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DE LA TROISIÈME ÉDITION

La deuxième édition de V Anthologie des poètes canadiens était exactement identique à la première, sauf l'addition d'une note en réponse à certains poètes contemporains qui s'étaient estimés trop peu considérés. Celleci, la troisième, ne porte pas la note en question, supprimée comme n'ayant plus d'actualité, mais on y a modifié le choix des poètes par des suppressions et des additions de manière à la rendre conforme, comme la première, au dessein de Jules Fournier. Celui-ci, voulant faire œuvre d'histoire littéraire plutôt que de critique, avait inclus dans son recueil les œuvres les plus représentatives des poètes les plus représentatifs de chaque époque. L'auteur de cette nouvelle édition, Madame Jules Fournier, devait forcément remettre Y Anthologie à jour en y faisant une place aux poètes nouveaux, mais l'importance relative des époques ayant changé, par suite surtout du progrès de la production en abondance et en qualité depuis 1920, Madame Fournier a cru devoir aussi remanier l'espace consacré à chaque époque, dans le cadre déjà assez large, croyait-elle, de la première édition. Ce remaniement lui a d'ailleurs été facilité par le manque de titres évident en soi, plus évident encore à la comparaison, de certains «poètes» qui figuraient dans le recueil: journalistes, hommes politiques, magistrats, n'ayant rimé que quelques vers et, même au point de vue de l'histoire littéraire, des vers sans grande valeur. C'est ainsi qu'elle supprime 26 «poètes» investis de cette qualité par l'inexcusable indulgence de la critique ou par l'indulgence sans doute provisoire de Jules Fournier, décédé avant d'avoir eu le temps de reviser son tri comme il n'eût pas manqué de le faire. Ces retranchements se repartissent ainsi par période :

De Quesnel à Crémazie, 5 ; De Crémazie à Desaulniers, 6; De Desaulniers à Chopin, 15.

On s'étonnera peut-être que la troisième période ait perdu à elle seule plus que les deux autres réunies. Cela tient à ce que, pour mieux mettre en lumière la renaissance poétique de 1900, on avait d'abord cité dans Y Anthologie tous les collaborateurs des Soirées du Château de Ramezay, qui à l'exception de trois ou quatre (notamment de Nelligan) ont bien peu de mérite, et dont une dizaine ont été rayés cette fois, pour cette raison et aussi pour n'avoir jamais publié un livre. A la liste des poètes on a ajouté Émile Coderre, Hélène Charbonneau, Francis DesRoches, Medjé Vézina, Jean Loranger, Paul Gouin, Rosaire Dion, Jovette Bernier, Alfred DesRochers, Jeanne Grisé, Simone Routier, Eva Senécal, Robert Choquette, Alice Lemieux et Clément Marchand.

Pour ce qui est de certains poètes figurant dans la première édition, on a revisé le nombre des pièces, soit que, toute question de mérite à part, ils tinssent une place trop considérable par rapport à l'étendue du recueil, soit qu'ils eussent produit, depuis, des œuvres assez remarquables (bien entendu, ce terme, comme beaucoup d'autres du présent Avertissement, est employé au sens relatif) pour justifier une augmentation.

Quoi qu'il en soit des raisons d'être et justification de ces divers changements, le lecteur peut au moins tenir pour certain qu'ils ont été faits, comme le choix même de Jules Fournier, en dehors de tout esprit de coterie et sans autre motif que l'intérêt des lettres canadiennes. On est d'ailleurs prié d'observer que dans la nouvelle sélection il a été tenu compte des préférences des poètes eux-mêmes chaque fois que l'exéguïté de l'espace disponible ou l'intérêt manifeste de la justice littéraire ne s'y opposaient pas.

Pour une meilleure intelligence de ce qui précède et en justice pour son mari empêché par la mort d'expliquer son dessein, Madame Fournier, avec la permission de l'auteur, a laissé subsister la Préface et l'Avertissement de la première édition, écrits par l'homme qui connut le mieux Jules Fournier, M. Olivar Asselin.

A tous ceux, libraires, éditeurs, bibliothécaires, journalistes et poètes, qui l'ont aidée dans son travail, Madame Fournier exprime publiquement sa reconnaissance.

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