MATIN
Le coq égosillé chancelle comme un pitre.
Par grands coups de clarté le soleil cogne aux vitres
Et, dans un remuement de feuillage, d'oiseaux,
Poursuit l'aube blottie au lit vert des roseaux.
Un volet qu'on entr'ouvre éveille le village.
Voici qu'un jardin bouge où la poule saccage
Les mottes que blesse un furtif éraflement.
La coccinelle court et veut obstinément
Contourner du melon la panse lisse et ronde.
Le ciel crève d'été; la vie est toute blonde.
Des dindons hébétés picossent par erreur
Le rayon, sucre d'or. Une haute chaleur
Lasse d'avoir plané abat son aile chaude
Sur les maisons, le sol. Toute la ruche rôde.
Et sur le jeune sein d'un calice mignon
Comme une bouche s'attarde le papillon ;
Pendant que le soleil, sabot lourd de lumière,
Vient gravir le perron en écrasant le lierre.
{Chaque Heure a son Visage, en préparation)