‹ Annélides polychètesChapitre 54 sur 81 · XI. — FAMILLE DES SPZONIDIE NS Sars · texte numérisé non relu

XI. — FAMILLE DES SPZONIDIE NS Sars

Genre HESOSP10 Gravier.

Mesospio Moorei Gravier.

(PI. VII, fig. 80-83 ; PI. VIII, fig. 84-86.)

Ch. Gravier, Sur les espèces nouvelles de Polychètes provenant de la seconde expédition antarctique française (1908-1910), Bull. du Mus. d'Hist. Nalur., 1911, p. 313.

En injectant d'alcool un Stelléride pris dans la nasse posée sur un fond vaseux, à 10 mètres de profondeur, dans la baie de l’Amirauté (île du

Roi George, anse Est, Shetlands du Sud ; latitude : 620 12” sud ; longitude :

(1) E. Envers, Die Polychæten des magellanischen und chilenischen Strandes. Ein faunistischer Versuch, Berlin, 1901, p. 185.

(2) B. ne Sanr-Josepu, Les Annélides Polychètes des côtes de Dinard, 3° partie (Ann. des Sc. nat., Zool., 7° série, t. XVII, 1894, p. 42).

ANNÉLIDES POLYCHÈTES. IOI

60055 ouest de Paris environ), M. L. Gain trouva, dans la masse sortant du tube digestif, une vingtaine d’Annélides, parmi lesquels un Spionidien; les autres étaient des Capitelliens qui seront décrits plus loin. Ces animaux avaient sans doute été avalés accidentellement avec la vase où ils vivaient.

Le Spionidien, en bon état, mesurait 16 millimètres de longueur ; sa plus grande largeur ne dépassait guère 1 millimètre, pour le corps seul, sans les parapodes. La couleur de l'animal conservé est d’un vert très pâle. Il compte 51 sétigères, et, en outre, plusieurs segments rudimentaires à l'extrémité postérieure.

Sur une sorte de mufle tronconique repose une plaque prostomiale, qui en avant (PI. VII, fig. 80) a une forme rectangulaire à angles arrondis, et qui, en arrière, se termine en une pointe s'avançant Jusqu'à la limite postérieure du deuxième segment sétigère ; cette pointe reste adhérente aux parties sous-jacentes et ne forme pas un tentacule occipital. La plaque prostomiale porte quatre yeux disposés en trapèze : les antérieurs, de forme un peu allongée ; les postérieurs, circulaires, plus petits et plus rapprochés l'un de l’autre. De chaque côté de ces derniers, s'insèrent deux puissants palpes tentaculaires à gouttière inférieure profonde.

Ventralement, les segments sont séparés par des sillons qu'interrompt, sur la ligne médiane, une dépression longitudinale. Sur la face dorsale, une crête relie l’une des branchies à l’autre, à chaque segment. Les branchies commencent au second sétigère et se continuent jusqu'à l’extrémité postérieure du corps, sauf dans les derniers segments ; elles ont la forme d’une lame épaisse, à bords repliés lun vers l’autre, de façon à circonserire une rigole tournée vers l’extérieur.

Le premier parapode est peu développé; il n'a pas de branchies. Les deux lamelles, dorsale et ventrale, ont la même forme, mais sont de dimensions plus restreintes qu'aux segments qui suivent. I n°y a qu'un seul faisceau de soies à la rame dorsale. La lamelle dorsale à laspect d’une feuille à sommet arrondi qui s'insère immédiatement au-dessous de la branchie ; même dans les segments antérieurs, cette lamelle ne s'étend que fort peu le long de la branchie ; elle conserve la même forme,

en se réduisant de taille d'avant en arrière, comme on peut le voir dans

les figures 84 et 85 (PL. VI), relatives, la première au vingt et unième séligère, la deuxième au quarante-troisième; elle reste toujours moins saillante que la branchie du même segment. La lamelle ventrale a sensiblement les mêmes caractères d’un bout à l’autre du corps : elle est peu saillante ; son bord libre est toujours entier et convexe, sans aucune échancrure.

