‹ Anthologie classique des poètes du 19e siècleChapitre 416 sur 444 · NOËL D'ALSACE · texte numérisé non relu

NOËL D'ALSACE

NoëlM Ce soir, à minuit.

L'orgue mènera grand bruit

Dans la vieille église, Et de Mulhouse à Strasbourg , Dans la ville et dans le bourg,

Sur la cendre grise,

1. Ces vers furent composés dans le feu même de la crise, qu'il n'est ni possible, ni permis d'oublier.

Leur commentaire le plus expressif sera cette DèdUace, de M. Sully Prudhommc, intitulée : A ma filleule :

Tu naquis aux jours d'allt'grtsse Où l'Âlltmand nous bombardait :

Tout comme pour une princtuf.

Pour toi le canon résonnait.

Temps de misère et de détresse,

On ne pouvait t'avoir du lait.

I^s nouveau-nés mouraient... Ptouf>>e

Dont cet empereur se targuait.

Filleule, quand tu seras r- Quand tes frères seront g' Rappelle-leur les jours maudn !

Lâche sur la terre allemand* Qui t'aimera, pour le t^enger... Une tète pour un baiser.

2. Ce mot est ici une exclamation. Il vient du latin natalis (jour de n.ussance).

î. Hst-il besoin de rappeler que Mulhouse était une des villes les plus riches du département du Haut-Rhin avant 1870?

Noël ! le jambon frira, La crêpe grésillera

Devant l'âtre en flammes, Et le feu clair du sarment Réjouira doucement

Les corps et les âmes.

Noël ! Mais que mettrons-nous.

Ce soir, courbés à genoux

Sous la cheminée, Pour annoncer à l'enfant, Par un cadeau triomphant,

La nouvelle année?

La femme parle au mari ; Mais personne n'a souri

Dans l'humble demeure, Et l'aïeul, au coin du feu, Triste, baissant son œil bleu,

Se souvient — et pleure.

« Noël ! — Mais parlons tout bas ', Noël ! — Nous n'y mettrons pas

Le tambour sonore; On l'entendrait de trop loin :

L'enfant n'en a pas besoin;

Plus tard..., pas encore.

« Mettrons-nous, comme autrefois.

Avec un sabre de bois,

Un fusil de paille- > Mais tous les fusils sont lourds.

Et les sabres ont toujours

Un air de bataille.

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