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SOUS LA TABLE

Les livres sont épars au milieu du tapis, Et messieurs les bébés, sous la table tapis, Avec une sagesse à confondre des mages, Déchirent les cartons, les feuilles, les images, Se couvrent de fragments, de lettres et de mots, Et c'est ainsi qu'ils font l'étude, les marmots.

Un rayon de soleil irise les atomes

De la poussière folle alourdissant les tomes.

Un volume pédant, inutile aux humains,

Devient intéressant dans leurs petites mains.

Darwin avec Rousseau, Descarte avec Voltaire,

Devant le doux babil sont forcés de se taire;

De Lisle, Hugo, Musset, Lamartine, en lambeaux,

Sous un faible doigt rose éteignent leurs flambeaux.

C'est un massacre froid de héros, d'héroïnes,

Dont les vieux châteaux-forts croulent dans les ruines.

Les fastes glorieux des siècles sont tombés Sous l'impassible main de messieurs les bébés.

{Des mots, des vers)

Alphonse Beauregard

BIBLIOGRAPHIE. — Les Forces, poésies (Montréal, Arbour & Dupont, 1912); — Les Altermances, poésies {Montréal, Roger Maillet, 1921).

M. Alphonse Beauregard a publié des articles de critique et des nouvelles dans différents journaux. Il a collaboré notamment au Devoir, au Nationaliste et à /'Action.

M. Alphonse Beauregard est né à La Patrie (Q.), le 5 janvier 1881. Il a fait ses études au Collège des Frères du Sacré-Cœur, à Saint-Hyacinthe. Il était depuis 1907 employé à l'administration du Port de Montréal et depuis 1912 secrétaire de V École littéraire de Montréal. Décédé en 1924.

«... 7/ (M. Beauregard) reste chez nous V explorateur isolé d'une certaine région de l'art, l'unique fidèle d'une certaine forme de la beauté. Sa tentative est une réponse à ce provincialisme à outrance dans lequel on voudrait nous emprisonner. Il a repris les grands problèmes qui de tout temps ont inquiété l'âme humaine, les grandes illusions qui Vont bercée, et a trouvé pour les redire des phrases suffisamment nouvelles. Il a prouvé qu'un Canadien, aussi bien qu'un autre, pouvait, dans un français de France, s'attaquer aux idées générales, captiver l'harmonie secrète des choses, ausculter et noter les pulsations intimes du cœur. Par là, et sans préjudice au mérite de ses devanciers, il

ALPHONSE BEA U REGARD

nous fait bien mesurer tout le chemin parcouru par notre poésie depuis Crémazie et Fréchette. (Louis Dantin, Les Poètes de l'Amérique française)

M. Beauregard figure dans la Chrestomatie française, publiée par M. Henri Sensine, à Paris.

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