Quant au mamelon sétigère dorsal, il est peu développé; 1l porte un faisceau composé uniquement de soies capillaires. Ces soies, plus ou moins arquées, sont extrêmement fines (PI. VIT, fig. 82); quelques-unes sont presque droites ou légèrement infléchies à l'extrémité libre, qui est longuement eflilée (PI. VII, fig. 81), sans limbe distinct, bien qu'elles paraissent amincies sur les bords; leur saillie sur les côtés du corps s'exagère plutôt d'avant en arrière; aux derniers segments, elles sont encore fort longues.

A la rame ventrale, le mamelon sétigère est indistinct. Dans les 14 premiers sétigères, il n'est muni que de soies capillaires fines, semblables à celles delarame dorsale, mais plus courtes ; au quinzième sétigère, apparaissent les soies encapuchonnées. Les soies dorsales diminuent en nombre à mesure qu'on s'éloigne du prostomium ; en même temps, les erochets deviennent au contraire un peu plus fréquents; j'en compte huit au vingtième sétigère, dix au quarante-troisième, où ils sont accompagnés d'une seule soie capillaire ; la partie terminale de ces crochets (PL. VIT, lig.83) est faiblement arquée ;leursommet porte deux dents, dont la supérieure est moitié environ de l’autre; ces pointes sont tournées vers la partie antérieure de l'animal; le capuchon est bien développé.

Quatre cirres foliacés entourent l'anus : deux ventraux, rapprochés l’un de l’autre, et deux autres insérés latéralement au-dessus des précédents (Pl. VIT, fig. 86). Le pygidium présente sur la face ventrale une pigmentation brune qui s'étend peu en avant.

Le Spionidien dont la description précède ne parait rentrer dans aucun des genres de Spionidiens actuellement connus, tels que les définit F. Mesnil (1).

(4) F. Mesniz, Études de morphologie externe chez les Annélides. L. Les Spionidiens des côtes de la Manche /Bull. scient. de lu France et de la Belgique, 1896, t. XXIX, p. 117).

L'absence de cornesfrontalesexelutlesgenres Scolelepiset Marenzelleria:; celle de toute modification au cinquième sétigère, les genres Polydoraet Boccardia:; celle de branchies au premier sétigère, le genre Laonice. Parmi les genres à branchies apparaissantau deuxième sétigère, comme celui dont il est question ici, il n'y en a que deux qui soient dépourvus de soies encapuchonnées à la rame supérieure, ce sont les genres Wicrospio et Nerinides ; ce dernier a une ventouse anale et doit être écarté. Reste le genre Microspio, chez lequel le prostomium est un peu échancré en avant, mais ne se prolonge pas en arrière en carène, les soies encapuchonnées apparaissent au huitième ou au neuvième sétigère, et qui possède en outre des poches folliculeuses (comme les Polydores) absentes ici. C’est surtout par la forme du prostomium quele Spionidien en question différerait du genre Microspio Mesnil.

C'est néanmoins de ce genre Wicrospio qu'il se rapproche le plus : par l'apparition des branchies au deuxième sétigère, par les soies encapuchonnées localisées dans larame ventrale, par les quatre cirres anaux. Les deux espèces pour lesquelles F. Mesnil a crééle genre Wicrospioétaientd’ailleurs rangées dans le genre Spio (Spio Mecznikowianus Claparède, Spro atlanticus Langerhans). Le Spionidiende l'Antarctique ressemble aussi au genre Spio s. st. par divers caractères, notamment par l'apparition des crochets encapuchonnés au quinzième sétigère, par l'absence des poches glandulaires, etc.

