‹ Anthologie des écrivains français du XVIIe siècleChapitre 23 sur 52 · A POMPONNE · texte numérisé non relu

A POMPONNE

Un Courtisan pris au piège.

/er décembre 1664.

IL faut que je vous conte une petite historiette, qui est très vraie, et qui vous divertira. Le roi (Louis XIV) se mêle depuis

(•) SÉVIGNÉ (Marie DE Rabutis-Chan't.vL, marquise UE), née à Paris en 1626, morte au château de Grignan en 1696. Fille de Celse-Eénigne de Rabutin, baron de Chantai, qui fut tué à l'île de Ré en 1627, et de Marie de Coulanges, Marie de Rabutin fut placée sous la tutelle de son oncle maternel, Christophe de Coulanges, abbé de Livry. Il lui donna pour maîtres Ménage et Chapelain, qui lui apprirent le latin, l'italien et l'espagnol. Pourvue de 100.000 écus de dot, elle épousa en 1644 Henri de Sévigné, dont elle eut une fille et un fils. Après la mort de son mari, tué en duel en i63i, et qui ne l'avait guère rendue heureuse, elle se consacra à set enfants. Son deuil passé en Bretagne, elle retourna à la cour. Elle y trouva

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peu de faire des vers ; MM. de Saint-Aignan et de Dangeau lui

apprennent comme il faut s'y prendre. Il fit l'autre jour un petit madrigal, que lui-même ne trouva pas trop joli. Un matin il dit au maréchal de Grammont : « Monsieur le maréchal, Usez, je vous prie, ce petit madrigal, et voyez si vous en avez jamais vu un si impertinent ; parce qu'on sait que depuis peu j'aime les vers, on m'en apporte de toutes les façons. » Le maréchal, après avoir lu, dit au roi : « Sire, Votre Majesté juge divinement bien de toutes choses ; il est^vrai que voUà le plus sot et le plus ridicule madrigal que j'aie jamais lu. » Le roi se mit à rire et lui dit : « N'est-il pas vrai que celui qui l'a fait est un fat ? — Sire, il n'y a pas moyen de lui donner un autre nom. — Oh bien I dit le roi, je suis ravi que vous m'en ayez parlé si bonnement ; c'est moi qui l'ai fait. — Ah ! Sire, quelle trahison 1 que Votre Majesté me le rende, je l'ai lu brusquement. — Non, monsieur le maréchal, les premiers sentiments sont toujours les plus naturels. » Le roi a fort ri de cette foUe, et tout le monde trouve que voilà la plus cruelle petite chose que l'on puisse faire à un vieux courtisan. Pour moi, qui aime toujours à faire des réflexions, je voudrais que le roi en fît là-dessus, et qu'il jugeât par là comlîien il est loin de connaître jamais la vérité.

Le Mariage de Mademoiselle.

A Paris, lundi 15 décembre lô^o.

JE m'en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus

de nombreux soupirants : Turenne, le prince de Conti, Fouquet et son cousin Bussy-Rabutin. Ils eurent peu de succès. En 1669, sa fille épousa le comte de Grignan, qui, bientôt nommé lieutenant général en Provence, appela sa femme auprès de lui (1671). Mme de Sévigné avait concentré toute sa tendresse sur sa fille. La séparation fut cruelle. C'est pour la rendre moins douloureuse et pour distraire Mme de Grignan que M°>e de Sévigné entreprit cette admirable correspondance qui devait durer plus de vingt-cinq ans. Dès 1677 elle allait habiter l'hôtel Carnavalet. Elle séjournait fréquemment dans son domaine des Rochers ou à Livry. Elle se rendit à plusieurs reprises auprès de sa fille. C'est à Grignan qu'elle mourut, .emportée parla petite vérole, à l'âge de soixante-dix ans.

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singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu'à aujourd'hui, la plus brillante, la plus digne d'envie ; enfin une chose dont on ne trouve qu'un exemple dans les siècles passés, encore cet exemple n'est-il pas juste ; une chose que nous ne saurions croire à Paris, comment la pourrait-on croire à Lyon ? une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde ; une chose qui comble de joie madame de Rohan et madame d'Hauterive ; une chose, enfin, qui se fera dimanche, où ceux qui la verront croiront avoir la berlue : une chose qui se fera dimanche, et qui ne sera peut-être pas faite lundi. Je ne puis me résoudre à la dire, devinez-la ; je vous le donne en trois ; jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien, il faut 'donc vous la dire : M. de Lauzun épouse, dimanche, au Louvre, devinez qui I Je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. Madame de Coulanges dit : « Voilà qui est bien difficile à deviner : c'est madame de LaVaUière. — Point du tout, madame. — C'est donc mademoiselle de Retz } — Point du tout ; vous êtes bien provinciale. — Ah ! vraiment, nous sommes bien bêtes I ditesvous ; c'est mademoiselle Colbert. — Encore moins. — C'est assurément mademoiselle de Créqui ? — Vous n'y êtes pas. Il faut donc à la fin vous le dire : il épouse, dimanche, au Louvre, avec la permission du roi, mademoiselle, mademoiselle de... mademoiselle... devinez le nom ; il épouse Mademoiselle, ma foi I par ma foi ! ma foi jurée ! Mademoiselle, la grande Mademoiselle. Mademoiselle, fille de feu Monsieur, Mademoiselle, petite-fille de Henri IV, mademoiselle d'Eu, mademoiselle de Dombes, mademoiselle de Montpensier, mademoiselle d'Orléans, Mademoiselle, cousine germaine du roi ; Mademoiselle, destinée au trône ; Mademoiselle, le seul parti de France qui fût digne de Monsieur. Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous dites que nous avons menti, que cela est faux, qu'on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer ; si enfin vous nous dites des injures, nous trouverons que vous avez raison ; nous en avons fait autant que vous. Adieu ; les lettres qui seront portées par cet ordinaire vous feront voir si nous disons vrai ou non.

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