L'ITINÉRAIRE D'APRÈS LE COLONEL PERRIN
Le colonel Perrin a restitué le parcours par des sentiers à rai-côte avec un souci de Texactitude qui ne peut être surpassé ; son itinéraire sur cette partie nous semble être le vrai (1), et ses idées nous paraissent justes, sauf quelques points de détail.
Nous indiquerons seulement dans le texte les têtes d'étape et quelques points intermédiaires par lesquels passent les sentiers.
/ro f*i ^c journées. — Nous avons vu que la première journée Annibal était arrivé à Saint-Alban, que la deuxième il s'y était reposé. Notre itinéraire (2) diffère en cette partie de celui du colonel, qui mène Annibal de Hauteville à Saint-Alban, en le faisant passer par la vallée de Montendry. '
3^ journée. — De Saint-Alban à la Chambre.
L'armée carthaginoise suivit le ruisseau de Saint-Pierre pour arriver au Pré Jourdan (cote 1400), descendit de là au Domaine, rejoignit la vallée, et dut camper en face de la Chambre. Distance : 25 kilomètres.
d'ajournée. — De la Chambre à Châtel.
Le passage de TArc s'imposait. Grâce à l'abondance des forêts, il dut être effectué sans difficulté. Après l'avoir franchi, Annibal gagna le Chàtel par Saint-Martin de la Chambre, Montaymont, la Colonna et Montvernier. Distance : 24 kilomètres.
(1) Le colonel ne s'est pas borné à des preuves positives. H a donné de plus une description détaillée des vallées qui conduisent du Rhône en Italie ; sur chacune il signale des impossibilités ; c'est une nouvelle démonstration en faveur du Clapier.
(2) Voir chapitre XI.
5^ journée. — De Châtel à Villard-Clément.
Là encore, le lit de l'Arc était barré par des escarpements. De Cbâlel, Annibal passa à Hermillon, arriva à Montandré et Greny, puis descendit à Villard-Clément. Il avaij dû s'élever de la cote 533 à la cote 1465. Distance : 20 kilomètres.
d'ajournée. — De Villard-Clément à Saint-Michel. Distance: 15 kilomètres.
Il prit le chemin jalonné de nos jours par Saint-Julien, Saint- Martin-de-la-Porle, la Porte et Vigny . C'est sans doute à Sain t-Michel qu'Annibal reçut les ambassadeurs gaulois qui venaient solliciter son amitié. Il importait en effet pour eux qu' Annibal ne fût pas informé de Féboulement récent du Clapier, dont la descente était devenue à peu près impossible ; qu'il ne cherchât pas un nouveau chemin par la vallée de Valloire, celle de la Guisanne et le Mont Genèvre ; et aussi qu'il ne prit pas à Modane le col de la Roue pour aller à Bardonnèche et de là à Suse.
Tous les Gaulois avaient été prévenus du piège qu'on lui tendait. Ceux de Tlsère allaient arriver par Pragnolan et le col de Chavièrc toujours praticable aux piétons ; ceux de la vallée d'Oulx par le col de la Roue ; ceux de l'Arc et ceux du Briançonnais venus par le Galibier n'étaient déjà peut-être pas loin des positions.
T" journée. — De Saint-Michel à Villerey (1). Distance : 16 kilomètres.
Il prit la route facile qui passe à flanc de coteau, et qui fut sans doute plus tard voie romaine, puisque les habitants l'appellent la Vie; il passa ainsi par la Buflaz, Basilières, le Poncet, Orelle et Noiray-Bonvillard.
8^^ journée. — De Villerey à Aussois. Distance : 22 kilomètres.
C'est pendant cette journée que se produisit l'attaque des Gaulois. Nous allons donner des détails.
La vieille route passait par Saint-André, franchissait un peu plus haut le torrent descendu du col de Chavière, et arrivait au hameau de la Perrière; puis, se maintenant sur les flancs à une grande hauteur, elle traversait la forêt au milieu d'éboulements
(l) Le Villarey sur la carte au
gypseux, et descendail à Araodon. Cest cet ilinéraire que suivit Annibal.