Je propose de donner au Spionidien décrit ci-dessus le nom de Wesospto, nouveau genre qui serait ainsi caractérisé :

Prostomium présentant en avant une partie rectangulaire à angles arrondis, prolongé en arrière par une carène saillante, sans tentacule occipital:; branchies à partir du deuxième sétigère, jusqu'aux derniers segments du corps; vers le quinzième séligère, des crochets encapuchonnés à la rame ventrale seulement. Anus entouré de quatre cirres.

L'espèce nouvelle de Wesospio sera caractérisée par ses soies capillaires très fines, sans limbe discernable, par ses soies encapuchonnées commençant au quinzième sétigère et par ses quatre cirres anaux foliacés.

Un Spionidien dragué par la « Valdivia », à 439 mètres de profondeur

à l’est de l’île Bouvet (54°29" latitude sud), décrit par Ehlers (1) sous le nom de Spionidarum gen. et sp.?, paraît se rapprocher de celui dont il est question ici. L'auteur n'a eu malheureusement entre les mains qu'un exemplaire mal conservé et incomplet. De couleur foncée, ce fragment, ayant 49 sétigères, mesurait {1 millimètres de longueur et 3 millimètres dans sa plus grande largeur. Le prostomium a la forme d’une plaque presque rectangulaire, à bord antérieur presque droit, aux angles arrondis, avec un prolongement en pointe qui s'étend sur la face dorsale jusqu'au deuxième sétigère. Il n’y a pas de cirre tentaculaire impair redressé ; la moitié postérieure de la plaque portait deux paires d'yeux. Ces cirres lentaculaires étaient absents, probablement tombés.

Les parapodes du premier segment sont incomplètement développés. Dans les deux rames des parapodes suivants, jusqu’au trentième sétigère, il existe de grands éventails de soies capillaires à double limbe, plus développés dans les segments antérieurs que dans les postérieurs. Plus loin, la rame ventrale possède, en petit nombre, de grands crochets grêles encapuchonnés, avec une double pointe. Dans la partie antérieure du corps, à la rame dorsale, est une grande lèvre foliacée mince qui, à son extrémité supérieure, se prolonge en une languette pointue; à la rame inférieure est une languette ovale plus petite, et, au bord ventral, un lobe foliacé qu'Ehlers considère comme un cirre; en arrière, la languette décroît peu à peu, tandis que le cirre ventral croît relativement beaucoup. La première branchie, au second parapode, est pen développée et presque complètement séparée du lobe foliacé, comme en arrière. Ces branchies paraissent cesser brusquement au quarante-troisième sétigère.

L'absence de la partie postérieure du corps, et peut-être de nombreux segments, ne permet pas une identification complète, parce qu'il reste à savoir si toutes les rames dorsales sont dépourvues de crochets encapuchonnés.

Il est impossible de préciser les rapports de ce Spionidien vis-à-vis des genres Wicrospio et Aonides.

Par rapport au Spionidien du « Pourquoi Pas ? », la différence la plus

(1) E. Encens, Die bodensässigen Anneliden aus den Sammlungen der deutschen Tiefsee-Expedition, Jena, 190$, p. 108.

importante est celle qui est relative au cirre ventral; il serait d'autant plus intéressant d'être fixé sur les rapports entre les deux formes que celle de la « Valdivia » provient d’un dragage pratiqué à l’est de l’île sase | I Bouvet, dans la région subantarctique par conséquent. ? O Je dédie cette espèce nouvelle du genre Wesospio à M. le P° J.-B. Percy Moore, de l’Université de Philadelphie, auteur d'importants

travaux sur la faune annélidienne de diverses parties de l'Amérique.

. XII — FAMILLE DES À RICIENS Savigny.

Genre ARICIA Audouin et Edwards (Sars, Malmgren rev.). Aricia Ohlini Ehlers.

(PI. VI, fig. 70-73.)

Ehlers, Die Polychæten des magellanischen und chilenischen Strandes. Ein faunistischer Versuch, Berlin, 1901, p. 167, Taf. XXI, fig. 9-13.

