LE BAGHAVAD PUR AN A H
Les sages qui connaissent les principes appellent Vérité la science qui n’admet pas la dualité; ce principe est nommé par les uns Brahma, par les autres Paramâtman (l’Esprit suprême) par ceux-là Bhag.avat.
Mais les solitaires qui ont de la foi, et dont la piété, fondée sur la révélation, est soutenue par la science et par le détachement de tout désir, voient au sein de leur propre âme ce principe qui est l’Esprit.
C’est donc, ô les meilleurs des Brahmanes, le cuite rendu à Hari qui est pour les hommes, quelle que soit leur classe et leur condition, le véritable résultat de la stricte observation du devoir.
Voilà pourquoi Bhagavat, le chef des Sâtvats, doit être à tout instant l’objet exclusif de l’attention, de la louange, de la méditation et du respect des hommes.
(Chapitre II , § il à 14.)
Et aussitôt que les mauvaises pensées ont perdu leur empire, le culte constant rendu aux serviteurs de Bhagavat produit une dévotion inébranlable au Devâ dont la gloire est excellente.
Alors le cœur, bravant les attaques du désir, de la cupidité et des autres vices nés de la Passion et des Ténèbres, se repose tranquillement au sein de la Bonté.
Et le cœur qui a ainsi trouvé le repos en se vouant au culte de Bhagavat, après avoir rompu les liens qui rattachaient au monde, arrive à l’intuition de la Vérité, qui est Bhagavat même.
Le nœud du cœur est tranché; tous les doutes sont dissipés; les œuvres de l’homme sont anéanties, car alors il voit en dedans de lui le souverain Maître luimême.
(Chapitre II, § 18 à 21.)
C’est lui, c’est Bhagavat qui, à l’aide de sa Maya, manifestée sous la forme de ce qui existe, comme de ce qui n’existe pas, et revêtu des qualités dont l’Etre suprême est essentiellement affranchi, créa au commencement cet univers.
Pénétrant au sein de ces qualités, manifestées par Maya, comme s’il avait des qualités lui-même, l’Etre apparaît au dehors, poussé par l’énergie de la pensée.
Car de même que c’est un seul et même feu qui hrille dans tous les bois qui s’embrasent, ainsi l’Esprit, unique, âme de l’univers, enfermé dans chacun des êtres où il réside, apparaît comme s’il était multiple.
Pénétrant dans les êtres produits spontanément par la réunion des éléments subtils, des sens et du cœur, principes émanés des qualités, il y perçoit les impressions qui s’adressent à chacun d’eux.
Créateur des mondes, il les conserve à l’aide de la qualité de la Bonté, aimant à revêtir, dans les jeux de ses incarnations, la forme d’un Devâ, d’un homme ou d’un animal.
(Chapitre II, § 30 à 3k.)
Au commencement, Bhagavat, désireux de créer
LE BAGHAYAD PURANAH
r uni vers, prit la forme de Purucha (l’Esprit et l’Homme» monde), forme composée de seize parties, de Mahat (l’Intelligence), et des autres principes.
Pendant qu’il reposait sur l’Océan, plongé dans le sommeil de la méditation, de son nombril, comme d’un étang, sortit un lotus, duquel naquit Brahma, le chef des architectes de l’univers.
La forme de Bhagavat, des membres duquel s’est développé l’étendue des mondes, est pure, énergique; c’est la Bonté même.
Les hommes qui ont un regard pénétrant, voient cette forme merveilleuse qui a des milliers de pieds, de cuisses, de bras, de bouches, des milliers de têtes, d’oreilles, d’yeux, de nez, qui est ornée de milliers de diadèmes, de parures et de pendants d’oreilles.
C’est là le dépôt, la racine impérissable des diverses incarnations; des parties produites par des parties de sa substance, sont créés les Devâs, les hommes et les animaux.
(Chapitre III, § 1 à 5.)
L’homme pieux qui répète soir et matin avec dévotion le mystère des naissances de Bhagavat, est délivré des maux de ce monde.
Oui, c’est par les qualités de Maya, qui sont l'Intelligence et les autres principes, qu’est produite dans l’âme cette forme de Bhagavat, qui n’a pas de forme réelle, qui est tout esprit.
De même que, pour les ignorants, la masse des nuages appartient au ciel, ou la poussière terrestre au vent, ainsi c est à ce qui se voit qu’ils attribuent la condition de ce qui est visible.
Quant à l’autre forme différente de celle-là, forme
insaisissable parce qu'elle résulte de la réunion des qualités non encore organisées, et que la substance échappe à la vue et à l’ouïe, c’est l’âme individuelle qui renaît en ce monde.
Or, quand ces deux formes, celle qui existe comme celle qui n’existe pas, ces formes que l’ignorance crée au sein de l’Esprit, ont été niées par la science qui reconnaît ce qu’elles sont, c’est alors que l’on voit Brahma.
Que l’action de la divine Maya, ce désir de la souveraine intelligence, vienne à s’arrêter, voilà, disent les sages, un homme parvenu au comble de la perfection; il resplendit de la grandeur suprême devenue la sienne.
C’est ainsi que les chantres inspirés décrivirent jadis les naissances et les actions de celui qui réellement n ’agit pas et qui n’est pas né, du souverain des cœurs, mystères révélés des Védas.
Oui, cet être dont les manifestations ne sont pas un jeu inutile, crée, conserve et détruit cet univers, mais il n’y est pas entraîné. Indépendant au sein des créatures où il est renfermé, il perçoit les diverses impressions qui s’adressent à chacun des six sens dont il est le maître.
Ce n’est pas l’homme avec sa raison imparfaite, qui peut, à l’aide de ce raisonnement, comprendre le tissu des noms et des formes que déroulent la parole et la pensée du Créateur; l’homme est comme un ignorant qui assiste à une représentation dramatique.
Mais il connaît la voie du Créateur suprême, dont l’énergie est infinie, dont la main porte le Tchakra, celui qui,, avec une dévotion constante et sincère, adore le lotus parfumé de ses pieds.
( Chapitre III, § 29 à 38.)
LE MANDUKYA UPANISHAD