LES ORIENTALES
Adieux de l'hôtesse arabe.
PUISQUE rien ne t'arrête en cet heureux pays, Ni l'ombre du palmier, ni le jaune maïs,
Ni le repos, ni l'abondance ; Ni de voir à ta voix battre le jeune sein De nos sœurs, dont, les soirs, le tournoyant essaim
Couronne un coteau de sa danse ;
Adieu, voyageur blanc ! J'ai scellé de ma main, De peur qu'il ne te jette aux pierres du chemin,
Ton cheval à l'œil intrépide ; Ses pieds fouillent le sol, sa croupe est belle à \oir, Ferme, ronde et luisante, ainsi qu'un rocher noir
Que polit une onde rapide.
Tu marches donc sans cesse ! Oh ! que n'es-tu de ceux Qui donnent pour limite à leurs pieds paresseux
Leur toit de branches ou de toiles !
Qui, rêveurs, sans en faire, écoutent les récits, Et souhaitent, le soir, devant leur porte assis,
De s'en aller dans les étoiles !
Si tu l'avais voulu, peut-être une de nous, O jeune homme, eût aimé te servir à genoux,
Dans nos huttes toujours ouvertes ; Elle eût fait, en berçant ton sommeil de ses chants, Pour chasser de ton front les moucherons méchants.
Un éventail de feuilles vertes.
Mais tu pars ! — Nuit et jour tu vas, seul et jaloux. Le fer de ton cheval arrache aux durs cailloux
Une poussière d'étincelles ; A ta lance qui passe et dans l'ombre reluit Les aveugles démons qui volent dans la nuit
Souvent ont déchiré leurs ailes.