Je rapporte à cette espèce décrite par Ehlers trois Ariciens récoltés par M. le D'°J. Liouville à Petermann, à marée basse, sur des roches plates. Le plus grand des trois, contracté fortement, enroulé sur lui-même, mesure environ 7,5 de longueur, sur une largeur qui n'excède en aucun point 2°",5; le nombre des sétigères est de 171. La forme générale est relativement grêle ; il n'existe nulle part, à la face ventrale, de ces papilles si développées chez certaines espèces, comme par exemple chez l’'Aricia Michaelseni Khlers, de la région magellanique. La couleur de ces individus conservés dans l'alcool est d’un gris verdâtre, qui n'indique rien quant à la teinte qu'avaient les animaux vivants. Le tégument présente des irisations assez vives.

Le prostomium a la forme d’un cône à pointe mousse, dont la largeur à la base est sensiblement égale à la longueur. Le premier segment, presque aussi long que les deux suivants, ne porte pas de parapode. A la limite postérieure du prostomium et de chaque côté, on remarque deux petites fossettes qui correspondent probablement aux organes nucaux.

Dans la partie antérieure, le corps est un peu aplati, surtout sur la face

dorsale ; la séparation des segments est mieux marquée à la face ventrale

2 Expédition Charcot. — Gravier. — Annélides Polychètes. 14

qu'à la face opposée. Plus en arrière et jusqu’à l'extrémité postérieure, la face ventrale se bombe fortement, tandis que la face dorsale, sur laquelle se localisent les appendices parapodiaux dans la seconde moitié du corps, est fort peu convexe. à

Les premières branchies se montrent, déjà assez grandes, au sixième sétigère ; elles croissent un peu d'avant en arrière et se maintiennent de grande taille jusqu'à l'extrémité postérieure; elles sont même plus développées en arrière qu'en avant. Dans les premiers segments branchifères, elles sont tout à fait indépendantes des parapodes ; mais, un peu en arrière et dans toute la longueur du corps, leur base se soude à la rame dorsale du parapode. Elles ont la forme d’une languette, dont la longueur estau plus égale au double de la largeur à la base, et qui est rétrécie assez brusquement dans la partie distale (PI. VI, fig. 72). Un gros vaisseau axial esttoujours visible par transparence dans son épaisseur. Elles sont bordées des deux côtés par une membrane translucide qui forme comme une aile étroite et qui rappelle celle qu'Ehlers a signalée et figurée chez Aricia marginata Ebhlers. Chez cette dernière espèce, la bordure est noire, formée de particules dont Ehlers dit ne pas connaître l’origine, mais qui peuvent, selon lui, être composées d’une boue de teinte sombre collée en ces points au tégument. Les branchies restent complètement isolées lune de l'autre dans un même segment; nulle part, il n'existe de crête les reliant l’une à l’autre, comme cela a lieu chez quelques espèces, par exemple dans la partie postérieure du corps d’'Aricia marginata Ehlers.

La rame dorsale est formée d’un mamelon pédieux peu saillant, portant de longues soies capillaires plus où moins arquées, avec des striations profondes très régulières sur le bord convexe; les plus longues de beaucoup sont les plus dorsales. Elles sont, en somme, du type habituel; en arrière de ce faisceau de soies, est une languette, renflée à sa base, dont la longueur grandit un peu d'avant en arrière, en même temps que la largeur diminue (PI. VE, fig. 72, trente-septième sétigère ; PI. VI, fig. 73, cent vingt-septième sétigère). Au point de vue de la lonoueur surtout, la prédominance de la branchie par rapport à cette languette dorsale est beaucoup moins marquée dans la partie antérieure

que dans la partie postérieure du corps.

