‹ Anthologie des poetes canadiensChapitre 106 sur 241 · CHANSON DERNIÈRE · texte numérisé non relu

CHANSON DERNIÈRE

Puisque la mort déjà m'attend,

son geste livide me cueillera jeune et, pourtant,

de sommeil avide:

c'est parce qu'il a saigné tant

que mon cœur est vide.

Que me sert-il d'avoir cherché,

constante chimère, le bonheur constamment caché,

la joie éphémère ?. . .

Nul n'est heureux qu'en toi couché,

Glèbe, ô notre mère !

Le tertre va se recouvrir d'herbe neuve et douce:

les jours feront en rieurs s'ouvrir la tige qui pousse;

et l'insecte pourra courir A travers la mousse. . .

Adieu ! . . . De tout ce qui paraît,

passe et désenchante, j'ai connu l'inutile attrait,

la gloire méchante :

je pars sans haine et sans regret,

je pars et je chante!

Dieu parle, et voici le moment,

ô Mort, de l'entendre; ô Mort, console infiniment

mon cœur las d'attendre; ô Mort, ô bonne grand'maman

très tendre, très tendre . . .

{Avec ma Vie)

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