JÉRÔME CARDAN
qu’elle a horreur et crainte des choses qu elle ne connaît pas. Les pensées dépravées ont coutume de se trouver présentes avec les mauvaises actions que nous préparons. En outre, de telles pensées engendrent de mauvaises odeurs ou des sons irrévérencieux et les rejettent. La suspicion ou le désespoir demeure après le décès comme l’on dit du génie de Brutus ; mais L inspiration divine ou bien un ange ne se présente qu’à ceux qui sont doués d’une âme bonne : et elle vient sans faire aucun bruit, petit à petit, en réjouissant l ame et en inspirant bonne confiance et aussi bon espoir.
Dès lors, la pensée tranquille se répand en bonnes cogitations et est contrainte d’aimer les choses supérieures. Elle aime donc les choses célestes, et accède à celui qui médite les choses bonnes et salutaires. Et si, subitement il advenait qu’elle soit épouvantée, l’âme aussitôt se trouve en repos et en tranquillité ; l’exemple de saint Antoine, ermite, nous a merveilleusement enseigné ces choses.
Une même différence constante subsistera au sujet des présages mortifères et salutifères de l’âme, même si nous nous efforçons de prouver que ces choses viennent seulement de la puissance de la nature. Car si les astres salutaires ou maléfiques sont mis à la place des anges et esprits mauvais, pour la même raison, ces mêmes signes militeront contre les anges et les esprits malins. Cependant, plusieurs s’efforcent de montrer que les démons existent, en faisant valoir l’argument des enchantements.
Ce qui nous incite davantage à penser qu’il y a des esprits, c’est que l’air et l’aither, qui sont de si grande étendue, forment une région joyeuse ; car, de même que nous voyons la terre posséder des êtres vivants, métaux, pierres, plantes ; que nous voyons également l’eau avoir
des poissons et l’air le plus inférieur avoir ses animaux qui respirent, il n’est pas vraisemblable qu’une région si vaste soit totalement destituée de vie ; mais il faut croire plutôt qu’il s’y trouve des animaux beaucoup plus excellents que les inférieurs, et d’autant plus excellents que cette région est plus claire et plus pure que l’inférieure. (Livre XIX, Des Démons.)
GUILLAUME POSTEE
(i5io ? i58i)
Guillaume Postel fut, sans contredit, Vun des hommes les plus savants du xvf siècle. Il excellait dans les mathématiques, dans V astrologie, et fut le premier qui comprit V importance que pouvait avoir, peur V avenir des sciences philosophiques, l’étude des langues orientales. Il fit plusieurs fois le voyage de Constantinople, puis de Jérusalem, d’où il revint avec de nombreux manuscrits hébreux, syriaques, arabes et turcs. Il révéla aux savants occidentaux V existence des livres kabbalistiques du Zohar et du Yetzirah, et traduisit en latin le second de ces ouvrages. François F1 créa pour lui, au Collège de France, la première chaire de langue hébraïque. Guillaume Postel devint, vers le milieu de sa vie, le confident de la fameuse visionnaire Madré Johanna, de Venise, et, dès lors, ses écrits offrirent un singulier mélange de science et de mysticisme. On a comparé, non sans raison, la tournure de son esprit à celle de Leibniz, à qui il ressemblait par V érudition, le génie mathématique et la propension aux spéculations abstruses.