Quant à la rame ventrale, elle est formée, dans les dix-neuf premiers segments du corps, par un gros bourrelet latéral qui croît en dimension Jusque vers le onzième ou le douzième sétigère. Dans les segments complètement développés, il y a toujours trois rangées complètes de soies, et une quatrième rangée postérieure commencée du côté ventral (PI. VI, fig. 70). Les soies aciculaires (PI. VI, fig. 71) sont plus ou moins recourbées à leur sommet libre ; elles se terminent en pointe mousse : elles ne présentent pas d’encoche ni de dépression au-dessous du sommet. Au dix-neuvième sétigère, il y a une petite languette en arrière du bourrelet qui porte ces crochets.

Dans la seconde partie du corps, le mamelon inférieur se réduit, de même que la petite languette qui l'accompagne. Tandis que, dans la partie antérieure du corps, le mamelon est armé d’un bouquet de cinq ou six soies de mêmes caractères que celles de la rame dorsale; il n’en à plus qu'une ou même plus du tout dans la plupart des segments de l'extrémité postérieure. La languette ventrale présente le même développement, faible, d’un bout du corps à l’autre.

Par le nombre des segments de la première partie du corps, par le rang du premier segment branchifère, par la disposition des soies aciculaires à la rame ventrale, le Spionidien de l'Antarctique rappelle très exactement l'Arzcia Ohlini Eblers. Mais la forme des soies aciculaires et celle des parapodes offrent quelques différences, comme on peut le constater en comparant respectivement les figures 12 et 13 (Taf. XXI du mémoire d'Ehlers aux figures 71,72 et 73 (PI. VI) du présentmémoire. Seulement, Ehlers n’a eu entre les mains que deux fragments ayant l’un quarante et un, l’autre quarante-six segments; le plus grand avait 17 millimètres de longueur. Jerapporte avec quelque réserve le Spionidien déerit plus haut à l'espèce étudiée par Ehlers, car ilme semble que les analogies l’emportentsur les dissemblances. Letype,quin’est peut-être pas suffisam-

ment connu, avaitété recueilli à Tribune-Bank, dans le détroit de Magellan.

Genre SCOLOPLOS Blainville (Œrsted rev.).

Scoloplos kerguelensis Mac Intosh.

(PI. V, fig. 60-63.)

Mac Intosh, Annelida Polychæta, The Voyage of H. M. S. «Challenger» , vol. XII, 1885, p. 355 ; PI. XLIII, fig. 6-8 ; PI. XXXIIA, fig. 19. Ehlers, Polychæten der hamburger magalhaensischen Sammelreise, 1897, p. 97. — Magellanische Anneliden, Nachr. der kôn. Gesellsch. der Wissensch. Gôüllingen, Math.-phys. Klasse, 1900, p. 218.

— Die Polychæten‘des magellanischen und chilenischen Strandes. Ein faunistischer

Versuch., 1901, p. 169.

Willey, Annelida Polychæta, Report on the Collections of natural Hislory made in the anlarctice Region during the Voyage of the « Southern Cross », London, 1902,

Ehlers, Die bodensässigen Anneliden aus den Sammlungen der deutschen Tiefsee-Expedition, Jena, 1908, p. 117.

C'est avec doute que je rapporte au Scoloplos kerquelensis Mac Intosh sept Ariciens provenant du chenal de Roosen, en face de Port Lockroy; ils ont été dragués à 28 mètres de profondeur, dans la vase. À part un individu en assez bon état qui, enroulé sur lui-même, avait 17 millimètres de longueur, tous sont mal conservés; la partie postérieure est macérée.

La partie antérieure du corps (PI. V, fig. 60) ressemble beaucoup plus au Scoloplos armiger O.-F. Müller, tel que l’a représenté W. Mau (1), qu'à la figure donnée par W.-C. Mac Intosh (PI. XLIIE, fig. 6). Les languettes parapodiales, dans les premiers segments du corps, sont rudimentaires, tandis que Mac Intosh les représente filiformes, avec une assez grande longueur. Ici, la première branchie n'apparaît qu’au treizième sétigère ; les branchies croissent d'avant en arrière; elles sont relativement beaucoup plus grandes dans la partie postérieure du corps que dans la partie antérieure ; au vingt-deuxième (PI. V, fig. 61), elles ont déjà pris un développement notable. La languette dorsale est triangulaire ; le bouquet de soies, dont les plus voisines du plan de symétrie sont très longues, est disposé en éventail; à l’autre rame, le mamelon sétigère saillant ne porte que quatre soies, du même caractère que les précédentes.

