‹ Annette et le criminelChapitre 9 sur 16 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Annette fut surprise de la magnificence et du luxe qui éclatoient dans le salon où elle étoit alors. La rapidité desévénemens qui venoient de se passer ne lui laissoit pas le loisir d'une réflexion bien profonde , et elle ne pouvoit que se laisser aller à ce mouvement machinal des sens qui , dans les circonstances les plus

(6) grandes fie la vin, produit souven dos choses singulières , telles que le .silence de f aberration quand il faudrait parler , et le langage de la folie quand il scroit urgent de se taire; le rire au lieu de la gravité, et la gravité au lieu du rire.

Annctle étoit assise sur un fauteuil de velours noir ( couleur de mauvais présage , qu'elle abborroit , et dont , par la suile , clic se rappela le triste augure en des moincns bien critiques ); une table de marqueterie tres-riebe Ja séparoit de Tétre extraordinaire qui , depuis buit jours , erroit dans ses méditations sans en être 1* objet principal , absolument comme dans la tragédie de Corneille, dont la mort de Pompée est le sujet; ce grand homme voltige.

( 7 ) remplit la scène tout mort qu'il est, et semble éclipser César triomphant.

L'étranger , le coude appuyé sur la table , ne disoit mot et paroissoit embarrassé; Annette, toujours tremblante, gardoit le silence, et un spectateur, s'il y en avoit eu un pour cette scène singulière, auroit cru, qu'entre ces deux êtres, il s'agitoit un fantôme qui les déroboit l'un à T autre. Alors Annette, jetant un furtif regard sur son hôte, et voyant sur sa figure les marques d'un combat intérieur, fut frappée une seconde fois de l'idée quelle étoit en quelque sorte à sa discrétion, et la terreur s'empara d'elle

L'américain, de son côté, sembloit en proie à une situation si violente, que son caractère s'en dé-

menloit. Cette figure énergique et audacieuse prenoit tous les caractères de la timidité, et bientôt des gouttes de sueur parurent sur son front , sans qu'aucune puissance humaine eût pu lui faire prononcer un seul mot : il se conlentoit de regarder à la dérobée la jeune fille qu'il renoit de sauver , et ces regards éloient empreints d'un feu si violent, qu'il en paroissoit terrible et sombre.

Cette situation , précédée de tous les petits événemens dont on vient de lire le délail , sans compter Tenirvement extraordinaire et romanesque d1 Annette , étoit d'un prodigieux intérêt pour les âmes de ces deux acteurs , et il y avoit quelque chose d'original dans leur mutuel silence ,

(9) quoiqu'au fond il soit très-naturel dans les grandes émotions.

L'étranger se leva , sonna , et demanda par son nom une demoiselle qui arriva bientôt précédée de l'ami du maître de la maison : ce dernier , en entrant , lança un sourire presque moqueur sur Annette et son ami. Alors l'américain , s adressant à la jeune demoiselle, rompit le silence enlui disant de conduire Annette à son appartement , et de veiller à ce que ses moindres désirs lussent satisfaits. Annette se leva, balbutia quelques mots , et , saluant les deux amis, elle se retira lentement, ayant recueilli un dernier regard de r étranger, regard qui fut empreint d'une telle force, qu'il alla jusqu'à son cœur.

( to)

En fermant la porte du salon, elle entendit son libérateur dire à son ami, avec un accent de dépit :

« Mille canons! j'aimerois mieux êlre devant une batterie et sûr de mourir même, que devant elle'.....

j etois comme une cire qui fond au soleil, sans énergie , et une honte'.....

Annette nen entendit pas davantage , car elle continubit de marcher en suivant la femme-de-chambre qui la guidoit à travers les appartemens.

La phrase qui venoit de parvenir à son oreille sufGsoit pour lui révéler l'étendue de la passion de l'étranger pour elle , et l'expression brusque de ce sentiment ne ponvoit guère déplaire à mademoiselle Gérard.

— Mademoiselle, lui dit safemmede-chambre , en lui ouvrant une

porte , vous voici dans l'appartement de Madame....

— Que voulez-vous dire? répondit Annette , en l'interrompant, car cette dénomination luiapportoitune foules d'idées.

