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VALSE ANCIENNE

Dans le salon aux teintes vagues, Ma mère déchiffre un vieil air, Avec un cliquetis de bagues, Une valse lente d'hier. . .

Valse fragile aux teintes vagues !

Musique banale autrefois,

Mais quand ma mère met ses doigts

Sur la calme blancheur des touches,

Elle émeut les jours affaissés

Et fait monter de son passé

Un parfum triste qui me touche.

JEAN NOLIN

Je revois le salon obscur, Le salon de petite ville Où, dans la pénombre du mur, Un portrait d'aïeul se profile . . .

Frais salon de petite ville !

Ma mère! je vois la couleur Du vase fluet où des fleurs, Amaryllis ou passeroses Aux pétales agonisants, Se flétrissaient comme des ans, Les ans de votre passé rose.

Et je vois l'antique piano, Le monsieur qui tournait les pages; J'entends le bruit de vos anneaux, Les soupirs et les bavardages

Du monsieur qui tournait les pages.

Jouez ! Cet air que vos doigts blancs Exhument du passé tremblant, C'est l'amas des choses anciennes Etalé sur un chiffonnier, Et qu'éveille dans le grenier L'or tamisé par les persiennes.

Jouez toujours, jouez maman !

Jouez pour que mou cœur s'émeuve Et que je sente, infiniment, Le don de ma jeunesse neuve! . . .

Jouez pour que mon cœur s'émeuve.

Jouez cet air sentimental.

Il me fait une âme en cristal, Ce vieil air où vos lèvres burent . . . Moi qui n'ai pas encor vingt ans,

J'ai besoin de votre printemps Pour être bon comme une eau pure.

Maman, lorsque je suis lassé, Il me faut, pour que je renaisse, Me rafraîchir clans ton passé Et m'abreuver à ta jeunesse. . .

Maman ! lorsque je suis lassé.

(Les Cailloux)

Rosaire Dion

BIBLIOGRAPHIE. — En égrenant le Chapelet des Jours, poésies, préface de Henri d'Arles, lauréat de V Académie française {Montréal et New-York, Éditions Louis Carrier, 1928); — Les Oasis, sonnets (Rome, Desclée & Cie, éditeurs, 1930); — Petite Suite marine, plaquette^ de vers, hors commerce, illustrations de Camille Audette (Paris, Editions de La Caiavelle, 1931). Actuellement sous presse. — Et l'Amour est venu, poèmes , préface de André Dumas, président de la Société des Poètes français .

A paraître prochainement. — Walt Whitman, traduction en français des poèmes anglais de Whitman; — Les Étincelles, poésies.

M. Rosaire Dion (Léo-Albert Léve^que) est né à Nashua, dans le New-Hampshire, le 26 novembre 1900, de parents canadiens-français originaires de la Rivière-Ouelle. A fait ses études classiques au Séminaire Saint- Charles Bon ornée de Sherbrooke et suivi les cours de la Sorbonne, à Paris. Il est actuellement secrétaire particulier d'un industriel de Nashua qui porte le nom bien français de Sêvigné.

Membre de la Société des Poètes canadiens-français et de la Société des Poètes français. Son volume de sonnets, Les Oasis, a , emporté à Montréal, en 1931, le prix d'Action Intellectuelle.

M. Dion a collaboré à plusieurs journaux et revues au Canada, en France, en Belgique et aux États- Unis. Citons : le Canada français, la Revue moderne, la Muse française, Poésie, la Renaissance, la Revue des Poètes, Carrefour, le Thyrse, le Courrier des États- Unis, le Messager de New-York,^ /'Avenir national de Manchester, /'Impartial de Nashua, le Travailleur de Worcester.

((M. Dion est un ami de la solitude et du silence; c'est là que symbolistes et parnassiens lui livrèrent en partie leur inspiration et leur technique. Il mérite de ce chef un premier éloge.

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