NON NON LE NOM NON NON LE NON
L'esprit individuel atteint l'absolu de soi-même par négations successives, par abnégation; je suis ce qui pense, non ce qui est pensé; le Sujet pur ne se conçoit que comme limite d'une négation perpétuelle.
L'idée même de négation est pensée : elle n'est pas « je ». Une négation qui se nie s'affirme elle-même du même coup; négation n'est pas simple privation, mais ACTE positif.
L'abnégation, c'est la « théologie négative » dans son application pratique à l'ascèse individuelle.
3, Recule encore derrière toi-meme et ris Le non est prononcé sur ton rire Le Rire est prononcé sur ton NON Renie ton NOM, ris de ton NON
Je pourrais te répéter cela tout le jour pendant des années, il est très probable que, même et surtout si tu me dis comprendre, tu ne feras pas l'expérience. Profite donc
tout de suite de l'occasion, à l'instant même où tu me lis — mais oui, c'est à toi qui me lis à cet instant précis que je m'adresse, à toi tout particulièrement — , demande-toi sérieusement : « Que suis-je? » Tu apprendras à rire de tout ce que tu croyais être toi-même (ton aspect physique, ta cœnesthésie, ton humeur, ton caractère, ton métier, ta position sociale, tes penchants, tes affections, tes opinions, tes vertus, ton talent, ton génie...); l'ironie — je veux dire le cruel rire de refus — est l'arme qui brise toutes ces coques; car si le commencement du rire est difficile à saisir, aisément on voit qu'il s'entretient par lui-même : on rit de rire. Fais alterner le doute méthodique, qui est l'abnégation, avec le sarcasme méthodique : ainsi tu éviteras peut-être la momification intellectuelle.
Si mon désespoir — je ne plaisante pas — pouvait te toucher, je persisterais encore, jouant sur ce sentiment, dans cet effort désabusé pour t'engager à quelques secondes de Réflexion véritable.