(4) W. Mau, Ueber Scoloplos armiger (Zeitschr. f. wissensch. Zool.,t. XXXVI, 1881, p. 389-432, PI. XXVI et XXVII).

Ces deux rames se réduisent beaucoup dans la partie postérieure (PI. V, fig. 62). Chez aucun des exemplaires, la région postérieure n’est assez bien conservée pour qu'on y retrouve les cirres filiformes que W. Mau a observés chez le Scoloplos armiger.

Les soies, très saillantes, très fines, très acérées, ont des aspects variés suivant leur orientation. Toutes présentent une striation transversale assez serrée, qui paraît correspondre à des encoches. Dans certains cas, elles semblent porter comme des écailles de chaque côté ; dans certains autres, elles ont, d’un côté, comme une sorte de limbe gaufré ; dans d’autres encore, elles sont comme creusées d’une rigole, dont les bords offrent des saillies régulièrement disposées (PL. V, fig. 63). Ce sont probablement les divers facies d’une même espèce de soie. Mac Intosh dit d'ailleurs justement au sujet de ces soies : /#is Lo be noted that the appearance of such bristles varies considerably according to the adjustement of the focus.

Ehlers signale, à côté du Scoloplos kerquelensis Mac Intosh, des Scoloplos recueillis par Michaelsen près de Corral (sud du Chili, latitude 3952 sud), qu'il ne peut séparer, dit-il, du Scoloplos armiger O.-F. Müller; les branchies manquent au douzième, parfois aux treizième el quatorzième premiers segments.

Chez les Spionidiens du « Pourquoi Pas? », la première partie du corps ressemble beaucoup plus au Scoloplos armiger qu'au Scoloplos kerquelensis. En revanche, les parapodes paraissent différer sensiblement de ceux du Scoloplos armiger; ici, le cirre dorsal à la forme d’une languette qui se rétrécit à partir de la base, tandis que, d’après la figure 56 (PI. XXVI) de W. Mau, cet appendice se dilate au-dessus de linsertion, de façon à figurer une feuille. De plus, le mamelon sétigère ventral est ici plus simple que ne le représente Mau; il n'a ni lobe latéral, ni appendice cirriforme, comme l'indique cet auteur.

C'est pourquoi j'adopte, avec réserve, le nom donné par Mac Intosh; il est possible qu'il fasse double emploi avec celui de O.-F. Müller.

Eblers dit, à propos du Scoloplos kerquelensis, qu'il n’a vu, comme

Mac Intosh, que des animaux de petite taille; il n’est pas invraisemblable

de penser que le Scoloplos kerquelensis n’est, peut-être, qu'une forme jeune du Scoloplos armiger.

Le Scoloplos kerquelensis, en tout cas, est connu aux Kerguelen, dans la région magellanique, au Victoria Land (cap Adare) et dans le chenal

de Roosen.

NII. — FAMILLE DES FLABELLIGÉRIENS Saint-Joseph.

Genre FLABELLIGERA.

Flabelligera mundata Gravier.

(PI. VIIT, fig. 87.)

Ch. Gravier, Annélides Polychètes, Expédition antarclique française (1903-1905), 1906, p. 37, PI. IV, fig. 31-32; fig. 22-23 dans le texte.

Le «Pourquoi Pas ? » a rapporté un grand nombre d'exemplaires de cette espèce; la première expédition antarctique française n’en avait recueilli que deux, à Port Charcot, à 40 mètres de profondeur.

