‹ Anthologie des écrivains français (volume 2)Chapitre 28 sur 65 · LES ORIENTALES · texte numérisé non relu

LES ORIENTALES

Adieux de l'hôtesse arabe.

PUISQUE rien ne t'arrête en cet heureux pays, Ni l'ombre du palmier, ni le jaune maïs,

Ni le repos, ni l'abondance ; Ni de voir à ta voix battre le jeune sein De nos sœurs, dont, les soirs, le tournoyant essaim

Couronne un coteau de sa danse ;

Adieu, voyageur blanc ! J'ai scellé de ma main, De peur qu'il ne te jette aux pierres du chemin,

Ton cheval à l'œil intrépide ; Ses pieds fouillent le sol, sa croupe est belle à \oir, Ferme, ronde et luisante, ainsi qu'un rocher noir

Que polit une onde rapide.

Tu marches donc sans cesse ! Oh ! que n'es-tu de ceux Qui donnent pour limite à leurs pieds paresseux

Leur toit de branches ou de toiles !

Qui, rêveurs, sans en faire, écoutent les récits, Et souhaitent, le soir, devant leur porte assis,

De s'en aller dans les étoiles !

Si tu l'avais voulu, peut-être une de nous, O jeune homme, eût aimé te servir à genoux,

Dans nos huttes toujours ouvertes ; Elle eût fait, en berçant ton sommeil de ses chants, Pour chasser de ton front les moucherons méchants.

Un éventail de feuilles vertes.

Mais tu pars ! — Nuit et jour tu vas, seul et jaloux. Le fer de ton cheval arrache aux durs cailloux

Une poussière d'étincelles ; A ta lance qui passe et dans l'ombre reluit Les aveugles démons qui volent dans la nuit

Souvent ont déchiré leurs ailes.

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