LES DEUX MAINS
Un jour, dans sa mauvaise humeur, La Main Droite en ces mots grondait sa pauvre sœur : « Il n'est rien que pour vous tous les jours je ne fasse. Mais de travailler seule à la fin je me lasse;
Vous ne savez rien toucher, rien tenir; Tant pis! et si pour vous, ma sœur, tout est de verre'. Je n'en peux mais-! d'un repos salutaire
A mon tour je prétends jouir.
Et désormais je ne veux plus rien faire. » D'un reproche aussi dur, avec quelque raison, La pauvre Main Gauche s'offense; Mais sur son éducation Elle rejette en vain son ignorance :
L'excuse alors n'était pas de saison ; Et, sans différer davantage, 11 fallut se mettre à l'ouvrage.
Elle essaya d'abord des travaux du ménage; Devenus plus laborieux.
Ses doigts devinrent plus agiles; Elle fit mal un jour, un autre jour fit mieux; Puis, défiant les plus habiles, A la honte des paresseux, Les travaux les plus difficiles Pour elle, enfin, ne furent que des jeux.
Vous qui de ne rien faire avez pris l'habitude. Retenez cette fable, et rappelez-vous bien Qu'en fait de savoir il n'est rien Dont ne viennent à bout le travail et l'étude.