— Mademoiselle , répliqua la jeune fille , c'est le nom de cet appartement. Avant que Monsieur achetât ce château, cette chamhre avoit toujours été la chambre à coucher de la maîtresse de la maison, et comme Monsieur n'estpas marié , cet appartement reste inhabité.

Cette explication satisfit Annette qui, fatiguée desévénemens de cette journée , s'endormit bientôt avec cette naïve confiance, l'apanage des helles âmes, qui fait que Ton croit difficilement au mal

Cependant la conversation qui sVtoit entamée quand Annettc sortit, avoit continué , et elle est trop intéressante pour que nous la passions sous silence.

— Et, continua l'amant <T Annette , une honte invincible me faisoit rougir et trembler ; je ne crovois pas qu'une jeune fille fût si imposante !...

— C'est que probablement tu l'aimes, lui répondit son ami, car tu n'as pas toujours eu les mêmes procédés avec Mélanie de S .'-André, dont ta vengeance a causé la mort.

Franchement , il est difficile de reconnoîlre F audacieux auteur de la révolte à bord de la Daphnis dans celui qui tremble aujourd'hui devant une jeune fille , surtout après avoir

( i3) passé toute sa vie sans faire attention aux jolies princesses que nos camarades et moi-même avons fes-

toyées Tu avois raison d'avoir

honte !... tandis que tu devrois n'être occupé qu'à de grandes choses , depuis une quinzaine , te voilà devenu moins qu'un vieux sac à argent tout vide.

Ici l'américain retourna sa tête vers son ami par un mouvement plein de grandeur , il lui lança un regard foudroyant, et lui dit : « Je

suis maître de moi , et je l'ai

été des autres !..,..

— Morbleu ! lu l'es encore de moi ! — reprit le discoureur ; mais ] ai des droits sur toi en ma qualité d'ami dévoué ; on ne sépare pas l'arbre de l'écorce , et je dois te dire

que tu es dans un mauvais chemin.

Que diable feras-tu dans ce pays ?....

qu'y prétends-tu ?.... Est-ce à toi à pourrir àDurantal aux genoux d'une fille qui ne sera jamais la maîtresse et dont tu ne feras pas ta femme ?....

— Pourquoi pas ?.... reprit-il vivement , si elle m'aime , si elle est digne de moi ; pourquoi ne vivroisje pas ici tranquillement avec toi, ma femme , mes enfans ? mes enfans !.... répéta-t-il a*vec force; conçois-tu , après une vie aussi agitée et aussi terrible que la mienne , le bonheur de presser des marmots de ces mêmes mains qui ont serré si souvent la mort?... Vernyct, nous sommes des gueux !

— Attends , dit Vernyct en se levant et regardant dans l'enfilade de

pièces qui de chaque coté s'étendoit : bon , il n'y a personne , continue

— Nous sommes des brigands !....

le regard de cette jeune fille m'a fait voir cela mieux que je ne l'avois jamais vu; or, quand deux capitaines forbans , pirates , corsaires et féroces , comme nous l'avons été, se trouvent avoir atteint un port de salut , se voient au milieu de dix millions, considérésouprètsàrètre, c'est folie de ne pas rester tranquilles , de ne pas se croiser les mains derrière le dos en contemplant le présent, sans regarder l'avenir ni surtout le passé.

— Tu le veux , dit Vernyct , (i)

( i ) Vci nyct , dans le VicaLrt des Ardznnes ,

soit!.... mais, mille cartouches , ne restons pas en France où à chaque instant nous pouvons être reconnus ; Argow est signalé et Vcrnyct aussi!

— Argow peut 1 être ! ce n'est pas mon nom!....

— Maxendi Test aussi , reprit vivement Yernyct avec un sourire.

— Et je ne me nomme ni Argow ni Maxendi !...

— Ques-tu donc?.... le diable ?...

Tantechrist ?.... quoi?....

— Je suis , reprit Argow , je suis

etoitle premier lieutenant et i'ami intime d'Aigow-Maxeudi , pirate forcené , auteur de plusieurs crimes, tels que l'assassinat de 31. de Saint-André et de sa lilJe Mélanie.

