Il donne un cœur et une imc à U cliaumine
L'araignée aux grises dentelles Habitait le plafond obscur; Mais les trous nombreux du vieux mur Étaient connus des hirondelles ^
L'été, sur la porte, et l'hiver.
Près du foyer plein de lumière, Les habitants de la chaumière Etaient encore heureux hier.
C'était l'abri contre l'orage;
Là, les enfants avaient grandi ;
L'aïeul se chauffait à midi
Sur le banc qu'une treille ombrage-.
Et l'on parlait naïvement De choisir une brave fille Pour le frère de la famille Qui revenait du régiments.
— Maintenant, c'est après la guerre.
Après ces Allemands damnés; Et ces pans de murs calcinés Furent cette maison naguère.
L'aïeul aujourd'hui tend la main, Lui qui, n'étant pourtant pas riche, Coupait largement dans la miche Pour tous les pauvres du chemin.
L'homme travaille dans les fermes.
Et sa femme et ses deux petits 4 Pleurent dans un affreux taudis s Dont il ne peut payer les termes.
1. C'était un toit hospitalier aux oiseaux comme aux pauvres gens.
2. Peu à peu, la description tourne au sentiment. Il y a beaucoup d'art dans cette composition, à la fois pittoresque et touchante. Elle est comme illustrée de jolies vignettes.
3. Ce foyer, qui a son histoire dans le passé, avait aussi ses espérances d'avenir.
4. La langue a une simplicité populaire qui est dans le ton et les convenances du sujet.
5. Dérivé de l'ancien verbe taudir (couvrir), ce mot signifie un logement étroit, misérable et sordide. • •
Le frère, soldat inconnu Qu'on a repris pour la campagne.
Du fond de la froide Allemagne N'est, hélas! jamais revenu'...
— Mais, puisque dans la noble France Il fut toujours, il reste encor.
Sou, pièce blanche ou louis d'or, Une obole pour la souffrance,
Au nom du douloureux passé, D.onnez tous, donnez tout de suite.
Donnez pour la maison détruite Et pour le berceau renversé!
AUX AMPUTHS DH LA GUKRRL
A quoi pensez-vous, ô drapeaux De nos dernières citadelles.
Vous qui comptez plus de corbeaux Dans notre ciel que d'hirondelles?
A quoi penses-tu, laboureur.
Qui, dans un sillon de charrue.
Te détournes devant l'horreur D'une tête humaine apparue?
A quoi penses-tu, forgeron,
Quand ton marteau rive des chaînes?
A quoi penses-tu, bûcheron.
En frappant au cœur les vieux chênes?
I. Voici nuinteiiant les passages touchants et pathétit^ues, mais sans phrases.
La nuit, quand le vent désolé Pousse au loin sa plainte éternelle, Sur le rempart démantelé', A quoi penses-tu, sentinelle?
Et, sur vos gradins réguliers, Vous, chère et prochaine espérance, A quoi pensez-vous, écoliers, "Devant cette carte de France?
— Car, hélas! je sens que l'oubli A suivi la paix revenue.
Que notre rancune a faibli, Qufc la colère diminue -.
Le serment contre ces maudits, 11 faut pourtant qu'il s'accomplisse; Et déjà des cœurs attiédis La nature se fait complice.
Le printemps ne se souvient pas Du deuil ni de l'affront suprême; Et sur la trace de leurs pas Les fleurs ont repoussé quand même.
Le pampre grimpant rajeunit
La ruine qui croule et tombe.
Et la fauvette fait son nid
Dans le trou creusé par la bombe.
La haine est comme les remords :
Avec le temps, elle nous quitte.
Et sur les tombeaux de nos morts L'herbe est trop haute et croît trop vite !
1. Démanteler, proprement ôter le mantel (manteau), le vêtement qui protège une ville; détruire ses murailles.
2, La France a le cœur généreux et clément. Voilà pourquoi elle a l'air d'oublier trop vite ses injures.
Mais vous êtes là, vous, du moins, Pour nous rafraîchir la mémoire, O blessés, glorieux témoins De leur effroyable victoire.
Défendez-nous, vous le pouvez.
Des molles langueurs corruptrices; Car les désastres éprouvés Sont écrits dans vos cicatrices.
Amputés, ô tronçons humains, Racontez-nous votre martyre.
Et de vos pauvres bras sans mains Apprenez-nous à mieux maudire!
APRHS LA BATA IL Li:
Mon père, ce héros au sourire si doux', Suivi d'un seul housard" qu'il aimait entre tous Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille, Parcourait à cheval, le soir d'une bataille, Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit, 11 lui sembla dans l'ombre entendre un faible bruit. C'était un Espagnol de l'armée en déroute Qui se traînait sanglant sur le bord de la route. Râlant, brisé, livide, et mort plus qu'à moitié, Et qui disait : « A boire, à boire par pitié! » Mon père, ému, tendit à son housard fidèle Une gourde de rhum qui pendait à sa selle.
1. Le pcrc du poète fut le comte Hupo, gcncral de division sous 'Hmpire. Son nom figure sur l'Arc-de-Triomphe de l'ttoile.
2. Soldat de cavalerie légère dont l'uniforme ressemble h celui de la cavalerie hongroise (du hongrois bu<;^ar, le vingtième, parce que dans les guerres contre les Turcs, chaque village devait fournir un homme équipé sur vingt).
Et dit : « Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. »
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l'homme, une espèce de Maure,
Saisit un pistolet qu'il étreignait encore.
Et vise au front mon père en criant : «CarambaM »
Le coup passa si près que le chapeau tomba.
Et que le cheval fit un écart en arrière.
« Donne-lui tout de même à boire, » dit mon père-.