du « Pourquoi Pas ? » avait une vingtaine de centimètres de longueur et 7 millimètres dans sa plus grande largeur ; le Lætmatonice producta Grube, qui atteint jusqu’à 15 centimètres de longueur et 5°",5 de largeur maxima, et le Ælabelligera mundata Gravier, dont les spécimens de grande taille ont jusqu'à 11,5 de longueur.

IV. Un grand nombre d'espèces de l'Antarctique sud-américaine vivent également dans la région magellanique (détroit de Magellan, Terre de Feu et dépendances) ; quelques-unes d’entre elles se trouvent aussi à la Géorgie du Sud, située à la même latitude, ou aux iles Malouines ou Falkland, un peu plus au nord que la précédente :

Syllidiens : Aulolylus gibber Ehlers.

Parautolylus fascialus Ehlers.

Exogone heleroselosa Mac Intosh.

Grubea rhopalophora Ehlers.

Eusyllis kerguelensis Mac Intosh.

Trypanosyllis giganlea (Mac Intosh).

Syllis brachycola Ehlers.

Syllis hyalina Grube.

Phyllodociens : ÆEulalia magalhaensis Kinberg. Eulalia subulifera Ehlers.

Néréidiens : Plalynereis magalhaensis (Kinberg). Euniciens : Lumbriconereis magalhaensis Kinberg. Aphroditiens : Enipo anlarclica Kinberg.

Hermadion magalhaensi Kinberg.

Harmothoe spinosa Kinberg.

Amphinomiens : Euphrosyne nolialis Ehlers.

Nephthydiens : Nephihys macrura Schmarda.

Ariciens : Aricia marginala Ehlers.

Aricia Ohlini Ehlers.

Scoloplos kerquelensis Mac Intosh.

Ophéliens : Travisia kerquelensis Mac Intosh. Travisia olens Ehlers.

Ampharétiens : Ampharele palagonica Kinberg.

Térébelliens : Amphitrile kerguelensis Mac Intosh. Pista crislala (O.-F. Müller).

Thelepus speclabilis (Verrill).

Thelepus antarclicus Kinberg.

Serpuliens : Serpula vermicularis Linné.

Spirorbis Perrieri Caullery et Mesnil.

V. En outre, certaines espèces de l'Antarctique sud-américaine existent aussi sur les côtes ou dans le voisinage des îles des mers australes : îles Kerguelen, île Marion, ile Heard, île Crozet, île Bouvet, iles subantaretiques dépendant de la Nouvelle-Zélande (Campbell,

Auckland, Macquarie, ete.) ; ce sont :

Exogone heteroselosa Mac Intosh. — Kerguelen. — Marion.

Grubea rhopalophora Elhlers. — Kerguelen.

Eusyllis kerguelensis Mac Intosh. — Kerguelen.

Trypanosyllis gigantea (Mac Intosh). — Kerguelen.

Plalynereis kerguelensis Mac Intosh. — Kerguelen.

Plalynereis magalhaensis Kinberg (1). — Kerguelen. — Iles subantarctiques néozélandaises.

Lumbriconereis magalhaensis Kinberg. — Bouvet.

Lælmalonice producla Grube. — Kerguelen. — Heard.

Enipo rhombigera Ehlers. — Bouvet.

Hermadion magalhaensi Kinberg. — Kerguelen.

Harmolhoe croselensis. — Crozet.

Nephlihys macrura Schmarda. — Kerguelen. — Bouvet.

Scoloplos kerguelensis Mac Intosh. — Kerguelen.

Travisia kerguelensis Mac Intosh. — Kerguelen.

Amphitrile kerguelensis Mac Intosh. — Kerguelen. — Bouvet.

Scione spinifera. — Bouvet.

Thelepus speclabilis (Verrill). — Bouvet.

Thelepus anlarclicus Kinberg. — Kerguelen. — Marion.