Un piège. — xpSTuspsuoixévwv S'ajtwv èxt Su'V;|xépatç, <juvaOp5iîjOév- Ts; oî 'jrpcsipTQfJLiVsi xal <juvay.cAcuOT^,aavT£ç èîrtTiOsvTat, çapacYY^ "f^va Sja^a-
Tov xat xpr^iJivjisTj zspatcuîAévwv ajTtov (1). « Pendant qu'ils (les Gaulois » servant de guides) marchent en tête deux jours durant, dit » Polybe, les autres se réunissent, suivent la colonne, et la sur- » prennent à la traversée d'une vallée- difficile et bordée de » rochers (2). » La vallée dans laquelle s'avançait l'armée carthaginoise répond exactement à la description de l'historien grec ; car, encaissée entre des massifs d'environ 3,000 mètres de hauteur, elle est fermée en travers depuis l'aiguille de Scolette (3,500"") jusqu'à la pointe de Léchelle (3,300™), par le chaînon transversal qui porte aujourd'hui les forts de Lesseillon.
Du côté de la rive droite de l'Arc, les pentes boisées, raides et escarpées de la montagne deviennent douces et cultivées sur 800 à 1,000 mètres de largeur, et retombent en chute brusque et escarpée sur le lit même de la rivière, sauf à Avrieux où elles se prolongent jusqu'au bord de l'eau. Au sud d'Amodon et au sud-ouest du Bourget, le rocher forme ime cuvette entourée de prairies.
Cet endroit était admirablement choisi pour y tendre une embuscade (3), et l'on conçoit quel désordre les Gaulois attaquant à l'improviste durent jeter dans la colonne : « les positions domi- » nantes appartenaient aux ennemis, dit Polybe, et les barbares, » manœuvrant à flanc de coteau, roulaient des pierres ou lan- » çaient des cailloux à la main, » twv y^p to^wv uTrepîeïiwv Svtwv
Toî^ rSKz\Lioi^, àvTirapavsvTe^ o». ^ap^apsi Tat^ Trapwpstaiî, xal toÎç [jLèv Taç iréTpa; e^Tiy.uXCsvTs; tsj^ 5' ky.y^cipzq tsC; XOoi^ tjxtovts^. (Pol., III, 53. 4.)
Heureusement pour l'armée, les bagages et la cavalerie étaient en tête : ils purent descendre vers Avrieux pour échapper à l'attaque.
(1) Pol., m, 52. 8. Ed. Hultsch, 1888. p. 258.
(2) J. A. C. Buclion a traduit : « un vaUon qui de tous côtés était fermé par des rocliers inaccessibles » (Paris, Desrez, 1838), et cette traduction, moins littérale, exprime peut-être mieux la topographie des lieux que décrivait Polybe en quelques mots.
(3) « Les Gaulois pouvaient se cacher et se dissimuler sur tous les points ; » mais pour fondre sur l'armée d'Annibal, il fallait se réunir, et ils ne pou- » valent le faire que sur le plateau d'Amodon. Hs ne purent Tattaquer » vigoureusement, qu'au moment où son arrière-garde arrivait à hauteur du » Bourget. » Colonel Perrin, p. 58.
et c'est précisément le seul point où le lit du torrent, qui se jette dans l'Arc, peut être franchi sans difficulté. Le convoi dut ensuite remonter le long de la crête rocheuse de Lesseillon, et venir passer, en montant les lacets, sous le fort Marie-Christine, ce qui ne fut pas très diflicile (1).
Ânnibal eut fort à faire pour protéger la marche de ce convoi :
e'.ç èXcŒ^spîi SiaTpoirYjv xal xivSuvsv ^y^^> outwç c5jT'avaY>wfff0fJvai tcv* Avv(- 3av ixeii tfjç ifjfjiKxeCaç Suvafjieb)^ vuxxepeuaai X6p( ti XeuxoxeTpov cy^pov xtùpiq Twv tiwzwv xal Twv G-TzsÇuY^^^» èçeîps'jôvta toutciç, cwç èv oXy; t?j vuxtI
tauTa [jLoXt^ èÇefjLYip jjaTo tfjç yapi^poc^ (Pol. III. 53. 4 et 5) : « le danger » fut tel qu'Annibal fut contraint avec la moitié de son armée de » passer la nuit sur un rocher fort et dénudé, coupé de sa cavalerie » et de ses bêtes de charge. Il tint bon, et la nuit tout entière suffit » à peine au convoi pDur se dégager du défilé (2). »
La roche nue. — Le rocher dont parle Polybe est ce rocher fort et dénudé que Ton voit se dresser comme une citadelle sur la rive droite de TArc, quand on prend la roule de Modaneà Bramans qui suit la rive gauche. Mais il faut remarquer que la dénudalion ou la blancheur n'est pas un fait exceptionnel dans ces régions, comme on a souvent semblé le croire ; à notre avis, la « roche nue » ou la « roche blanche » n'est donc pas sur la route d'Annibal un repère aussi important que beaucoup d'écrivains ont voulu le dire ; sans doute faut-il pouvoir la retrouver vers Tendroit où a eu lieu Tembuscade, mais on en trouverait partout dans ces vallées, à quelque endroit que Ton place l'embuscade (3).
