‹ Anthologie classique des poètes du 19e siècleChapitre 188 sur 444 · I. Je lis dans l'Oiseau, de Michelet · texte numérisé non relu

I. Je lis dans l'Oiseau, de Michelet

« Oiseaux-mouches et colibris vivent impunément dans ces brillantes solitudes où tout est danger, parmi les plus venimeux insectes, et sur les plantes lugubres dont l'ombre seule fait mourir. L'un d'eux (huppé, vert et bleu) suspend son nid à l'arbre qui fait la terreur et la fuite de tous les êtres, au funèbre mancenillier.

« La vie, chez ces flammes ailées, est si brûlante, si intense, qu'elle brave tous les poisons. Leur battement d'ailes est si vif que l'œil ne le perçoit pas; l'oiseau-mouche semble immobile, tout à fait sans action. Un boni! hoiir ! continuel en sort, jusqu'à ce que, tête basse, il plonge du poignard de son bec au fond d'une fleur, puis d'une autre, en tirant les sucs, et pêle-mêle les petits insectes. Tout cela, d'un mouvement si rapide que rien n'y ressemble; mouvement âpre, colérique, d'une impatience extrême, parfois emporté de furie, contre qui? contre un gros oiseau qu'il poursuit et chasse à mort, contre une fleur déjà dévastée à qui il ne pardonne pas de ne point l'avoir attendu. 11 s'y acharne, l'extermine, en fait voler les pétales. »

POÉSIES PITTORESQUES l8l

Jamais cour plus fidèle et reine plus jolie!

La reine avait grand cœur; sa cour avait grand'faim;

L'avare jardinier maugréait ' ; mais en vain

11 rêvait d'en finir avec cette folie.

Elle est morte. Un matin, le méchant jardinier Du chapeau de l'enfant coiffe le cerisier, Comme un épouvantail contre la gourmandise.

Artifice trompeur! Les oiseaux, familiers,

Pensent revoir leur sœur , accourent par milliers :

Le cerisier, le soir, n'eut plus une cerise.

JOSÉPHIN SoULAK^.

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