II
des vains avantages du monde, m'a paru assez propre à mettre en lumière l'honnête talent de Ceriziers :
Phantosmes de plaisirs, chimères de nos songes, Fausses ombres du bien, véritables mensonges,
Mesnagez vos attraits, Vous m'offrez sans succez la douceur de ces charmes.
Qui font rendre les armes A qui veut recevoir, sans regarder, vos traits.
Quel bien possédez-vous, pour posséder une âme Qui cherche d'autres biens que le vain ou l'infâme ?
Produisez vos raisons.
Quelle amorce avez -vous, que voit-on dans le monde
Que l'ordinaire ronde Du jour et de la nuit, des mois et des saisons?
Ces monstres de grandeur, cette apparente gloire Qui nous promet un rang dans la plus vieille histoire,
N'est-ce pas un écueil ?
Soit qu'on couvre nos os ou d'or ou de poussière,
Toute nostre lumière S'esteint ou ne luit plus dans l'ombre du cercueil.
Qui connoist maintenant ces redoutables princes. Qui portoient autrefois le bout de leurs provinces
Au bout de l'univers ?
Trois ou quatre morceaux de marbre ou de porphire
Leur donnent un empire Où leurs membres pourris régnent parmy les vers.
Ce brillant séducteur dont la puissante amorce Ne trouve point de cœur qu'il n'attire ou ne force,
A-t-il quelque pouvoir Qui nous soit caution et nous donne asseurance
De la belle espérance Que son esclat trompeur nous a fait concevoir ?
128 RENÉ DE CERIZIERS
Pour l'infâme plaisir qui rend l'homme idolâtre D'un peu de vermeillon couché dessus du piastre,
Qui n'en sçait le tourment ?
Lors mesme qu'il promet de charmantes délices,
Ce sont de vrais supplices Qu'il déguise du nom d'un vray contentement.
Misérables mondains, fiez-vous aux caresses
De ces honteux plaisirs qui tentent vos foiblesses,
Suivez leur vain appas. Ce masque de bonheur qui flatte vostre vie
Vous tire et vous convie, Vous offrant ses attraits, à de cruels trépas.
Combien voit-on de grands qui traisnent dans la boue. Combien de puissants rois que la fortune joue, Dans sa plus belle humeur !
Quand elle nous fait voir tout l'esclat de sa pompe
Et nous promet ses biens, c'est pour lors qu'elle trompe
Nostre âme par les yeux ; Au moment que sa main nous lève de la fange,
Aussitost elle change Et nous pousse en enfer en nous montrant les Cieux.
Mon âme, si la foy gouverne ta conduite. Corrige maintenant l'erreur qui t'a séduite.
Mets fin à tes malheurs; Romps généreusement cette cruelle chaisne.
Qui te serre et t'entraisne Dans un gouffre de maux et des torrens de pleurs.
Malgré les beaux vers qui sillonnent cette pièce, je ne sais si elle est bien un morceau d'Anthologie ; mais le dégoût de la vie, l'espoir en Dieu, ce sont