(1) « Toute cette longue crête de Lesseillon était terminée par une paroi » verticale de rochers inaccessibles, si ce n'est un peu au-dessous du fort D Marie-Christine, où existe un cône de moraine qui permet de le franchir ; » on peut encore y passer de nos jours. » Colonel Perrin, p. 58.
(â) fi aurait donc fallu au convoi environ douze heures pour passer le défilé :'on peut en conclure sa longueur. En comptant 2 kilomètres à Theure seulement comme vitesse d'écoulement, on trouverait 36 kilomètres de longueur pour la colonne. On doit y comprendre, il est vrai, toute la cavalerie, et elle était forte de 7 à 8,000 hommes au moins, puisqu'à l'arrivée en Italie, malgré les pertes subies au Clapier, elle était encore de 6,000 hommes.
(3) Nous avons longuement correspondu au sujet de cette embuscade avec M. le colonel Perrin, qui nous écrivait très justement: a Les contreforts des » deux rives de l'Arc ne se composent que de terrains gypseux ou dolomiti- » ques ; vous avez dû remarquer, si vous avez couché à Bramans, que tous » ces contreforts sont exploités pour la fabrication du papier: l'aspect » général est donc bien réellemen' blanc. »
Si Polybe a signalé ce rocher dans son récit, c'est sans doulo parce qu'il présente un aspect particulier, et qu'il apparaît aux yeux du voyageur comme une fortification naturelle, mais c'est surtout parce qu'il joua, dans la lutte que soutint Annibal contre les Gaulois, un rôle prépondérant. C'est là que s'appuyait la gauche de rinfanlerie carthaginoise, qui avait fait face aux Gaulois apparus sur la montagne, et c'est le point sur le(|uel devait se porter naturellement reflFort des assaillants. M. le colonel Perrin ne croit pas qu'Annibal ait laissé ses troupes s'étendre jusque vers le bord de l'Arc, parce qu'elles n'auraient plus eu alors de ligne de retraite. Voici ce qu'il nous a écrit à ce sujet (1) : « Jamais ses » troupes ne durent s'étendre vers les points du contrefort escarpé » sur l'Arc, car elles n'auraient plus eu de ligne de retraite ; je » suis même certain que cet espace libre engagea l(»s Gaulois à » l'occuper, et que, dès qu'ils eurent fait cette faute, Annibal, » formant une colonne massive où entraient ses éléphants, passa » entre l'escarpement et la gauche de son armée, et, repoussant » par un effort violent les Gaulois, les précipita dans l'Arc ; ceci » fait, ses troupes remontèrent appuyer celles qui combattaient » vers le Bourget. »
Il est très probable en effet que le combat a dû se passer de cette façon ; mais, pour la nuit, les troupes gardèrent les points importants, et vers lesquels un retour inattendu de l'ennemi pouvait causer la perte de toute l'armée. C'est pour cela qu'Annibal passa la nuit à la roche nue, avec la moitié de son armée ; il avait choisi ce point parce qu'il était de grande importance, et l'avait garni de troupes, sans toutefois les pousser jusqu'à l'escarpement, ce qui eût pu devenir dangereux en cas d'attaque ; il avait sans doute porté ses réserves de ce côté, pour être prêt à toute éventualité.
Il faut bien se représenter en effet la manière dont la lutte s'était engagée. L'avant-garde carthaginoise avait déjà atteint le plateau d'Aussois quand les Gaulois donnèrent le signal de l'attaque: la cavalerie qui marchait en tête dut alors occuper le plateau, et remonter un peu la gorge d'Aussois pour empêcher les Gaulois de déboucher de ce côté. Le reste de la cavalerie et le convoi, sur lesquels roulaient des rochers, se réfugia vers Avrieux. On comprend quelles difficultés ils éprouvèrent à remonter le long de la
(1) Dans une lettre datée du 5 octobre 1901, de Périgueux où il s*est retiré.
crête de Lesseillon jusqu'au passage sous le fort Marie-(-hrisline. Pendant ce lemps, Annibal et ses fantassins soutenaient tout Tefforldu combat ; la roche nue, vers laquelle se trouvait la queue de la colonne quand l'attaque s'élait dessinée, devenait un des points de contact entre les assaillants et les Carthaginois ; vainqueurs, ces derniers couchèrent sur les positions.