(IVotc de l'éditeur)

( i7 ) un enfant de l'amour; mais, en tous cas , Ton ne m'a pas fait beau.

Pour te dire quels furent mes parcns , je l'ignore ; mais , ce que je sais , c'est que je suis de Durantal , et voilà pourquoi je veux rester en ce pays : Valence , comme tu le vois , est ma patrie.

— Ce sera , dit Vernyct , désormais la mienne

— Demain , continua Argow, demain , je puis savoir quel est le nom sous lequel on m'a baptisé , car , en rn exposant sur la voie publique , on a eu soin de me mettre un petit écrit au cou ; et le matelot qui m'a trouvé , ce pauvre Hamelin , Ta toujours conservé. A Cbarles-Town , la veille d'être pendu , il m'apprit tout cela ; et, lorsqu'il fut frappé à mort, il

( 18 ) m'a remis ce chiffon de papier.

Comme voilà la seconde fois que je viens ici depuis trois ans , je n1ai pas encore songé à une pareille vétille , car que Ton pende Argow, Maxendi , J acqiies , Pierre ou Paul , cela m'est fort égal : quand on dispute sa vie à chaque minute , on s'inquiète peu de son nom : avant de penser a nommer son château , jl faut l'empêcher d'écrouler. Cependant, sans savoir qui je suis, attendu que je suis propriétaire de Durantal, j'ai pris , par la grâce de Dieu et ma volonté , le nom de Marquis de Durantal , puisque j'en possède le fief et que l'ancienne noblesse reprend ses titres Du diable si l'on pense «à chercher , dans M. le Marquis , lWrgow de la Daph-

( *9 ) |&!«... d'ailleurs, Badger(i) est préfet ici , il le sera long-temps, et j'espère que nous pouvons être tranquilles

— M. le Marquis , dit en riant Vernyet, voudroit-il se donner la peine de chercher son papier et ses titres de noblesse ?

Celui que nous appellerons désormais M. de Durantal se leva , et , faisant tourner par un secret le dessus de la table en marqueterie auprès de laquelle il étoit , il prit une liasse de papiers et se mit à chercher.

(i ) M. Badger , dans le Vicaircdes Ardenneâ , < toit un banquier dont la fortune veuoit principalement des bienfaits d'Argow , et qui ignoroit les autecedeus de la vie de son bienfa iteur.

( D'oie île l'éditeur )

— Depuis deux ans et demi , dit-il , que nous sommes en France , nous avons toujours été comme des lé- Triers qui chassent au renard , courant après nos vieux chiens de brigands pour les faire taire , achetant et visitant des propriétés ; je crois que voilà , depuis que je suis ici , le

premier moment de repos J'ai

fourré là tous les papiers qui concernent la terre de Durantal , et je veux que le diable m'emporte si j'y trouve de Tordre !.... Il faudra , Yernyct, que lu te mettes l'intendant , voir les fermiers , parcourir les propriétés , les environs , nous mettre hien avec tout le monde Ah !

voici !,

Les deux amis s'approchèrent avec curiosité , et lurent , sur un

parchemin tout crasseux et qui sentoit encore le tahac du dépositaire , la phrase suivante que Ton pourroit nommer une phrase baptistaire :

Jacques, né le l4 octobre 1786, dans la paroisse de Duranlal , fils de

S et de M..... , baptisé le lendemain

par M. M , curé du lieu.

— Ton extrait de baptême est facile à trouver, s'écria Vcrnyct; mais tes parens ?

— Mes parens , reprît Je Marquis de Durantal, jen'en comtois qu'un :

c'est ce pauvre Hamelin qui me donnoit du tabac , me faîsoit grimper sur les mâts , me barbouilloit de rhum et de goudron. L'océan est mon berceau , les vaisseaux mes langes, et le vieux matelot ma nourrice ; si je l'eusse écouté , je serois

resté honnête homme ! mais

quand j'ai été pirate , il Ta été : pauvre bonhomme , i! m'auroit suivi

au diable !

