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EXALTATION

Comme en un temple L'atmospère est ardente, extatique.

Cette ample

Et chaude odeur de benjoin et d'encens

T'alanguis, ô mon âme, Mais surtout t'illumine De frissons,

Depuis que, fulgurant comme des oriflammes, Onduleuse est montée la divine chanson Qui fulmine,

La chanson qu'a chanté le cœur de Scriabine. Et, soudain,

Pareil au rythme chatoyant, Dans le lointain Fantastique et troublant Du disque clair des lampes, Les tempes Couvertes d'or Hiératique, les mains Chargées de bagues, Des chœurs

Tourbillonnants de beaux danseurs, Ont esquissé la lente litanie Des gestes sveltes et définis Par lesquels on s'évade Hors de soi dans l'infini.

Tandis que déferlait Sous les doigts prestes de l'apôtre L'intensité des sons nombreux Dans mon esprit aventureux

Et maintenant, extasié,

S'insinuait, inapaisé, L'effroi sublime de grandir Jusqu'aux hauteurs inaccessibles Où l'inconnu n'a plus pour voiles Que les parfums et les étoiles.

Et je me dis:

ALBERT DREUX

Je suis puissant et fort, J'ai vaincu la matière Et la mort;

Et je connais enfin l'altière Et douce violence De planer, indolemment, Comme les aigles et le vent.

Mais soudain, En un vol de tempête, Les gestes et les sons Exaspérés à l'unisson M'indiquèrent la terre, Et brusquement, En un tournoiement, M'y jetèrent.

Or, de nouveau, Ainsi que par magie; S'apaisèrent

Les ondes et les harmonies

Et sous les baisers du génie,

Mes ailes vers les éthers se déployèrent.

Et je me dis:

O bruits furtifs, ô bruits fougueux, O bruits des arbres ténébreux Pleurs exaltés de l'ouragan, Entrez en moi; je sens mon âme S'élargir

Jusqu'à pouvoir vous contenir,

Et que mon cœur divinement

Va se briser et se répandre éperdument,

Comme la mer.

(Le Mauvais Passant)

Guy Delahaye

BIBLIOGRAPHIE. — Les Phases (Montréal, Déom, 1910); — Mignonne, allons voir si la rose. . .{Montréal, Déom, 1912). M. Guy Delahaye a collaboré à plusieurs revues et journaux. M. Guy Delahaye (de son vrai nom Guillaume Lahaise) naquit à Saint-Hilaire- sur -Richelieu, le 18 mars 1888. Le Petit Séminaire de Saint-Hyacinthe et le Collège des Jésuites V eurent tour à tour pour élève (1898-1906), ensuite de quoi il entra à V Université de Montréal, pour y suivre les cours de médecine (1906). Parmi ses nouveaux camarades, le futur auteur des Phases ne devait pas tarder à découvrir tout un groupe d'écrivains en herbe, très férus comme lui de littérature: c'étaient René Chopin, Marcel Dugas, Paul Morin, Antoine Sylbert, d'autres encore. Tous ces heureux adolescents, que rapprochait le même culte désintéressé, avaient trop d'enthousiasme pour ne pas vouloir tenter des œuvres en commun. Ce fut d'abord la publication de /'Aube (1908), puis de /'Encéphale (même année), enfin la fondation du Soc, cercle littéraire d'étudiants (1909). Faut-il dire qu'à l'origine de chacune de ces entreprises on retrouve te nom de notre poète ? U prit notamment — avec M. J.-B. Lagacé et M. Marcel Dugas — la plus large part à la création du Soc. Élu président de cette association en 1910, il était, la même année, admis avec grande distinction à la pratique de la médecine et nommé interne à /' Hôtel-Dieu.

En 1912, M. le docteur Lahaise est allé poursuivre pendant plusieurs mois des études à V Institut Pasteur de Paris. Il est depuis professeur à V Université de Montréal.

«M. Delahaye appartient aux nouvelles générations littéraires de là-bas. Son premier recueil, les Phases, malgré quelque symbolisme et quelque préciosité, avait une originalité telle qu'on n'en voit pas souvent ici de semblable. Il a même créé à son usage une forme nouvelle de strophes de neuf pieds, dont la concision est extrême. Le nouveau volume qu'il publie décevra et charmera tour à tour, car l'auteur n'y semble plus se vouer qu'à la poésie fantaisiste . . . Mais il faut louer une telle hardiesse, une subtilité curieuse et apprêtée, un ton flegmatique et sévère qui recouvre d'affolantes inventions.)) (André Thérive, dans la Revue Critique des Liées et des Livres, livraison du 10 avril 1913)

«... Mignonne, œuvre délibérément provocatrice, funambulesque à la troisième puissance, mais plus intéressante, par son allure même, que ces beaux recueils bien peignés, bien léchés, bien sages, qui forment presque toute la production poétique canadienne-française . . . Le nouveau livre de M. Delahaye me plaît surtout parce que, supprimées les notes, les reproductions et les paraphrases, il contient très peu de vers, — mérite rare, à mon sens, pour un volume de vers canadiens-

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