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LE GR.\ND-PI-RI

Dans ma cellule solitaire,

Où seul le souvenir me suit.

Que de fois j'ai songé, la nuit,

A la chambre où mon vieux grand-père

Vécut et s'endormit sans bruit!

Joyeuse chambre tapissée

D'un papier gris à grands dessins!...

Des résédas et des jasmins

Attiraient près de la croisée

Les mouches à miel par essaims.

Au bourdonnement des abeilles.

Du fond de sa cage un pinson Répondait par un gai fredon ', Et jamais depuis mes oreilles N'ouïrent si douce chanson.

T. Il y « comme un dialogue sympathique entre Tabeille c; .

Sur les blanches dalles de pierre, Un bruit retentissait soudain, Accompagné d'un vieux refrain ^ :

C'était la canne du grand-père Qui résonnait sur le chemin.

Il entrait. Par la porte ouverte

La joie entrait à son côté,

Car l'âge l'avait respecté.

Et sa vieillesse fraîche et verte

Brillait comme un beau soir d'été.

Dans son fauteuil de velours jaune Assis, et moi sur ses genoux, 11 bourrait sa pipe de houx, Sa pipe où l'on voyait un faune ^ Jouant de la flûte à six trous.

O pipe brunie et légère.

Ton vieux fourneau de bois sculpté

A mainte épreuve a résisté;

On t'allume encor5!... Le grand-père

S'est éteint pour l'éternité.

Par une froide matinée,

La veille de la Chandeleur*,

Sans voix, sans force et sans couleur,

Il laissa sa tête inclinée

Tomber sur son lit de douleur.

Ma mère mit sur son visage Un baiser suprême et brûlant, Et dans un cercueil de bois blanc Le menuisier du voisinage S'en vint le clouer en sifflants.

1. Ce mot vient de l'ancien verbe refraindre (briser); \t refrain hxhc la chanson à des intervalles égaux.

2. \Jn faîitie était, chez les Latins, un dieu champêtre qui jouait delà flûte.

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