PAPILLONS ET POÈTES
Papillons, ô papillons, Restez au ras des sillons.
Tout au plus courez la brande ' :
C'est assez pour vos ébats.
Qu'allez-vous faire là-bas Tout petits sur la mer grande ?
1. L'ombre tourne avec la terre qui fait sa révolution autour du soleil.
2. Ces pleurs sont les perles de la rosée matinale. 5. Lieux incultes où croit la bruyère.
POÉSIES PITTORESQtES 1 99
— Laisse-nous, décourageux ' !
Il faut bien voir d'autres jeux Que ceux dont on a coutume.
Quand on est lassé du miel, Ne sais-tu pas que le fiel
Est doux par son amertume?
— Mais des fleurs pour vos repas.
Là-bas vous n'en aurez pas.
On n'en trouve que sur terre.
Pauvres petits malheureux.
Vous mourrez le ventre creux Sur l'eau nue et solitaire.
— O l'ennuyeux raisonneur Qui met sur notre bonheur L'éteignoir d'avis moroses!
Ne vois-tu pas que ces prés Liquides sont diaprés '
De lis, d'oeillets et de roses ?
— Papillons, vous êtes fous.
Ces fleurs-là, m'entendez-vous.
Ce sont les vagues amères
Où les rayons miroitants Font éclore le printemps Dans un jardin de chimères.
— Qu'importe, si nous croyons Aux fleurs de qui ces ravons Dorent la belle imposture !
Dùt-on ne point les saisir.
N'est-ce pas encor plaisir
Qiie d'en risquer l'aventure :
— Allez, vous avez raison.
Comme vous à l'horizon
i. Le mol est-il autorise? Il veut dire : 1/11/ décourage, i. Nuancés de couleurs varices.
Mes vœux portent leur offrande.
Poètes et papillons, Partons en gais tourbillons, Tout petits sur la mer grande.
Jean Riche pin,