‹ Anthologie classique des poètes du 19e siècleChapitre 120 sur 444 · PÈLERINAGE DE FAMILLE · texte numérisé non relu

PÈLERINAGE DE FAMILLE

J'ai revu la maison lointaine et bien aimée Où je rêvais, enfant, de soleils sans déclin. Où je sentais mon àme à tous les maux fermée. Et dont, un jour de deuil, je sortis orphelin.

J'ai revu la maison et le doux coin de terre Où mon souvenir seul fait passer sous mes veux Mon père souriant avec un front austère. Et ma mère pensive avec un front joyeux.

Rien n'v semblait changé des choses bien connues Dont le charme autrefois bornait mon horizon : Les arbres familiers, le long des avenues. Semaient leurs feuilles d'or sur le même gazon-;

T. La miniature est une peinture délicate, un objet d'art df petit r dintt-iisicn. Ce mot vient de ce que les lettres initiales des manuscrits étaient tracées au mini uni, au vermillon.

^. Parlant de l'automne, M""* de Sévignê dit : « Au lieu d'être '.es, les feuilles sont aurore, et de tant de sortes d'aurore que cela pose un brocard d'or riche et magnifique. »

IIO ANTHOLOGIE CLASSIQUE

Le berceau de bois mort qu'un chèvrefeuille enlace, Le banc de pierre aux coins par la mousse mordus. Ainsi qu'aux anciens jours tout était à sa place. Et les hôtes anciens y semblaient attendus.

Ma mère allait venir % entre ses mains lassées Balançant une fleur sur l'or pâle du soir; Au pied du vieux tilleul, gardien de ses pensées, Son Horace à la main, mon père allait s'asseoir.

Tous deux me chercheraient des yeux dans les allées Où de mes premiers jeux la gaîté s'envola; Tous deux m'appelleraient avec des voix troublées. Et seraient malheureux ne me voyant pas là.

J'allais franchir le seuil : « C'est moi, c'est moi, mon père =!...» Mais ces rires, ces voix, je ne les connais pas. Pour tout ce qu'enfermait ce pauvre enclos de pierre. J'étais un étranger!... Je détournai mes pas 5...

Mais, par-dessus le mur, une aubépine blanche Tendait jusqu'à mes mains son feuillage odorant. Je compris sa pitié! J'en cueillis une branche, Et j'emportai la fleur solitaire en pleurant !

Armand Silvestre.

1. Il lui semble que sa mère est là, qu'elle va venir. C'est l'illusion du souvenir.

2. C'est encore le poète qui va parler ainsi, lorsqu'il entend des voix inconnues.

3. On peut comparer les pages où la mère de Jocelyn revoit la maison natale (Lamartine) :

Je regagnai tremblant la porte du chemin. Soutenant sur mon cœur ma mère à demi-morte ; Et, dans le moment mime où la secrète porte Se fermait doucement sous la main de ma sœur, J'entendis les enfants du nouveau possesseur, Sortant de la maison en joyeuse tolc'e, Courir de haie en haie, et d'aUt't en allée.

POÉSIES DOMESTIQUES lit

Li: VALLON PATERNHL*

O vallons paternels, doux champs, humble chaumière Au bord penchant des bois suspendue aux coteaux. Dont l'humble toit, caché sous des touffes de lierre. Ressemble au nid sous les rameaux.

Gazons entrecoupés de ruisseaux et d'ombrages, Seuil antique, où mon père, adoré comme un roi. Comptait ses gras troupeaux rentrant des pâturages. Ouvrez-vous! ouvrez-vous! c'est moi.

Voilà du Dieu de'" champs la rustique demeure. J'entends l'airain Irémir au sommet de ses tours; Il semble que dans l'air une voix qui me pleure Me rappelle à mes premiers jours.

Oui, je reviens à toi, berceau de mon enfance. Embrasser pour jamais tes foyers protecteurs. Loin de moi les cités et leur vaine opulence! Je suis né parmi les pasteurs.

Enfant, j'aimais comme eux à suivre dans la plaine Les agneaux, pas à pas, égarés jusqu'au soir; A revenir, comme eux, baigner leur blanche laine Dans l'eau courante du lavoir.

[ J'aimais à me suspendre aux lianes légères-, A gravir dans les airs de rameaux en rameaux. Pour ravir le premier, sous l'aile de leurs mères,

I Les tendres œufs des tourtereaux.

I. L'enfance de Lamartine ne fut point aussi paitorale qu'on pourrait le croire en lisant cette page. Sa chaumière fut le château de Saint- Point. Ici donc sdn imagination se mêle aux souvenirs personnels Je it'unesse.

:. Les lianes sont des plantes sarmenteuscs et grimpantes qui foi- ..v)anent dans les forêts vierges d'Amérique, mais ne poussent guère sous le ciel de France.

J'aimais les voix du soir dans les airs épandues. Le bruit lointain des chars gémissant sous leur poids. Et le sourd tintement des cloches suspendues Au cou des chevreaux dans les bois.

Et depuis, exilé de ces douces retraites, Comme un vase imprégné d'une première odeur. Toujours, loin des cités, des voluptés secrètes Entraînaient mes yeux et mon cœur.

Beaux lieux, recevez-moi sous vos sacrés ombrages; Vous qui couvrez le seuil de rameaux éplorés. Saules contemporains, courbez vos longs feuillages Sur le frère que vous pleurez.

Reconnaissez mes pas, doux gazon que je foule, Arbres que dans mes jeux j'insultais autrefois'. Et toi, qui loin de moi te cachais à la foule. Triste écho, réponds à ma voix...

S'éveiller le cœur pur, au réveil de l'aurore, Pour bénir au matin le Dieu qui fit le jour. Voir les fleurs du vallon sous la rosée éclore. Comme pour fêter son retour;

Conduire la génisse à la source qu'elle aime, Ou suspendre la chèvre au cytise embaumé, Ou voir les blancs taureaux venir tendre d'eux-mème Leur front au joug accoutumé;

Guider un soc tremblant dans le sillon qui crie, Du pampre domestique émonder les berceaux, Ou creuser mollement au sein de la prairie Les lits murmurants des ruisseaux;

Le soir, assis en paix au seuil de la chaumière, Tendre au pauvre qui passe un morceau de son pain, Et, fatigué du jour, y fermer sa paupière Loin des soucis du lendemain;

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