‹ Anthologie classique des poètes du 19e siècleChapitre 24 sur 444 · V. Hugo · texte numérisé non relu

V. Hugo

I. Je lis dans le journal d'Eugénie de Guérin : ■ La petite Nîorvonnais m'envoie un baiser, me dit sa mcre. Q.ue lui donnerai-je en retour d'aussi pur, d'aussi doux que son baiser d'enfant? Il me semble qu'un lis m'a touche la joue.

Que uf puis'je acfourir, eiifaul, quand tu m'apptllet. Quand lu trie dis: * Je t'aime et le veux eareiser ; » F.t que tes petits Ira', connue deux blanches ailes.

S'ouvrent pour ni'emhrasser.

De blancs agneaux que j'ai nu caressent souvent. Une colombe aussi sur mes lèvres se joue; Mais lorsque je reçois le baiser d'un enfant , Il me semble qu'un lis fest pencliè sur ma joue. Que j'ai tout le visage embaume' d'innocence. Que tout mou être enfin dnieni suax-e et pur. Ineffable plaisir, céleste jouissance!

Qhi: n'ai- je les baisers, enfant aux yeux d'a\ur! »

M. Saint-Marc-Girardin dit à propos des vers de \'. Hugo :

<< Quelle image charmante dans ces vers, charmante et grave comme

quelques-unes des madones de Raphaël! Derrière cette tête d'enfant, si

belle avec ses blonds cheveux et son doux sourire, je vois la grave et

'uchante image de la famille, son paisible bonheur, ses tristesses con-

)lées par la communauté de souffrance et de patience, ses devoirs qui

>mt des plaisirs, ses soucis qni sont des vertus, tout ce qui rend la

nnille douce et sacrée, tout ce que La Fontaine fuyait comme un

mbarras. Son caractère ôtait à son génie une des meilleures et des plus

racieuses inspirations de la poésie. «

l8 ANTHOLOGIE CLASSIQUE

RESPECT A L'ENIANT»

La foi, la loyauté, la pudeur, l'innocence,

Sont dans le cœur humain comme une exquise essence.

Que par le moindre choc le flacon soit fêlé.

Le précieux parfum est bien vite envolé!

Oh! laissons à l'enfant sa candeur jeune et fraîche,

Cette fleur qui velouté ou la prune ou la pêche,

Ce duvet délicat, virginité du fruit.

Qu'on ne saurait frôler sans que tout soit détruit;

Ce glacis de vapeur de la grappe dorée'.

Cet éclat de pastel-, poussière colorée,

Voile mince et subtil, à s'en aller tout prêt.

Réseau fin et ténu, qu'un souffle enlèverait,

Hnveloppe si frêle et si bien nuancée

Qu'on tremble d'y toucher, même de la pensée.

A M É O il L P O M M I L K .

Page 1