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ISOLEMENT

O douleur d'être seul et de broyer du noir, De mutiler son cœur, de le mettre en poèmes Et de jeter ce livre à d’autres faces blêmes Qui pleureront peut-être en le lisant un soir !

Mais douleur de marcher dans l'humaine cohue, Qui nous lance l'injure et croit nous faire mal ! Cohue à qui le nom de poète est fatal...

Cohue à qui l'on voit battre un chien dans la rue...

>auvre enfant qui t'en vas parmi ces horions, Toi qui n'as dans le cœur aucun désir de nuire, Toi qui cherches là-haut ce qui peut te séduire, Rentre dans ton logis rêver tes visions !

La plèbe ne croit rien, la plèbe est ignorante, Et celui qui s'y mêle y sera mutilé !

Si tu ne la sers pas, tu seras exilé,

Tu boiras la ciguë, Ô belle âme souffrante !

Ne la revois jamais que pour la dominer !

Si tu ne le peux pas, retire-toi loin d’elle.

Mais lance-lui plus tard — à ton dédain fidèle — Ton livre, et tu pourras l’entendre pardonner !

O bonheur d'être seul, de vivre sans les autres, Mais de vivre pour eux, sous le même ciel noir ! O gloire d’être seul, d'écrire chaque soir

Les sanglots de ces cœurs qui passent par les nôtres ! (Les Soirées du Château de Ramezay) SILENCE Plus de bruit, plus de bruit ! Le soir silencieux Dans là sérénité dessille ses grands yeux,

Et l'Ange de la Paix va traverser les cieux.

Plus de vent, plus de vent ! La brise va se taire... La rumeur des flots noirs sur l'âme solitaire ”assera tout à l'heure en l'infini mystère.

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Plus de chants, plus de chants ! Dans leurs nids, les oiseaux Dorment leur doux sommeil à l'ombre des roseaux, Et la lune d’or rit de la plainte des eaux.

Mais des pleurs, mais des pleurs ! Les fleurs se sont fermées, Espérant la pâleur des aubes embaumées, Aubes aux baisers pleins de larmes enflammées...

Des regrets, des regrets ! Dans l'ombre qui s'enfuit, L'espoir d'aimer s’en va tout languissant d’ennui, Et toi seule, à douleur, tu veilles dans la nuit !

(Les Soirées du Château de Ramezay)

Jean Charbonneau (1875- )

BIBLIOGRAPHIE.-— En vers: Les Blessures (Paris, Lemerre, 1912). — En prose : Les Influences françaises au Canada, vol. I ct II (Montréal, Beauchemin, 1913 et 1914).

EN ManuscriT. — L'Age de Sang, poèmes (paraîtra prochainement chez Lemerre, à Paris); — Les Influences françaises au Canada, vol. III.

EN PRÉPARATION. — La Fontaine de Jouvence et Les Prédestinés, poèmes.

M. Jean Charbonneau garde en outre dans ses cartons trois œuvres complèlement achevées pour le théâtre : Zopyre, drame en vers, et deux pièces en prose : Les Claquemurés et Les Pantins.

M. Charbonneau a collaboré à plusieurs journaux et revues et aux Soirées du Château de Ramezay.

M. Jean Charbonneau naquit à Montréal, en 1876. Il montra de bonne heure pour la littérature un penchant qui devait, par la suite, s'affirmer plus d'une fois avec éclat. C'est ainsi — pour nous en tenir à cet exemple — qu'à peine sorli du collège (1896) il fondait, de concert avec quelques amis, celte fameuse École Littéraire de Montréal, qui a déterminé chez nous un si beau mouvement et de laquelle sont sortis la plupart des poètes de la jeune génération.

Sauf les Blessures, qu'il donna en 1912, M. Charbonneau n’a presque rien publié depuis 1900, préférant travailler dans le silence. On dit beaucoup de bien de son Age de Sang, qui paraîtra prochainement chez Lemerre.

M. Charbonneau a été président du Conservatoire Lassalle, Ilest avocat au barreau de Montréal.

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