Le convoi, après avoir passé par le col des forts de Lesseillon, et être arrivé sur le plateau d'Aussois, ne suivit pas le chemin qui conduit à Thermignon ; mais, descendant dans le lit du ravin de Saint-Pierre (rive gauche), où passe un chemin encore très fréquenté de nos jours, il se dirigea vers Briamans. « Le lendemain, » les ennemis partis, Annibal le rejoignit. »
9® journée, — D'Aussois au col du Clapier. Distance: 25 kilomètres.
Les troupes traversèrent TArc en face de Bramans, gagnèrent le Planais (1) et gravirent les lacets du Petit Mont Cenis qui étaient analogues à cette époque à ce qu'ils sont aujourd'hui.
Le col. — L'armée dut ensuite tournera droite à cent mètres en-dessous du sommet, passa par une corniche assez large (2), nullement dangereuse, et gagna les jolies prairies où. sont les granges de Savine. De là, elle put facilement arriver auprès du lac de Savine. (( La vallée est abritée du nord et dirigée de Test à )) l'ouest, dit le colonel Perrin ; la place pour un campement est » bonne.
Nous avons suffisamment parlé du col du Clapier au chapitre 5c pour ne pas insister sur ce sujet. Nous ajouterons cependant que le récit de Tite-Live, représentant Annibal qui s'arrête au commencement de la descente pour montrer l'Italie à ses troupes, peut être exact. Au lieu de s'engager dans le sentier au point le plus
(1) C'est alors sans doute qu'elles furent inquiétées par quelques maraudeurs, venus du vallon d'Elache. Peul-ôlre le furent-elles aussi vers le sommet du Petit Mont Cwiis.
(2) Nous avons parcouru, au mois d'août 1900, les deux sentiers qui, partant des lacets du Petit Mont Cenis, vont aux grandes de Savine ; ils sont très praticables, quoique nullement entretenus. Ce sont les chemins que suivent les troupeaux qui vont passer l'été dans les prairies de Savine; les
f paysans qui habitaient les chalets du Petit Mont Cenis et ceux (|ui habitaient es granges de Savine nous ont dit que ce passage s'effectuait toujours sans accident et sans difficulté. On s'en rend compte d'ailleurs facilement.
direct où est la croix, et d'où Ton n'aperçoit que Ja chafne de l'Assiette, on peut y arriver par le coin opposé d'où la vue est celle que nous avons décrite ; on n'allonge pas sensiblement le chemin.
iO^ et 44^ journées, — Séjour.
Nous croyons, contrairement à l'opinion de plusieurs auteurs, que c'est ainsi que Polybe a entendu les deux jours de repos.
La descente. — 4 ^"^ journée. — Du col du Clapier à Suse. (Descente des bagages, de l'infanterie légère et de la cavalerie). Distance : 20 kilomètres.
Le col est raide, mais ne présente pas d'obslacle sérieux au début. C'est seulement après être descendu de 600 mètres environ (de la cote 2,400 à la cote 1,800), qu'on arrive à un petit plateau où sont les ruines de un ou deux chalets et un petit moulin. Ce plateau, appelé dans quelques documents « le plan Clapier », est celui où Annibal dut faire camper les premières troupes qui étaient descendues. Devant lui se trouvait en effet le précipice de trois demi-stades qui existe encore.
Le défilé de trois demi-stades. — Le colonel le décrit ainsi (1):
« De tous les côtés les précipices vous entourent, et en avant, » un clapier effrayant de 200 mètres de hauteur ; c'est bien le » défilé d'un stade 1/2 de Polybe. Vous prenez un sentier très » étroit qui longe la paroi de gneiss écroulée; au milieu de » ce chaos, vous ne savez où placer le pied, les chèvres et les » jeunes génisses seules y passent. On peut se briser une jambe » à chaque instant; Annibal fit camper la portion qui était déjà » descendue sur ce plateau, où était une légère couche de neige ; » c'est au milieu de ce clapier que poussent des noisetiers et » quelques genévriers, premiers arbustes que l'on rencontre ; à » droite et à gauche, impossible de passer. C'est donc au col du » Clapier qu'il dut essayer de chercher un passage.