— Tiens, s'écria Vernyct en frappant sur l'épaule de Jacques , tu as un charme d'homme qui est invincible !... Mais écoute-moi , Jacques , puisque Jacques est ton nom , ne te maries pas?.... prends cette jeune fille pour maîtresse t et reste ce que tu es : un diable incarné , châtiant la terre , un instrument de fer que je ne sais qui fait mouvoir : de temps en temps nous prendrons un brick , et , pour ne pas nous rouiller, nous irons nous dégourdir les doigts en frottant les anglais ou les espagnols , n'importe qui , pourvu que nous sentions les boulets nous

friser la tcte ! .. et puis après, nous reviendons ici tout joyeux ; tu retrouveras ta chère enfant et moi la mienne , elles viendront à notre rencontre.... Elles nous conduiront ici , dans un petit paradis

— Finiras-tu , reprit Jacques et veux- tu ne pas me rompre la tête de tes sornettes ?.... Ma main ne se lèvera plus que pour ma défense , mon pied n'écrasera plus personne que pour ma vengeance ; enfin , je veux vivre en bourgeois de la rue Saint-Denis , et épouser celte jeune fille entends-tu : voilà mon dessein ; il est là ( et il montroit son front).

— En ce cas , dit Yernyct , c'est une affaire finie , n'en parlons plus!

mais me réponds tu que madame

Jacques ne mettra pas à la porte Tarni du capitaine ?

— Jamais cela ne sera de mon vivant ! ne sommes-nous pas frères ?

— Allons , puisque je vivrai toujours avec loi , que nous serons toujours ensemble , le reste m'est indiP férent : bonsoir.

Les deux amis se séparèrent en se donnant une poignée de main , et quelques instans après tout dormit dans le château.

D'après cette conversation, Ton doit voir que M. de Durantai ne croyoit éprouver aucune difficulté à épouser Annette , et il parloit de son amour et de ses desseins pour elle avec cette assurance qu'ont tous les gens habitués à ne trouver au-

curie résistance à leurs volontés ; du reste , il n'est personne qui , riche comme l'étoit Argow , n'eût eu la même conviction.

Cependant Annette dormoit , et son sommeil, par un effet du hasard, se trouvoit empreint de ses pensées de la veille. L'influence qu'un rêve avoit sur son esprit nous oblige à le raconter tel qu'il fut , et ainsi qu'elle le raconta souvent par la suite quand elle récapituloit toutes les petites circonstances que nous avons fidèlementrapportées, et qui lui servoient de présages.

Elle rêva , elle qui étoit si chaste et si pure , et cette partie de son rêve lui donna la souffrance horrible du cauchemar ; elle rêva qu'après bien des combats Argow se

trouvoit à coté d'elle , sur son propre lit virginal , dans celle chambre de Paris que nous avons décrite au commencement de cette histoire.

Là , une fois que cet être extraordi naire y étoit parvenu, elle éprouvoit de lui une multitude infinie de soins et de délicatesses , un respect même qui ne sembloit pas compatible avec les manières et le caractère qu'on de voit supposer à son époux d'après son aspect; car, en effet, elle se rappeloit l'avoir épousé , mais cette souvenance , dans son rêve , n'arrivoit qu'alors que M. de Durantal franchissoit l'obstacle qu'Annette avoit élevé entrellc et lui.

Cette jeune fille , poussée par l'influence absurde du rêve , triomphoit de sa propre pudeur et de

toutes ses idées ; enfin , pour vaincre le respect étonnant de ce singulier être, qui voyoit en elle une divinité et la traitoit comme telle , Annette folàtroit et badinoit avec lui; elle jouoit , et, en jouant, elle prenoit celte tête énorme aux cheveux bouclés et fappuyoit sur son épaule d'albâtre, passoit sa main dans la chevelure , et , par ces caresses enfantines et pures , elle sembloit l'encourager. Pourquoi ? elle fignoroit ; mais une chose, qui la flattoit au dernier degré , c'étoit de voir deux yeux étiaceler et se baisser tour à tour.

