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APAISEMENT LE CHAMP DES AÎEUX

Assis à ma fenêtre et noyé d'ombre ardente, Je vois le paysan, de son allure lente,

Passer sur le chemin qui ramène des champs.

Ses chevaux harassés sont presque trébuchants, Car le travail fut dur et chaude ia journée.

Mais la moisson des blés abonde cette année; Et depuis l'aube fraîche au couchant du soleil Le laboureur moissonne, et d’un geste pareil

Il coupe les épis dont s'entassent les gerbes... Bientôt le soir descend. Et les routes superbes Resplendissent de gloire et d’éblouissement.

Une première étoile apparaît par moment, Baignée encore des teintes du crépuscule, Mais à mesure que le rayon d'or recule,

Elle se fait plus belle et brille plus encor.

Le champ est devenu le féerique décor

Où le soir se déploie en des apothéoses;

Il exhale un parfum venu du sein des roses; Une fumée, ainsi qu'un encens sacré, sort

De la plaine embaumée et monte sans effort Vers le ciel: et, là-bas, les montagnes sereines Se colorent ainsi que des lueurs lointaines.

Le soir enamouré devient silencieux.

Enfin, on ne voit plus que les astres aux cieux. Une imposante paix se répand sur la terre.

Tout disparaît, La nuit, éprise de mystère, Jette à présent son voile: et des rêves, flottants Comme des souffles, vont par l’espace et le temps. Et je regarde, assis à ma fenêtre ouverte,

Les veux plongés au loin sur la route déserte; Et le champ de l'aieul, ayant un peu frémi, Comme un enfant bercé bientôt s'est endormi.

(Les Prédestinés)

LA TOTSON D'OR (1914)

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