» A gauche, les rochers bouleversés du Bard ; à droite, il dut » essayer de descendre dans le lit du ruisseau où sont toujours » des neiges durcies que recouvrent de nouvelles neiges. C'est là
(1) Marche d'Annihal, Dubois, 1887, p. 63, 64, 65.
» que les troupes, en tournant le coin de l'éperon rocheux qui » s'avance, et où les roches sont délitées et instables, roulaient » dans les précipices sans pouvoir se retenir aux aspérités du sol,
> où les bêtes de somme, s'enfonçant dans la neige et traversant » la couche durcie, ne pouvaient plus avancer, ce qui força » Annibal à s'ouvrir une route dans le défilé du Clapier. Il suflî- » sait de combler les vides entre les débris rocheux, de casser les » pointes de ceux qui avançaient dans le sentier, pour permettre » aux hommes et aux mulets de passer. Ce travail, en effet, dut » être exécuté très rapidement et permettre dans la journée aux » bêtes de charge de descendre à Jaillon et à Suse. »
La Notice historique et descriptive de la province de Turin (Ministère de la Guerre, 1888) dit plus simplement qu'au-delà du plan Clapier « on ne peut descendre dans la vallée de Jaillon qu'en » passant par l'escalier du Clapier taillé dans une crevasse entre » deux assises de schiste. »
/5«, U^ et 45^ journées, — Travail de rodage par les Numides, pour élargir le sentier du Clapier et permettre aux éléphants de descendre à leur tour.
Annibal prit deux jours de repos (trois suivant Tite-Live), et, le troisième jour (Polybe), il descendit dans la plaine près de Rivoli.
Annibal débouchait ainsi en Italie vers la ville désignée plus tard par César et Slrabon sous le nom d'Ocelum, et qui fut la position limitrophe des deux provinces de Gaule ; la vraie position de cette ville a été déterminée récemment (1) à Drubiaglio, en face d'Avigliana, sur la rive gauche de la Doria Riparia, à vingt milles de Suse: Annibal était là au seuil de la plaine de Turin.
La neige ancienne. — L'identification de la descente proposée par le colonel Perrin est parfaite, et tous les termes de Polybe s'appliquent au terrain qu'on a sous les yeux. Un seul
détail laisse à désirer : èxl yàp Tr,v T:pcij7:apxcuaav xtcva xat SiaixeiJLSvr,xuîav sxTCu TîpOTepov ^^etiAwvcç depTt TfJ^ èxsToy^ rsTZTwxuCaç (Pol. III, 55. 1).
t Sur la neige ancienne et persislanle de Thiver précédent, dit
> Polybe, il venait Tannée même d'en tomber de nouvelle. »
(1) Voir E. Desjardins, La Gaule romaine^ t. I, chap. i, p. 82.
Or, il n'y a pas de neiges éternelles au coJ du Clapier (1). Le 14 août 1900, nous n'avons pas trouvé trace de neige au col même, nous avons seulement rencontré des coulées de vieilles neiges grisâtres au bas des penles venant des glaciers, et dans les ravins abrilés du soleil situés au sud-est du col. Et cependant, Polybe parle de neige ancienne.
Il est facile de répondre à cette objection. Il est en effet une observation que bien des alpinistes ont faite, et que la science elle-même a enregistrée, c'est la diminution continue des glaciers des Alpes ; là où jadis s'étendaient des nerges éternelles, on peut maintenant passer en été en foulant le sol naturel. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que le Clapier eût été jadis couvert de glaces toute l'année.
Mais on peut admettre plutôt que la couche inférieure durcie était constituée par de l'ancienne neige tombée non pas l'hiver précédent, mais Tannée même ; il faut songer qu'Annibal passait le col du Clapier vers le 29 octobre, et qu'à pareille époque il a neigé depuis longtemps sur les Alpes ; la vieille neige avait eu déjà le temps de fondre sous l'influerRe de la chaleur du jour, et de se congeler pendant la nuit, puis d'être recouverte par une couche nouvelle.
Enfin, il a pu se faire que Tannée ait été par exception très froide, et que la neige n'eût pas été fondue aussi complètement qu'à l'ordinaire. Il se produisait donc en ce cas un phénomène accidentel, et peut-être est-ce là ce que veut dire Polybe quand il considère ce fait comme étant « d'une étrange singularité. »
xb yip aufjLgaîvcv ïBtsv -^v xal ^apY;XAaYiJL£vcv. (Pol. III. 55. 1.)