‹ Anthologie des écrivains français du XVIIe siècleChapitre 10 sur 52 · CARDI.\AL DE RETZ · texte numérisé non relu

CARDI.\AL DE RETZ

MÉMOIRES

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Considérations sur l'exercice du pouvoir monarchique en France.

IL y a plus de dou^e cents ans que la France a des rois ; mais ces rois n ont pas toujours été absolus au point qu'ils le sont Leur autorité n'a jamais été réglée, comme celle des rois d'Angleterre et d Aragon, par des lois écrites. EUe a été seulement tempérée par des coutumes reçues et comme mises en dépôt au comniencement dans les mains des États généraux, et depuis dans celles des parlements. Les enregistrements des traités faite entre les couronnes et les vérifications des édits pour les levées d argent sont des images presque effacées de ce sage milieu que nos pères avaient trouvé entre la licence des rois et le libertinage des peuples. Ce milieu a été considéré par les bons et sages princes comme un assaisonnement de leur pouvoir, très utile même pour le faire goûter aux sujets ; il a été regardé par les malhabiles et par les malintentionnés comme un obstacle à leurs

(•) RETZ (Jean- François- Paul de Gondi, cardinal de), né à Montinirail en Brie (Marne) en if'ii, mort à Paris en 1679. Fils de Philibert- Kinnianuel de Gondi, gL-néral des galères, il eut Saint Vincent de Paul pour précepteur; il fut ensuite mis au collège de Clennont, chez les jésuites. Il n'avait pas quinze ans qu'il fut fait chanoine de Notre-Dame (1627). Il n'en avait «utre davantage que commençaient les duels et les galanteries par lesquels il protestait contre la vocation qui lui était imposée. A dix-huit ou dix-neuf ans, il écrivit une histoire de la Coiijiii-ation de Fiesque. 11 attira de bonne heure les soupçons de Richelieu, fut envoyé par sa famille en Italie (1638) et. à son retour, entra dans un complot contre la vie du cardinal; puis, ce complot manqué, il entra dans celui du comte de Soissons. (,ui manqua également. C'est après la mort du comte de Soissons que Gondi, qui allait avoir trente ans, se décida . à faire sa profession ». Après la mort de Louis .XIII, Aune d'Autriche le nomma coadjuteur de l'archevêque de Paris, avec le titre d'archevêque de Corinthe ui partibus (1O43). Ami de la Fronde, organisateur de la journée des Bar-

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dérèglements et à leurs caprices. L'histoire du sire de Joinville nous fait voir clairement que saint Louis l'a connu et estimé ; et les ouvrages d'Oresmieux, l'évêque de Lisieux, et du fameux Jean Juvénal des Ursins, nous convainquent que Charles V, qui a mérité le titre de Sage, n'a jamais cru que sa puissance fût au-dessus des lois et de son devoir. Louis onzième, plus artificieux que prudent, donna, sur ce chef, aussi bien que sur tous les aurres, atteinte à la borme foi. Louis XII l'eût rétabhe, si l'ambition du cardinal d'Amboise, maître absolu de son esprit. ne s'y fût opposée. L'avarice insatiable du connétable de Montmorency lui donna bien plus de mouvement à étendre l'autorité de François I^' qu'à la régler. Les veistes et lointains desseins de MM. de Guise ne leur permirent pas, sous François Second, de penser à y donner des bornes.

Sous Charles IX et sous Henri III, la cour fut si fatiguée des troubles que l'on y prit pour révolte tout ce qui n'était pas soumission. Henri IV, qui ne se défiait pas des lois, parce qu'il se fiait en lui-même, marqua combien il les estimait par la considération qu'il eut pour les remontrances très hardies de Miron, prévôt des marchands, touchant les rentes de l'hôtel de ville. M. de Rohan disait que Louis Treizième n'était jaloux de son autorité qu'à force de ne la pas connaître. Le maréchal d'Ancre et M. de Luynes n'étaient que des ignorants qui n'étaient pas capables de l'en informer.

ncades (1648), il excite à la résistance; quand la cour est à Saint-Germain, il combat à la tète du • régiment de Coriiithe » levé par lui. Il manœuvre entre les partis, obtient le chapeau (sept. 1651} après la proclamation de la majorité de Louis .XIV, prend le nom de cardinal de Retz, et devient en 1654 archevêque de Paris. A ce moment il était depuis quinze mois à la Bastille, où Mazarin, dès le retour de Louis XIV à Paris, l'avait fait enfermer. I-e mmistre lui ût faire les offres les plus tentantes pour l'amener à donner sa démission. Retz y consentit pour obtenir sa liberté. La cour, de son coté, le tit transférer à Nantes jusqu'à l'acceptation de sa démission par le pape. Le pape ayant refusé, Retz, demeuré prisonnier, songea à s'échapper; il y réussit en août 1654, et gagna Belle-Isle, de là l'Espagne, puis l'Italie. Bien accueilli par Innocent .\, il fut moins bien vu par Alexandre V'II, et, menacé par de Lionne, il dut quitter Rome, voyagea en Europe, travailla à la restauration des Stuarts et finit enfin par se rapprocher de Louis XIV à la mort de .Mazarin. Il se démit de son archevêché (1662) et reçut en compensation l'abbaye de Saint-Denis. Il se retira à Commercy en 1662, mais il n'eut la permission de retourner à Paris que deux ans plus tard. En dehors de ses Méfnoircs, on a de lui des sermons, des lettres et de nombreux papiers.

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