LE BERNICA
Perdu sur la montagne, entre deux parois hautes,
11 est un lieu sauvage, au rêve hospitalier-,
Qui, dès le premier jour, n*a connu que peu d'hôtes;
Le bruit n'y monte pas de la mer sur les côtes.
Ni la rumeur de l'homme : on y peut oublier.
La liane v suspend dans l'air ses belles cloches ? Où les frelons, gorgés de miel, dorment blottis; Un rideau d'aloès4 en défend les approches; Et l'eau vive qui germe 5 aux fissures des roches Y fait tinter l'écho de son clair cliquetis.
Quand l'aube jette aux monts sa rose bandelette. Cet étroit paradis, parfumé de verdeurs, Au-devant du soleil comme une cassolette <•, Enroule autour des pics la brume violette Qui, par frais tourbillons, sort de ses profondeurs.
1. C'est le nom d'un site pittoresque que le poète admira dans Tilc de la Réunion.