‹ Anthologie des écrivains français (volume 2)Chapitre 43 sur 65 · LETTRE A LAMARTINE · texte numérisé non relu

LETTRE A LAMARTINE

La Chaumière incendiée.

LORSQUE le laboureur, regagnant sa chaumière, Trouve le soir son champ rasé par le tonnerre, Il croit d'abord qu'un rêve a fasciné ses yeux, Et, doutant de lui-même, interroge les cieux.

Partout la nuit est sombre, et la terre enflammée. Il cherche autour de lui la place accoutumée Où sa femme l'attend sur le seuil entr'ouvert ; Il voit un peu de cendre au milieu d'un désert. Ses enfants demi-nus sortent de la bruyère, Et viennent lui conter comme leur pauvre mère Est morte sous le chaume avec des cris affreux. Mais maintenant au loin tout est silencieux. Le misérable écoute, et comprend sa ruine : Il serre, désolé, ses fils sur sa poitrine ; Il ne lui reste plus, s'il ne tend pas la main, Que la faim pour ce soir et la mort pour demain. Pas un sanglot ne sort de sa gorge oppressée ; Muet et chancelant, sans force et sans pensée, H s'assoit à l'écart, les yeux sur l'horizon, Et regardant s'enfuir sa moisson consumée, Dans les noirs tourbillons de l'épaisse fumée, L'ivresse du malheur emporte sa raison.

(Voir paget 39, 47 et 62.)

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