I. Le père parle ici de lui-même
Il songe aux petits qui vont naître Et leur prépare un nid bien doux ' ; Il travaille, il souffre peut-être, Comme un père l'a fait pour vous.
Ce bon cfieval qui vous ramène^ Sur les sentiers grimpants des bois.
Croyez-vous qu'il n'ait point de peine A vous porter quatre à la fois?
Et pourtant c'est comme une fête Lorsqu'il vous sent tous sur son dos; Les autres jours, la pauvre bête Traîne de bien plus lourds fardeaux.
Entendez crier la cliarrue
Tout près de vous, là, dans ce champ > ;
Voici l'attelage qui sue
Et qui fume au soleil couchant.
Ils y vont de toutes leurs forces.
Et de la tête et du poitrail.
Ces deux grands boeufs aux jambes torses,
Certes, c'est là du bon travail !
Là-bas, le chien court, saute, aboie Et poursuit brebis et béliers...
Crovez-vous que c'est de la joie, Qu'il folâtre sous les halliers?
Il va, grondé, battu peut-être.
De l'un à l'autre en s'essoufflant; 11 va, sur un signe du maître.
Rassembler le troupeau bêlant.
I. Voilà pourquoi il voltige sur la brebis: il lui dérobera pour son iii».l quelques brins do laine.
:î. Voir, précédemment, U bon Cbnal gris. . \'o'\\\ de salutaires levons do choses.
Mais qui bourdonne à mes oreilles?
Regardez bien! vous pourrez voir Nos chères petites abeilles Qui butinent dans le blé noir'.
C'est pour vous que ces ouvrières Travaillent de tous les côtés; Sur les jasmins, sur les bruyères, Elles vont cueillir vos goûters.
En rentrant, vous serez bien aises De trouver votre couvert mis, D'avoir encore, après les fraises.
Un miel brun sur votre pain bis-.
Quand, pour mieux finir la journée, Le soir, allumant un bon feu.
Près de la grande cheminée Vous inventerez quelque jeu ;
Si, dans un coin, seul, en silence, Penchant la tête et fermant l'œil, Pendant que l'on rit, que l'on danse, Je m'étends sur mon vieux fauteuil 3,
A me voir sans parler ou lire.
Sans plus faire un geste, un effort, Vous direz avec un sourire :
« Voilà le père qui s'endort. »
Non, je ne dors pas; je voyage, Avec vous, en maints lieux divers ; Et, pour vous prêcher le courage.
Chers petits, je vous fais ces vers.
1. C'est une espèce de blé, à fleur blanche et odorante, qui s'appelle aussi du sarrasin.
2. Le pain bis est de couleur noirâtre, et fait avec du seigle.
3. Il y a une gradation dans les exemples, de plus en plus voisins du foyer, et par conséquent de plus en plus éloquents.
Ils ne vont pas tout d'une haleine.
Ils ne me tombent pas du ciel, Et ce n'est pas non plus sans peine Que les abeilles font leur miel.
Sachez qu'une belle pensée, Qu'une image aux vives couleurs, N'est pas cueillie ou ramassée Comme un fruit ou comme une fleur
Dieu seul a le travail facile'.
L'univers est toujours dispos Sous ses doigts, et toujours docile...
Et Dieu n'est jamais en repos.
A toute heure il ordonne, il crée Un astre, un monde, un cœur béni '; Il étend son œuvre sacrée.
Sans fin, dans l'espace infini.
Et nous, qu'il fit à son image, Armés de l'esprit créateur, Nous avons tous un noble ouvra/^e.
Un monde à faire en notre cœur-».
Nous pouvons agrandir la vie.
L'emplir de lumière et d'amour.
Rien qu'en travaillant, purs d'envie, A notre pain de chaque jour.
Il n'est point de peine perdue Et point d'inutile devoir; La récompense nous est due, Si nous savons bien la vouloir*.