Polycirrus kerguelensis (Mac Intosh). — Kerguelen.

Serpula vermicularis L. — Kerguelen.

Spirorbis Nordenskjüldi Ehlers. — Bouvet.

VI. Quelques Polychètes de l'Antarctique ont une aire de distribution assez étendue. Tels sont, par exemple :

Phyllodoce madeirensis Langerhans, qui, dans la région antarctique, existe au cap Adare et en outre dans le Pacifique, à Juan-Fernandez, à une latitude voisine de celle de Valparaiso et, dans l'Atlantique, aux Falkland et à Madère ;

Platynereis magalhaensis Kinberg, qui est connu sur les côtes du Chili, du Pérou, de la Colombie, dans l'Atlantique jusqu'à Fernando-Noronha, sur les côtes atlantique et pacifique de l'Amérique du Sud, par conséquent,

(1) Sous le nom de Nereis australis Schmarda, W.-B. Benham (Report on the Polychæta of the subantarctic Islands of New Zealand, art. XI, PI. IX, 1909) réunit les espèces suivantes : Platyne-

reis magalhaensis Kinberg, Platynereis antarctica Kinberg, Platynereis patagonica Kinberg, Nereis Eatoni Mac Intosh.

ANNÉLIDES POLYCHÈTES. 21 et en outre, d’après W.-B. Benham, dans les îles subantarctiques dépendant de la Nouvelle-Zélande ;

Harmothoe hirsuta Johnson, qui vit sur les côtes américaines, dans les deux hémisphères, puisqu'il a été découvert sur les côtes de Californie.

Plusieurs espèces peuvent être regardées comme cosmopolites ; il en est ainsi de Lætmalonice producta Grube (Antarctique sud-américaine, Kerguelen, Heard, côtes d'Irlande, Japon); Rhodine Lovéni Malmgren (Antarelique sud-américaine, cap Adare, côtes du Nord de l'Europe et de l'Amérique, mer Baltique, côte orientale de l'Amérique, Côte orientale d'Afrique); Pista cristata (0.-F. Müller) (Antarctique sud-américaine, région magellanique, mers du Nord de l'Europe et de l'Amérique, côtes anglaises, Méditerranée); Serpula vermicularis LL. (Antarctique sud-américaine, région de Magellan, Kerguelen, Marion, océan Atlantique, mers du Nord, Méditerranée).

A ce point de vue, 1l faut mentionner spécialement deux des espèces pélagiques rapportées par le « Pourquoi Pas ? ». Les formes pélagiques, en général, peuvent être portées dans les diverses régions du globe par les courants marins, superficiels ou profonds. T'omopteris (Johnstonella) septentrionalis Quatrefages ex Steenstrup, connu d'abord dans les mers arctiques, à été trouvé ensuite dans l'Atlantique et en différents points du Pacifique compris dans la région nofiale circumpolare d'Ortmann, et enfin dans l'Antarctique, au voisinage du 70° degré de latitude sud. Le Sagitella Kowalewskii Wagner vit dans les mers arctiques, dans l'Atlantique et dans l'Antarctique sud-américaine.

VII. Quand on compare respectivement les Polychètes de l'Anlaretique aux espèces des mêmes genres des mers arctiques, on est frappé des analogies très marquées qui existent entre certaines espèces des deux régions. Comme je l'ai fait remarquer au sujet de la collection d’Annélides Polychètes rapportée par le « Français », l'Eteone Reyi Gravier ressemble beaucoup à l'£feone Lilljeborgi Malmgren des mers boréales. De même, les helepus antarcticus Kinberg peut à peine être distingué du T'helepus cincinnatus (Fabr.) du Nord. Ehlers à signalé la similitude de l£nipo (Polynoe) antarctica |Kinberg) et de l'Enipo Kinberqi

Malmgren, du nord de l'Europe. D'après le savant naturaliste de Gôttin-

22 ANNÉLIDES POLYCHÈÊTES.

gen, 1l n'y aurait pas moins de 21 espèces communes aux contrées arctiques et aux côtes de la pointe sud de l'Amérique. Parmi elles, il en est un certain nombre qui ne sont connues que dans les régions arctiques et antarctiques ou subantarctiques, et que l’on peut, par conséquent, considérer comme « bipolaires ».