Ce fut alors que , posant cette tète sur son sein , elle aperçut sur le cou une ligne rouge imperceptible , fine comme la lame d'un couteau , et

(28) cette ligne , rouge comme du sang; faisoit le tour du cou de son époux, précisément au milieu. A peine ses yeux eurent-ils vu cette marque , qu'une sueur froide la saisit et l'arrêta : comme une statue , elle garda la même attitude ; elle vouloit parler sans le pouvoir , et une horrible peur la glaçoit. Elle s'éveilla dans les mêmes dispositions , tremblante , effrayée , et son cœur battoit si fortement qu'il ressembloit , par son bruit , à une voix entrecoupée.

Dans les idées d'Annette , un rêve étoit un avertissement émané du domaine des esprits purs qui saisissoient l'instant où le corps n'agissoit plus sur l'âme pour guider , par des images informes de l'avenir , les êtres que leur amour pour

( 29 ) les deux rcndoient dignes de l 'attention spéciale de ces esprits intermédiaires qui voltigent entre la terre et le ciel.

Or , ce rêve avoit une signification qu Annctte n'osoit même pas entendre : elle écoutoit , trcssailloit ; et , dans son appartement faiblement éclairé par sa lampe , elle tàchoit de ne rien regarder , parce qu elle trembloit d'apercevoir cette tête de son rêve , et , par-dessus tout , elle vouloit oublier cette ligne de sang. Elle se rendormit pourtant après avoir secoué sa terreur , mais elle revit encore en songe , et dans un songe dénué de toutes les circonstances du premier , cette même tète , scindée par cette même ligne qui sembloit marquer son époux d'un borrible sceau.

( 3o ) Les teintes fraîches et pures de Tau rore la trouvèrent encore dans cette même horreur , mais en proie à Tirrésolution et à tout le vague de Tinterprétation d'un tel songe. Elle s'agenouilla, fit sa prière, non pas une prière verbale telle que souvent Ton en inculque aux jeunes gens par T effet de leur belle mémoire , mais une prière mentale dans laquelle elle rassembloit toutes les forces de son âme pour prendre un essor vers les cieux. Se réfugiant ainsi , par un élan sublime , dans le sein même de la grande Providence qui régit les univers quelle a créés , Annette , plaintive et soumise , demandoit , face à face , au Dieu que sa méditation lui faisoit entrevoir, le bonheur auquel chaque créature adroit.

ou tout au moins la force de la résignation et le courage de supporter les épreuves de son pèlerinage terrestre*

Annette , après cette prière , se trouva comme soulagée ; elle venoit en quelque sorte de déposer le fardeau de sa crainte aux genoux du père des hommes : c'étoit à Dieu à veiller désormais sur elle , sur la plus confiante de ses créatures, sur celle qui, par instinct de sentiment, eroiroit à Dieu quand même un athée prouveroit que l'Être suprême n'existe pas.

Elle se leva , ouvrit la fenêtre qui donnoit sur les jardins et le parc ; et après en avoir franchi les trois marches, elle admira la vue étonnante de beauté que lui présentèrent toutes les belles campagnes de Va-

lence comme inondées des flots de la lumière du soleil levant. Elle se promena en admirant la beauté -du parc, mais plus encore la magnificence des bâtimens immenses de Durantal. « Cela est bien beau , se disoit-èllc ; » mais , ramenée partout à ses idées religieuses, elle ajouta : « Mais Dieu seul est grand. »

En parcourant les jardins, elle arriva à la cour d'honneur du château , et, après l'avoir examinée, elle vit une autre cour dans laquelle des valets nettoyoient une calèche élégante. Annette entendit les valets causer entr'eux, et le fragment suivant de leur conversation la convainquit de la pureté des intentions du généreux possesseur de Durantal.

— Pierre , disoit un Monsieur

(33) qu'Annette ne voyoit pas , vous mettrez à la calèche les deux chevaux blancs ! Monsieur va aller dans l'instant à Valence , et c'est Jean qui le conduira.

Annette , par suite de sa croyance que nul ne faisoit mal , n'avoit pas été inquiète , elle ne s'étoit alarmée que pour sa mère : cependant la phrase qu'elle venoit d'entendre lui causa une espèce de satisfaction ; il étoit clair que son hôte alloit la reconduire à Yalence chez sa mère.

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