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ÉBOULEMENT DU GRANIER

Un autre éboulement que nous citerons a eu lieu au treizième siècle, au seuil même que nous étudions, à dix kilomètres au sud de Chambéry, à l'endroit connu sous le nom d'Abîmes de Myans, auprès du village du môme nom.

Description de Saussure. — Voici comment Saussure décrit le terrain (2) ; sa description est encore exacte aujourd'hui.

(1) M. Douxami nous rappelait à ce sujet: « Tauredunum est placé par un )) grand nombre d'auteurs dans la vallée du Haut-Rhône, avant le lac de » Genève, près de Saint-Maurice-en-Valais. » (21 nov. 1901.)

M. Lugeonnous écrivait de son côté à propos de cette montagne : « Chacun » veut la placer dans son voisinage, beaucoup voient son emplacement sur » les bords du Léman, où sa place n'a jamais pu être délinie. L'emplacement )) au pied du Grammont prés Villeneuve, non loin de l'embouchure du » Rhône dans le Léman, est pour moi inadmissible, à la suite de recherches » en cours. » (6 nov. 1901.)

(2) Voyage dans les Alpes. Neufchàtel, Genève et Paris, 1779-96, tome III, p. 17 et 18.

« C*est une plaine d'environ une lieue en tous sens, couverte » de petites éminences de forme conique, comme des taupinières, » de 20 à 25 pieds de hauteur. » Vers le haut du Mont Granier se voit « une très grande échancrure située directement au-dessus » de ces abîmes, et qui paraît (1) être le vide qu'ont laissé les » rochers qui s'en sont détachés. Les eaux ont entraîné les parties » les plus mobiles de ces éboulis, mais les fragments des rochers » les plus solides ont résisté à Taction des eaux, et ont servi de » noyau aux éminences qui subsistent encore ; c'est ce que Ton » peut aisément vérifier sur la plupart d'entre eux malgré la terre » et rherbe qui les recouvrent. »

Saussure ajoute encore qu'une personne digne de foi aurait vu un missel très ancien renfermant une note manuscrite qui contenait en substance « que l'an 1249 et la vigile de Sainte-Catherine, à l'heure de minuit, se formèrent les abîmes de Myans par l'éboulement d'une partie de la montagne qui anéantit la plaine qui était en bas avec plusieurs villages d'alentour. »

Les abîmes de Myans. — Le chaos que présentent les abîmes est vraiment pittoresque. Des blocs énormes de rochers émergent de terre et étalent leurs formes grisâtres au soleil ; d'autres plus petits se dressent au milieu des terres dont l'homme a repris possession, et où poussent des vignes d'un excellent rapport. Le touriste qui parcourt à pied le terrain doit atout moment monter, puis redescendre, et il a la bonne surprise de rencontrer dans les creux d'élégants petits lacs qui s'appellent lac des Pères, lac Clair et lac Saint-André ; dans le fond du paysage, vers le S.-O., il aperçoit toujours comme un décor grandiose l'imposante silhouette du Granier. La légende de la catastrophe, rappelée à chaque instant par l'aspect du terrain, par les noms mêmes des lieux et par la dévotion populaire à N.-D. de Myans, fait planer sur ce paysage une poésie mélancolique.

La catastrophe. — C'est au xni® siècle que l'événement a eu lieu. Connu jusqu'à 1878 par une assez vague légende, il a été

(1) Ce n'est d'ailleurs qu'une simple apparence.

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mis en pleine lumière par les travaux de Tabbé Trépier (1). Ce prêtre a trouvé dans les archives de Tévêché de Grenoble toute une série de documents qu'il a publiés, classés et discutés ; il a pu écrire avec vérité que « la catastrophe a été racontée par des » chroniqueurs ou historiens de tous les siècles, depuis le » xm® inclusivement jusqu'au xix** ».

M. Ferrand a publié un récit abrégé de la catastrophe dans le 9** volume de ï Annuaire du Club Alpin français, en 1882.

C'est dans la nuit du 24 au 25 novembre 1248 que se produisit Téboulement; il engloutit six villages et seize hameaux, et fit périr cinq mille personnes. M. Tabbé Trépier regarde comme démontrée Texistence d'un tremblement de terre dont les secousses se sont fait sentir jusqu'en Angleterre, et qui aurait déterminé en Savoie l'eflondrement du Granier depuis longtemps disloqué.

État actuel du Granier. — En ce moment même (1900), le plateau du Granier est une figure irrégulière de près de 3 kilomètres carrés, présentant des crevasses dont la traversée est diflicile, même dangereuse, car elles « sont souvent cachées par » un épais tapis de rhododendrons. Le Mont Granier n'est plus

» qu'une ruine que le temps fera sans doute disparaître

» L'observation indique qu'actuellement plusieurs crevasses » s'élargissent; ainsi se préparent sans doute de nouveaux ébou- » lements (2). »

Autres éboulements. — En dehors des éboulements dont l'histoire a gardé la date, il en est d'autres dont on retrouve

(1) Recherchas historiques sur le Décanatde Saint-André, par l'abbé Trépier (1878-1886). Publiées aussi dans les Mémoires de l'Académie de Savoie,

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année 1879, tome VI de la' 3" série.

Sommet du

Calcaire Qrgonien

150 mètres

(2) M. Hollande. Etude sur les dislocations des montagnes calcaires de la Savoie. Chambéry, Imp. Nouvelle, 1889.

Cette dernière phrase vise principalement une lissure qui se voit directement de la vallée, et qui coupe le rocher de haut en bas à 150 métrés de l'angle nord du Granier ; une source jaiUit sur l'autre face. Depuis le village même Source des Marches, on peut distinguer à l'œil nu la crevasse et la source.

les traces sur le terrain, et qui n'ont été signalés par aucun chroniqueur.

C'est ainsi que M. Hollande nous signalait, « au nord de Saint- » Otlenge, les débris d'un éboulement assez considérable, de date » inconnue, mais qui n'a pu avoir aucune influence sur Thydro- )) logie générale de la région. » Il faut bien admettre néanmoins qu'il a contribué à en modifier la topographie.

Nous trouvons d'autre part, dans Menestrier (1), la description assez vague d'un autre éboulement qui se produisit au xvir siècle :

(( J'ai vu arriver en ce païs là quelque chose de semblable en la » montagne de Pied-Gros, presque vis-à-vis du Mont Granier, » quoique non pas d'une masse à beaucoup près de celte énorme » grandeur. »

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