Ne cesse pas de reculer derrière toi-même
Et de la contemple :
Le pur non que l'on salit de noms de dieux vit bouillonner le monde en robe de bulles;
il projeta, il évoqua, il provoqua cette nature,
il vit, il connut cette nature,
il aima cette nature.
Ici la folie garde toujours le Secret sur le Renversement DU Mystère.
La véritable causalité est la création consciente, intégrale, de l'effet par la cause. Ce qui est la conscience et cause à la fois, c'est l'acte négateur par quoi s'appréhende le sujet et se projette l'objet. C'est le fondement de la Raison objective de la philosophie hégélienne, qui crée et connaît le monde par l'acte même de sa nature, d'où le double axiome : tout ce qui est rationnel est réel; tout ce qui est réel est rationnel.
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RENE DAUMAL
Le rapport de causalité entre le sujet et l'objet repose sur rade même qui les sépare. Le rapport de connaissance entre eux repose sur le fait accompli de leur séparation. Il y a en troisième lieu entre sujet et objet un rapport d'Amour, qui repose sur l'affirmation de leur identité principielle malgré leur séparation.
Si tu veux te donner la peine de méditer là-dessus, prends note de ce conseil : fais très attention lorsque tu passes de Tordre microcosmique à l'ordre macrocosmique, ou inversement; autrement dit, de l'ordre ascétique à l'ordre métaphysique, ou inversement. L'un t'apparaîtra souvent comme le reflet renversé de l'autre; car à l'égard du macrocosme, le microcosme est une créature, un objet, tandis qu'à l'égard de soi-même le microcosme est sujet. Je te répète que ce point est dangereux; mais, après tout, personne ne t'oblige à t'occuper de ces questions.
7. Absurde d'être inclus dans une infime des innombrables bulles — provoquées, évoquées, projetées — Un non se prononce JE ET JE regarde :
JE Suis la Cause de Tout ceci, si je suis NON JE Suis le connaisseur de Tout ceci, si je suis NON JE Suis l'Amant de Tout ceci, si je suis NON Absurde d'être mais de n'être pas NON, absurde
LIBERTÉ, absurde VÉRITÉ, ABSURDE AMOUR,
l'Étant — ne l'étant pas — je le deviens
Je conçois l'acte de conscience comme une absolue négation, mais il s'en faut que cette négation soit immédiatement, actuellement absolue.
Cette contradiction entre ma notion d'être absolu et ma condition d'individu limité se résoud, selon la première triade motrice de la Dialectique : « Etre; Non-Etre; Devenir », dans la nécessité de l'acheminement de ma nature bornée vers l'être absolu.
L'acte de conscience, perpétuellement renouvelé, par ce mécanisme se fait duré^. Et le temps n'est que le schème, la forme à priori selon Kant, de la prise de conscience, de Taperception qui se réalise comme durée.
Cet acheminement est, dans l'ordre de la connaissancecausale, progrès de la raison humaine jusqu'à sa limite : la Raison objective et, dans l'ordre de l'Amour, identification successive de moi-même avec toute la série des créatures, ordonnée du plus semblable à moi au plus différent de moi, et, par là même, du plus limité au moins limité. On trouve dans Platon (Le Banquet) une ébauche de cette dialectique de l'amour; mais il faudrait en compléter les termes (un beau corps — tous les beaux corps — la beauté en général des corps — la Beauté) de façon à introduire dans la série tous les modes de l'existence; brièvement : mon corps; la nature humaine; la nature animale; la nature vivante...; à chaque terme correspondant une représentation ou manifestation physique particulière, le dernier terme étant celle que je ne puis nommer que la NEANTE, si les sanglots ne m'étouffent pas.
8. Je me retranche encore de moi-même derrière moimême ET JE vois :