Malgré les résultats très importants des nombreuses expéditions scientifiques qui ont sillonné les océans, nos connaissances sont encore fort incomplètes en ce qui concerne la répartition géographique des Polychètes, particulièrement dans le Pacifique. Il peut être fort imprudent de regarder comme « bipolaire » une espèce que l’on ne connaît actuellement que dans les mers septentrionales et dans les eaux antarctiques. Le cas d'un Maldanien, ARhodine Lovéni Malmgren, est tout à fait instructif à cet égard. Jusqu'en ces dernières années, on ne l’avait trouvé que dans les mers scandinaves. Le « Southern Cross » l’a dragué en 1900 au cap Adare (Victoria Land), à 15 mètres environ de profondeur (la température de l’eau, au fond, étant de 30° F., c’est-à-dire — 1° C. environ), au sud du 71° degré de latitude sud; le « Pourquoi Pas? » la recueilli à Pile Petermann, dans l'Antarctique sud-américaine. Jusqu'à la publication du mémoire d’'Ehlers (1908) relatif aux Annélides Polychètes de la « Tiefsee Expedition » (1), il paraissait être une espèce « bipolaire » typique ; mais ce mémoire nous apprit que la « Valdivia » l'a trouvé (1898-1899) sur la côte orientale d'Afrique, presque à l’équateur, à 2°58" de latitude nord, à 1362 mètres de profondeur, la température de l’eau au fond étant 6° C.

La réserve doit être plus grande encore, lorsqu'il s’agit d'espèces pélagiques à la dissémination desquelles les courants marins, superficiels ou profonds, peuvent si fortement contribuer. Ainsi le Zomopteris (Johnstonella) septentrionalis Quatrefages ex Steenstrup, qu'on à cru localisé dans les mers aretiques, a été recueilli plus tard dans l'Atlantique, puis en divers points du Pacifique et enfin dans l'Antarctique. Il semble bien difficile, dans ces conditions, d'accepter l'opinion de D. Rosa, qui le regarde comme « bipolaire ».

(1) E. Euvers, Die bodensässigen Anneliden aus den Sammlungen der deutschen Tiefsee-Expedition, Jena, 1908.

D. — ÉTAT ACTUEL DE NOS CONNAISSANCES RELATIVEMENT A LA FAUNE ANNÉLIDIENNE DES MERS ANTARCTIQUES ET SUBANTARCTIQUES.

Pour apprécier le développement de la faune annélidienne dans l'Antarctique, il est utile d'examiner, famille par famille, l’état actuel de de nos connaissances à ce sujet, d'après les résultats publiés jusqu'ici des expéditions scientifiques qui ont parcouru les mers australes. Les espaces explorés dans cette partie du globe sont fort limités; en ce qui concerne l'Antarctique proprement dite, on peut même dire que la seule région sur laquelle on possède des documents abondants est précisément celle qui a été sillonnée par les croisières du « Français » et du « Pourquoi Pas? », c'est-à-dire l'Antarctique sud-américaine. Il reste donc énormément à faire au point de vue qui nous occupe, et les conclusions que l’on peut tirer de ce que nous savons aujourd'hui pourront être fortement modifiées par les expéditions futures. Néanmoins, dès maintenant, on peut déduire quelques conséquences utiles des résultats acquis et indiquer même, dans une certaine mesure, les lacunes à combler, en tenant compte surtout des récoltes faites dans les mers subantarctiques, sur lesquelles on possède plus de renseignements

que sur l'Antarctique proprement dite.

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