CHANSON DERNIÈRE
Puisque la mort déjà m'attend,
son geste livide me cueillera jeune et, pourtant,
de sommeil avide:
c'est parce qu'il a saigné tant
que mon cœur est vide.
Que me sert-il d'avoir cherché,
constante chimère, le bonheur constamment caché,
la joie éphémère ?. . .
Nul n'est heureux qu'en toi couché,
Glèbe, ô notre mère !
Le tertre va se recouvrir d'herbe neuve et douce:
les jours feront en rieurs s'ouvrir la tige qui pousse;
et l'insecte pourra courir A travers la mousse. . .
Adieu ! . . . De tout ce qui paraît,
passe et désenchante, j'ai connu l'inutile attrait,
la gloire méchante :
je pars sans haine et sans regret,
je pars et je chante!
Dieu parle, et voici le moment,
ô Mort, de l'entendre; ô Mort, console infiniment
mon cœur las d'attendre; ô Mort, ô bonne grand'maman
très tendre, très tendre . . .
{Avec ma Vie)