‹ Annibal dans les AlpesChapitre 56 sur 89 · DEUX OBJECTIONS · texte numérisé non relu

DEUX OBJECTIONS

Cependant, nous avons fait une substitution de noms, puisque, en arrivant à 1*1 le et en conduisant Annibal « le long du fleuve », c'esl l'Isère, et non pas le Rhône, que nous avons suivie. Or Polybe réserve toujours l'épilhète de fleuve au Kliône. Beaucoup d'auteurs ont admis que les 800 stades le long du fleuve devaient être comptées le long de l'Isère, mais ils n'ont pas justifié leur interprétation..

Si pour notre part nous avons compté en fait ces 800 stades le long de l'Isère, nous reconnaissons du moins sans détours que nous sommes là en désaccord avec le texte.

Le long du fleuve. — Nous nous trouvons en effel de la sorte en contradiction avec une citation de Polybe qui se trouve dans son livre III. Annibal vient de traverser le Rhône de vive force et de faire passer les éléphants sur la rive gauche. ôvaXa#<»v

Avvijia; -z-j: ï/Aixv-zz jwcî TO'Jç It.-zï: r.pzf^^t tcjtci; x-z-jpoc-;^ r.y.py. t*>v ~o~x[xzv aies 8aX4mjç w: z~\ xïjv Eu>, xotîjy.svsç tyjv Ttopetav (ôç tl: n;v ;j.c-:7a-,2v -f,; Ivjpîô-Yjç (1). « Ayant rassemblé les éléphants et la » cavalerie, il les plaça à l'arrière-garde et prit les devants ; il mar- » cha le long du fleuve de la mer vers l'orient comme s'il eût voulu » cheminer vers le centre de l'Europe ».

Voilà qui est étrange et qui semble (nous disons qui semble) contradictoire.

Comment concilier « le long du fleuve » avec « vers, l'orient » et avec « vers le centre de l'Europe » ? Combien il est plus commode de cueillir isolément l'une ou l'autre de ces expressions.

Avec le « long du fleuve », on marche au Grand Saint-Bernard ou au Saint-Gothard ; avec « vers l'orient », on coupe court sur le Genèvre et le Viso ; avec « vers le centre de l'Europe », de celle de ce temps-là, on irait sur le Haut Danube. A la rigueur, on s'arrangerait sans trop de difficultés avec les deux derniers membres de phrase, mais que faire du premier ?

Encore le long du fleuve. — Et l'objection devient

(1) Polybe, III, 47. 1. Ed. Hultsch, 1888, p. 250 et 251.

d'autant plus embarrassante qu'elle est confirmée par une autre citation qui se trouve dans le môme livre : htl 8è xïéç îa^îîw; tsB ,Po5avo3 -zpî'jzyAvzi: r.xp' txbxbv :bv icotaptiv wç èxi Tac TTYjyàç ^(0C icpbç tïjv àva$oXfiv :wv "AXxewv t-Jjv s'ç 'iTaXfav yi'kizi -i-.pyy.zzt.zi (1). « Depuis le passage du Rhône, en voyageant le long du fleuve » même comme pour aller vers ses sources, jusqu'à la montée des » Alpes qui mène en Italie, il y a quatorze cents stades. »

Ce « le long du fleuve » est singulièrement persistant, puisque nous l'avons déjà trouvé dans l'extrait cité au chapitre II : « Anni- » bal ayant parcouru en dix jours huit cents stades le long du » fleuve commença à gravir les Alpes. » 'Aw$«ç &'4v +,\t.épaiç Uxa

T.:pfJ)z\: r.xpx xcv -z~.y\}.zv z\: zv.-.y/.zzizj: c~xziz'j: ^pzx-.z ~%z r.p'zq

-y.z "AXxsiç àva^o/^ç (2). Quoi qu'on ait pu dire. « le fleuve » désigne bien ici le Rhône, et cela pour deux raisons. Tout d'abord, comme le remarque Deluc(3), Polybe n'a nommé l'Isère qu'une seule fois par son nom (4), et par occasion, tandis qu'il a désigné quatorze fois auparavant le Rhône parle mot « le fleuve » ; la quinzième fois, c'est encore du Rhône qu'il s'agit. En second lieu, on peut remarquer, et cela est décisif, que les 800 stades le long du fleuve font partie des 1400 stades comptées le long du Rhône jusqu'à la montée des Alpes.

Si l'expression « le long du fleuve » ne nous mène pas jusqu'au Saint-Gothard, elle nous conduit bien au Simplon ou au Grand Saint-Bernard. Et alors nous tomberions dans les contradictions que nous avons signalées au chapitre VI, et dans bien d'autres.

« Le long du fleuve », c'est l'expression qui nous gêne ; c'est le grain de sable qui renverse l'édifice laborieusement construit. Pour trouver le fleuve, c'est-à-dire le Rhône, pour ne pas trop s'en écarter du moins, le colonel Perrin a fait traverser à l'armée d'Annibal le mont de l'Epine, en pleine montagne, à près de 2,000 mètres d'altitude, alors que Polybe parle d'un voyage en pays plat.

Avec bien d'autres, nous avons montré une préférence pour l'itinéraire par Grenoble ; c'est l'Isère que nous avons côtoyée, et Polybe le Rhône.

L'absence du Rhône, voilà donc le point faible de notre système*.

(1) Polybe, III, 39. 9. Ed. Hultsch, 1888, p. 241.

(2) Polybe, III, 50. 1. Ed. Hultscb, 1888, p. 2oo.

(3) Réponse de J. André Deluc à M. Letronne, Journal des Savans. 1819, p. 748-7.53.

(4) En réalité, c'est le Scaras qu'il a nommé, et non Y lier C.

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