Le dragage du 24 décembre 1908, à 32 mètres de profondeur, à Port Foster, le long de la côte ouest de l’île Déception, sur un fond de petit gravier et de vase, en a procuré onze spécimens qui tous, sauf un, sont de grande taille. Le géant a 11,5 de longueur. Le nombre des segments ne parait pas croître en proportion de la taille; lun des plus grands exemplairesavingt-neufsétigères ;unautre, de 6 centimètres, ena vingt-six. Douze autres spécimens proviennent du dragage effectué le 26 décembre 1909, au milieu de la baie de l'Amirauté (île du Roi George, Shetlands du Sud; lalitude : 62° 12"sud ; longitude : 60° 55" ouest de Paris), à 420 mètres de profondeur, sur un fond de vase et de cailloux ; la température de l'eau au fond était de + 0°,5 C. Parmi ces exemplaires de tailles diverses, il en est un de » centimètres de longueur qui porte de nombreux ovules dans la cage céphalique; ce fait, que j'avais déjà constaté sur l’un des individus de la même espèce rapportés par la première expédition antaretique française, montre que le Ælabelligera mundata doit être classé parmi les Polychètes incubateurs.

Un certain nombre de ces Flabelligériens portent des hôtes divers

lixés sur la tunique muqueuse et semi-transparente qui les recouvre :

ANNÉLIDESVPOLYCHÈTES. III 1° des Ascidies simples; 2° des Térébelliens, dont les tubes vaseux s’enroulent parfois autour des Tuniciers commensaux comme eux du Flabelligérien ; c’est dans ces conditions que j'ai trouvé deux exemplaires de Leæna wandelensis Gravier et un exemplaire de Z'helepides Kæhleri Gravier.

Chez l’un des individus, je parviens à détacher la couche épaisse de mucus qui recouvre le corps; elle a plus de 2 millimètres en certains points sur le dos, mais est plus mince sur la face ventrale. Le corps présente en avant une partie en forme de coupe, sur les bords de laquelle sont fixées de longues soies; celles-ci constituent dans leur ensemble une cage qui enveloppe les palpes et les branchies (PI. VIT, fig. 87). À la face dorsale, les bords de la coupe s'étendent en une pointe triangulaire, terminée par une petite languette médiane. En arrière, se montrent les parapodes, très saillants de chaque côté. Le mamelon sétigère dorsal est plus développé que le ventral, dont il est séparé par une dépression bien marquée. Sur la face ventrale, les parapodes antérieurs se continuent dans une bande, dont la saillie décroit un peu d'avant en arrière. Sur la face dorsale, la segmentation disparait complètement. Les mamelons sétigères de ces premiers segments, — surtout au premier et au second, — sont orientés vers la partie antérieure.

Malgré cette épaisse carapace, le corps est pigmenté. Le tégument est orné de petites taches violettes assez régulièrement distribuées ; à l'extrémité des mamelons sétigères, particulièrement des dorsaux, on remarque une collerette d’un violet beaucoup plus foncé. La pointe dorsale médiane est également teintée en violet plus intense que le reste ; la même coloration s’observe sur les branchies.

Le volume de ce fourreau, d'apparence muqueuse, est certainement supérieur à celui du corps de l'animal. Lorsqu'on examine au microscope une tranche mince de ce mucus, on distingue, dans la masse, des canaux disposés parallèlement les uns aux autres d'une manière bien régulière. Considérés dans leur ensemble, ces canaux paraissent être sensiblement rectilignes; mais, à un fort grossissement, ils se montrent sinueux dans tout leur parcours. Au point de départ de tous ces canaux, on voit toujours un renflement qui s’étire en un col, que prolonge le canal. Le

It? ANNÉLIDES POLYCHÈTES.

renflement contient des granulations de diverses tailles. Quelle est la signification de ces capsules? Sont-ce des éléments glandulaires, sécréteurs du mucus et entraînés dans sa masse ? Il serait intéressant

de suivre le mécanisme de la formation de cette épaisse enveloppe.

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